Tuesday, March 28, 2017

Le mythe du besoin d’une transition

Nous sommes encore pour quelques semaines en pleine campagne électorale, et les discussions entre « libéraux » pour savoir qui soutenir les occupent au point d’oublier un des sujets les plus structurants de pratiquement tous les débats et tous les programmes électoraux « libéraux » : la transition vers la liberté, et les principes qui la guident. Voyons plus précisément ce que cela signifie.

Lorsque dans un programme on propose des mesures libérales, par exemple la suppression pure et simple et systématique du statut de fonctionnaire, beaucoup les critiquent pour être trop rudes, ou illusoires, et proposent plutôt une approche plus progressive : une transition par étape vers la cible. Ainsi sur l’exemple, on pourrait imaginer de proposer de commencer par ne réviser le statut que des seuls postiers, puis plus tard celui des cheminots, et plus tard encore celui des personnels soignants.

L’argument suprême en faveur de ce type de « transition » vue comme nécessaire serait que si l’on appliquait nos mesures sans progressivité, nous aurions tôt fait de mettre la France dans la rue et de provoquer un soulèvement social qui ne pourrait que nous nuire et nuire à l’ensemble du pays. Ce qui montre au passage combien les « libéraux » craignent la rue tant ils sont sûrs de leur message.

Il me semble pourtant que c’est là commettre une erreur profonde et que de ce fait, nous devrions oser plus souvent et plus nettement proposer des mesures à la fois radicales et sans « transition ». Certes, il y a un peu de provocation dans mon propos, mais je vous invite néanmoins à considérer les arguments suivants, qui ne vont guère dans le sens du manque de courage des « transiteurs ».

Le premier argument contre toute forme de transition tient à l’inconstance politique. Si un jour un gouvernement libéral arrive au pouvoir, il n’est pas assuré d’y rester éternellement, même si on peut espérer une meilleure satisfaction des électeurs. Ainsi, sur l’exemple précédent du statut, il est tout ce qu’il y a de possible qu’un pouvoir moins radical reprenne la main alors que le statut n’est pas encore pleinement réformé, et décide de faire marche arrière. On ne verrait jamais la cible atteinte.

Il y a d’autres arguments contre toute transition, certains plus osés et pourtant légitimes. Le second consiste à remarquer que les politiciens passés ne se préoccupent jamais de transition dans la mise en œuvre de leurs mesures coercitives. Ainsi, quand une hausse de TVA est décidée, qui nous vole un peu plus dès sa mise en application, on ne nous propose jamais – ou si rarement – de ne l’exiger dans un premier temps que des fonctionnaires, ou que des agriculteurs – peu importe les catégories.

Alors pourquoi faudrait-il soudain être gentil quand on supprime des privilèges alors que personne n’est gentil quand il s’agit d’accroître la part des fruits légitimes de notre travail qui nous est volée ?

Un peu dans la même veine, vient ensuite l’argument du juste retour des choses pour les profiteurs. Toujours sur l’exemple des fonctionnaires, mais il peut être généralisé à toutes les catégories qui profitent de la manne sociale, il convient de rappeler que pendant toute cette longue période où le statut étaient en vigueur, leur garantissant salaire, emploi, protection et retraite, ils ont pu profiter de leur statut qui constituait ce qu’il faut bien appeler un privilège. Tant mieux pour eux, mais cela a ainsi largement payé en avance les difficultés qu’ils devront affronter une fois leur statut revenu à la normale. Autrement dit, pourquoi une transition quand on a profité pendant des années et que la réforme ne propose rien d’autre que vous mettre dans la même situation que tout le monde ?

Vient enfin un argument d’ordre plus économique. Plus une mesure libérale est rapidement et largement appliquée, plus vite ses effets sont visibles et donc plus vite les sommes préalablement gaspillées reviennent sur le marché pour créer de nouvelles richesses. De ce fait, toute transition ne fait que retarder et réduire ce phénomène, et rendre plus difficiles les choix de reconversions.

Ainsi donc, les programmes libéraux les plus humains et humanistes ne sont pas ceux de ses mollassons qui imaginent des Liber ou des revenus universels, mais ceux de brutes radicales qui font exprès de ne pas prévoir de périodes de transition. Vous n’y croyez pas ? Vous pensez qu’il faudrait expérimenter pour être sûr de la chose ? Très bien. Et si on décentralisait la France pour rendre son autonomie à chaque département, ou ville, sans transition, pour voir ceux s’en sortiraient, ou pas ?

