Saturday, July 22, 2017

Brevets : Les idées sont-elles objets de propriété devant être protégés ?

Notre société post-industrielle repose de plus en plus sur l’immatériel. Les brevets sont un de ces mécanismes mis en place il n’y a que quelques décennies avec l’objectif affiché de protéger la copie d’innovations techniques et de permettre aux inventeurs de profiter de leurs créations. Mais de nos jours on constate que le concept est très dévoyé. Le brevet est utilisé autant pour défendre une idée que pour empêcher la concurrence d’innover de manière concurrentielle et légitime. Au-delà, on s’aperçoit que le concept même de propriété intellectuelle, récent, est vide de sens et de légitimité.

La chose est en fait assez simple. La propriété est un mécanisme juridique destiné à servir de base au règlement du principal conflit inhérent à la vie sociale, celui de l’accès aux ressources matérielles. La propriété donne une base de légitimité universellement reconnue, ce qui permet de trancher entre deux personnes qui revendiqueraient un même terrain ou un même pain, au profit du propriétaire.

Par contre, le domaine des idées et de la création intellectuelle en général ne présente pas ce conflit inhérent. Ce n’est pas parce qu’on partage une idée qu’on en est dépossédé. Il n’y a pas de conflit et donc il n’y a pas lieu de protéger qui que ce soit. Mieux, une idée n’a d’intérêt social que si partagée.

Certains utilitaristes avancent que sans brevet ou autre, les inventeurs ne pourraient pas profiter de leurs innovations et que la copie trop facile pose le risque de la dissuasion à innover. Il n’y a là qu’un signe de courte vue, car il y a bien d’autres façons de valoriser ses idées que celles de notre société.

Bien des contradicteurs avancent que sans brevet, aucune invention moderne ne pourrait être rentabilisée, ce qui découragerait l’innovation, dans ce monde complexe. Or dans le cas général, deux inventeurs n’ont pas le même talent pour profiter de leur invention. L’inventeur du disque vinyle par exemple, s’il veut profiter au mieux du potentiel de son invention sur le marché, doit non seulement être inventeur, mais aussi industriel, promoteur et disposer d’un vaste carnet de contacts auprès des artistes. A l’inverse, le boulanger qui crée un pain aux fleurs de courgettes peut très bien se satisfaire de sa clientèle et vendre son idée à un minotier qui en fera un pain industriel original.

En fait, il existe bien des moyens d’exploiter une idée, et le meilleur moyen dépend de la volonté et de la capacité de l’inventeur. De plus, toute invention ou innovation n’a pas forcément vocation à devenir industrielle. A l’inverse, les industriels, tel Coca Cola et sa recette, disposent de bien des mécanismes pour protéger leur savoir-faire. C’est en réalité une question de stratégie commerciale. Selon que le projet de l’inventeur sera plus ou moins industriel, selon qu’il choisira de s’associer avec des partenaires – distributeurs – il n’aura pas besoin de se protéger de la même manière.

Autre piste, certains nationalistes pensent qu’il faut protéger notre savoir-faire vis-à-vis des pays à faible coût de main d’œuvre. C’est là un réflexe protectionniste dont toutes les bonnes théories économiques montrent qu’il va à l’inverse des intérêts des peuples des deux pays concernés. La meilleure façon de protéger un savoir-faire, c’est de le rendre indispensable auprès du marché mondial en développant la demande et en gardant continuellement la longueur d’avance initiale.

Par ailleurs, une thèse un peu naïve prétend que sans possibilité de brevet, beaucoup de laboratoires ne pourraient exister ou survivre. Or on pourrait inverser l’argument. Pourquoi créer un laboratoire (de recherche) si c’est pour craindre de partager ce qu’on y trouve ? Pour que l’automobile connaisse le succès, il a bien fallut accepter d’en partager le concept avec le marché mondial. De même avec tout produit, ce n’est qu’en acceptant de mettre une partie dans le domaine public – mais pas d’autres – qu’on peut transformer une idée en profits substantiels. Mais il n’y a là rien de nouveau, cela se passe ainsi depuis que le monde est monde. Pourquoi des brevets pour ce simple prétexte ?

Pourtant, disent d’autres critiques du monde libéral, même Ayn Rand, libertarienne peu discutable, était en faveur de la protection de la création, fruit de l’effort mental du créateur. Certes. Mais Ayn Rand fut tout sauf une économiste et son opinion souffre souvent d’une analyse limitée dans ce domaine et précisément à propos de la propriété intellectuelle. Son point de vue confond création et distribution de la création. Le talent qui permet de produire une idée ne peut en général pas se passer d’autres talents pour en tirer les fruits. Ce n’est pas juste une création qui fait la richesse légitime, mais la capacité à combiner cette création avec bien d’autres talents pour que le marché achète et rémunère. L’oubli du besoin de cette combinaison fait le talon d’Achilles des brevets.

