Saturday, May 20, 2017

Je ne suis pas libertarien, en fait

En cette période électoralement chargée, on entend tout le monde se dire de droite, de gauche, républicain, socialiste, en marche, insoumis, lassallant, cheminant ou asselinant. Et j’en oublie.

Chez les libéraux, nous sommes selon les cas nombreux à débattre âprement entre « libéraux », « classiques », minarchistes ou libertariens – et il en est même qui arrivent à se dire libéraux ou libertariens de gauche. La liberté semble se décliner sous de nombreuses bannières.

Pour ma part libertarien, ou plus techniquement « anarcho-capitaliste », je voudrais mettre ce soir tout le monde d’accord, enfin : en fait, je ne suis rien de tout ça. Mais comment ça ? Deux secondes.

Il est en fait impropre de se dire libéral ou libertarien. L’expression en général veut dire que notre réflexion politique nous a finalement conduits, souvent après de longues lectures et de nombreux débats et échanges, à adopter la théorie politique – sociale et économique – favorable à la liberté.

Mais cela ne change pas pour autant ce que nous sommes, ou que je suis. On devrait dire « je suis convaincu par la liberté », ou « par le libéralisme ». Mais me direz-vous, à quoi bon un article pour une telle subtilité et nuance dans la langue ? Après tout, « je suis libéral » n’est qu’un raccourci.

Et bien ce n’est pas si sûr, justement. Pour mieux comprendre, prenons l’exemple inverse du socialiste qui dit « je suis socialiste ». Ce personnage nous parle en effet bien de lui. Il nous dit non seulement qu’il croit aux balivernes pseudo théoriques promues par les leaders socialistes, mais aussi que lui-même assume ces idées qui en essence reposent sur le vol par redistribution d’autrui. Notre socialiste nous dit, en somme : « je crois à la vertu du vol, je vole moi-même, ou du moins je recèle le vol mené par l’état en ma faveur ; j’assume pleinement cela et même j’exige de pouvoir vous voler. »

Je pense que déjà vous entre-apercevez la différence avec le libéral véritable. Car notre ami, pour sa part, nous dit : « j’ai compris que la théorie libérale donne une description juste et correcte de la réalité, qu’elle établit que la liberté est le meilleur régime social possible ». Mais par contre, il serait un peu curieux d’entendre : « et de plus j’assume de ne pas demander à profiter du vol par l’état ».

Et réalité, dire « je suis libéral », c’est afficher qu’on n’exige rien et qu’on reconnaît à l’autre le droit d’opter pour les idées et le système qui lui convient, tant qu’il ne vient pas fouler nos plate-bandes. On peut ainsi être « libéral » et pro-vegan, ou libéral et pro-OGM ou encore libéral et ermite.

Je ne suis donc pas libéral, je suis juste quelqu’un de normal qui fiche la paix aux autres. Mais par contre, je suis un fan de Hitchcock et du lien entre technologie et organisation sociale. Et vous ?

Il y a je crois un modèle de société qui conviendra bien à cette vision du respect de chacun. Il consiste à défaire, à démanteler le pays jacobin et tyrannique en petits territoires peuplés de gens libres et respectueux, partageant des goûts et des affinités proches et une même idée de leur liberté. Nous sommes quelques-uns à l’appeler : « la décentralisation ».

Friday, April 21, 2017

Article « À la rencontre des libertariens français »

Le journaliste Jean-Baptiste Bonaventure vient de publier un bel article avec ce titre, accessible ici.

Dans sa démarche, il a interrogé un certain nombre de libertariens relativement connus et de profils différents, ce qui donne à son texte un réalisme et une honnêteté qu’il convient de saluer.

Lors de ses échanges avec moi, il m’a à la fois interviewé puis ensuite demandé de répondre à quelques questions par écrit, sachant pour autant qu’il n’a retenu in fine qu’une partie infime de mes réponses et probablement de même s’agissant de Marc ou de Nathalie MP.

Ainsi, j’ai choisi de publier l’intégralité de ses questions et de mes réponses, ci-dessous, afin de donner à ceux que ça intéresse un regard complémentaire au sien, plus approfondi je crois, sur ce sujet et sur notre mouvement.

1°) Pouvez-vous vous présenter brièvement (Nom, âge, occupation, etc.) ?
Stéphane Geyres, 55 ans, Consultant en risque des systèmes d’information, Français, marié, 2 filles adultes, formation d’ingénieur, ayant vécu dans 5 pays.

Autodidacte de la liberté, tendance « anarchiste de droite » depuis toujours, libertarien depuis 10 ans une fois que j’ai eu découvert les grands auteurs à l’origine de cette ligne de pensée : Bastiat, Molinari, Rothbard et beaucoup d’autres depuis. Ancien président fondateur du Mouvement des Libertariens et co-éditeur des ouvrages « Libres ! » et « Libres !! ».

Abstentionniste par conviction et par respect pour les autres.

2°) Comment définiriez-vous votre pensée ? Plus largement la pensée libertarienne ?
Votre question a deux facettes et je vais en profiter pour éclairer la pensée libérale.

Tout d’abord, la pensée libertarienne, ce n’est rien d’autre que la pensée libérale poussée au bout de sa logique.

Ainsi, si la liberté est la première des valeurs républicaines, alors chacun doit (pouvoir) être libre en toutes choses et de la même manière (égalité) que tout le monde, et c’est cela et cela seul qui fonde notre fraternité.

Plus simplement : chacun doit être respecté pour son libre choix en toutes choses, tant que chacun respecte de même ce droit pour autrui.