Sunday, March 26, 2017

Génération Libre et son programme : Pas si libre que ça

Génération Libre a publié à l’adresse http://www.generationlibre-primaires.fr/ un « truc » qui prétend mesurer et comparer le caractère libéral des programmes des candidats, face aux propositions de GL, bien sûr, dont c’est un moyen de mettre en avant un 100% supposé de libéralité.

Mais n’entrons pas dans leur jeu et regardons plutôt ce que GL propose vraiment – car on sait très bien qu’aucun des candidats n’est libéral, donc pas la peine d’entrer dans des polémiques inutiles. Oui je sais, on me dira que les polémiques entre « libéraux » sont totalement inutiles, et je répondrai que si GL fait bien des propositions libérales, pourquoi craindre la dissection de son programme ?

Voici ci-dessous l’intégralité des mesures de GL telles qu’elles sont programmées sur ce site de comparaison, présentées in extenso et en italiques. A chaque mesure, pour rentrer dans le jeu de la note sur 100, je donne 100% si la mesure est pleinement libérale, 50% si elle va dans le bon sens, mais en restant en chemin, en limitant son champ d’application, ou 25% si les bons principes sont mis en avant, mais que rien de concret n’est réellement proposé. Un 0% sanctionne tout baratin, avec les explications justifiant pourquoi il n’y a rien de libéral à ce qui est proposé. On a pas mal de surprises.

En faisant la moyenne des notes de chaque rubrique, cela donne une note par rubrique. La moyenne des mesures donne la note finale. Il n’y a pas moins de 10 rubriques sur 26 qui sont à 0%, une seule est à 100%, et au global, on est à 20%. Pas de quoi pavoiser.

Tu parles d’un machin libéral ! Cela va en faire râler plus d’un sans doute. On en parle ?

Ce serait bien, car sur de nombreux sujets, il y a manifestement des hypothèses ou une vision du monde qui devraient être le centre du débat, et expliquer pourquoi on croit que c’est libéral. Ou pas.

Agriculture : 75%
« - Réformer la PAC. Mettre fin à la politique de subvention de la production qui est inefficace (l'agriculture française perd des parts de marché dans le monde), inéquitable (favorise les gros producteurs) et qui fait peser le coût de la subvention sur le consommateur. » : 50% libéral : il ne suffit pas de réformer la PAC, il faut l’abandonner et revenir totalement au libre marché, sans transition - le marché s’occupera de gérer la transition.
« - Mettre fin aux quotas et laisser le marché définir les prix. » : 100% libéral.

Chômage/Formation : 0%
« - Sortir du triptyque « formation /emploi /retraite » qui ne correspond plus aux trajectoires individuelles actuelles. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.
« - Penser le chômage et la formation en-dehors du cadre de l’emploi salarié. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.
« - Faire des droits sociaux des droits portables, dont on peut bénéficier tout au long de la vie en tant qu’« actif », salarié ou indépendant. » : 0% libéral : rester dans le domaine des « droits à » ou des « droits sociaux » n’est qu’une autre forme de socialisme, même si elle peut sembler plus douce.
« - Mettre en place un « compte social unique » à points convertibles en unités de temps (de formation, de chômage, de retraite, etc). » : 0% libéral : Même raison : il faudra toute une bureaucratie pour gérer ce « compte social unique », donc pas libéral.

Culture/Patrimoine : 58%
« - Supprimer le Ministère de la Culture et mettre fin à l' « exception culturelle » et au protectionnisme culturel (supprimer le prix unique du livre et les subventions au cinéma). » : 100% libéral.
« - Refonder les sources de financement de la culture : laisser sa place au marché et créer un « chèque culture ». » : 25% libéral : On dit laisser la place au marché, mais on crée un « machin » bureaucratique de plus ?
« - Recentrer le service public de l'audiovisuel sur deux chaînes. » : 50% libéral : C’est bien de réduire le service public, mais pourquoi ne pas tout sortir du giron de l’état ?

Dialogue social : 8%
« - Réformer le financement des syndicats pour améliorer la transparence et la représentativité. » : 0% libéral : Aucune réforme : le financement est purement et simplement à privatiser intégralement.
« - Redynamiser les règles de la négociation collective pour opérer un renversement de la hiérarchie des normes efficace (favoriser les accords majoritaires, réduire la judiciarisation des relations sociales, instaurer une durée de vie limitée aux conventions collectives). » : 0% libéral : Rien à « redynamiser », la négociation collective n’est pas un concept libéral, sa pratique doit donc être abandonnée.
« - Evoluer vers un syndicalisme de services adapté aux travailleurs indépendants. » : Ne veut rien dire de concret, mais on mettra un 25% libéral pour l’idée d’aller vers des services.