Citations
« Il n’est tout simplement pas vrai que nous ayons un droit quelconque à ne pas être copiés ; le seul droit légitime que nous possédions est celui de faire tout ce que nous pouvons faire pour empêcher les autres de s’approprier la valeur de notre invention (ou création) en utilisant les ressources qui sont légitimement les nôtres, sans porter atteinte à leurs propres droits. » -- Henri Lepage

« L’exclusivité [du brevet] viole le droit naturel d’un individu de découvrir et exploiter les fruits de son travail ou de son intelligence ou d’imiter quelqu’un d’autre. Cet acte d’un concurrent ne prive pas l’inventeur des fruits de son travail, il le prive de gains à l’échange exactement comme un concurrent peut le faire dans n’importe quelle activité. » -- Bertrand Lemennicier

Quelques problèmes sociaux aujourd’hui et demain liés à une pièce d’identité

Ce billet est le second d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse aux travers de la mise en place d’une carte d’identité par l’état.

On a vu dans le billet précédent que dans la vie courante, il n’y a pas besoin de carte d’identité. Celle-ci résulte de l’éloignement, de la distance mise entre l’individu et l’administration qui ne le connaît pas, ou plus plutôt, alors même que ce serait plus logiquement à elle de se faire reconnaître.

Parmi les phénomènes sociaux aberrants récents liés à l’identité officielle, les « Sans papiers » sont probablement encore dans les mémoires. Voilà des migrants qui ont volontairement détruits – ou caché – leurs pièces d’identité pour espérer profiter d’un « vide juridique » des textes obscurs établissant le « social » en ce pays, et ainsi bénéficier d’une manne et d’une légalité. Ce n’est bien sûr pas leur démarche qui choque – elle est rationnelle – mais l’idée même qu’un législateur inique ait pu donner un statut particulier à des individus selon leur capacité ou pas à produire une « identité ».

C’est d’ailleurs là tout le problème de ce concept. Imaginez, cher « compatriotes », que les circonstances – une inondation, un incendie – devaient détruire vos « papiers ». Alors même que votre situation serait des plus critiques, vous ne pourriez plus bénéficier des « services publics » ni de tous ces machins rendus obligatoires pour la seule raison de votre incapacité à prouver qui vous êtes. Paradoxe où je te reconnais d’un côté, mais je me défie de toi quand je t’oblige à venir à moi.

Dans une société de carte d’identité, la règle de base est à la défiance, il faut prouver qui ont est. Cette logique est absurde et incohérente : suis-je en droit de contester le paiement de mes impôts sur la seule base de la remise en cause de l’identité de mon percepteur ? Après tout, pourquoi payer le fisc quand on n’est même pas sûr que l’argent soit bien reçu par ce gouvernement qui le réclame ?

Un autre problème de fond de l’identité étatique tient à son lien avec la nationalité. S’il ne s’agissait que d’un mécanisme, une sorte de service pour attester de l’identité de Paul ou de Jacques, cela pourrait s’avérer utile dans un monde ouvert où les distances se gomment – on y reviendra. Mais la carte d’identité est aussi une carte de nationalité, comme le passeport. Elle est accordée non pas à qui la demande contre paiement, mais à ceux que l’état français reconnaît parmi ses ouailles.

Ce mécanisme crée alors un phénomène de banalisation, d’égalitarisme et de collectivisation. L’individu bien qu’identifié et reconnu pour lui-même, se trouve en même temps dépersonnifié par l’assimilation que lui impose une nationalité identique à celle de personnes dans lesquelles il ne se reconnaît pas forcément. « Je suis aussi Français que vous » est une phrase souvent entendue, qui illustre le nivellement implicite que cette forme d’identité porte en elle. Je ne suis pas reconnu pour qui je suis, mais pour mon appartenance fortuite et imposée à une abstraction qui m’assimile à d’autres individus, certainement respectables, mais avec lesquels je n’ai pas grand-chose à voir.

Au-delà de ce tour d’horizon très rapide, une des questions brûlantes tient à l’évolution de cette « identité nationale » alors que tout se numérise : que vaut la carte d’identité sur Internet ? Pas grand-chose si on considère le support matériel, impropre pour cet environnement. Mais on peut imaginer, comme certains pays y travaillent voire tentent des approches, qu’une carte à puce ou autre permette de franchir la barrière du numérique. Que faire alors d’une telle identité ?

On se rend compte tout de suite qu’elle se trouve en concurrence avec toutes les autres formes d’identité qu’on trouve sur le Net – à commencer par votre compte Facebook ou Google. Et qu’elle n’est guère reconnue que par les mêmes institutions nationales que dans la vraie vie : l’état péruvien a peu de chance de reconnaître mon identité comme français. On comprend donc vite que l’absence de nationalité sur le Net conduit au besoin d’une identité qui soit reconnue ou reconnaissable sans la moindre prise en compte des identités nationales, vides de pertinence.

On commence à voir pointer des services privés d’identité numérique. La compétition se fait en ce moment sur deux axes. Certains comme Google jouent sur le caractère universel de l’identité, sa capacité à être reconnue et techniquement compatible avec l’immense majorité des sites web. D’autres proposent de vous offrir une identité numérique avec plus ou moins « d’assurance », c’est-à-dire de preuve plus ou moins forte qu’il s’agit bien de vous. Cela est utile par exemple lors de transactions commerciales sur Internet impliquant des montants spécialement importants.

C’est la beauté du marché que de progressivement faire émerger une identité qui revienne à l’origine du besoin social, tel qu’abordé dans le billet précédent. On peut parier que l’identité numérique – nos identités numériques – sera ainsi affranchie de sa part d’étatisme – lourdeur, arbitraire, défiance – et finira par remplacer nos cartes et passeports à un horizon bien plus court qu’on l’imagine.

