Sunday, November 19, 2017

Le politiquement correct et les ‘ismes’

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Récemment, Tournefeuille accueillait en sa « médiathèque » une conférence sur le sujet suivant : « Le retour des nationalismes et du populisme en Europe ». Avec comme accroche : « Depuis une dizaine d’années et en particulier lors des cinq dernières années de crise économique et politique : nationalisme, populisme, protectionnisme et xénophobie sous des formes diverses ont connu une résurgence aussi vive qu’inquiétante. »

Quand on est adepte de la bien-pensance ambiante et politiquement correcte, ou simplement quand on n’a pas pris le temps d’approfondir, on est probablement tenté en effet de voir une part de réalisme dans un tel sujet, qui dès lors intrigue et intéresse. Car en effet, l’actualité le montre chaque jour un peu plus, les tensions de la société s’accroissent et les rancœurs s’accumulent.

Alors quoi ? Que trouve encore à redire le libéral donneur de leçon ? Simplement que si l’auteur de la conférence a su diagnostiquer une situation, il n’a pas été capable de la comprendre, car il se trouve que rien n’est juste ni correct dans son sujet, pas la moindre des idées. Voyons cela.

« Depuis une dizaine d’années » : Faut-il rappeler que l’installation du FN en France remonte au règne de F. Mitterrand (1981) qui fut l’opérateur de sa percée durable dans le paysage politique ?

« Lors des cinq dernières années de crise économique et politique » : Nous sommes continuellement en crise économique depuis 1971 quand Nixon signa la fin de tout lien entre dollar et or, accélérée ensuite par le choc pétrolier de 1973. L’endettement massif s’est fait jour à cette époque. La crise politique bien plus profonde n’a fait que monter par étage en 1914, 1919, 1940, 1945, 1958 et 1968.

Quant aux ‘ismes’, ils sont mis au ban comme des maux évidents ou nouveaux. Or il n’en est rien.

« Nationalisme » : Nous souffrons du nationalisme depuis Louis XIV, au moins. La campagne 2012 l’a montré, tous les partis sont nationalistes et accusent le monde extérieur de tous nos problèmes.

« Populisme » : Selon Wikipedia, le populisme « désigne une position politique qui prend le parti du peuple contre les élites ». Il semblerait donc que le populisme soit une excellente chose, non ? Le politicien n’est-il pas élu pour servir le peuple dans son ensemble ? Si je peux, je vote populiste.

« Protectionnisme » : Soyons juste, c’est bien un mal que le protectionnisme. Mais il n’est en rien nouveau. Déjà en 1848 Frédéric Bastiat, député des Landes, expliquait ses méfaits aux politiciens économiquement incompétents de son époque. Hélas, Montebourg n’a pas entendu sa leçon.

« Xénophobie » : Voilà le point probablement le plus sensible. Le dictionnaire nous dit qu’il s’agit du « sentiment de rejet des étrangers ». Là encore, où est le mal ? Pourquoi un homme de la rue, libre et honnête, n’aurait-il pas droit à ce sentiment ? Cela ne sert à rien de blâmer le xénophobe, tant qu’il n’attente à la liberté de personne. Ce sont les causes de ce sentiment qu’il faut oser dénoncer.

On pourrait développer, bien sûr. Que conclure de cette rapide démonstration ? Quand on a dépensé des fortunes sur d’inutiles Médiathèque ou Phare, il faut trouver de quoi les remplir. Et sous prétexte de culture, on nous sert quelque billevesée mal réfléchie, mais surfant habilement sur la vague des idées toutes faites du politiquement correct. Un acte culturel véritablement ‘citoyen’ serait plutôt d’organiser une campagne nationale appelant au bon sens, démystifiant au passage toutes ces croyances collectivistes qui bloquent notre société anesthésiée depuis trop longtemps.

Utilitarisme et Liberté

Il y a encore dans notre pays une forte empreinte de cette histoire, cette tradition de la pensée héritée du matérialisme marxiste associant le libéralisme à l’analyse économique – et encore, à une forme d’analyse économique très réductrice et très éloignée de la pleine liberté, en réalité.