Droit du travail : 0%
« - Mettre fin à la dichotomie entre travail salarié et travail indépendant en substituant au Droit du travail, un Droit de l'Actif. » : 0% libéral, encore une fois, on ne remplace pas un machin par un autre.
« - Remplacer le Code du travail par un Statut de l'Actif définissant un cadre général pour les conditions d'emploi et de travail de la personne, qu'elle soit salariée ou indépendante. » : 0% libéral, pour les mêmes raisons.

Ecologie : 19%
« - Généraliser le principe du « pollueur-payeur ». » : Ne veut rien dire de concret, mais on mettra un 25% libéral pour l’idée d’aller vers plus de responsabilisation.
« - Réduire les subventions publiques aux énergies fossiles. » : 50% libéral : Réduire ? Non, c’est toutes les supprimer qu’il faut oser proposer.
« - Revoir la loi de transition énergétique qui risque, en fixant des objectifs d'abandon du nucléaire trop ambitieux, de provoquer un retour des énergies fossiles, nettement plus carbonées. » : 0% libéral : l’énergie doit être intégralement privatisée et libéralisée.
« - Renforcer la recherche liée au stockage des énergies renouvelables. » : 0% libéral, car cela laisse entrevoir un financement étatique, et aussi parce qu’il y a d’autres priorités pour la recherche.

Education : 12%
« - Mettre en place des « écoles autonomes ». » : 25% libéral : les écoles autonomes sont une bonne idée, mais pourquoi ne pas laisser le marché les mettre librement en place par lui-même ?
« - Faire financer les établissements scolaires par l'Etat mais leur garantir une autonomie totale dans la gestion de leur budget, de leurs enseignants, de leurs méthodes d'apprentissage. » : 0% libéral : on ne finance jamais rien par l’état quand on est libéral.

Enseignement/Recherche : 100%
« - Instaurer la possibilité pour les universités de sélectionner dès l'entrée en première année. » : 100% libéral, pour une fois.

Finances publiques : 0%
« - Mettre en place une restructuration préventive et ordonnée de la dette française. » : 0% libéral : Il y a deux positions possibles en matière de dette : soit la répudier en considérant qu’elle est due par les élus qui l’ont contractée et non par les citoyens, soit la payer mais surtout veiller à la réduire. Pourquoi aucun de ces points n’est-il proposé ici, où au contraire on l’entérine mais en pénalisant les créanciers ?

Fiscalité Travail/Capital : 19%
« - Taxer l'ensemble des revenus au premier euro afin de financer un revenu universel. » : 0% libéral : dès qu’on envisage des taxes, on sort du domaine du libéral.
« - Inclure la fiscalité du capital dans la fiscalité des revenus. » : 0% libéral : Aucune réduction.
« - Ramener le taux d'imposition des sociétés dans la moyenne européenne en supprimant un certain nombre d'aides aux entreprises en retour. » : 50% libéral : C’est bien payé pour une mesure timorée.
« - Individualiser l'impôt sur le revenu : supprimer le quotient familial et le quotient conjugal. » : 25% libéral : ok, cela devient plus juste, mais plus juste dans la tyrannie et le vol.

Fonction publique : 67%
« - Supprimer le statut de la fonction publique et lui substituer un dispositif d'emploi contractuel calqué sur le secteur privé. » : 100% libéral, bravo.
« - Organiser un référendum sur un projet de loi portant l'abrogation du statut de la fonction publique et le transfert de l'ensemble des agents publics sous contrat. » : 25% libéral : Pourquoi faire ? Pour prendre le risque d’une marche arrière « démocratique » ?

Société : 33%
« - Redéfinir le principe de « dignité humaine » : introduire le droit à la libre disposition de soi dans la Constitution. » : 75% libéral, parce que la constitution, ce n’est pas nécessaire pour la liberté.
« - Ouvrir le débat sur la GPA pour aller vers une légalisation et une régulation efficace. » : 0% libéral : Régulation, plaît-il ?
« - Légaliser le cannabis (dans un cadre concurrentiel ou sous monopole public, à définir) et allouer davantage de moyens à la prévention. » : 25% libéral : Pourquoi un cadre ou monopole, et pourquoi des moyens à allouer s’il vous plaît ?