Sunday, July 16, 2017

Le rôle de l’identité dans une société libre

Ce billet est le premier d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse au rôle et au besoin d’une identité des individus dans la société.

Nous n’avons pas toujours eu de carte d’identité et encore aujourd’hui, de nombreux pays n’imposent pas cette formalité à leurs citoyens. A l’heure où l’identité sur le Net, et à l’inverse l’anonymat, par exemple des « cybercriminels », fait question, il semble donc intéressant de tenter de mieux comprendre le rôle social de « l’identité » individuelle et la nature de son besoin.

Nous naissons connus de notre seule famille. Et au gré de la vie, nous rencontrons plus ou moins de gens que nous connaîtrons et reconnaîtrons et qui eux-mêmes en retour nous reconnaîtront. Ils se comptent en quelques centaines probablement, parfois en quelques milliers, jamais en millions. Pour ces gens qui nous connaissent, il est rare que la question de notre identité leur importe.

La question commence à se poser dès qu’on entre en relation professionnelle avec des inconnus. Je souhaite me faire embaucher, et mon employeur aimerait bien s’assurer que le contrat que je signe m’engage vraiment et donc que ma signature n’est pas faite au nom d’un autre, par exemple. Plus généralement, un long contrat, à forts enjeux, ne peut se concevoir qu’entre personnes qui ont pu établir un niveau assez important de confiance mutuelle, et se connaître et se reconnaître fait partie intégrante de cette confiance – je peux difficilement faire confiance à quelqu’un dont je ne sais rien.

A ce stade, il convient de noter que l’identité en tant que telle a peu d’influence. Que mon nom soit Paul ou Jacques, que j’en change régulièrement ou pas, un peu comme on change d’habits, importe peu. Une femme qui se change reste elle-même, elle ne change pas d’identité envers les autres. Le nom est un outil social convenu, ce n’est guère qu’un raccourci pratique : ce qui compte c’est d’être reconnu. Cela peut d’ailleurs se faire de nombreuses manières. Il suffit par exemple que plusieurs personnes connues de votre interlocuteur lui confirment qui vous êtes. Et fassent votre réputation.

Arrive alors, dans la société dite moderne, l’administration. Et tout change, parce que rien du monde administratif ne repose sur des relations contractuelles ou des relations de confiance. Pour Elle et ses agents, nous ne sommes plus quelqu’un de précis, mais un simple citoyen. Un numéro. Sans raison, l’administration nous crée des obligations que nous n’aurions pas dans la vie normale. Devoir faire une demande de carte grise, déclarer ses impôts, payer un « excès de vitesse », aller voter. Toutes ces nouvelles exigences ont en commun de reposer sur une relation de défiance. Finie la confiance qui est à la source de toutes les relations volontaires et spontanées de la vie normale en société.

L’administration a alors besoin d’un mécanisme pour s’assurer qu’à ses yeux nous sommes bien celui que nous prétendons être – et c’est là qu’arrive la carte d’identité ou le numéro de sécurité sociale aux Etats-Unis – quiconque a vécu dans ce symbole déchu de la liberté sait le poids du « SSN ».

Je sens venir les minarchistes ou autres libéraux qui ne manqueront pas de me faire remarquer que la police ou la justice ont besoin de connaître mon identité pour – par exemple – éviter de jeter un innocent en prison à ma place. Comme souvent, ce serait mélanger objectif et moyen. S’il est clair qu’il est légitime de souhaiter ne pas inverser les coupables, cela peut être fait sans problème par une police de proximité, une police qui nous connaît en personne, celle que ma copropriété emploie pour notre sécurité locale et de ce fait connaît tous les habitants du quartier. Et donc les autres.

C’est bien beau la proximité me direz-vous, mais comment fait-on sur Internet ? Eh bien, on fait comme sur Facebook, par exemple, on s’appuie sur nos connaissances communes. Les amis de mes amis peuvent confirmer que je suis bien celui ou celles que je prétends être. Je m’affiche sous un pseudonyme, ce n’est pas ma véritable identité ? Qu’en savez-vous, puisque c’est celle que j’ai choisie et que mes amis me reconnaissent ? Qui mieux qu’eux sait qui je suis vraiment ?

On le voit, dans la société libre et spontanée, l’identité est un concept très subjectif. C’est la confiance envers l’individu et sa capacité à respecter ses engagements qui compte vraiment.

Saturday, July 15, 2017

Une légitimité pour la fiscalité ?

La fiscalité est un sujet presque tabou pour un libéral, tant il va de soi qu’elle n’est en rien légitime. Outre leur assimilation à du vol sous l’angle du droit naturel, les impôts et taxes sont vides de toute base légitime, fût-elle issue du droit constitutionnel. Néanmoins, afin d’entrer dans leur propre logique, essayons de voir ce que certains textes fondateurs nous expriment.