Selon cette vision « économique » du libéralisme, il serait possible de faire avancer la liberté, ou même de la jauger, de la mesurer, en analysant le fonctionnement social comme un marché où chacun de nous cherche à optimiser ou à maximiser son intérêt personnel. On parle d’utilitarisme parce que cet intérêt personnel est assimilé à une « utilité » sociale que chacun de nous aurait en société et que la société aurait pour chacun. Cette vision est très en vogue chez les « économistes ».

Tout n’est pas faux dans une telle vision des choses. Il est bien évident qu’à tout moment, chacun de nous évalue les choix d’action qui sont les siens pour prendre l’option qui présente le meilleur futur, le meilleur potentiel, qui maximise ses « intérêts ». Mais tout dans cette vision utilitariste n’est pas vrai ni conforme à notre réalité non plus. C’est ainsi que des choses comme le PIB (Produit Intérieur Brut) ont vu le jour, par exemple. Un nombre, une « mesure » qui prétend quantifier la « richesse » produite par tout un pays, alors que personne n’est capable individuellement d’exprimer de façon précise et universelle ce qui fait sa richesse justement – à part bien sûr la part monétaire de celle-ci.

L’utilitarisme est multiforme, et c’est d’ailleurs un indice de son incohérente et erreur profondes. Il est un des jouets préférés de la foule des économistes qui chacun joue à qui trouvera « l’utilité » ou la formule – pardon, l’équation – la plus sophistiquée, la plus originale ou la plus « efficace ». Le grand « travail » de l’économiste consisterait ainsi à trouver cette équation, ou système d’équations, qui par magie arriverait à modéliser toute une économie – c’est par exemple le grand jeu auquel se livre l’INSEE depuis des années, sans jamais y arriver bien sûr, ce qui leur laisse un job à temps plein.

Ils n’y arrivent pas parce que c’est tout simplement impossible et que personne n’y arrivera jamais, et d’ailleurs fort heureusement. Ils commettent en effet deux erreurs conceptuelles qui leur refusent tout espoir. La première vient du caractère foncièrement individuel de ce qu’on nomme « préférence temporelle », c’est-à-dire la manière dont chacun fait ses choix d’action, y compris par arbitrage de son long terme contre son court terme. Ce caractère personnel et très intime varie à l’infini avec chacun et même pour chacun avec le temps, ce qui rend la modélisation sous forme « d’utilité » tout ce qu’il y a d’illusoire. De plus, espérer modéliser ce choix personnel serait nier notre libre-arbitre.

Seconde erreur, et à mon sens la plus importante, cette approche par équation, souvent faussement « mathématique » suppose un juge externe arbitraire qui serait capable de connaître, comprendre et mesurer cette fameuse « utilité » pour nous tous, alors même que nous ne fonctionnons pas ainsi. L’économiste, ou le politicien, pourtant lui-même un humain qui devrait se rendre compte comment il raisonne lui-même, prétend se mettre au-dessus de tous les autres hommes et proposer quelque « formule » qui permettrait d’extraire l’utilité de chacun de la foule des esprits, et sortir un nombre.

C’est bien évidemment ridicule, car personne ne peut légitimement se positionner en juge ou en expert de ce qui est bien pour nous individuellement. Personne à part moi ne sait ce que je désire.

On me dira que pourtant, c’est un raisonnement de ce genre que fait l’entrepreneur quand il calcule la probabilité de ses gains ou de ses risques. Cela est très vrai cette fois, même si beaucoup optent pour des approches plus intuitives. Mais la grande différence entre l’entrepreneur et l’économiste tient au rôle, à cette seconde erreur vue juste au-dessus. L’entrepreneur prend des risques pour lui seul et sera en situation de les assumer seul. L’économiste agissant pour quelque politicien ou gouvernement prétend par contre tirer des conclusions et proposer des mesures qui toucheront toute la population sans jamais en subir les conséquences lui-même ni jamais savoir leur besoin réel.