Immigration : 0%
« - Afin de supprimer l'immigration illégale et d'évincer les organisations criminelles, mettre en place un marché de l'immigration via la vente de visas. » : 0% libéral : l’immigration n’est pas un droit qu’on peut mettre aux enchères et au plus offrant – ce qui créerait une pègre – mais doit reposer sur la décision d’accueil ou pas au plus près des populations.
« - Des négociations avec les entreprises et les partenaires sociaux permettraient d'identifier les secteurs les plus demandeurs, tandis que des accords bilatéraux avec les pays d'origine faciliteraient les processus. » : 0% libéral : Ce n’est pas à l’état de se mêler d’immigration, ni de travail, d’ailleurs.

Institutions : 12%
« - Améliorer les mécanismes de participation citoyenne pour renforcer la démocratie : réformer le référendum d'initiative populaire et systématiser les consultations citoyennes. » : 25% libéral : L’enjeu n’est pas de renforcer la démocratie, mais de la rapprocher des gens, en décentralisant par exemple.
« - Tester la « démocratie liquide » au niveau local. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.

Justice : 0%
« - Répondre au problème de la surpopulation carcérale en recourant aux amendes systématiques et proportionnées. » : 0% libéral, pour 2 raisons : cela ne réduit pas la population, ça réduit les emprisonnements ; mais surtout, la justice libérale doit être une justice de réparation des victimes, pas uniquement de punition.

Politique familiale : 25%
« - Individualiser la politique familiale : supprimer les allocations familiales et mettre en place un « forfait par enfant ». » : 25% libéral : c’est bien d’individualiser, mais pourquoi encore un machin ?

Laïcité : 50%
« - Revenir aux principes loi 1905 en affirmant une laïcité qui n'implique pas la neutralité mais simplement la coexistence des religions. » : 50% libéral : Et pourquoi oublie-t-on de dire que l’état n’a jamais aucune raison de prendre en compte les religions ni de se mêler des affaires privées ?

Logement : 0%
« - Réhabiliter le parc existant pour rééquilibrer une production aujourd'hui trop orientée vers le neuf. » : 0% libéral : Il n’y a rien à réhabiliter, il faut sortir l’état du domaine du logement, vendre les logements des collectivités publiques et en refaire un libre marché intégral.
« - Rééquilibrer les rapports propriétaires/locataires. » : 0% libéral, voir ci-dessus.
« - Transférer la délivrance du permis de construire aux communautés d'agglomération ou à la préfecture. » : 0% libéral : Pourquoi un permis de construire, s’il vous plaît ?

Numérique/Innovation : 0%
« - Instaurer la patrimonialité des données : mettre en place un droit de propriété sur nos données personnelles. » : 0% libéral : mesure vide de sens, qui oublie l’intangibilité de la donnée.

Politique européenne : 0%
« - Bâtir le projet d' « une Europe minarchiste ». » : 0% libéral : Magnifique oxymore ? Ou ont-ils vraiment imaginé un projet comparable à celui de « Décentralisons » ? On peut en douter.
« - Conserver le rôle de l'UE dans la défense des libertés individuelles et la protection du marché et de la concurrence. » : 0% libéral : On a la réponse, c’est du constructivisme, pas de la décentralisation.
« - Bâtir une diplomatie et une armée européenne, ainsi qu'un Parlement plus représentatif, composé de partis trans-européens et doté de l'initiative des lois. » : 0% libéral : Non, la démocratie représentative et « l’Europe » ne sont pas des objectifs et des mécanismes libéraux.

Retraites : 8%
« - Fin de l'âge légal de départ à la retraite pour permettre la « retraite » tout au long de la vie. » : 0% libéral, car qui paye cette retraite assouplie ?
« - Mettre en place un « compte social unique » à points convertibles en unités de temps (de retraite mais aussi de formation, de chômage, etc). » : 0% libéral, encore un machin, au lieu de passer à la retraite par capitalisation.
« - La valeur du point pourrait être définie en fonction de la démographie. » : 0% libéral, idem.
« - Cela implique en amont de fusionner les régimes de base et complémentaires en un régime unique. » : 25% libéral, c’est bien, mais cela ne règle pas la question du financement.

Solidarité/Autonomie : 0%
« - Instaurer un revenu universel sous la forme de l'impôt négatif en substitution de l'ensemble des allocations sociales non contributives (RSA, PPE, allocations familiales, etc). » : 0% libéral : Non, le revenu universel n’est pas un machin libéral, même si on se cache derrière Milton Friedman.
« - Il ne supprime ni la retraite, ni le chômage, ni les allocations spécifiques (handicap, logement, etc). » : 0% libéral, idem.