La « contribution commune » supposée est encadrée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Ainsi, l’article 14 énonce : « Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. »

C’est clair, « consentir librement » à taxes ou impôts, c’est assez éloigné de la réalité que les citoyens vivent aujourd’hui. Par ailleurs, le « droit de constater la nécessité » de la contribution n’est-il pas un autre signe qu’il n’y en fait aucune fatalité, aucune évidence à la fiscalité ? Pour autant, l’impôt venant alimenter le régalien, cela pourrait-il justifier l’agression fiscale de l’état envers les citoyens ?

Car imposer et taxer ne sont que des mots plus politiquement corrects masquant un vol et un phénomène de spoliation. Il s’agit d’une vulgaire agression de la propriété individuelle et des fruits du travail du citoyen. Même prise par des représentants du peuple, la décision de lever l’impôt viole l’exigence voulant que l’individu y consente librement et en constate lui-même la nécessité.

Quoi qu’il advienne, disposer des fruits de son travail revient a priori à l’individu. Aucun pouvoir arbitraire, fut-il élu, n’a mandat pour piocher délibérément dans le porte-monnaie des citoyens pour « répartir la richesse » ou « faire de la dépense publique ». S’il y a nécessité, celle-ci se manifeste spontanément au sein de la société qui s’organise alors pour y faire face sans violence et uniquement par le commerce librement consenti. Parmi ces besoins, il peut y avoir la sécurité comme la justice.

Même pour les fonctions protectrices, aucun pouvoir politique n’a mandat a priori pour décider à notre place et exiger impôts ou taxes pour des raisons plus ou moins obscures. Ceci encore moins dans une démocratie où les politiciens en place ne sont élus que par une part infime des citoyens.

Les nombreuses variantes d’étatistes insistent pour voir en l’impôt un mal nécessaire. Ce type d’affirmation oublie de réfléchir à l’origine de cette prétendue nécessité. Qui donc décide pour moi et malgré moi de ce qui est nécessaire, comme les parents pour un jeune enfant ? Pourquoi la nécessité des uns vaudrait-elle plus que la nécessité des autres ? Même l’évidente nécessité d’une paix publique ne justifie pas de pratiquer l’oppression spoliatrice par la fiscalité. Si cette nécessité est aussi évidente, alors impôts et taxes peuvent être transformés en contributions communes librement consenties. Toujours en liberté, il faut se demander qui décide de ce qui est « nécessaire ».

D’autres, plus à gauche, font la promotion d’un impôt qui servirait la redistribution vers les pauvres. Mais selon une telle vision, comment justifier la présence des niches fiscales pour l’impôt sur le revenu sans rapport avec la richesse ou pauvreté présumées ? Et pourquoi de très nombreuses taxes, à commencer par la TVA, touchent-elles également les pauvres ? Qui est donc sous le robinet de la redistribution affichée en de tels cas, si ce ne sont bureaucrates, fonctionnaires et élus divers ?

Une thèse classique et proche voudrait que les riches payent l’impôt. Là encore, la question clé tient à savoir qui décide du niveau de richesse et comment la « richesse » se mesure. Cette fois, l’impôt serait fait pour niveler les revenus ? Comme si les revenus étaient tous d’origine malhonnête et qu’ainsi « justice sociale » devrait être faite. Cette thèse oublie que dans le cas des fonctionnaires par exemple, c’est en effet ce qu’il se passe : 100% du traitement d’un fonctionnaire vient de l’impôt, donc d’un vol et donc cette forme de revenu est bien intégralement d’origine malhonnête. Par contre, le « riche » entrepreneur n’a en général volé personne, car en matière de commerce, il n’y a que des gagnants – sauf paradoxalement (?) quand l’état s’en mêle. L’argument de la soi-disant « justice sociale » se retourne donc très vite vers ceux qui en abusent et oublient la vraie justice.

Le prochain tour de critiques vient demander comment vivrait l’état s’il n’y a plus d’impôts. C’est un peu mettre la charrue avant les bœufs, car l’état en tant que monopole du régalien n’a en réalité rien d’indispensable. L’état n’a aucune justification morale, pas plus que scientifique. Historiquement, il est le produit de conquêtes de territoires par violence physique, de meurtres, de sang versé pour le pouvoir. L’action libre et volontaire des êtres humains peut s’affranchir de ce système illusoire et monopoleur qui fait obstacle à une organisation libre et spontanée des fonctions régaliennes.

Enfin, beaucoup sont convaincus qu’il faut lutter contre la fraude fiscale. Mais comment le refus d’une contribution supposée être librement consentie peut-il s’analyser comme une fraude ? S’il existe une volonté de se soustraire aux impôts et taxes, cela ne peut être que parce qu’il y a défaut de consentement envers les décisions et actions des gouvernements. Le meilleur moyen de lutter contre la « fraude fiscale » supposée consiste tout simplement à appliquer strictement les exigences de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en demandant son accord avant tout impôt.

Citations
« L’impôt est une agression et une pénalité contre la propriété acquise et produite, qui conduit nécessairement à une réduction de la création de richesse incorporée dans cette propriété, et à un abaissement du niveau général de vie. L’impôt est un transfert forcé, non consenti, d’actifs patrimoniaux. » -- Jean-Baptiste Say
« Prélevé en fonction d’une norme décidée par les détenteurs du pouvoir étatique, sans respect de la personnalité de chacun, l’impôt pénalise la prise de risque et est foncièrement esclavagiste, allant à l’encontre de son but recherché, bafouant les droits fondamentaux de l’être humain et la propriété de l’individu » -- Pascal Salin

Friday, July 14, 2017

On ne choisit pas l’économie, elle s’impose à nous.