Cela, c’est l’idée générale. Cela veut dire que le libertarien respecte les beurs, les gays, les noirs, les bobos, les bourgeois et tout le monde, pourvu que tout le monde le respecte en retour. Le libertarien se doit de n’agresser personne, par contre, s’il vient à agresser, il doit s’attendre à être sévèrement jugé.

Il y a des limites qui précisent ce qu’agression veut dire, j’y viens plus bas.

Mais l’idée générale ne veut pas dire que moi, individu, je me dois d’aimer tout le monde. J’ai le droit de ne pas aimer les jaunes (pure hypothèse), de refuser de leur parler ou de faire des affaires avec eux, pourvu que je les respecte et ne les agresse pas.  C’est le respect et le libre choix qui comptent.

3°) Les libéraux / libertariens de France constitue-t-ils un bloc monolithique ? Sont-ils tous d’accord ?
Clairement, la réponse est non. Beaucoup y voient une faiblesse, et politiquement cela est vrai.

Pour ma part, mon expérience montre que c’est bien plus le résultat de l’instruction que nous recevons à l’école qui fait que 99% des Français sortent de l’enseignement avec une opinion négative du libéralisme, dont pourtant on ne leur a rien appris.

De ce fait, on rencontre, schématiquement, trois familles de libéraux.

Le plus grand nombre se rencontre chez les partis de droite ou leurs électeurs. Ils ont un instinct de la liberté, mais rarement la culture économique et philosophique qui leur permet de voir que le « mal » se trouve dans le pouvoir politique. Quand ils évoluent et se cultivent, souvent ils deviennent libéraux affirmés, voire « minarchistes ». Les minarchistes souhaitent un état minimaliste, centré sur les fonctions dites régaliennes. Et quand on bouscule ces minarchistes, enfin ils finissent par devenir pleinement libertariens. Mais pour vous répondre, tout ce processus conduit à de nombreux courants, qui sont tous le reflet des nombreux chemins que prend la pensée des individus vers leur liberté.

Mais il y a aussi, à mon avis un autre, immense, réservoir de libertariens : les abstentionnistes, parce qu’ils ont souvent déjà refusé le pouvoir politique.

Pour autant, peu importe l’unité de la pensée, pourvu qu’il y ait unité pour avancer vers la liberté.

4°) Ce courant de pensée est loin d’être majoritaire en France et ailleurs. Comment y êtes-vous arrivé ?
J’ai longtemps été instinctivement libéral, puis un jour mon environnement professionnel m’a poussé à m’intéresser à l’économie, qu’on ne nous enseigne pas, à tort, pendant nos études. Après pas mal de recherche sur Internet, je suis tombé sur l’école autrichienne, la seule qui ne repose pas sur une approche mathématisée et de ce fait la seule qui m’ait « parlé » et qui soit compatible avec la réalité de notre liberté individuelle.

A partir de là, j’ai peu à peu creusé le sujet et les sujets périphériques, puis j’ai fini par rencontrer d’autres personnes sur les réseaux sociaux qui partageaient ma démarche ou mon analyse.  Les réseaux sociaux font beaucoup pour le développement de la liberté de par le monde.

N’en déplaise à beaucoup, le fait que nous soyons « minoritaires » n’enlève rien à la valeur de nos idées. Et à l’inverse, ce n’est pas parce que les gauchistes et étatistes sont largement majoritaires en France que cela donne à leur semblant de pensée une quelconque valeur ou pertinence.

5°) Quelles sont vos limites personnelles à cette “liberté absolue” (libre conso. des drogues, armes, etc.) ?
Je ne comprends pas bien votre terme de « limites personnelles », mais je vais tenter de répondre.

De manière générale, la liberté n’a comme limite que celle de notre prochain, c’est bien connu, mais cela reste fondamental. Donc ma liberté ne dépend pas d’un sujet ou d’un autre, mais uniquement de la nuisance (on parle « d’agression ») que je pourrais avoir envers autrui. La fin importe, pas le moyen.

Ce n’est pas pour autant un appel au chaos ni à la fumeuse loi de la jungle supposée, car on voit bien que dès qu’on franchit la limite, autrui a aussitôt le droit de se défendre. L’ordre est donc inhérent à la liberté, et de plus c’est le seul ordre vraiment juste et qui rende chacun responsable comme individu dans la société, puis qu’il n’y a personne d’autre que soi pour agir et répondre de ses actes, contrairement à la France actuelle et sa bureaucratie.

Pour revenir à vos exemples, je ne vois pas bien quel est le problème de la libre consommation ou des drogues. Attention, je ne me drogue pas, ne mélangeons pas svp. Il me semble d’ailleurs que sur de tels sujets, celui ou celle qui y trouve à redire, ce qui est son droit, porte non seulement un jugement sur les autres comme censeur, mais lorsque cela finit dans des textes de loi ou autres réglementations, va jusqu’à obliger autrui et à le contraindre.

Et je ne vois pas bien de quel droit quiconque pourrait m’imposer quoi que ce soit contre ma volonté, juste parce que ce je fais pourrait déplaire. Pas même un député, un président ou un juge que je ne connais pas. Un ami se drogue ? Vous trouvez que c’est mal pour lui ? Fort bien. Tentez de le convaincre, de le ramener à la raison, aidez-le, etc. Mais ne passez pas par la loi pour l’obliger, voire pour le conduire en prison.

Le cas des armes est un peu différent. Le problème vient de deux confusions. La première est dans le concept d’arme, qui est impossible à définir. Si on est contre le port d’arme, doit-on aller jusqu’à exiger de couper les mains, si on se rappelle que nos poings sont nos premières armes ? En réalité, n’importe quoi peut être une arme, c’est l’usage qui en décide.

