Tuesday, January 23, 2018

Tolérance et Relativisme – I Have Hoppe

(Publié sur Le Cercle en 2015.)

C’est un paradoxe à la mode, il faut être tolérant. Surtout quand on est libéral. Le libéral dans le vent n’est pas que tolérant, il revendique sa différence et attend des autres libéraux qu’il la tolère. Et l’on voit pleuvoir les articles, jusque dans Le Monde, où on nous explique que le libéral se doit de tolérer.

Hélas, la raison au plus fort est toujours la meilleure… et la raison donne tort à ces balivernes. Pour s’en convaincre, revenons aux fondamentaux du libéralisme et de la liberté. Ils sont très simples.

La liberté est une simple question de droit, et surtout pas de morale. Elle est définie comme effective lorsque chacun est pleinement propriétaire de lui-même et de ses biens, ce qui construit la symétrie du droit et ses limites. Chez moi, je suis libre et donc sans comptes à rendre. Chez autrui, l’inverse.

Et voilà, tout est dit. La concision d’un concept si puissant qu’il suffit à faire les bases de l’avenir de notre espèce donne à réfléchir. D’autant que si la morale en semble absente, rien n’est moins vrai.

Car pour revenir à la tolérance, trois conséquences de la pleine propriété doivent être rappelées. La première est une forme faible de la tolérance invoquée, mais la seule vraiment libérale. Si je veux être reconnu comme propriétaire et donc comme homme libre, je dois tolérer de même tout autre propriétaire, quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de la tolérance du cœur, mais de celle du droit.

Ensuite vient la discrimination, qui est le droit inverse. Si je dois tolérer autrui chez lui, chez moi j’ai le droit de refuser ou d’accorder le droit. Le propriétaire est tout puissant chez lui, tant qu’il respecte l’intégrité de ses invités et n’attente pas à leurs personnes ou biens. J’ai donc le droit de souhaiter ne recevoir aucun jaune, noir, blond ou musulman. Et j’ai aussi le droit de les aimer ou de les détester.

Mais si j’ai le droit de discriminer, c’est que je peux pratiquer ce que j’appellerai l’ostracisme. C’est-à-dire tolérer que l’autre ait le droit de vivre et d’exister, mais sans pour autant approuver ses choix ou ses actes, et aller jusqu’à le boycotter directement ou indirectement, sans lui porter atteinte.

La tolérance ne s’exige pas. J’ai le droit d'être tolérant, c’est bien évidemment souhaitable, et pas plus, mais j’ai le droit aussi de ne pas l'être et de nos jours ce serait tout aussi souhaitable, souvent. Il n’y a qu’une seule chose que le libéral exige, une seule chose qui est l’objet de sa totale intransigeance : le respect du droit de propriété privé de pleine symétrie sans exception. Cela suffit.

Il est dommage que tant de libéraux ne lise pas Hans-Hermann Hoppe, ou se refusent à le comprendre, car il décrit bien ces phénomènes : le relativisme n’a rien à voir avec le libéralisme.

Monday, January 22, 2018

La sécurité, on en connaît un rayon X

(Publié sur Le Cercle en 2015.)
Voilà qu’après l’agression dans le Thalys, où les services de sécurité se sont fait remarquer par leur absence, la peur immature qui caractérise notre société s’abat sur les gares qui ne seraient pas sûres. Et soudain, il faudrait « sécuriser » les halls des gares comme on prétend avoir sécurisé les aéroports, alors que depuis près de deux siècles, les gares sont conçues pour être ouvertes à tout voyageur.

Et on voit, sans rire, des estimations faites de combien la mise sous l’emprise des rayons X des immenses gares parisiennes pourrait coûter, exprimée en milliards, ce qui donne une idée de la démesure. Heureusement, je n’ai pas encore vu, mais cela ne saurait sans doute tarder, quelque intellectuel vaguement gauchiste s’indigner qu’on puisse ainsi mettre en rapport sécurité et milliards.