Lors d’un de ces tristes débats avec un mélenchoniste, où je tentais de lui faire comprendre l’intérêt de l’échange libre, celui-ci me rétorque soudain, avec ce tutoiement peu respectueux et spontané qui les caractérise : « En même temps, tu choisis l’économie monétaire plutôt qu’humaine… » Voilà donc qu’il y aurait deux types au moins d’économies et qu’on pourrait choisir librement entre elles lors de ces discussions qui animent la toile. Relativisme ambiant typique, où seul le « cœur » dicterait tout.

Pour être correct, je dois dire que je présume qu’il avait en tête le choix de 2 théories économiques différentes. Parler de l’économie humaine – le troc sans doute ? – n’irait pas loin dans un tel débat. Bref, c’est moi qui choisis mon sujet : Avons-nous vraiment le choix de la théorie économique dans un débat, et que pourrait être une théorie économique « humaine » mais pas « monétaire » ?
Tout d’abord, le choix d’une théorie. Sur ce point, il n’y a pas que les mélenchonistes qui montrent des difficultés, car ce sujet ressort tout aussi régulièrement lors de discussions avec des « libéraux », voire avec des « libertariens de gauche ». Pour expliquer l’idée de base, je passerai par la physique.

En physique, lorsqu’un phénomène est décrit et finit en une formule, par exemple le fameux e=mc2, il n’y a pas de choix de théorie. La formule est un aboutissement dans le travail de recherche, ici par Einstein, et la seule chose qui compte c’est que tout le monde reconnaisse que cette formule décrit bien ce qui se passe, ici que les relations entre masse et énergie sont celle d’une même identité. Il ne viendrait à l’idée de personne de parler de choix de théorie, car tout le monde a bien en tête que l’objet de la théorie est de décrire la réalité, et rien d’autre. Un jour peut-être on trouvera une formule encore plus générale qui décrit mieux la réalité, mais pour le moment, aucun doute permis.

Pourquoi alors faudrait-il qu’en matière d’économie l’objet de la théorie soit différent, qui ferait qu’une théorie pourrait être choisie en fonction notamment de la vision politique qu’on a de la chose sociale ? C’est bien évidemment une absurdité. La théorie économie, si elle existe, ne peut être que la description objective de la réalité sociale, ou sinon ne pas mériter d’être qualifiée de « théorie ». S’il y a théorique économique, celle-ci ne peut que s’imposer par sa fidèle expression de la réalité.

Pour la même raison, une théorie économique réaliste ne peut être qu’humaniste, puisque reposant sur la réalité du comportement humain dans ses rapports socio-économiques. La question du choix politique d’une théorie économique est donc une idée vouée à l’échec, conduisant à dire des bêtises. Elle repose bien sûr, depuis Marx au moins, sur cette conviction qui voudrait que les économistes et les gens en général ne pourraient lire et interpréter la réalité qu’à travers un biais, un prisme en lien direct avec leur situation sociale. Il n’y aurait donc pas de réalité, ou plutôt, elle serait inconnaissable.

Reste à trouver une théorie économique qui serait donc scientifique selon ces critères et de ce fait qui ne ferait pas question. Cela tombe bien, c’est le cas de la théorie dite autrichienne. Chance. Mais je sens déjà la question : mais qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer ? Il faudrait bien plus que ce court billet pour répondre à ce qui a donné lieu à certains des ouvrages les plus complets de la science économique. J’espère juste aiguiser assez de curiosité du lecteur pour qu’il vérifie lui-même.

Disons simplement que la théorie autrichienne repose sur des concepts qui sont tellement simples, élémentaires même – le fait que chacun de nous prenne des décisions à chaque instant de sa vie – et sur une logique à la fois tellement rigoureuse et accessible qu’il est ainsi facile de se l’approprier et facile de constater la totale absence d’opinion politisée ou d’influence politique dans ses résultats.

Alors notre mélenchoniste et nos pseudo-libéraux ? Disons qu’ils sont le produit et le reflet d’un système d’enseignement pour le coup hautement politisé et qui veille bien à ne pas instruire ses ouailles afin que l’immense majorité reste ignorante de la chose économique et sociale et ainsi demeure loin de toute idée de remise en cause de la puissance publique et de son illusion.

Il nous faut positiver le mélenchoniste, finalement. C’est lui qui motive notre action d’information, ce devoir qui est le nôtre d’expliquer, expliquer encore en quoi et pourquoi l’état n’est pas notre avenir.

Saturday, May 20, 2017

Je ne suis pas libertarien, en fait

En cette période électoralement chargée, on entend tout le monde se dire de droite, de gauche, républicain, socialiste, en marche, insoumis, lassallant, cheminant ou asselinant. Et j’en oublie.

Chez les libéraux, nous sommes selon les cas nombreux à débattre âprement entre « libéraux », « classiques », minarchistes ou libertariens – et il en est même qui arrivent à se dire libéraux ou libertariens de gauche. La liberté semble se décliner sous de nombreuses bannières.