La seconde confusion, plus grave, consiste à supposer que la possession d’une arme ferait aussitôt de son possesseur quelqu’un de dangereux. Or on peut posséder une arme juste par goût pour la collection. Une arme ne fait pas l’agression et surtout, elle peut permettre à une faible femme de mieux se défendre. Dans un monde où les armes sont partout, il devient plus difficile d’oser agresser le moindre passant.

6°) Que pensez-vous brièvement de ces différents sujets : 

  • 35 heures

La réponse courte est : une stupidité économique, car ce n’est pas le temps de travail qui compte, mais ce qu’il en résulte. Le travail n’est pas un gâteau à se partager, et personne ne travaille pour travailler. De plus, chacun devrait pouvoir choisir son travail et son temps de travail, pourvu qu’il trouve un accord avec son employeur. Plus généralement, tout le code du travail est une des causes profondes de notre faillite économique et sociale, basé qu’il est sur le marxisme. Il faut le supprimer, sans autre forme de procès - comme tous les autres codes, d’ailleurs.

  • Sécurité sociale

Elle est source de tout sauf de sécurité et de social. Elle coûte une fortune à tous, ne tient aucun engagement, crée des dettes, contraint tout le monde à commencer par les professionnels, elle est un état dans l’état, bref un monstre et une aberration. Elle est de plus hors-la-loi puisque son monopole n’est plus reconnu par l’Europe depuis quelques 25 ans. Là encore, la réponse devrait être : chacun devrait pouvoir choisir sa propre couverture sociale, librement.

  • CDI

Il y aurait beaucoup à dire, car le CDI exprime à lui seul tout le piège de la vision rigidifiée de la relation employeur-employé que porte le code du travail. Alors que le monde accélère et appelle à la souplesse, rigidifier ne protège pas l’employé, car cela le rend esclave de son employeur. Et l’on voit les burn-out, les suicides et tant d’autres déviances du monde du travail, tout cela parce que l’employé a peur du chômage et croit avoir perdu le pouvoir de dire « au revoir ». Cela n’est pas la faute aux patrons, mais la faute du code du travail et de ses inspecteurs.

  • Retraites par répartition

Une autre aberration, et du vol à grande échelle, comme tout mécanisme de répartition. Nous cotisons en ce moment pour la retraite dont profitent nos parents qui n’ont jamais pu cotiser assez pour leur propre retraite, vu qu’on n’imaginait pas à l’époque un tel allongement de la durée de vie. Et par contre, quand viendra notre tour, retardé toujours plus loin, les caisses seront vides. D’ailleurs, pourquoi serais-je obligé de partir à la retraite ? Quel esprit abject a pu seulement un jour oser penser qu’un tel mécanisme pouvait avoir une quelconque valeur morale, sociale et économique ?

7°) On évoque à tour de bras “l’ubérisation de la société”, souvent comme un mal. Que cela vous évoque-t-il ?
L’uberisation est venue par les taxis et cela reste un excellent exemple non pas du problème des Uber et autres, mais des problèmes de la France.

On parle d’Uber, mais on oublie d’abord de parler des taxis, dont il faut m’expliquer pourquoi la profession est soumise à licence (onéreuse) au lieu d’être libre. Car tout le problème vient de là : si les taxis étaient une profession « libérale », ils seraient je pense heureux de vendre leur service à Uber ou à ses concurrents. Ou même de faire concurrence à Uber en montant une association, par exemple. En tout cas, la question ne devrait pas être politique.

En France, on n’aime pas la concurrence, paraît-il. C’est oublier que c’est la concurrence qui enrichit le consommateur, c’est-à-dire tout le monde, alors que tout ce qui vient de la bureaucratie non seulement n’enrichit personne, mais nous appauvrit tous. Il faut donc faire sauter tous les monopoles, plutôt que de jeter la pierre à Uber qui tente juste de nous rendre service. Au point d’en faire une question politique, alors que la politique ne peut rien faire de positif en matière économique. Après tout, si vous n’aimez pas Uber, ne l’utilisez pas, tout simplement. Mais laissez tranquilles ceux qui y trouvent un intérêt.

8°) Enfin, comment décririez-vous les milieux libéraux/libertariens si vous deviez en faire un portrait-robot (Moyenne d’âge, sexe, niveau d’éducation, niveau de revenu, etc.)
Voilà bien une colle. A titre d’illustration de la diversité du milieu, je vous encourage à consulter la liste des professions des auteurs des ouvrages « Libres ! » et « Libres !! ». Il y a de tout, des étudiants au professeur d’université, des salariés dans des domaines très variés, des médecins comme un batelier ou un moto-taxi, des entrepreneurs comme des agriculteurs ou photographes.

En général, ce sont des gens curieux, autodidactes, entreprenants, au bon sens affûté et qui ne se laissent pas imposer facilement le politiquement correct. Le libertarien est un contestataire respectueux et responsable, qui aime les hommes comme il s’aime lui-même et qui œuvre pour que tout le monde puisse bénéficier de la liberté qu’il réclame pour lui-même. Un humaniste, donc.

Sunday, April 2, 2017

Besoin d’un projet libéral – L’exemple des Libres !

Les libéraux de France vivent des temps particuliers. D’un côté, depuis le Brexit, une vague de retour des idées remettant en cause la bien-pensance social-démocrate se développe, au point qu’on a cru voir son arrivée chez nous lors des primaires de la droite. De l’autre, le Penelopegate, la disparition du PLD, et plus généralement l’embourbement des libéraux dans la campagne et dans les questions touchant à l’immigration, le terrorisme et la sortie de l’Europe, viennent contrarier toute euphorie.