Il faut en premier lieu souligner l’incroyable gâchis et scandale de la sécurité aéroportuaire qui sert ici de référence. J’ai pris l’avion des centaines de fois et jamais je n’ai vu l’armée des rayons X et autres fouilleurs servir en quoi que ce soit à ma sécurité ou à celle des autres passagers. On y passe plus de temps à vérifier que votre dentifrice est dans un tube – même à moitié vide – de moins de 100ml qu’à se demander comment faire un cocktail Molotov rien qu’avec les articles en duty-free.

Même si la menace est très différente, mon métier du conseil en sécurité informatique m’a au moins convaincu de la validité d’un principe essentiel de nos société, mais qui se voit en pleine perte de vitesse, hélas : celui de la présomption d’innocence. Ce principe, rappelons-le tant il est oublié de tous, veut qu’on ne soit coupable que sur preuve et donc innocent par défaut, cela sans exception.

Ce n’est pas qu’une simple manière de protéger les gens de la police, c’est un principe de vie sociale. S’il devait suffire que j’aie peur de vous pour vous accuser d’une menace et pour vous faire enfermer, nous serions tous enfermés à la merci de l’arbitraire le plus complet. C’est pourtant ce que nous faisons dans les aéroports, nous sommes tous suspects d’agression potentielle, ni plus, ni moins. Est-ce donc ce genre de société hostile que nous voulons généraliser en l’étendant d’abord à nos gares ?

Mais revenons au Thalys pour nous souvenir que si la catastrophe a été évitée, c’est grâce à des gens courageux et habitués des armes. J’en tire plusieurs choses. Tout d’abord, il ne s’agit pas t’empêcher de monter dans le train tous ceux qui ont des armes, mais plutôt de faire en sorte qu’ils ne soient pas un danger. Et ils le seront d’autant moins qu’ils sauront que d’autres passagers se chargeront de les réduire au silence si besoin. Or pour cela, il faut responsabiliser chacun de nous, plutôt que nous inculquer la peur du voyou comme celle du gendarme. Cela passe par le retour au libre port d’arme.

La sécurité dans les trains n’a jamais posé problème pendant des décennies. Parce que les méchants avaient peur de se faire prendre et le voyageur n’avait pas peur d’intervenir. Dans la société actuelle, c’est le voyageur qui a peur et le voyou qui ose. Pas de doute, comme en 1984, la guerre, c’est la paix.

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (12)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)

Et ma lectrice conclut : « J’espère, Monsieur, que vos amis ne reviendront pas au pouvoir, sinon, gare à la révolte ! Elles peuvent être économiquement et socialement coûteuses. » (NB : A quoi rattacher ce « elles » ? A la « révolte » ? Ou plutôt à ses conséquences ?)

Madame, ma conclusion sera que vous confirmez votre ignorance du libéralisme. J’espère que cette série de chroniques vous en aura apporté une meilleure lecture, certes vaguement approfondie, mais mieux dégrossie. En fouillant sur Internet, dont le site www.institutcoppet.org, vous trouverez des ouvrages très divers d’auteurs libéraux du siècle des Lumières (et même d’avant) jusqu’à nos jours. Vous constaterez que la conquête du pouvoir n’est jamais leur guide, mais au contraire sa limitation par le droit, alors que le pouvoir politique a plutôt une propension à s’étendre en limitant le pouvoir des citoyens. La domination de l’homme par l’homme est un principe contraire au libéralisme.

Votre dernier cliché, c’est d’affirmer indirectement que « les libéraux ont déjà eu le pouvoir ». Or jamais depuis 1789, ni avant bien sûr, la France n’a vu de libéral à la manœuvre. Jamais. Non, pas Sarkozy, certainement pas de Gaulle, ni même Thiers n’étaient des libéraux. Ne voyez pas mes vrais amis parmi mes faux amis, tels les étatistes se réclamant de droite ou, pire, les sociaux-démocrates.