Santé : 25%
« - Sortir du système corporatiste actuel pour bâtir un régime universel : fusionner les régimes spécifiques en un régime unique, géré par un gestionnaire unique. » : 25% libéral : Et pourquoi ne pas tout privatiser et libéraliser, s’il vous plaît ?
« - Mettre en place un système d'assurance santé à deux niveaux : une assurance de base universelle publique et des assurances supplémentaires privées. » : 25% libéral, bonne idée, mais laissez faire !

Sécurité/Défense : 12%
« - Améliorer les moyens des services de renseignement et les coopérations. » : 0% libéral : pour renseigner qui svp, l’état ?
« - Elargir le droit au port d'armes à des personnes qualifiées : police municipale, agents de protection rapprochée, et citoyens volontaires issus de la société civile formés composant une « réserve citoyenne ». » : 25% libéral : Et pourquoi ne pas ouvrir le port d’arme à tous les citoyens ?

Indépendants : 50%
« - Transformer le Code du travail en un Statut de l'Actif. » : 0% libéral, encore un machin.
« - Rendre aux indépendants la liberté de choisir leur assurance et de s'affilier au RSI ou non. » : 100% libéral, pour une fois.

Territoire : 0%
« - Réduire le nombre de communes en les fusionnant avec les intercommunalités. » : 0% libéral, c’est aux communes de décider, et leur nombre n’est pas un problème si elles redeviennent autonomes.

Wednesday, March 22, 2017

Du « négationnisme » contemporain

Le négationnisme fait partie de ces concepts du domaine de l’horreur, du tabou. Selon Larousse, le négationnisme est une « doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l’existence des chambres à gaz ». C’est clairement une saine attitude que de dénoncer de telles croyances, qui se rencontrent hélas encore trop souvent, l’actualité ne saurait me contredire.

Pourtant, il me semble que la portée de cette définition est en réalité bien trop étroite, tout comme celle du tabou, de la révulsion et de la honte qui vont de pair. En effet, si la Shoah fut un fait horrible véridique dont la contestation mérite d’être dénoncée, avec tout mon respect pour le peuple juif, je ne suis pas sûr que ce soit le pire ni surtout le seul de tous les faits indiscutables et aux immenses et graves conséquences dont nous devrions dénoncer la négation quotidienne. Des exemples ?

Pourquoi n’est-il pas par exemple « négationniste » d’oser se revendiquer du communisme tout en affirmant que les millions de morts dont les pays qui l’ont adopté sont responsables – on pense à l’URSS, à la Chine, au Cambodge, etc. – n’étaient pas en fait soumis à un communisme véritable ?

Pourquoi n’est-il pas « négationniste » de faire la promotion du protectionnisme national, alors qu’on sait sans l’ombre d’un doute et depuis quelques deux cents ans que cette politique conduit toujours à la misère et à l’appauvrissement inéluctable des populations auxquelles elle est imposée ?

Pourquoi n’est-il pas « négationniste » de continuer de promouvoir la démocratie représentative comme le seul système à même d’assurer notre liberté, alors que les centaines de millions de morts qui ont marqué le XXe siècle sont le résultat de guerres généralement menées par des démocraties ?

Il y aurait bien d’autres sujets, notamment en lien avec la théorie économique, qui pourraient venir prolonger cette première liste macabre, mais le but n’est pas ici de faire une liste exhaustive, plutôt juste de mettre le doigt sur cette forme d’incohérence : quid de ces sujets qui ne font « négation » ?

On peut cependant oser une hypothèse. Le « négationnisme » de la Shoah est disons plutôt très à droite – on se souvient du « détail de l’histoire » de Jean-Marie Le Pen qui lui avait valu d’être condamné malgré la « liberté d’expression ». Par contre, tous les autres sujets évoqués mettent en défaut des croyances ou des mensonges soit de gauche, soit plus généralement étatistes. Et nous vivons dans un pays à la fois franchement étatiste et maladivement attardé à gauche… Alors…

« Compliance » et exponentielle

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le terme « compliance » est un anglicisme récent signifiant « conformité » qui se réfère aux nombreuses obligations s’imposant aux entreprises de respecter des textes, lois et normes en tous genres et de toutes origines. La « compliance » est devenue pour de nombreuses entreprises un sujet tout aussi important pour leur survie que le profit ou la marge.