En fait, outre cette impossibilité à représenter la réalité, l’utilitarisme, quelle qu’en soit la forme, n’est tout simplement pas libéral parce qu’il ne repose pas sur les principes libéraux du droit. Imaginer une utilité qui suffirait à la décision pour autrui, c’est nier le droit individuel de tous et chacun à l’action selon ses propres critères, sa préférence temporelle. L’utilité vole le libre arbitre. Se réclamer d’un utilitarisme, c’est prétendre qu’on sait mieux qu’autrui ce qui est bon pour lui. C’est la négation même du droit dont nous disposons tous de faire des erreurs ou des mauvais choix, libres.

Saturday, November 18, 2017

Et si… l’Agenda 21 était une fumisterie de plus ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Un échange avec un de mes amis habitant de l’autre côté de Toulouse sur ce que les textes appellent le « Programmes Agenda 21 » nous amène à partager le constat suivant : autre commune, autre intercommunalité, mêmes divagations. Notre expérience de ces divagations aboutissant à des projets et budgets pharaoniques m’a semblé mériter une chronique, dans la mesure où toutes nos communes hélas – les vôtres aussi – subissent l’épée de Damoclès de ces dépenses fantaisistes.

Issu de la Conférence de Rio de 1992 et appuyé par le Grelin-grelin de l’Environnement, l’Agenda 21 se veut reprendre les « meilleures pratiques » du développement durable pour promettre aux communes un avenir radieux. Chaque municipalité y confirme sa logique interventionniste pour « lutter contre la pauvreté, arrêter la pollution de l’air, préserver la biodiversité, promouvoir la santé, le logement, l’éducation et plus globalement une démarche démocratique ». Et pour effacer ces inquiétudes majeures, il est bon de lever des impôts et préparer une belle ardoise pour demain.

Chaque commune y va de son « diagnostic ». Oubliant au passage qu’elles ont survécu à ce jour à quelques milliers d’années d’histoire pas toujours des plus éco ni logique, leur programme pose une bonne trentaine d’actions hétéroclites s’appuyant sur 3 ou 4 axes. On se limitera ici à examiner les 3 axes de la commune de mon ami, car ils suffisent à illustrer le ridicule danger de cet exercice.

Axe 1 : « Organiser, développer et structurer durablement le territoire » : En quoi est-il légitime ou nécessaire de poser un tel principe pour acquis ? S’il est évident que le territoire nous concerne tous, surtout dans une commune, il reste que la grande majorité dudit territoire est dans le domaine privé. Ce n’est donc pas à une oligarchie d’y faire la loi par-dessus la tête des propriétaires. Le durable ne se conçoit que si le droit de propriété est garanti. Il peut se concevoir tout à fait qu’il y ait un besoin de mieux aménager, mais l’Agenda 21 ne doit pas être un prétexte à expropriation. Ni à multiplier les dépenses publiques et leur cortège d’impôts, forme trop méconnue d’expropriation.

Axe 2 : « Favoriser et susciter la participation de tous » : Soyons direct : en quoi « la participation de tous » (pas celle de chacun ? à quoi ?) serait liée au développement durable ? La liste d’actions est un gigantesque fourre-tout clientéliste. Les uns et les autres y vont de leur interprétation de ce qui est « durable », terme mal défini. Durable, vous avez dit durable ? C’est en réalité très simple, mais personne ne vous le dira : est durable ce qui découle de la décision privée responsable pleinement assumée. On en revient à garantir la propriété privée, car c’est à son niveau que sont les décisions.

Axe 3 : « Accroître la solidarité et renforcer le lien social » : Voyage au cœur du grand n’importe quoi, rhétorique des illusionnistes. Solidarité et lien social sont des termes déformés et vidés de leur sens originel. Quel rapport, même ténu, avec le développement durable, s’il vous plaît ? Comme si celui-ci pouvait se faire hors de la société, hors des « liens sociaux » et sans aucune forme de solidarité, alors qu’il en est l’expression. L’hypocrisie consiste ici à cacher que la bureaucratie a besoin de la manne financière des citoyens pour continuer à se prétendre utile. Le développement suppose l’échange et la relation sociale constante. Il suppose la solidarité par l’échange. Si un produit ou service est bon, je lui ferai l’honneur de mon achat avec en retour la joie de sa qualité et de sa pertinence. La vraie solidarité naît spontanément de l’échange libre, pas de la volonté politique arbitraire et creuse.

