Sunday, January 24, 2010

Sur la liberté monétaire. La vraie.

Bien que ce sujet ne fasse guère la une des grands médias, la liberté monétaire est un des fondamentaux de tout système socio-politique réellement garant des libertés de ses concitoyens, et beaucoup ont une analyse impropre des conditions à remplir pour garantir une vraie liberté dans ce domaine.

Pourquoi cela ? Il y a probablement de nombreuses raisons qui se combinent, mais il me semble que tout simplement nous sommes aujourd'hui au sein d'un système monétaire tellement éloigné de ses origines libres et libérales qu'il nous est désormais très difficile d'imaginer le modèle tel qu'il a été il n'y a guère plus d'un ou deux siècles de cela, et tel qu'il devrait certainement redevenir. Il est possible aussi que certains acceptent des compromis entre l'idéal et la réalité d'aujourd'hui - ce que je peux comprendre - mais qui ne change rien à la "non-libéralité" de ce qu'ils proposent.

Je ne suis certainement pas un expert moi-même, ce sujet a simplement été largement élaboré par les grands économistes autrichiens L.v.Mises et M.N.Rothbard, je me contente de leur emprunter les principes - j'inclus plus bas quelques liens de référence.

Liberté Chérie (LC), excellent mouvement libéral, a récemment publié un bon article à vocation de vulgarisation sur la vision libérale de la monnaie et d'un système monétaire libre.
L'article comporte cependant à mon sens quelques erreurs sur lesquelles je voudrais revenir.

Rendons à César ce qui lui revient, LC annonce que même chez les libéraux, deux vues s'opposent, ceux qui pensent que les banques peuvent user d'une réserve fractionnaire et ceux qui pensent que le concept même de réserve fractionnaire n'est pas libéral.

J'appartiens à la seconde catégorie, comme à mon sens Mises et Rothbard, et je voudrais tenter d'expliquer ici pourquoi une réserve fractionnaire, même soumise au marché, n'a rien de libéral.

Après avoir fort justement rappelé qu'il ne peut y avoir de monnaie libre que basée sur l'or - ou l'argent, le platine, bref, les métaux précieux - LC commence par poser le principe fondamental :


En tant que monnaie, l'or s'utilise selon son poids. Peu importe le chiffre inscrit sur une pièce d'or ou son pays d'origine.

Absolument. Ce qui permet à l'or d'être adopté comme monnaie universelle, c'est sa malléabilité et son intégrité. Les unités monétaires n'ont pas de sens dans l'absolu. Qu'un franc-or soit un franc n'importe pas si vous commercez avec un turc, ce qui lui importe, ce sont les x grammes d'or de la pièce échangée.

Le principe donc pose que la seule unité de monnaie universelle est le poids du métal, de l'or, et non le numéraire arbitraire en francs ou dollars. Continuons.


Dans un pays où régnerait la liberté monétaire, toute entreprise serait
libre de créer une monnaie. L'entreprise A pourrait acquérir une certaine
quantité d'or et le vendre à des clients. Ceux-ci pourraient ensuite faire des
achats avec des pièces ou des lingots d'or.

Puis :


Le système décrit ci-dessus repose sur une réserve totale des banques. C'est-à-dire que les banques gardent constamment en réserve l'intégralité de l'or qui leur a été confié. Leur seule tâche est de conserver l'or en sécurité et d'émettre des certificats d'or.

C'est l'idée centrale du "gold standard". Avec un bémol toutefois : Pour que cela fonctionne réellement, il faut que ce modèle soit adopté non pas par "un pays", mais bien à l'échelle mondiale, celle des échanges commerciaux réels d'aujourd'hui.

Une phrase de Mises met ce fait en lumiere, illustrant fort positivement la force à long terme de l'économie sur les gouvernements : "No government is, however, powerful enough to abolish the gold standard." Ce fut écrit en 1949, n'oublions pas.

Arrive ensuite le point source de différend :


Nous arrivons à un point qui divise les défenseurs de la liberté monétaire. Pour les uns, seul le système de réserve intégrale doit être autorisé. Pour d'autres, les banques doivent pouvoir proposer un système de réserve fractionnaire.