Pour ma part libertarien, ou plus techniquement « anarcho-capitaliste », je voudrais mettre ce soir tout le monde d’accord, enfin : en fait, je ne suis rien de tout ça. Mais comment ça ? Deux secondes.

Il est en fait impropre de se dire libéral ou libertarien. L’expression en général veut dire que notre réflexion politique nous a finalement conduits, souvent après de longues lectures et de nombreux débats et échanges, à adopter la théorie politique – sociale et économique – favorable à la liberté.

Mais cela ne change pas pour autant ce que nous sommes, ou que je suis. On devrait dire « je suis convaincu par la liberté », ou « par le libéralisme ». Mais me direz-vous, à quoi bon un article pour une telle subtilité et nuance dans la langue ? Après tout, « je suis libéral » n’est qu’un raccourci.

Et bien ce n’est pas si sûr, justement. Pour mieux comprendre, prenons l’exemple inverse du socialiste qui dit « je suis socialiste ». Ce personnage nous parle en effet bien de lui. Il nous dit non seulement qu’il croit aux balivernes pseudo théoriques promues par les leaders socialistes, mais aussi que lui-même assume ces idées qui en essence reposent sur le vol par redistribution d’autrui. Notre socialiste nous dit, en somme : « je crois à la vertu du vol, je vole moi-même, ou du moins je recèle le vol mené par l’état en ma faveur ; j’assume pleinement cela et même j’exige de pouvoir vous voler. »

Je pense que déjà vous entre-apercevez la différence avec le libéral véritable. Car notre ami, pour sa part, nous dit : « j’ai compris que la théorie libérale donne une description juste et correcte de la réalité, qu’elle établit que la liberté est le meilleur régime social possible ». Mais par contre, il serait un peu curieux d’entendre : « et de plus j’assume de ne pas demander à profiter du vol par l’état ».

Et réalité, dire « je suis libéral », c’est afficher qu’on n’exige rien et qu’on reconnaît à l’autre le droit d’opter pour les idées et le système qui lui convient, tant qu’il ne vient pas fouler nos plate-bandes. On peut ainsi être « libéral » et pro-vegan, ou libéral et pro-OGM ou encore libéral et ermite.

Je ne suis donc pas libéral, je suis juste quelqu’un de normal qui fiche la paix aux autres. Mais par contre, je suis un fan de Hitchcock et du lien entre technologie et organisation sociale. Et vous ?

Il y a je crois un modèle de société qui conviendra bien à cette vision du respect de chacun. Il consiste à défaire, à démanteler le pays jacobin et tyrannique en petits territoires peuplés de gens libres et respectueux, partageant des goûts et des affinités proches et une même idée de leur liberté. Nous sommes quelques-uns à l’appeler : « la décentralisation ».

Friday, April 21, 2017

Article « À la rencontre des libertariens français »

Le journaliste Jean-Baptiste Bonaventure vient de publier un bel article avec ce titre, accessible ici.

Dans sa démarche, il a interrogé un certain nombre de libertariens relativement connus et de profils différents, ce qui donne à son texte un réalisme et une honnêteté qu’il convient de saluer.

Lors de ses échanges avec moi, il m’a à la fois interviewé puis ensuite demandé de répondre à quelques questions par écrit, sachant pour autant qu’il n’a retenu in fine qu’une partie infime de mes réponses et probablement de même s’agissant de Marc ou de Nathalie MP.

Ainsi, j’ai choisi de publier l’intégralité de ses questions et de mes réponses, ci-dessous, afin de donner à ceux que ça intéresse un regard complémentaire au sien, plus approfondi je crois, sur ce sujet et sur notre mouvement.

1°) Pouvez-vous vous présenter brièvement (Nom, âge, occupation, etc.) ?
Stéphane Geyres, 55 ans, Consultant en risque des systèmes d’information, Français, marié, 2 filles adultes, formation d’ingénieur, ayant vécu dans 5 pays.

Autodidacte de la liberté, tendance « anarchiste de droite » depuis toujours, libertarien depuis 10 ans une fois que j’ai eu découvert les grands auteurs à l’origine de cette ligne de pensée : Bastiat, Molinari, Rothbard et beaucoup d’autres depuis. Ancien président fondateur du Mouvement des Libertariens et co-éditeur des ouvrages « Libres ! » et « Libres !! ».

Abstentionniste par conviction et par respect pour les autres.

2°) Comment définiriez-vous votre pensée ? Plus largement la pensée libertarienne ?
Votre question a deux facettes et je vais en profiter pour éclairer la pensée libérale.

Tout d’abord, la pensée libertarienne, ce n’est rien d’autre que la pensée libérale poussée au bout de sa logique.

Ainsi, si la liberté est la première des valeurs républicaines, alors chacun doit (pouvoir) être libre en toutes choses et de la même manière (égalité) que tout le monde, et c’est cela et cela seul qui fonde notre fraternité.

Plus simplement : chacun doit être respecté pour son libre choix en toutes choses, tant que chacun respecte de même ce droit pour autrui.

Cela, c’est l’idée générale. Cela veut dire que le libertarien respecte les beurs, les gays, les noirs, les bobos, les bourgeois et tout le monde, pourvu que tout le monde le respecte en retour. Le libertarien se doit de n’agresser personne, par contre, s’il vient à agresser, il doit s’attendre à être sévèrement jugé.