Friday, November 17, 2017

Economie des dictateurs sociaux

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Ce début de mars a démontré une fois de plus combien notre système social supposé le meilleur au monde comporte d’incohérences, illogismes et inefficacités. Les toulousains viennent de subir une grève de plus, celle de quelques dizaines de militants CGT et FO de la galaxie airbusienne et le bilan en est à la fois calamiteux sous l’angle économique et scandaleux sous l’angle moral.

Que des salariés mécontents de leurs salaires ou conditions de travail amènent leur employeur à négocier n’est certes pas condamnable en soi. Une demande collective pour des augmentations toujours individuelles semble par contre assez paradoxale ! En tout état de cause, bloquer ou réduire les accès aux locaux de manière sauvage à des milliers de personnes qui se rendent à leur travail quotidien, donnant ainsi lieu à des embouteillages monstres et un temps perdu inestimable, constitue un chantage inacceptable dans un « état de droit ». Dans une société évoluée, le pseudo-droit d’avoir quelques euros de plus ne saurait bafouer les droits fondamentaux de l’être humain.

Mais sommes-nous toujours dans un état de droit lorsque la violence syndicale est cautionnée par le pouvoir politique via une amnistie parlementaire ? Au pays de l’intérêt général, de quel droit une poignée de syndicalistes non représentatifs peut-elle imposer son intérêt catégoriel à la foule allant travailler en vrai ? Si la grève est à considérer comme un acte ultime de « résistance à l’oppression », un des quatre droits fondamentaux, ce droit n’est pas une caution à nier ces mêmes droits à autrui.

Si le salaire des grévistes est vraiment le plus bas de leur catégorie professionnelle, ils sont libres de trouver d’autres employeurs qui sauront reconnaître leur mérite individuel. En pratiquant la politique de la terre brûlée, obtiendront-ils satisfaction à hauteur de la nuisance portée à autrui ? Leur blocage exerce une vraie oppression envers des innocents ne pouvant rien à leur situation !

Ainsi disons pour que 200 personnes puissent gagner peut-être 250 euros de plus par an, on laisse sans broncher gaspiller sûrement largement plus de centaines de milliers d’euros par un bazar sans nom. J’entends déjà les bonnes âmes hurler à la tyrannie de l’argent ou quelque argument de ce style devant mon raisonnement strictement économique. Mais c’est oublier les arguments de droit et moraux déjà mis en avant. Même en oubliant tout ce gaspillage de ressources et les gains perdus de prospérité, qu’est-ce donc qui peut légitimement justifier de tels actes de violence morale ?

Osons une analogie. Imaginons que des actionnaires d’EADS, incluant les milliers de simples petits porteurs, manifestent et bloquent l’entrée d’Airbus à Blagnac pour réclamer une hausse du cours de l’action et du dividende. Il paraît clair qu’une majorité, à commencer par ces mêmes syndicalistes mais aussi élus et presse, se mobiliserait en criant au scandale. Pourquoi donc admettre le même comportement pour des revendications du même ordre sous prétexte de grève et syndicalisme ?

Ne nous trompons pas, il est légitime que des salariés cherchent à négocier une augmentation – en supposant qu’ils la méritent effectivement par une performance économique accrue liée à leur action mesurable. Mais la grève sincère suppose la pression sur le seul employeur, pas sur le monde extérieur. In fine, ceux en charge du respect du droit ont choisi de ne pas rappeler à ces quelques manifestants qu’ils outrepassaient leurs droits légitimes, empiétant sur le droit de libre circulation des autres citoyens. Cela en contribuant encore à l’appauvrissement général et au délitement de la société.