Il n’y a plus que de très rares, trop rares projets qui dynamisent et fédèrent les quelques libéraux encore assez mobilisés pour porter les idées libérales authentiques et les assumer. Beaucoup ont cru aux chimères électorales, ou venaient chercher parmi les libéraux quelque opportunité électoraliste.

En 2012 et en 2014, Libres ! et Libres !! ont modestement contribué à apporter le type de dynamique qui je crois fait défaut en ce moment. Chacun impliquant pas moins de 100 libéraux de tous profils, académiques, retraités, salariés, indépendants, entrepreneurs, libertariens ou libéraux plus classiques, ces deux projets ont fait bouger les lignes et le microcosme. Il en reste deux volumes concrets, qui probablement n’ont pas réussi à se diffuser comme on pouvait l’espérer, mais qui existent néanmoins et peuvent encore servir à notre communication quotidienne sur le front.

Ils traitent de presque tous les sujets qui ressortent aujourd’hui lors de la campagne, mais il semble que même ses auteurs l’ont oublié, tant la dynamique a depuis été perdue. Immigration, monnaie, chômage, SMIC, impôts, éthique, rôle des élus, écologie, rôle de l’Europe, démocratie, bureaucratie, autant de sujets qui ont été abordés et dont la réunion dans le même ouvrage et surtout la même « équipe » pourraient faire une force et une fierté qui me semble manquer en ce moment.

On pourrait imaginer un nouveau Libres !, et en effet, j’ai cru en un Libres 2017 en début d’année. Mais pourquoi refaire un ouvrage quand on n’exploite pas assez ceux qui existent ? Il nous faut un projet, un projet fédérateur, mais probablement sur une autre base. On a la matière, on a tout ce qu’il faut pour expliquer, expliquer encore, mais il manque la dynamique commune. Ce type de dynamique qui fait la force des moutons de gauche et leur efficacité, il faut bien le reconnaître.

Et pourquoi ne pas se servir des Libres ! pour monter une présence médiatique ? Après tout, chaque politicien y va de son livre plus ou moins creux pour tenter de légitimer son propos, son originalité, son positionnement. Nous, nous avons la chance d’avoir déjà le livre, qui est de plus déjà structuré comme un programme aux 200 thèmes de réforme sociale. Pourquoi ne pas monter un projet où ce n’est pas un politicien unique qui vient faire campagne, mais 200 Libres ou plus qui chacun portent le même message devant les journaux, les voisins, les entreprises, les maires et les clubs de quartiers ?

Tuesday, March 28, 2017

Le mythe du besoin d’une transition

Nous sommes encore pour quelques semaines en pleine campagne électorale, et les discussions entre « libéraux » pour savoir qui soutenir les occupent au point d’oublier un des sujets les plus structurants de pratiquement tous les débats et tous les programmes électoraux « libéraux » : la transition vers la liberté, et les principes qui la guident. Voyons plus précisément ce que cela signifie.

Lorsque dans un programme on propose des mesures libérales, par exemple la suppression pure et simple et systématique du statut de fonctionnaire, beaucoup les critiquent pour être trop rudes, ou illusoires, et proposent plutôt une approche plus progressive : une transition par étape vers la cible. Ainsi sur l’exemple, on pourrait imaginer de proposer de commencer par ne réviser le statut que des seuls postiers, puis plus tard celui des cheminots, et plus tard encore celui des personnels soignants.

L’argument suprême en faveur de ce type de « transition » vue comme nécessaire serait que si l’on appliquait nos mesures sans progressivité, nous aurions tôt fait de mettre la France dans la rue et de provoquer un soulèvement social qui ne pourrait que nous nuire et nuire à l’ensemble du pays. Ce qui montre au passage combien les « libéraux » craignent la rue tant ils sont sûrs de leur message.

Il me semble pourtant que c’est là commettre une erreur profonde et que de ce fait, nous devrions oser plus souvent et plus nettement proposer des mesures à la fois radicales et sans « transition ». Certes, il y a un peu de provocation dans mon propos, mais je vous invite néanmoins à considérer les arguments suivants, qui ne vont guère dans le sens du manque de courage des « transiteurs ».

Le premier argument contre toute forme de transition tient à l’inconstance politique. Si un jour un gouvernement libéral arrive au pouvoir, il n’est pas assuré d’y rester éternellement, même si on peut espérer une meilleure satisfaction des électeurs. Ainsi, sur l’exemple précédent du statut, il est tout ce qu’il y a de possible qu’un pouvoir moins radical reprenne la main alors que le statut n’est pas encore pleinement réformé, et décide de faire marche arrière. On ne verrait jamais la cible atteinte.

Il y a d’autres arguments contre toute transition, certains plus osés et pourtant légitimes. Le second consiste à remarquer que les politiciens passés ne se préoccupent jamais de transition dans la mise en œuvre de leurs mesures coercitives. Ainsi, quand une hausse de TVA est décidée, qui nous vole un peu plus dès sa mise en application, on ne nous propose jamais – ou si rarement – de ne l’exiger dans un premier temps que des fonctionnaires, ou que des agriculteurs – peu importe les catégories.

Alors pourquoi faudrait-il soudain être gentil quand on supprime des privilèges alors que personne n’est gentil quand il s’agit d’accroître la part des fruits légitimes de notre travail qui nous est volée ?