Il y a des limites qui précisent ce qu’agression veut dire, j’y viens plus bas.

Mais l’idée générale ne veut pas dire que moi, individu, je me dois d’aimer tout le monde. J’ai le droit de ne pas aimer les jaunes (pure hypothèse), de refuser de leur parler ou de faire des affaires avec eux, pourvu que je les respecte et ne les agresse pas.  C’est le respect et le libre choix qui comptent.

3°) Les libéraux / libertariens de France constitue-t-ils un bloc monolithique ? Sont-ils tous d’accord ?
Clairement, la réponse est non. Beaucoup y voient une faiblesse, et politiquement cela est vrai.

Pour ma part, mon expérience montre que c’est bien plus le résultat de l’instruction que nous recevons à l’école qui fait que 99% des Français sortent de l’enseignement avec une opinion négative du libéralisme, dont pourtant on ne leur a rien appris.

De ce fait, on rencontre, schématiquement, trois familles de libéraux.

Le plus grand nombre se rencontre chez les partis de droite ou leurs électeurs. Ils ont un instinct de la liberté, mais rarement la culture économique et philosophique qui leur permet de voir que le « mal » se trouve dans le pouvoir politique. Quand ils évoluent et se cultivent, souvent ils deviennent libéraux affirmés, voire « minarchistes ». Les minarchistes souhaitent un état minimaliste, centré sur les fonctions dites régaliennes. Et quand on bouscule ces minarchistes, enfin ils finissent par devenir pleinement libertariens. Mais pour vous répondre, tout ce processus conduit à de nombreux courants, qui sont tous le reflet des nombreux chemins que prend la pensée des individus vers leur liberté.

Mais il y a aussi, à mon avis un autre, immense, réservoir de libertariens : les abstentionnistes, parce qu’ils ont souvent déjà refusé le pouvoir politique.

Pour autant, peu importe l’unité de la pensée, pourvu qu’il y ait unité pour avancer vers la liberté.

4°) Ce courant de pensée est loin d’être majoritaire en France et ailleurs. Comment y êtes-vous arrivé ?
J’ai longtemps été instinctivement libéral, puis un jour mon environnement professionnel m’a poussé à m’intéresser à l’économie, qu’on ne nous enseigne pas, à tort, pendant nos études. Après pas mal de recherche sur Internet, je suis tombé sur l’école autrichienne, la seule qui ne repose pas sur une approche mathématisée et de ce fait la seule qui m’ait « parlé » et qui soit compatible avec la réalité de notre liberté individuelle.

A partir de là, j’ai peu à peu creusé le sujet et les sujets périphériques, puis j’ai fini par rencontrer d’autres personnes sur les réseaux sociaux qui partageaient ma démarche ou mon analyse.  Les réseaux sociaux font beaucoup pour le développement de la liberté de par le monde.

N’en déplaise à beaucoup, le fait que nous soyons « minoritaires » n’enlève rien à la valeur de nos idées. Et à l’inverse, ce n’est pas parce que les gauchistes et étatistes sont largement majoritaires en France que cela donne à leur semblant de pensée une quelconque valeur ou pertinence.

5°) Quelles sont vos limites personnelles à cette “liberté absolue” (libre conso. des drogues, armes, etc.) ?
Je ne comprends pas bien votre terme de « limites personnelles », mais je vais tenter de répondre.

De manière générale, la liberté n’a comme limite que celle de notre prochain, c’est bien connu, mais cela reste fondamental. Donc ma liberté ne dépend pas d’un sujet ou d’un autre, mais uniquement de la nuisance (on parle « d’agression ») que je pourrais avoir envers autrui. La fin importe, pas le moyen.

Ce n’est pas pour autant un appel au chaos ni à la fumeuse loi de la jungle supposée, car on voit bien que dès qu’on franchit la limite, autrui a aussitôt le droit de se défendre. L’ordre est donc inhérent à la liberté, et de plus c’est le seul ordre vraiment juste et qui rende chacun responsable comme individu dans la société, puis qu’il n’y a personne d’autre que soi pour agir et répondre de ses actes, contrairement à la France actuelle et sa bureaucratie.

Pour revenir à vos exemples, je ne vois pas bien quel est le problème de la libre consommation ou des drogues. Attention, je ne me drogue pas, ne mélangeons pas svp. Il me semble d’ailleurs que sur de tels sujets, celui ou celle qui y trouve à redire, ce qui est son droit, porte non seulement un jugement sur les autres comme censeur, mais lorsque cela finit dans des textes de loi ou autres réglementations, va jusqu’à obliger autrui et à le contraindre.

Et je ne vois pas bien de quel droit quiconque pourrait m’imposer quoi que ce soit contre ma volonté, juste parce que ce je fais pourrait déplaire. Pas même un député, un président ou un juge que je ne connais pas. Un ami se drogue ? Vous trouvez que c’est mal pour lui ? Fort bien. Tentez de le convaincre, de le ramener à la raison, aidez-le, etc. Mais ne passez pas par la loi pour l’obliger, voire pour le conduire en prison.