A quand donc la fin de cette croyance en une sociale-religion désormais dictature ? A quand le retour au bon sens d’une vie en société basée sur l’égalité juste, c’est-à-dire celle devant le droit ?

La dictature pour tous

La démocratie est devenue, dans l’inconscient et même dans les croyances collectives du monde occidental et en France en particulier, comme le seul synonyme de « liberté », comme la seule option et le seul système pouvant offrir, voire « garantir » la liberté pour un peuple ou un pays. Au point que quiconque oserait la critiquer ou la remettre en cause subirait une volée de bois vert, et cela y compris chez ceux qui se disent libéraux - qui ont comme renoncé à voir les choses comme elles sont.

Or, lors d’une discussion familiale récente, ma fille eut une expression géniale pour résumer ce que la démocratie nous propose par l’intermédiaire du vote et des élections : la dictature pour tous. Même si elle était teintée d’ironie, je ne pouvais être plus ravi de recevoir d’elle cette marque de lucidité.

Cette croyance de la démocratie « libérale » masque bien des confusions ou hypothèses non dites erronées, je propose d’en aborder quelques-unes dans ce rapide article. Pour commencer, revenons aux rois et à la monarchie qui en Europe dominait avant le traité de Versailles, il y a en gros un siècle. A l’époque, imparfaite, le roi personnifiait la fonction politique et le pouvoir absolu, du moins c’est ce que Louis XIV représente comme apogée. L’arrivée de la démocratie se voulait faire disparaître ce pouvoir avec la monarchie guillotinée.

Mais en réalité, ce n’est pas ce qui s’est passé. Les présidents, gouvernements et autres élus contemporains ont toujours le même pouvoir ; ils ont même un pouvoir souvent bien pire que beaucoup de ces rois et reines d’alors. Si les personnes sont tombées, la fonction est restée ; simplement, on vote désormais et tout le monde y a un ticket de tombola.

Seconde limite, le vote ne porte pas sur l’intégralité du « pouvoir ». Si la seule tête coupée de Louis XVI a permis d’affirmer la fin du pouvoir monarchique, les élections ne permettent pas de remplacer toutes les couches de ses nombreux successeurs. On vote pour des « élus », pour des « députés » ou pour un « président », mais on ne vote ni pour les fonctionnaires et bureaucrates, ni pour les juges. Et comme par hasard, ceux qui tiennent le destin du pays sur le long terme ne sont pas les élus.

Si on en vient au vote et aux élections, il convient d’en souligner les fortes limites et biais. Le premier tient bien sûr au choix qu’il offre – ou plutôt au non-choix. Dans une société libre, les rayons des grands magasins regorgent de choix, de variété, de nuances, de modèles et notre choix presque sans limite nous est laissé au niveau de chacun de nous. Chaque midi, des millions de gens « votent » pour décider ce que sera leur repas, et ce choix n’est pas issu d’un appareil arbitraire « constitutionnel ». A l’inverse, le vote pour un élu n’est choisi ni en nature, ni en programme, ni en personne, bref en rien.

Cela ne s’arrête pas au vote, en plus. Car on a beau élire ces chers gugusses, dans la réalité on ne leur accorde ni ne leur signe aucune délégation précise et éventuellement limitée. Ce qui fait que ces doux rigolos une fois en place font à peu près ce qu’ils veulent et surtout pas ce que nous voulons ou que nous avions pensé choisir lors de la lecture de leur programme et ensuite du vote. Promesses ?

Mais malgré cette liste déjà longue, le meilleur reste pour la fin. Car même lorsque tous les citoyens ne sont pas inscrits, même quand ceux-là ne vont pas tous voter, même quand ces votes ne dégagent pas une majorité relative, on finit toujours par voir cette pseudo « majorité » décider d’un régime ou d’un gugusse unique qui imposera sa personne et ses avanies à tous les autres.