Un peu dans la même veine, vient ensuite l’argument du juste retour des choses pour les profiteurs. Toujours sur l’exemple des fonctionnaires, mais il peut être généralisé à toutes les catégories qui profitent de la manne sociale, il convient de rappeler que pendant toute cette longue période où le statut étaient en vigueur, leur garantissant salaire, emploi, protection et retraite, ils ont pu profiter de leur statut qui constituait ce qu’il faut bien appeler un privilège. Tant mieux pour eux, mais cela a ainsi largement payé en avance les difficultés qu’ils devront affronter une fois leur statut revenu à la normale. Autrement dit, pourquoi une transition quand on a profité pendant des années et que la réforme ne propose rien d’autre que vous mettre dans la même situation que tout le monde ?

Vient enfin un argument d’ordre plus économique. Plus une mesure libérale est rapidement et largement appliquée, plus vite ses effets sont visibles et donc plus vite les sommes préalablement gaspillées reviennent sur le marché pour créer de nouvelles richesses. De ce fait, toute transition ne fait que retarder et réduire ce phénomène, et rendre plus difficiles les choix de reconversions.

Ainsi donc, les programmes libéraux les plus humains et humanistes ne sont pas ceux de ses mollassons qui imaginent des Liber ou des revenus universels, mais ceux de brutes radicales qui font exprès de ne pas prévoir de périodes de transition. Vous n’y croyez pas ? Vous pensez qu’il faudrait expérimenter pour être sûr de la chose ? Très bien. Et si on décentralisait la France pour rendre son autonomie à chaque département, ou ville, sans transition, pour voir ceux s’en sortiraient, ou pas ?

Sunday, March 26, 2017

Génération Libre et son programme : Pas si libre que ça

Génération Libre a publié à l’adresse http://www.generationlibre-primaires.fr/ un « truc » qui prétend mesurer et comparer le caractère libéral des programmes des candidats, face aux propositions de GL, bien sûr, dont c’est un moyen de mettre en avant un 100% supposé de libéralité.

Mais n’entrons pas dans leur jeu et regardons plutôt ce que GL propose vraiment – car on sait très bien qu’aucun des candidats n’est libéral, donc pas la peine d’entrer dans des polémiques inutiles. Oui je sais, on me dira que les polémiques entre « libéraux » sont totalement inutiles, et je répondrai que si GL fait bien des propositions libérales, pourquoi craindre la dissection de son programme ?

Voici ci-dessous l’intégralité des mesures de GL telles qu’elles sont programmées sur ce site de comparaison, présentées in extenso et en italiques. A chaque mesure, pour rentrer dans le jeu de la note sur 100, je donne 100% si la mesure est pleinement libérale, 50% si elle va dans le bon sens, mais en restant en chemin, en limitant son champ d’application, ou 25% si les bons principes sont mis en avant, mais que rien de concret n’est réellement proposé. Un 0% sanctionne tout baratin, avec les explications justifiant pourquoi il n’y a rien de libéral à ce qui est proposé. On a pas mal de surprises.

En faisant la moyenne des notes de chaque rubrique, cela donne une note par rubrique. La moyenne des mesures donne la note finale. Il n’y a pas moins de 10 rubriques sur 26 qui sont à 0%, une seule est à 100%, et au global, on est à 20%. Pas de quoi pavoiser.

Tu parles d’un machin libéral ! Cela va en faire râler plus d’un sans doute. On en parle ?

Ce serait bien, car sur de nombreux sujets, il y a manifestement des hypothèses ou une vision du monde qui devraient être le centre du débat, et expliquer pourquoi on croit que c’est libéral. Ou pas.

Agriculture : 75%
« - Réformer la PAC. Mettre fin à la politique de subvention de la production qui est inefficace (l'agriculture française perd des parts de marché dans le monde), inéquitable (favorise les gros producteurs) et qui fait peser le coût de la subvention sur le consommateur. » : 50% libéral : il ne suffit pas de réformer la PAC, il faut l’abandonner et revenir totalement au libre marché, sans transition - le marché s’occupera de gérer la transition.
« - Mettre fin aux quotas et laisser le marché définir les prix. » : 100% libéral.

Chômage/Formation : 0%
« - Sortir du triptyque « formation /emploi /retraite » qui ne correspond plus aux trajectoires individuelles actuelles. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.
« - Penser le chômage et la formation en-dehors du cadre de l’emploi salarié. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.
« - Faire des droits sociaux des droits portables, dont on peut bénéficier tout au long de la vie en tant qu’« actif », salarié ou indépendant. » : 0% libéral : rester dans le domaine des « droits à » ou des « droits sociaux » n’est qu’une autre forme de socialisme, même si elle peut sembler plus douce.
« - Mettre en place un « compte social unique » à points convertibles en unités de temps (de formation, de chômage, de retraite, etc). » : 0% libéral : Même raison : il faudra toute une bureaucratie pour gérer ce « compte social unique », donc pas libéral.

Culture/Patrimoine : 58%
« - Supprimer le Ministère de la Culture et mettre fin à l' « exception culturelle » et au protectionnisme culturel (supprimer le prix unique du livre et les subventions au cinéma). » : 100% libéral.
« - Refonder les sources de financement de la culture : laisser sa place au marché et créer un « chèque culture ». » : 25% libéral : On dit laisser la place au marché, mais on crée un « machin » bureaucratique de plus ?
« - Recentrer le service public de l'audiovisuel sur deux chaînes. » : 50% libéral : C’est bien de réduire le service public, mais pourquoi ne pas tout sortir du giron de l’état ?