Mes vrais amis sont des créateurs de richesses, des gens passionnés aimant leur métier, salariés ou non. Ceux qui savent que le risque fait partie intégrante de la vie et de l’économie et que les fruits de leur travail dépendent de leur capacité à s’adapter et à rendre service. Mes vrais amis n’ont pas peur de la justice du libre marché et de sa concurrence. Mes vrais amis n’attendent pas un vote politique pour espérer la coercition de l’état ou l’hypocrisie de la solidarité pour obtenir des ressources via un énième rabot fiscal. Mes vrais amis commercent honnêtement, sans volonté de spolier l’autre.

Au contraire, mes vrais amis sont révoltés par l’injustice de l’action des politiciens, par le vol légal d’une fiscalité instable et arbitraire que des vendeurs d’illusions imposent à tous. Mes vrais amis sont révoltés par tous ces funestes « droits » d’avoir, acquis sociaux qui masquent une spoliation légalisée et généralisée, contraire aux droits fondamentaux de la liberté, de la propriété et de la sécurité. Oui, mes vrais amis entrent logiquement en résistance face à l’oppression de l’hyper-fiscalité tyrannique.

C’est à la société des hommes adultes de se prendre en charge. Ce n’est pas au diktat d’une majorité oligarchique de brandir à des adolescents leur miroir aux alouettes. Tant que la population refusera d’ouvrir les yeux sur le rôle de la politique, ces charlatans des temps modernes nous nuiront, à tous.

La saine action politique ne consiste pas à contraindre ni à juger les hommes sous de faux prétextes, tel le stupide « untel est riche mais l’autre est pauvre », ni de prendre par la force à l’un pour donner à un autre sans mérite. L’état de droit, ce n’est pas de l’altruisme détourné en pleins pouvoirs donnés à des guignols politiques aux promesses envolées. L’état faussement pléthorique insécurise chacun par sa remise en cause du juste, de la liberté, de la propriété naturelle et des fruits mérités du travail.

Madame, ce qui est économiquement et socialement coûteux, ce sont les décisions politiques depuis des décennies, qui nous annoncent la banqueroute de la France. Une révolte n’y changera rien, sauf à accélérer encore le processus. Dans ses écrits, Frédéric Bastiat (1801-1850), un vrai ami et un des meilleurs économistes et humanistes que le monde a pu connaître, a déjà décrit toutes les dérives que nous vivons actuellement. Malgré le temps, l’être humain reste encore bien faible et crédule !

Ah, Tendons deux mains, Syrien ne change...

(Publié sur Le Cercle en 2015.)

La générosité de nos voisins Allemands nous émeut, à juste titre, même si elle se voit troublée par  des actes politiques de façade. Il est bel et bon que les individus sachent spontanément s’entraider, surtout quand c’est en réponse aux méfaits d’une tyrannie inqualifiable. Saluons donc ces Allemands.

Mais en même temps, tout le monde ressent un vague malaise. Nous ne pouvons porter toute la misère du monde, dit le sage adage. Alors, où se trouve la limite ? De quel côté se tient la liberté ?

Si la générosité actuelle semble belle, elle a pourtant un côté obscur. Si chaque Allemand, ou Français, qui accueille quelque réfugié finance son séjour en nos pays, on ne peut qu’être admiratif et respectueux. Mais quand la générosité est en réalité basée sur le financement « social » des réfugiés, qui vont pouvoir bénéficier des nombreux « droits », c’est une tout autre histoire.

Ce que l’on voit toujours dans l’immigration fuyant les guerres, c’est la misère de tant de pauvres gens nés sous tant de tyrannies manifestes. Mais on oublie souvent de voir ce que Hans-Hermann Hoppe appelle « l’immigration forcée », cette forme de tyrannie certes plus douce mais une tyrannie quand même, qui nous impose des afflux migratoires financés sur nos impôts.