En faveur de l'option fractionnaire, LC avance les arguments de service suivants :


Elles [NB les banques à réserve fractionnaire] ne conserveraient qu'une partie de l'argent qui leur est confié en réserve, avec l'accord de leurs clients évidemment. L'inconvénient de cette pratique est évident, si tous les clients venaient retirer leur argent en même temps, la banque serait incapable de rendre à chacun ce qui leur est dû. En échange de cette prise de risque, les banques pourraient diminuer, voire annuler les frais de conservation en prêtant contre intérêt une partie de l'or déposé par leur clients. En outre, les taux d'intérêts proposés par ces banques seraient plus faibles.

Mises illustre cette évolution historique des banques vers le fractionnement :
"[Banks] considered it harmless not to keep the whole equivalent of the receipts issued as a cash reserve in their vaults. They were confident that they would always be in a position to comply with their obligations and, without delay, redeem the notes issued even if they were to lend a part of the deposits. Banknotes became fiduciary media within the operation of the unhampered market economy." C'est le moment où certificats et stock cessèrent de correspondre en valeur.

Malheureusement, penser cela comme libéral ne tient pas l'analyse. Une réserve fractionnaire correspond toujours à un vol des clients et des concitoyens, ce qui ne saurait être un principe libéral. Mais pourquoi donc cela ?

Nous l'avons vu, LC rappelle en introduction que la seule unité monétaire valable, c'est le poids en métal, et non pas son équivalent fiduciaire (franc, dollar, etc.). Or (!) le concept de réserve fractionnaire consiste ni plus ni moins à créer de l'or à partir de rien ! L'alchimie suprême ! Il repose également sur une omission majeure quant aux risques encourus. Il manifeste enfin inversion intellectuelle entre actif et passif de la banque, ce qui n'est rien moins que du vol envers les clients.

La création d'or tout d'abord. Il n'est pas besoin de fractionner la "réserve" pour comprendre la question de fond, celle de l'unité, prenons un scénario totalement banal.

Supposons une banque qui dispose de 100 tonnes d'or et émet des certificats - les billets de banque - de 1 kilo chacun. Il y a donc 100.000 certificats en circulation à ce moment là. Puis pour une raison quelconque, certains clients décident de retirer du liquide - terme provenant de l'or liquide - disons pour 50 tonnes. Elle se retrouve avec 50 tonnes en stock, et 50.000 certificats inutiles - ceux qu'on vient de lui rendre pour effectuer les retraits. Il est bien évidemment tentant de remettre ces certificats en circulation, pour amortir leur coût entre autres. C'est bien ce qui ce passe en réserve fractionnaire.

Mais on oublie que dans ce cas là, la valeur des certificats n'est plus de 1 Kg chacun, mais bien de 500g seulement. Car l'unité ne peut pas changer, ce n'est pas celle inscrite sur le certificat qui prime, mais uniquement celle de l'or en stock.

La règle de base d'une monnaie libre basée sur un gold-standard, c'est que l'unité inscrite sur les billets correspond à tout moment au poids d'or auquel ils donnent droit. Déroger à cette règle, c'est sortir de l'étalon-or.

Tout ceci est bien mieux expliqué par Mises lui-même dans Human Action, chapitre 17, section 12, "The Limitation on the Issuance of Fiduciary Media".

LC évoque l'argument de la prise de risque liée à la gestion du fractionnement. Mais quel risque pour qui ? La banque doit certes dans ce schéma gérer son risque de faillite dû à son incapacité possible à restituer l'or.

Mais on oublie le risque principal, celui qui fait le plus mal et qui est la source de la plupart des maux de notre économie actuelle : la perte de valeur des certificats pour le citoyen lambda, bref en d'autres termes, le vol généralisé des citoyens par les banques.

Car à partir du moment où on accepte l'idée qu'il peut y avoir deux comptabilités parce que deux unités, dont l'équivalence n'est que sous contrôle bancaire, celle exprimée en or et correspondant à la masse en stock, et celle des billets ou certificats, on ouvre la porte à l'inflation mécanique et systématique.