L’explosion quasi-exponentielle depuis une vingtaine d’années du nombre de pages de textes et réglementations est une manifestation du poids croissant de l’étatisation de notre société occidentale. La complexification du monde, typiquement de par son informatisation et sa globalisation, combinée avec le besoin des législateurs démocratiques de justifier leur existence, poussent à une production réglementaire continue comme chasse aux risques de tous genres.

Les exemples ne manquent pas. Sans prétendre, loin de là, connaître tous les secteurs économiques, je peux néanmoins évoquer la célèbre « Sarbanes Oxley » et les « IFRS » (en version 15, pas moins) dans le domaine comptable et financier, la « GDPR » dans le domaine de la protection – supposée – des données personnelles, ou encore la série des « Solvency » dans le secteur des assurances.

Bien sûr, dans un monde informatisé, tout cela finit par être traduit en code plus ou moins maîtrisé, exploitant des technologies qui elles-mêmes ne sont pas dépourvues de « vulnérabilités ». Les entreprises sont donc conduites à accroitre le volume de textes par des « politiques » qu’elles établissent pour elles-mêmes, visant à assurer que non seulement l’informatique respecte les lois, mais aussi se renforce à un niveau très détaillé pour éviter les « failles de sécurité » trop évidentes.

Tous ces textes reposent sur l’idée qu’il serait possible de décrire de manière exhaustive les diverses situations pouvant conduire à un risque dans les affaires et à imposer des pratiques qui se veulent de nature à réduire les possibilités de fraude et autres incertitudes allant de pair avec des risques.

C’est là où intervient l’autre exponentielle, celle de la fulgurante  évolution technologique. Dans un monde où la technologie ne change pas, ou très lentement, une fois les règles posées et les « politiques » technique en place, rien ne changeant plus, le risque serait maîtrisé pour un moment.

Mais dans un monde où la pression concurrentielle pousse à réduire les coûts et où le goût des consommateurs appelle à toujours plus de « numérique », la technologie change de plus en plus souvent. Ce qui met donc les entreprises dans l’obligation de renouveler leurs « politiques » techniques de plus en plus souvent. On constate des cycles de renouvellement qui sont passés d’une fois tous les 5 ans à une fois par an et bientôt une fois par semestre. Les coûts induits sont énormes.

Mais le risque le plus grand n’est pas dans ces coûts. Il est dans l’explosion d’une bulle de risque caché qui va croissant. Le risque de voir que finalement, il va devenir moins coûteux pour l’entreprise de ne plus veiller au respect de politiques qui changent constamment et qui finissent par faire obstacle à l’évolution technologique. Le temps, c’est de l’argent et la « compliance » n’en rapporte pas en soi. Alors ok pour la compliance, mais dès qu’elle coûtera plus qu’on peut gagner, elle fera probablement un gros « pschitt », à moins que la course technologique marque une pause.

Pour la liberté, c’est sans doute une bonne nouvelle. Car cela signifie que l’approche « compliance » déresponsabilisante et typique de grandes entreprises mammouths va peu à peu être remplacée par la prise de risque individuelle ou d’entreprises à taille humaine et responsable. Il me tarde.

Tuesday, March 21, 2017

Démocratie, traités et bureaucratie

En pleine campagne électorale pour la présidentielle, il est amusant de remettre les promesses des candidats en perspective de ce qu’ils pourront réellement faire, s’ils sont élus et comptent vraiment les mettre en œuvre, toutes choses très hypothétiques. Car en effet, la démocratie est d’autant plus ridicule et hypocrite que les marges de manœuvre des élus ne sont pas celles qu’ils affirment.

Les traités internationaux sont une première source de contraintes qu’on oublie souvent. L’Union européenne est sans doute le cadre qui vient le premier à l’esprit, mais il y en a bien d’autres : la défense et l’OTAN, l’OMC pour le commerce, la FAO en matière agricole, l’OMS pour la santé, etc.

Tous ces traités et organismes posent des contraintes et forment autant d’engagements qui limitent fortement ce qu’un pays comme la France peut imaginer légiférer. L’euro par exemple oblige au fameux 3% maximum de déficit budgétaire quand bien des candidats de gauche rêveraient de faire exploser ce chiffre bien au-delà des 3% - non, je ne dis pas que ce serait une bonne chose.

Une des motivations forte des Britanniques à quitter l’Union européenne avec le Brexit consiste ainsi à se dégager des contraintes politiques et juridiques qui leur imposaient notamment des directives européennes peu à leur goût et de nature à limiter leur performance économique. Premier carcan.