Dialogue social : 8%
« - Réformer le financement des syndicats pour améliorer la transparence et la représentativité. » : 0% libéral : Aucune réforme : le financement est purement et simplement à privatiser intégralement.
« - Redynamiser les règles de la négociation collective pour opérer un renversement de la hiérarchie des normes efficace (favoriser les accords majoritaires, réduire la judiciarisation des relations sociales, instaurer une durée de vie limitée aux conventions collectives). » : 0% libéral : Rien à « redynamiser », la négociation collective n’est pas un concept libéral, sa pratique doit donc être abandonnée.
« - Evoluer vers un syndicalisme de services adapté aux travailleurs indépendants. » : Ne veut rien dire de concret, mais on mettra un 25% libéral pour l’idée d’aller vers des services.

Droit du travail : 0%
« - Mettre fin à la dichotomie entre travail salarié et travail indépendant en substituant au Droit du travail, un Droit de l'Actif. » : 0% libéral, encore une fois, on ne remplace pas un machin par un autre.
« - Remplacer le Code du travail par un Statut de l'Actif définissant un cadre général pour les conditions d'emploi et de travail de la personne, qu'elle soit salariée ou indépendante. » : 0% libéral, pour les mêmes raisons.

Ecologie : 19%
« - Généraliser le principe du « pollueur-payeur ». » : Ne veut rien dire de concret, mais on mettra un 25% libéral pour l’idée d’aller vers plus de responsabilisation.
« - Réduire les subventions publiques aux énergies fossiles. » : 50% libéral : Réduire ? Non, c’est toutes les supprimer qu’il faut oser proposer.
« - Revoir la loi de transition énergétique qui risque, en fixant des objectifs d'abandon du nucléaire trop ambitieux, de provoquer un retour des énergies fossiles, nettement plus carbonées. » : 0% libéral : l’énergie doit être intégralement privatisée et libéralisée.
« - Renforcer la recherche liée au stockage des énergies renouvelables. » : 0% libéral, car cela laisse entrevoir un financement étatique, et aussi parce qu’il y a d’autres priorités pour la recherche.

Education : 12%
« - Mettre en place des « écoles autonomes ». » : 25% libéral : les écoles autonomes sont une bonne idée, mais pourquoi ne pas laisser le marché les mettre librement en place par lui-même ?
« - Faire financer les établissements scolaires par l'Etat mais leur garantir une autonomie totale dans la gestion de leur budget, de leurs enseignants, de leurs méthodes d'apprentissage. » : 0% libéral : on ne finance jamais rien par l’état quand on est libéral.

Enseignement/Recherche : 100%
« - Instaurer la possibilité pour les universités de sélectionner dès l'entrée en première année. » : 100% libéral, pour une fois.

Finances publiques : 0%
« - Mettre en place une restructuration préventive et ordonnée de la dette française. » : 0% libéral : Il y a deux positions possibles en matière de dette : soit la répudier en considérant qu’elle est due par les élus qui l’ont contractée et non par les citoyens, soit la payer mais surtout veiller à la réduire. Pourquoi aucun de ces points n’est-il proposé ici, où au contraire on l’entérine mais en pénalisant les créanciers ?

Fiscalité Travail/Capital : 19%
« - Taxer l'ensemble des revenus au premier euro afin de financer un revenu universel. » : 0% libéral : dès qu’on envisage des taxes, on sort du domaine du libéral.
« - Inclure la fiscalité du capital dans la fiscalité des revenus. » : 0% libéral : Aucune réduction.
« - Ramener le taux d'imposition des sociétés dans la moyenne européenne en supprimant un certain nombre d'aides aux entreprises en retour. » : 50% libéral : C’est bien payé pour une mesure timorée.
« - Individualiser l'impôt sur le revenu : supprimer le quotient familial et le quotient conjugal. » : 25% libéral : ok, cela devient plus juste, mais plus juste dans la tyrannie et le vol.

Fonction publique : 67%
« - Supprimer le statut de la fonction publique et lui substituer un dispositif d'emploi contractuel calqué sur le secteur privé. » : 100% libéral, bravo.
« - Organiser un référendum sur un projet de loi portant l'abrogation du statut de la fonction publique et le transfert de l'ensemble des agents publics sous contrat. » : 25% libéral : Pourquoi faire ? Pour prendre le risque d’une marche arrière « démocratique » ?

Société : 33%
« - Redéfinir le principe de « dignité humaine » : introduire le droit à la libre disposition de soi dans la Constitution. » : 75% libéral, parce que la constitution, ce n’est pas nécessaire pour la liberté.
« - Ouvrir le débat sur la GPA pour aller vers une légalisation et une régulation efficace. » : 0% libéral : Régulation, plaît-il ?
« - Légaliser le cannabis (dans un cadre concurrentiel ou sous monopole public, à définir) et allouer davantage de moyens à la prévention. » : 25% libéral : Pourquoi un cadre ou monopole, et pourquoi des moyens à allouer s’il vous plaît ?

Immigration : 0%
« - Afin de supprimer l'immigration illégale et d'évincer les organisations criminelles, mettre en place un marché de l'immigration via la vente de visas. » : 0% libéral : l’immigration n’est pas un droit qu’on peut mettre aux enchères et au plus offrant – ce qui créerait une pègre – mais doit reposer sur la décision d’accueil ou pas au plus près des populations.
« - Des négociations avec les entreprises et les partenaires sociaux permettraient d'identifier les secteurs les plus demandeurs, tandis que des accords bilatéraux avec les pays d'origine faciliteraient les processus. » : 0% libéral : Ce n’est pas à l’état de se mêler d’immigration, ni de travail, d’ailleurs.