Dans l'exemple précédent, avoir 100.000 certificats en circulation alors qu'il n'y a que 50 tonnes en stock implique que les possesseurs de certificats, ceux qui ont laissé leur or à la banque, voient leur garantie divisée par deux alors qu'il n'y sont pour strictement rien. Pas très libéral à mon goût.

Le risque n'est donc pas tant pour la banque - une faillite, ça va ça vient - mais surtout pour tous les petits porteurs de certificats qui ne maîtrisent plus la valeur de leurs dépôts en garantie.

Analysons ensuite l'aspect comptable. Aujourd'hui, lorsqu'on reçoit un relevé bancaire, on ne fait plus attention aux deux mots et colonnes 'débit' et 'crédit'.

Pourtant, je me souviens tout gamin avoir posé la question à mon père : pourquoi quand je mets de l'argent sur mon compte, j'augmente mon crédit ? Pourtant, c'est mon argent et c'est alors la banque qui me le doit. C'est la banque qui devient mon créditeur, pas l'inverse.

Et pourtant, les magnifiques lois et réglementations bancaires sont ainsi faites depuis en gros deux siècles qu'à partir du moment où on dépose chez une banque, la somme déposée est juridiquement considérée comme la propriété de la banque. Dès lors, mon dépôt s'inscrit à mon crédit, puis c'est la banque qui prend possession de la somme. Superbe supercherie non ?

Alors forcement, la banque peut dès ce moment là prendre les risques qu'elle veut avec son-argent-qui-est-en-réalité-le-mien.

LC - ou du moins certains libéraux - avance l'idée qu'une approche réellement libérale consiste à laisser le marché décider quelles banques ou monnaies, entre celles pratiquant la réserve fractionnaire et les autres, méritent de rester sur le marché. L'idée semble généreuse, mais je pense qu'elle n'a pas de sens.

Que peut-il se passer ? Supposons ainsi deux banques sur un marché libre, une pratiquant le fractionnement (F) et l'autre optant pour un dépôt strict (S). A priori, F met en avant envers ses clients un risque de dépôt plus élevé, mais un accès au crédit simple et de montants plus élevés que S. A l'inverse, S promeut sa totale garantie de dépôt, au prix d'un accès à un crédit plus réduit ou plus cher. Vive le marché libre.

Le client C qui dépose 100 grammes d'or chez F et 100 chez S va très vite comprendre comment le système fonctionne. Ses 100g chez S sont 100% sûrs. Par contre, sa garantie sur l'or qu'il laisse chez F fond comme neige au soleil au fur et à mesure que F consent des prêts fractionnaires à d'autres que lui.

Deux options pour C. Il retire son or confié à F pour le mettre chez S. Autrement dit, F fait faillite à terme. Ou bien C tente de prendre sa part du gâteau et contracte un prêt auprès de F. Il contribue ainsi à accroître l'instabilité de F et à convaincre un autre client A de retirer son or pour le confier à S. Dans tous les cas, F finit par faire faillite par manque de fonds face à S. Ou sinon, S rachète F avant qu'il fasse faillite, ce qui revient au même.

Notons que ce scénario limpide n'a même pas besoin de supposer que les deux banques émettent des certificats différents ou mutuellement reconnus. C'est la différence de garantie qui fait le jeu.

Les libéraux pro-fractionnement ont quelque part raison, on peut laisser le marché décider librement en faveur ou non des banques à réserve fractionnaire. Sauf qu'à mon avis, il est facile de deviner à l'avance ce que le marché décidera. La banque libre, c'est celle qui préserve mon argent.

Bien librement.

Monday, January 11, 2010

Malinformation ordinaire d'un français votant à gauche

Les discussions entre amis sont souvent le révélateur de l'idéologie inculquée par le système dans l'esprit du français ordinaire, le français moyen, intelligent et confronté aux réalités chaque jour et qui pourtant continue à avaler toutes les salades que les médias mal informés et peu indépendants nous assènent au quotidien.