Il y a un second carcan, bien moins visible et connu celui-là : la bureaucratie française. Les élus vont et viennent, mais les hauts fonctionnaires restent et durent. Ce sont très souvent eux qui prennent les véritables décisions que les élus temporaires se contentent d’entériner en les récupérant à leur profit marketing. Un exemple ? Le système Chorus qui opère la comptabilité publique depuis 2011.

Lancé sous le nom de Copernic dans les années 2000, conçu autour de systèmes SAP dans les années 2005 à 2010, projet monstrueux de migration des anciens dinosaures informatiques en un seul mammouth, ce système a coûté et coûte encore une petite fortune au contribuable. Personne n’en parle et personne n’en parlera. Il a été décidé par les fonctionnaires, pour les fonctionnaires.
Et pour revenir aux traités, ce sont bien sûr aussi les bureaucrates qui préparent ces dossiers, qui négocient dans l’ombre et qui donnent les produits de leurs négociations à signer aux élus.

Ainsi, on parle beaucoup des mesures truc et machin des programmes électoraux. On pèse ceci contre cela, et on vote pour le « meilleur » programme. Mais en cette belle démocratie, personne en parle jamais de la multitudes de décisions, initiatives, projets et autres négociations qui pourtant font dans une très large mesure la réalité des programmes d’étatisation de notre société « démocrate ».

Peut-être un jour les libéraux se rendront-ils compte que la seule manière de reprendre un tant soit peu le contrôle démocratique ou pas de nos vies et de nos libertés consiste à suivre le Brexit et de le pousser plus loin en exigeant de décentraliser notre société jacobine au plus prêt de ses citoyens ?

Tuesday, March 14, 2017

Qu’est-ce vraiment que la mondialisation et qu’a-t-elle permis ?

Le terme de mondialisation fut employé pour la première fois dans les années 1930. Pourtant, depuis toujours l’homme a pratiqué naturellement et librement la mondialisation, sans même s’en rendre compte. Le commerce à l’échelle mondiale a été de tous temps une composante essentielle de la progression humaine et de la diffusion des richesses. Il reste la base de la paix entre les peuples.

Aujourd’hui, la mondialisation est la hantise de beaucoup de monde. Des syndicats qui voudraient un gouvernement mondial socialiste pour l’empêcher, des gouvernements qui ont peur de la ruine, des salariés qui y voient une menace. Tous nous voient incapables de faire face à la concurrence des pays à main d’œuvre moins coûteuse, oubliant nos forces. En réaction, tous appellent au protectionnisme.

Contrairement aux idées reçues, la mondialisation est aujourd’hui bridée par les réglementations de l’OMC remises au goût de chacun dans les pays signataires. Ce frein provoque plainte et procès pour non-respect des traités et ralentit le développement économique tout comme la créativité. De plus, tous les peuples payent par des impôts ces commissions internationales inutiles aux petites gens.

Pourtant, la mondialisation reste la seule stratégie possible pour un avenir prospère de l’humanité. Parce qu’elle est l’expression du commerce pacifique entre les peuples, la mondialisation est la meilleure des choses qui puisse se développer pour améliorer encore et encore notre quotidien. Elle passe par une libéralisation systématique de l’économie au niveau mondial. Libéralisation qui n’a besoin d’aucun système, d’aucune autorité ou machin pour lui dire comment fonctionner.

Beaucoup opposent que la mondialisation viserait l’émergence d’un gouvernement mondial qui ferait fi des pays et des peuples et mettrait à mal leur indépendance et leurs cultures. Mais si cette vue est bien celle de l’OMC et de ses organisation satellites, ce n’est pas celle des libéraux véritables. C’est là une confusion avec le mondialisme qui recherche un pouvoir mondial unique, alors que les libéraux souhaitent l’émergence de petits pays autonomes, mais en libre commerce avec les autres.

D’autres craignent qu’à brève échéance, la mondialisation conduise au désert industriel de la France. Or, en supposant que l’industrie soit encore un domaine d’avenir, s’il doit y avoir désert, seule la France en serait responsable et non le reste du monde. La complexité de ses procédures, le coût du travail qui en découle, font que la France n’a plus assez d’attrait pour les investisseurs. Ce qui a mené aux délocalisations d’entreprises, accusées. Le loup n’arrive pas de l’étranger, il est déjà dans la bergerie : il s’appelle état, syndicat, monopole, bureaucratie, anticapitalisme et nationalisme.