Institutions : 12%
« - Améliorer les mécanismes de participation citoyenne pour renforcer la démocratie : réformer le référendum d'initiative populaire et systématiser les consultations citoyennes. » : 25% libéral : L’enjeu n’est pas de renforcer la démocratie, mais de la rapprocher des gens, en décentralisant par exemple.
« - Tester la « démocratie liquide » au niveau local. » : Ne veut rien dire de concret, 0% libéral.

Justice : 0%
« - Répondre au problème de la surpopulation carcérale en recourant aux amendes systématiques et proportionnées. » : 0% libéral, pour 2 raisons : cela ne réduit pas la population, ça réduit les emprisonnements ; mais surtout, la justice libérale doit être une justice de réparation des victimes, pas uniquement de punition.

Politique familiale : 25%
« - Individualiser la politique familiale : supprimer les allocations familiales et mettre en place un « forfait par enfant ». » : 25% libéral : c’est bien d’individualiser, mais pourquoi encore un machin ?

Laïcité : 50%
« - Revenir aux principes loi 1905 en affirmant une laïcité qui n'implique pas la neutralité mais simplement la coexistence des religions. » : 50% libéral : Et pourquoi oublie-t-on de dire que l’état n’a jamais aucune raison de prendre en compte les religions ni de se mêler des affaires privées ?

Logement : 0%
« - Réhabiliter le parc existant pour rééquilibrer une production aujourd'hui trop orientée vers le neuf. » : 0% libéral : Il n’y a rien à réhabiliter, il faut sortir l’état du domaine du logement, vendre les logements des collectivités publiques et en refaire un libre marché intégral.
« - Rééquilibrer les rapports propriétaires/locataires. » : 0% libéral, voir ci-dessus.
« - Transférer la délivrance du permis de construire aux communautés d'agglomération ou à la préfecture. » : 0% libéral : Pourquoi un permis de construire, s’il vous plaît ?

Numérique/Innovation : 0%
« - Instaurer la patrimonialité des données : mettre en place un droit de propriété sur nos données personnelles. » : 0% libéral : mesure vide de sens, qui oublie l’intangibilité de la donnée.

Politique européenne : 0%
« - Bâtir le projet d' « une Europe minarchiste ». » : 0% libéral : Magnifique oxymore ? Ou ont-ils vraiment imaginé un projet comparable à celui de « Décentralisons » ? On peut en douter.
« - Conserver le rôle de l'UE dans la défense des libertés individuelles et la protection du marché et de la concurrence. » : 0% libéral : On a la réponse, c’est du constructivisme, pas de la décentralisation.
« - Bâtir une diplomatie et une armée européenne, ainsi qu'un Parlement plus représentatif, composé de partis trans-européens et doté de l'initiative des lois. » : 0% libéral : Non, la démocratie représentative et « l’Europe » ne sont pas des objectifs et des mécanismes libéraux.

Retraites : 8%
« - Fin de l'âge légal de départ à la retraite pour permettre la « retraite » tout au long de la vie. » : 0% libéral, car qui paye cette retraite assouplie ?
« - Mettre en place un « compte social unique » à points convertibles en unités de temps (de retraite mais aussi de formation, de chômage, etc). » : 0% libéral, encore un machin, au lieu de passer à la retraite par capitalisation.
« - La valeur du point pourrait être définie en fonction de la démographie. » : 0% libéral, idem.
« - Cela implique en amont de fusionner les régimes de base et complémentaires en un régime unique. » : 25% libéral, c’est bien, mais cela ne règle pas la question du financement.

Solidarité/Autonomie : 0%
« - Instaurer un revenu universel sous la forme de l'impôt négatif en substitution de l'ensemble des allocations sociales non contributives (RSA, PPE, allocations familiales, etc). » : 0% libéral : Non, le revenu universel n’est pas un machin libéral, même si on se cache derrière Milton Friedman.
« - Il ne supprime ni la retraite, ni le chômage, ni les allocations spécifiques (handicap, logement, etc). » : 0% libéral, idem.

Santé : 25%
« - Sortir du système corporatiste actuel pour bâtir un régime universel : fusionner les régimes spécifiques en un régime unique, géré par un gestionnaire unique. » : 25% libéral : Et pourquoi ne pas tout privatiser et libéraliser, s’il vous plaît ?
« - Mettre en place un système d'assurance santé à deux niveaux : une assurance de base universelle publique et des assurances supplémentaires privées. » : 25% libéral, bonne idée, mais laissez faire !

Sécurité/Défense : 12%
« - Améliorer les moyens des services de renseignement et les coopérations. » : 0% libéral : pour renseigner qui svp, l’état ?
« - Elargir le droit au port d'armes à des personnes qualifiées : police municipale, agents de protection rapprochée, et citoyens volontaires issus de la société civile formés composant une « réserve citoyenne ». » : 25% libéral : Et pourquoi ne pas ouvrir le port d’arme à tous les citoyens ?

Indépendants : 50%
« - Transformer le Code du travail en un Statut de l'Actif. » : 0% libéral, encore un machin.
« - Rendre aux indépendants la liberté de choisir leur assurance et de s'affilier au RSI ou non. » : 100% libéral, pour une fois.

Territoire : 0%
« - Réduire le nombre de communes en les fusionnant avec les intercommunalités. » : 0% libéral, c’est aux communes de décider, et leur nombre n’est pas un problème si elles redeviennent autonomes.

Wednesday, March 22, 2017

Du « négationnisme » contemporain

Le négationnisme fait partie de ces concepts du domaine de l’horreur, du tabou. Selon Larousse, le négationnisme est une « doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l’existence des chambres à gaz ». C’est clairement une saine attitude que de dénoncer de telles croyances, qui se rencontrent hélas encore trop souvent, l’actualité ne saurait me contredire.