Le cas des armes est un peu différent. Le problème vient de deux confusions. La première est dans le concept d’arme, qui est impossible à définir. Si on est contre le port d’arme, doit-on aller jusqu’à exiger de couper les mains, si on se rappelle que nos poings sont nos premières armes ? En réalité, n’importe quoi peut être une arme, c’est l’usage qui en décide.

La seconde confusion, plus grave, consiste à supposer que la possession d’une arme ferait aussitôt de son possesseur quelqu’un de dangereux. Or on peut posséder une arme juste par goût pour la collection. Une arme ne fait pas l’agression et surtout, elle peut permettre à une faible femme de mieux se défendre. Dans un monde où les armes sont partout, il devient plus difficile d’oser agresser le moindre passant.

6°) Que pensez-vous brièvement de ces différents sujets : 

  • 35 heures

La réponse courte est : une stupidité économique, car ce n’est pas le temps de travail qui compte, mais ce qu’il en résulte. Le travail n’est pas un gâteau à se partager, et personne ne travaille pour travailler. De plus, chacun devrait pouvoir choisir son travail et son temps de travail, pourvu qu’il trouve un accord avec son employeur. Plus généralement, tout le code du travail est une des causes profondes de notre faillite économique et sociale, basé qu’il est sur le marxisme. Il faut le supprimer, sans autre forme de procès - comme tous les autres codes, d’ailleurs.

  • Sécurité sociale

Elle est source de tout sauf de sécurité et de social. Elle coûte une fortune à tous, ne tient aucun engagement, crée des dettes, contraint tout le monde à commencer par les professionnels, elle est un état dans l’état, bref un monstre et une aberration. Elle est de plus hors-la-loi puisque son monopole n’est plus reconnu par l’Europe depuis quelques 25 ans. Là encore, la réponse devrait être : chacun devrait pouvoir choisir sa propre couverture sociale, librement.

  • CDI

Il y aurait beaucoup à dire, car le CDI exprime à lui seul tout le piège de la vision rigidifiée de la relation employeur-employé que porte le code du travail. Alors que le monde accélère et appelle à la souplesse, rigidifier ne protège pas l’employé, car cela le rend esclave de son employeur. Et l’on voit les burn-out, les suicides et tant d’autres déviances du monde du travail, tout cela parce que l’employé a peur du chômage et croit avoir perdu le pouvoir de dire « au revoir ». Cela n’est pas la faute aux patrons, mais la faute du code du travail et de ses inspecteurs.

  • Retraites par répartition

Une autre aberration, et du vol à grande échelle, comme tout mécanisme de répartition. Nous cotisons en ce moment pour la retraite dont profitent nos parents qui n’ont jamais pu cotiser assez pour leur propre retraite, vu qu’on n’imaginait pas à l’époque un tel allongement de la durée de vie. Et par contre, quand viendra notre tour, retardé toujours plus loin, les caisses seront vides. D’ailleurs, pourquoi serais-je obligé de partir à la retraite ? Quel esprit abject a pu seulement un jour oser penser qu’un tel mécanisme pouvait avoir une quelconque valeur morale, sociale et économique ?

7°) On évoque à tour de bras “l’ubérisation de la société”, souvent comme un mal. Que cela vous évoque-t-il ?
L’uberisation est venue par les taxis et cela reste un excellent exemple non pas du problème des Uber et autres, mais des problèmes de la France.

On parle d’Uber, mais on oublie d’abord de parler des taxis, dont il faut m’expliquer pourquoi la profession est soumise à licence (onéreuse) au lieu d’être libre. Car tout le problème vient de là : si les taxis étaient une profession « libérale », ils seraient je pense heureux de vendre leur service à Uber ou à ses concurrents. Ou même de faire concurrence à Uber en montant une association, par exemple. En tout cas, la question ne devrait pas être politique.

En France, on n’aime pas la concurrence, paraît-il. C’est oublier que c’est la concurrence qui enrichit le consommateur, c’est-à-dire tout le monde, alors que tout ce qui vient de la bureaucratie non seulement n’enrichit personne, mais nous appauvrit tous. Il faut donc faire sauter tous les monopoles, plutôt que de jeter la pierre à Uber qui tente juste de nous rendre service. Au point d’en faire une question politique, alors que la politique ne peut rien faire de positif en matière économique. Après tout, si vous n’aimez pas Uber, ne l’utilisez pas, tout simplement. Mais laissez tranquilles ceux qui y trouvent un intérêt.

8°) Enfin, comment décririez-vous les milieux libéraux/libertariens si vous deviez en faire un portrait-robot (Moyenne d’âge, sexe, niveau d’éducation, niveau de revenu, etc.)
Voilà bien une colle. A titre d’illustration de la diversité du milieu, je vous encourage à consulter la liste des professions des auteurs des ouvrages « Libres ! » et « Libres !! ». Il y a de tout, des étudiants au professeur d’université, des salariés dans des domaines très variés, des médecins comme un batelier ou un moto-taxi, des entrepreneurs comme des agriculteurs ou photographes.

En général, ce sont des gens curieux, autodidactes, entreprenants, au bon sens affûté et qui ne se laissent pas imposer facilement le politiquement correct. Le libertarien est un contestataire respectueux et responsable, qui aime les hommes comme il s’aime lui-même et qui œuvre pour que tout le monde puisse bénéficier de la liberté qu’il réclame pour lui-même. Un humaniste, donc.