On est donc bien dans une logique de tyrannie dès le résultat du vote prononcé. Celle où c’est une minorité auto-déclarée « majorité » qui impose son choix d’un instant à la majorité qualifiée de « minorité » pour la circonstance. Beau progrès libéral, vraiment, ça valait le coup de faire la révolution.

Le coup culturel de l’exception.

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Pour tout citoyen pas trop au fait de l’économie, il est légitime de se demander si le libre-échange est un méfait ou un bienfait pour les citoyens. Si c’est un méfait, alors il est logique de généraliser le protectionnisme à l’ensemble de l’économie. Mais si c’est un bienfait, pourquoi faire une exception économique en matière de culture ? Or le gouvernement nous refait le coup de l’exception culturelle qui n’est autre qu’un puits sans fond pour l’ensemble des français. Ahh, l’art comptant pour rien…

Au XIXe siècle pourtant, l’économiste Frédéric Bastiat expliquait déjà que « l’ouvrier n’a pas à payer le salaire de l’artiste ». Cela reste vrai : pourquoi le citoyen français du XXIème siècle devrait-il être contraint de financer l’artiste ? Si celui-ci a du talent, ses clients le rendront célèbre. S’il n’a pas de clientèle, c’est que son talent n’est pas à la hauteur : il ferait mieux d’exercer dans un autre domaine.

Le système de subventions arbitraires à la française cache le nombre d’artistes creux ou œuvres lamentables que le citoyen français finance à ses dépens. Rappelons que les subventions sont des impôts et des taxes, que par elles l’arbitraire politique détourne une partie de nos gains pour alimenter une production culturelle incertaine, incertaine parce que ne devant pas son succès à la reconnaissance du public. Plus elle est mauvaise, plus il faut de moyens financiers importants pour prétendre rivaliser avec la culture issue de la liberté, celle qui n’a pas peur de la sanction du marché.

Pourquoi la dignité d’un artiste français vaudrait-elle économiquement plus que celle d’un artiste étranger, celle d’un ouvrier, d’un ingénieur, d’une profession libérale ? Au point de justifier prendre à ces derniers pour donner au premier ? Une société moderne doit-elle continuer à vivre par et dans l’arbitraire au point de refuser avant tout de valoriser les talents via le marché, comme il est naturel ?

Sans l’arbitraire de la main du politicien, le marché reconnaît le talent, c’est une de ses qualités. En quoi l’homme politique serait-il plus apte que les citoyens ensemble pour décider du juste prix de la rémunération de l’artiste ? Comment l’artiste peut-il savoir son talent si ses spectacles sont faussés ?

Certes, la masse sans talent s’en réjouit, la connivence avec le pouvoir leur assurant des ressources au-delà de leurs espérances et de leur mérite. Protéger des pseudo-artistes parce que proches du pouvoir n’est pas digne de la démocratie. Pourquoi un tel privilège ? N’oublions pas que les pouvoirs totalitaires sont ceux ayant développé la propagande en faisant de l’art un outil d’endoctrinement.

Cette proximité entre pouvoir politique et faux artistes se fait évidemment au détriment des citoyens puisque tout protectionnisme bafoue les droits de l’homme par les taxes et les subventions. Par le dirigisme, l’exception culturelle limite la diversité culturelle : ceux qui n’œuvrent pas dans le cadre du moule étatique sont vite évincés du système d’aides. Uniformité et raréfaction. Le financement hors marché de l’exception culturelle augmente des prix qui sont faux par nature. Les citoyens subissent une triple peine : double peine économique (fiscalité et prix élevés) plus culture de propagande.

L’exception culturelle est un mirage : en réalité, l’art, la culture n’est qu’une marchandise comme une autre. Seul le marché est en mesure de choisir les talents, en tous domaines. L’interventionnisme politique inapte doit être dorénavant rangé au musée des horreurs économiques. La culture gagnera en qualité par l’abandon du protectionnisme pourtant largement en vogue. Seule la liberté des artistes et des financements comme le mécénat permet un marché offensif où les meilleurs osent la création. Le talent artistique mérite mieux que l’aumône politique et la protection des minables.