Dans un monde libre, dans lequel il n’existe pas d’espace public, on ne peut émigrer qu’à condition d’y avoir été invité par ses hôtes, qui doivent assumer cette décision. Pas d’état dépensier de l’argent des autres pour nous imposer de financer la venue de gens que de plus on n’a pas choisis.

Il ne faut surtout pas voir dans cette analyse ni racisme ni fascisme. Mais se rappeler que l’état n’a pas le droit de forcer l’accueil de qui que ce soit à quiconque. Car l’état n’est jamais généreux.

Par ses fondements mêmes, le drame actuel a toutes les chances de perdurer et de s’amplifier. Tant qu’il y aura des malheureux et des pauvres en ce monde, tant qu’ils pourront espérer venir en nos pays socialistes pour y bénéficier d’un statut social financé sans commune mesure avec leur situation et leur espoir d’avant, on verra vagues sur vagues de migrants frapper à nos portes.

Passées les émotions du jour, quand le nombre sera devenu trop grand pour nos économies exsangues, quand la haine et le conflit auront remplacé la belle générosité, quelle sera l’avenir des migrants et de nos démocraties supposées modèles ? Qui sait, peut-être que la Syrie sera alors devenue la nouvelle terre promise de migrants venus cette fois d’une Europe Quart monde ?

Sunday, January 21, 2018

Il faut que ça change, mais dès que ça change, tout le monde est dans la rue

(Paru sur Le Cercle en 2015.)
François Hollande c’était fait élire sur le « Changement, c’est maintenant ». Barack Obama annonce lancer un vaste plan pour contrer le changement climatique. Le changement, c’est un mot magique, une des grandes chimères et un des grands paradoxes du socialisme. Partout, toujours, on entend qu’il faut que ça change, mais en même temps dès que ça change, tout le monde est dans la rue.

Les premiers socialistes, devenus communistes, voulaient changer l’homme, voir l’éclosion d’un homme nouveau, meilleur et plus généreux, pour que tout change enfin. Encore aujourd’hui, le slogan de Hollande portait cette promesse égalitaire, ce changement tant espéré hors du capitalisme honteux qui porte en lui la misère du monde. Depuis plus d’un siècle, il faut que cela change, et en effet, depuis un siècle le socialisme s’est peu à peu répandu partout. Et pourtant rien n’a changé.

Il faut dire que chaque fois qu’on tente de changer, hop, les privilégiés montrent les dents et démontrent leur sens de la solidarité. Les professions libérales montrent soudain qu’elles sont si libérales qu’elles refusent que leur marché soit libéralisé. Les agriculteurs sont tellement sûrs de la qualité de leurs produits et de leur aptitude à satisfaire les consommateurs qu’ils leur bloquent les routes au moindre signe de retour à une politique agricole devenue peu commune. Et tant d’autres.

Car le propre du socialisme tient dans les avantages acquis, dans les privilèges de tous genres qui sont autant de prétextes de faux progrès social. Il faut redistribuer, voyez-vous, puisqu’il faut changer l’injuste vie de Pierre, Paul et Jacques. Alors on commence par donner à Pierre, puis on donne à Paul, en veillant à ce que Jacques ne râle pas trop. Mais si ce dernier se réveille, si le changement passe par une jacquerie « solidaire », on verra les Pierre se soulever et les Paul nous rouler dans la farine.

Mais le paradoxe est bien plus profond. Car le socialiste veut protéger, pour réduire l’emprise du diable capitaliste. Il protège les salariés du licenciement. Il protège les agriculteurs de prix trop bas. Il protège par la loi. Et la loi rigidifie le monde. Avec la loi, il devient illégal de changer. On est devenu salarié, c’est pour la vie. Mais la vie justement, n’est-elle pas faite de changement ? Si dans la vie nous perdons l’espoir du changement, celui qu’on construit de ses mains, à quoi sert-il de vivre ?