A l’inverse des anti-OMC, on rencontre ceux qui pensent qu’il faut un gouvernement mondial pour contrôler les multinationales, qui seraient l’expression même des maux de la mondialisation. Mais pour contrôler quoi au juste ? Les soumettre à un dictat économique est vain, car personne ne dispose de la connaissance du marché mondial, le marché est inconnaissable. Observez le libre-échange près de vous – il est partout – et constatez : aucune réglementation n’est nécessaire pour la recherche, le développement, la production et la consommation ; tout se tient sans plus de contrôle.

Une autre critique pense la mondialisation comme l’esclavage des pays en développement. Or elle est tout l’inverse, par la libéralisation des peuples et la liberté apporté dans le choix du travail, des salaires plus élevés et un meilleur niveau de vie. Deux chiffres pour conclure : en Chine, le salaire moyen était de 250 euros en 1990, au début de la mondialisation ; il est passé à 720 euros en une décennie pour être aujourd’hui à 3300 euros, soit 13 fois plus élevé en 20 ans. En Corée du Nord par contre, l’autarcie donne des salaires de 360 à 750 euros par an, pas de liberté ni choix du travail, etc.

Citations
« Comment une armée peut-elle soumettre un pays ou une ville si ce n’est en décrétant le blocus ou l’état de siège qui a justement pour fonction d’étouffer l’adversaire en interdisant les échanges, préalable nécessaire à toutes activités économiques ? » -- Jean-Louis Caccomo

Friday, March 10, 2017

Nul n’est censé ignorer la loi

On nous apprend cette phrase comme un saint sacrement depuis tous petits à l’école : « Nul n’est censé ignorer la loi ». Elle paraît belle et porteuse de noble inspiration, cette phrase. La loi est faite par les nobles députés pour notre bien à tous et surtout s’applique à tous sans distinction, sans exception, sans privilège. Les « puissants » ne peuvent y échapper, pas plus que les « méchants ».

Et puis au fur et à mesure qu’on avance dans la vie, on se rend compte que la « loi » se niche partout, dans les moindres anfractuosités de notre quotidien, de nos choix, de nos initiatives. Elle est cachée, on ne la soupçonne pas à l’avance, on la découvre avec surprise, et ce ne sont jamais de bonnes surprises. Une taxe cachée par-ci, une norme à suivre par-là, ou un formulaire ici. Et qu’en réalité, nous avons atteint un point de volume législatif et réglementaire où il n’est plus possible de maîtriser même partiellement les textes qui s’imposent à nous sans même qu’on en ait conscience.

A une époque, il est assez probable que la loi était en effet pleinement « connaissable ». Parce que finalement, tout plus ou moins finissait par être une question assez simple, du genre : ai-je volé ou tué, oui ou non ? Ai-je respecté ou pas autrui, agressé physiquement ou violé sa propriété ? Et ma foi, avec quelques principes de bon sens de ce type, on avait de bonnes chances de ne pas trop se tromper, de ne pas tout d’un coup se retrouver sous de coup d’une loi inique venue de nulle part.

Désormais, cette phrase magique n’est plus réaliste. Là où le sujet devient à mon sens plus digne d’intérêt, c’est que pour autant cette réalité ne conduit pas les « autorités » à la remettre en cause. Bizarre, n’est-il pas ? Ce serait dommage de se priver de la possibilité de nous rappeler qu’il est en réalité interdit de contester les lois, même les plus stupides, les plus obscures et les moins connues.

Dans une société libre, il n’y a pas besoin de se balader avec un avocat aux tarifs irrationnels pour se savoir raisonnablement protégé des mauvaises surprises législatives. Car il ne peut y avoir que trois situations possibles. Soit vous êtes chez vous : c’est vous qui faites le droit, donc pas de surprise. Ou vous êtes chez un ami, un voisin, une connaissance : il fait le droit, mais s’il vous a invité, ou si vous le connaissez, il y a de bonnes chances que vous sachiez ce qui se pratique chez lui, ou qu’il vous en informe : fumer ou pas, boire ou pas, parler Anglais ou Français, que sais-je.

Le dernier cas correspond aux nombreuses situations où vous pourriez passer un contrat ou échanger avec des tiers. Là encore, peu de chances de surprises, vous avez pleinement accès aux termes et aux conditions, que vous pouvez accepter ou pas, librement. Aucune loi de s’appliquer qui ne viendrait d’un des trois cas précédents. A noter que ces trois cas correspondent à ce qu’on imagine naturellement quand on réfléchit aux « lois », aux règles qui pourraient nous concerner.

La complexification juridique de notre société n’a rien de justifié, rien d’inéluctable ni rien d’une source de liberté ou de justice, tout au contraire. Elle n’est que le reflet de notre asservissement.