Wednesday, November 15, 2017

A l’ESS, rien de nouveau

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité en matière économique.)

Je fais partie de ces êtres humains qui adorent l’innovation. Aussi lorsque qu’il y a peu un journal publie sous ce titre : « pour un nouveau modèle économique », l’intérêt s‘empare de moi avec beaucoup de… scepticisme ! Car il n’y a en réalité jamais rien de nouveau, c’est toujours un toilettage d’une fausse théorie d’économie collectiviste. C’est juste le vocabulaire qui est renouvelé : au lieu de dire « économie socialiste » ou « économie communiste », il est à la mode aujourd’hui de parler « d’économie alternative » ou « d’économie sociale et solidaire (ESS) ». Et une fois de plus, bingo !

Le principe commun, même s’ils s’en défendent, c’est toujours de taper dans les caisses d’argent dit public, cet argent ponctionné sur l’économie « traditionnelle ». L’économie traditionnelle, la seule, la vraie, c'est la nôtre. Celle qui se doit de créer de la valeur nouvelle pour pouvoir rémunérer salariés et actionnaires et qui, en plus, doit financer tout le secteur improductif, y compris l’état, qui ose se comptabiliser dans le PIB. Le comble, c’est que cette ESS qui toujours vit sur le dos des autres, veut faire croire que sans elle, ces autres ne seraient rien ! C’est en constatant la proximité systématique de l’ESS avec le pouvoir politique qu’on touche la réalité du doigt, celui qui a l’habitude de lever tant et plus d’impôts et de taxes n’est jamais bien loin. Et notre interviewé de citer dans l’article, le président de région et le maire de Toulouse, bien généreux avec l’argent pris sur le dos des autres.

Et il prétend inventer un « nouveau modèle économique ». Futur Nobel ? Au minimum, pour un nouveau modèle bénéficiant des « mêmes avantages que les entreprises classiques ». Il explique qu’une entreprise classique trouve des fonds, mais pas « une Scop car ils ne peuvent pas valoriser le capital de la société ». Car nul, peut-être ? Et de se plaindre que « les idées reçues ont la vie dure ». En effet, l’économie a des lois. Avec de tels arguments, que « les banques restent convaincues d’avoir affaire à des baba-cools » n’est pas une surprise. Notre économiste n’est guère plus qu’un apprenti. Il avoue faire du « lobbying sur la loi » avec l’ESS : vue l’incompétence qui règne au gouvernement et à l’assemblée, Angela Merkel n’est pas la seule à vraiment être inquiète pour l’économie française.

Car dans tous ses propos, on ne trouve absolument rien de bien innovant pour créer de l’emploi et surtout de la valeur. Le pauvre, il est dans la plainte : « si les entreprises sociales ne sont pas autant considérées que les sociétés conventionnelles, qu’elles aient au moins les mêmes outils pour se battre » … par contre, il oublie de réclamer le même niveau d’imposition que les entreprises conventionnelles. Facile de vouloir le beurre et l’argent du beurre : la crémière en prime ?

Surtout, il a lancé la phrase qui tue, reprise en sous-titre : « une économie uniquement basée sur la croissance et le profit va droit dans le mur ». C’est sûr qu’avec le massacre de l’économie traditionnelle à coup d’endettement public, d’impôts et de taxes, il ne risque pas grand-chose à dire une telle ineptie. On peut certes voir que ce niveau de fiscalité permet de laisser l’illusion que l’ESS soit un marché viable. Mais ce qu’on ne voit pas ce sont les perfusions redistributives et les destructions d’entreprises classiques et emplois associés qu’il en coûte pour financer la chimère.

Tant qu’en France le pouvoir politique interviendra dans l’économie, nous nous enfoncerons inéluctablement dans le marasme et plus de misère. L’économie a ses lois que l’ESS ne changera pas. Et pourtant, il y a plus de 160 ans, l’économiste Frédéric BASTIAT dénonçait déjà le comportement de tels fantaisistes : « Ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par la Loi. » Faisons donc l’économie du social solidaire…