Alors, après avoir été réchauffement, c’est une aubaine que le changement devienne climatique, justement quand le climat dans les banlieues se réchauffe au point de bientôt bannir les lieux. Face à leur incapacité au changement annoncé qui pourtant fait leur fonds de commerce, il n’est pas surprenant que les politiciens de tous poils s’emparent des nouvelles chimères qui ne changeront rien mais qui leur permettent de repousser encore un peu l’échéance de leur déchéance annoncée.

Mais ne nous y trompons pas. Le dossier climatique ne sera rien d’autre qu’un autre fiasco socialiste, et pour les mêmes raisons : à vouloir contraindre l’homme à défaut ou au prétexte de le changer, au lieu de changer de dogme et libérer les structures sociales, le socialiste ne change que pour le pire.

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (11)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)

Ma lectrice poursuit ainsi : « Plus sérieusement, votre conclusion soulève cependant un espoir : supprimer le droit du travail et, s’il faut accepter des « sacrifices courageux », selon une formule affectionnée par nos « élites », rétablir l’esclavage, au moins temporairement ».

Sarcastique ? Sérieusement, Madame, puis-je vous demander de vous imaginer chef d’entreprise et de tenter d’appliquer le code du travail français ? Nous verrions alors, quel serait votre avis 7 ans plus tard (si vous y arrivez), votre expérience objective faite. Bien sûr qu’il faut supprimer les 3500 pages du code du travail français ! Car jusqu’à preuve du contraire, il n’a pas suffi pour empêcher chômage, délocalisations, emplois précaires, stress et tension, etc. Ni surtout les emplois inutiles de la fonction publique, ni l’insatisfaction des salariés face à leur perte de pouvoir d’achat due à l’hyper-fiscalité, etc. Au contraire, c’est l’existence même de ce code inverse de toute logique qui est en grande partie à l’origine de ces phénomènes que nous ne connaissions pas avant son obésité accélérée.

S’il faut un code, je vous propose d’adopter à la place le code du travail suisse : il doit être efficace puisque le taux de chômage y est bas, que de nombreux frontaliers français préfèrent le système suisse où les salaires sont plus élevés. La Suisse n’est pas connue pour être un pays esclavagiste. Pourtant, son code du travail se lit le temps d’un Paris-Lausanne. Et elle ne connaît pas le SMIC.

Pour vous donc ce code nous protégerait de « sacrifices » et de « l’esclavage ». Il faut croire que votre rapport au travail n’est pas commun. Car pour le salarié, son emploi n’est rien d’autre qu’un contrat commercial avec l’employeur – ce qui rend encore plus suspect le besoin d’un code dédié. Et comme tout contrat libre et spontané, il faut que chacune des deux parties y ait un intérêt, sinon qui le signerait ? Tout comme si vous achetez une baguette chez le boulanger : vous gagnez un pain et lui un euro. Dans cette perspective, pouvez-vous me dire où se trouvent « sacrifices » et « esclavage » ?

En fait, ceux qui acceptent des sacrifices depuis trop longtemps sont d’abord les non-salariés, puis les salariés du secteur privé, tous passés à la caisse pour nourrir un secteur public sans limite et fier de sa non-rentabilité. Si par exemple on supprimait le statut de fonctionnaire pour le remplacer par de simples contrats de 3 ans, on verrait alors qui se sacrifie vraiment. Les « rentables » sont devenus les esclaves des autres, telles ces « élites » engraissées à un point que le libéralisme ne permettrait pas – et c’est d’ailleurs pour cela que le pouvoir déteste cette philosophie et fait tout pour la discréditer.

Il y en a toujours qui doivent payer, dit la chanson. Certes, ce n’est peut-être plus de l’esclavagisme physique comme on l’entendait à l’époque coloniale, où les esclaves étaient tout juste nourris. Il demeure, le secteur privé est bel et bien placé dans un système esclavagiste où ceux qui détiennent le pouvoir prétendent avoir droit sur les richesses produites par leurs laquais. Si quelque chose ne tourne pas rond dans ce bas monde mercantiliste, cela tient aux « élites » et aux minables privilégiés du peuple qui ne veulent pas abandonner leur capacité de nuire.