Pourtant, il me semble que la portée de cette définition est en réalité bien trop étroite, tout comme celle du tabou, de la révulsion et de la honte qui vont de pair. En effet, si la Shoah fut un fait horrible véridique dont la contestation mérite d’être dénoncée, avec tout mon respect pour le peuple juif, je ne suis pas sûr que ce soit le pire ni surtout le seul de tous les faits indiscutables et aux immenses et graves conséquences dont nous devrions dénoncer la négation quotidienne. Des exemples ?

Pourquoi n’est-il pas par exemple « négationniste » d’oser se revendiquer du communisme tout en affirmant que les millions de morts dont les pays qui l’ont adopté sont responsables – on pense à l’URSS, à la Chine, au Cambodge, etc. – n’étaient pas en fait soumis à un communisme véritable ?

Pourquoi n’est-il pas « négationniste » de faire la promotion du protectionnisme national, alors qu’on sait sans l’ombre d’un doute et depuis quelques deux cents ans que cette politique conduit toujours à la misère et à l’appauvrissement inéluctable des populations auxquelles elle est imposée ?

Pourquoi n’est-il pas « négationniste » de continuer de promouvoir la démocratie représentative comme le seul système à même d’assurer notre liberté, alors que les centaines de millions de morts qui ont marqué le XXe siècle sont le résultat de guerres généralement menées par des démocraties ?

Il y aurait bien d’autres sujets, notamment en lien avec la théorie économique, qui pourraient venir prolonger cette première liste macabre, mais le but n’est pas ici de faire une liste exhaustive, plutôt juste de mettre le doigt sur cette forme d’incohérence : quid de ces sujets qui ne font « négation » ?

On peut cependant oser une hypothèse. Le « négationnisme » de la Shoah est disons plutôt très à droite – on se souvient du « détail de l’histoire » de Jean-Marie Le Pen qui lui avait valu d’être condamné malgré la « liberté d’expression ». Par contre, tous les autres sujets évoqués mettent en défaut des croyances ou des mensonges soit de gauche, soit plus généralement étatistes. Et nous vivons dans un pays à la fois franchement étatiste et maladivement attardé à gauche… Alors…

« Compliance » et exponentielle

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, le terme « compliance » est un anglicisme récent signifiant « conformité » qui se réfère aux nombreuses obligations s’imposant aux entreprises de respecter des textes, lois et normes en tous genres et de toutes origines. La « compliance » est devenue pour de nombreuses entreprises un sujet tout aussi important pour leur survie que le profit ou la marge.

L’explosion quasi-exponentielle depuis une vingtaine d’années du nombre de pages de textes et réglementations est une manifestation du poids croissant de l’étatisation de notre société occidentale. La complexification du monde, typiquement de par son informatisation et sa globalisation, combinée avec le besoin des législateurs démocratiques de justifier leur existence, poussent à une production réglementaire continue comme chasse aux risques de tous genres.

Les exemples ne manquent pas. Sans prétendre, loin de là, connaître tous les secteurs économiques, je peux néanmoins évoquer la célèbre « Sarbanes Oxley » et les « IFRS » (en version 15, pas moins) dans le domaine comptable et financier, la « GDPR » dans le domaine de la protection – supposée – des données personnelles, ou encore la série des « Solvency » dans le secteur des assurances.

Bien sûr, dans un monde informatisé, tout cela finit par être traduit en code plus ou moins maîtrisé, exploitant des technologies qui elles-mêmes ne sont pas dépourvues de « vulnérabilités ». Les entreprises sont donc conduites à accroitre le volume de textes par des « politiques » qu’elles établissent pour elles-mêmes, visant à assurer que non seulement l’informatique respecte les lois, mais aussi se renforce à un niveau très détaillé pour éviter les « failles de sécurité » trop évidentes.

Tous ces textes reposent sur l’idée qu’il serait possible de décrire de manière exhaustive les diverses situations pouvant conduire à un risque dans les affaires et à imposer des pratiques qui se veulent de nature à réduire les possibilités de fraude et autres incertitudes allant de pair avec des risques.

C’est là où intervient l’autre exponentielle, celle de la fulgurante  évolution technologique. Dans un monde où la technologie ne change pas, ou très lentement, une fois les règles posées et les « politiques » technique en place, rien ne changeant plus, le risque serait maîtrisé pour un moment.

Mais dans un monde où la pression concurrentielle pousse à réduire les coûts et où le goût des consommateurs appelle à toujours plus de « numérique », la technologie change de plus en plus souvent. Ce qui met donc les entreprises dans l’obligation de renouveler leurs « politiques » techniques de plus en plus souvent. On constate des cycles de renouvellement qui sont passés d’une fois tous les 5 ans à une fois par an et bientôt une fois par semestre. Les coûts induits sont énormes.

Mais le risque le plus grand n’est pas dans ces coûts. Il est dans l’explosion d’une bulle de risque caché qui va croissant. Le risque de voir que finalement, il va devenir moins coûteux pour l’entreprise de ne plus veiller au respect de politiques qui changent constamment et qui finissent par faire obstacle à l’évolution technologique. Le temps, c’est de l’argent et la « compliance » n’en rapporte pas en soi. Alors ok pour la compliance, mais dès qu’elle coûtera plus qu’on peut gagner, elle fera probablement un gros « pschitt », à moins que la course technologique marque une pause.

Pour la liberté, c’est sans doute une bonne nouvelle. Car cela signifie que l’approche « compliance » déresponsabilisante et typique de grandes entreprises mammouths va peu à peu être remplacée par la prise de risque individuelle ou d’entreprises à taille humaine et responsable. Il me tarde.