L’égalité des droits « d’avoir » (les fumeux acquis sociaux) est la chimère qu’ils agitent pour nous hypnotiser et nous endormir. Mais les droits « à être » (les droits naturels, imprescriptibles) sont plus puissants. Ils finissent toujours par avoir raison de tout épisode de dirigisme collectiviste. Imaginez le premier jour sans code du travail, bientôt…

Il n'y a pas de "cyberwar"

(Publié sur Le Cercle en 2015).

On parle de plus en plus de cyberwar, ou guerre numérique. Mais en fait, la cybersécurité est un danger tout relatif. C’est une guerre qui ne fait aucune victime. Certes, on commence à voir la menace s’étendre lentement vers la prise de contrôle de plateformes industrielles, ce qui pourrait alors causer de réels dangers. Mais cela ne correspond pas à ce jour à la réalité ni surtout à tous ces incidents qui font les gros titres. Et puis, si la menace est telle, pourquoi ne changer les systèmes ?

La cybersécurité n’est pas plus un champ de bataille, pour la simple raison que la mort n’est pas – heureusement – au rendez-vous. Mais elle n’est même pas la tourmente qu’on entend dire. Elle n’est juste qu’une nuisance. Une nuisance fort gênante, certes, mais une simple nuisance quand même. Mes collègues responsables sécurité ou consultants détesteront lire ceci, mais la réalité demeure.

Pour s’en convaincre, considérons les dégâts causés par les pirates informatiques. Que peut-il arriver ? Pour TV5, c’est l’image de marque qui a été touchée – la perte de revenus de publicité pendant le noir est négligeable à côté. Pour un industriel qui se fait copier ses plans, c’est son avance technologique qui fond – mais il s’agit d’un risque de relatif long terme, rien d’immédiat. Certes il y a de rares systèmes mis à sac qui nécessitent un arrêt souvent mineur de production.

On mettra de côté tout ce qui est d’origine juridique ou réglementaire, il s’agit d’amendes totalement arbitraires et sans fondement. Ainsi, Orange qui s’est fait pincer par la CNIL n’a causé aucun dommage à ses clients – aucune entreprise ne prendrait ce risque. On oublie trop souvent que la question dite de la privacy, celle de la protection des données personnelles, ne se pose pas dans les termes que la CNIL nous impose : la menace ne vient pas des entreprises, elle vient de l’état.

Notez que je ne parle nulle part de vol. Tout d’abord, le vol en informatique est rare, la copie est la règle. Mais surtout, le vol en matière de données n’a guère de sens (*). Une fois dans ma tête, aucune information ne peut m’être volée. Un industriel ne se fait pas voler ses plans – pour rester discrets, les pirates évitent de les détruire. Les pirates mettent donc la main sur des copies, ce qui signifie que les industriels ne perdent rien, sauf un avantage temporel sur un concurrent éventuel.

Même croissante, la cybersécurité n’est pas absolument gravissime en soi. Du moins pas au point de justifier les gesticulations étatistes qu’on constate…

(*) Depuis que ce texte fut publié, la menace des ransomwares a vu le jour, qui vient sinon dérober du moins bloquer l’accès à certaines données, ce qui se rapproche du vol dans l’effet. Probablement que les malveillants vont trouver d’autres types de nuisances encore. Il demeure, il faut garder raison et lucidité, on ne peut parler de guerre et rien dans ces nuisances ne justifie l’interventionnisme. Au contraire, croire que la cybersécurité peut résulter de textes ou lois, c’est ne pas en avoir compris la nature « piratesque », qui fait que les failles exploitées auront – comme en finances – leur origine de failles conceptuelles se trouvant en marge des textes.