L'autre soir, nous étions invités chez des amis autour d'un verre et d'une galette des rois, prétexte sympa à se revoir et discuter librement. Apres deux verres, les questions politico-économiques ne tardèrent pas à faire surface. La région étant largement colorée de rose voire de rouge politiquement et les bobos ne manquant pas, il est rare dans ces cas là que mes vues assez tranchées ne donnent lieu à débat...

Apres nos discussions, je lui ai envoyé un mail tentant d'expliquer ce qu'est réellement le libéralisme et pourquoi je suis libertarien, en faveur d'une anarchie capitaliste. Il m'a répondu d'une manière que je trouve riche d'enseignements. Voici la transcription brut de nos échanges...

[Lui] Le système que tu prônes s'apparente à l'anarchie : "aucun état ni
gouvernement ni service public ni frontière, aucun, ni même pour la sécurité, la
police ou la justice".


[Moi] En effet, je prône un système libertarien dit anarcho-capitaliste, mais qui n’est en aucun cas la caricature qu’on nous enseigne à l’école. C’est à mon sens et de tout ce que je connais le seul qui garantisse à la fois prospérité et justice pour tous. Car tu as pris ma phrase de manière trop rigide – disons que je ne lui ai pas donné assez de contexte. Le mot important, c’est ‘pas d’état’. Cela ne veut pas dire ‘pas de justice’ ni ‘pas de police’, et c’est bien là toute l’idée.

Quand tu entres dans un supermarché surveillé par des vigiles, la police est assurée sans que l’état s’en mêle. Car la police, c’est un service comme un autre. Tu peux – et ça existe déjà – t’assurer de disposer de la police dont tu as besoin sans passer par l’état. Pareil pour la justice. Toutes les procédures dites de médiation supposent un juge tiers, indépendant et choisi par les deux parties. Le litige est tranché par accord mutuel, sans que ‘La Justice’ soit impliquée. Tout cela existe déjà.

Mais tu me diras pourquoi s’emmerder à tout recréer ? Tout simplement parce que je ne fais pas confiance à l’état et parce que je ne veux pas payer des impôts sur lesquels je n’ai aucun contrôle et qui n’en finissent pas d’augmenter. Je peux détailler tout cela.

[Lui] Testé pendant quelques millions d'années sur Terre, il me semble qu'il représente l'anti-civilisation. Au siècle dernier, quelques individus ont voulu
en faire un nouveau modèle de société alors que c'est une parfaite utopie !
L'homme est ainsi fait qu'il a besoin de règles, besoin de hiérarchies pour
gérer SA société. Ceci à tous les niveaux et dans toutes les circonstances.


[Moi] Tu me fais dire des choses que je n’ai pas dites. L’homme en effet besoin de quelques règles, mais il n’a pas besoin de toutes celles que l’état nous impose – c’est le mot. La règle fondamentale pour vivre paisiblement en société, c’est celle de la propriété individuelle. C’est la seule règle réellement nécessaire – oui, oui, la seule, tu me lis bien. Toutes les autres conventions en découlent.

Pour revenir sur état et justice, vu que les règles sont simples, on peut avoir un Code ou des Lois sans que ce soit un état arbitraire qui les déterminent. C’est ainsi que les normes profesionnelles sont developpées. Il n’y a pas eu besoin d’un état quelconque pour établir des normes comme Ethernet ou XML. Et les services de justice savent à quel Code se référer. Simple.

[Lui] Quand je dis "l'homme", je pense à l'animal, doué de raison certes (!), mais seuls certains insectes ont cette capacité d'abnégation collective
instinctive leur permettant de faire avancer leurs sociétés sans hiérarchie (les
fourmis par exemple).
Je referme cette parenthèse car je me doute bien que
tu es loin de l'idée de fourmilière pour la société idéale, mais c'est le seul
exemple d'anarchie qui fonctionne sur terre!


[Moi] Pas exactement. La fourmilière n’est pas une anarchie, car chaque individu n’est pas libre et indépendant. Il y a plusieurs exemples de société libertariennes figure-toi, ce n’est pas une illusion ou invention de ma part – hélas :-) Le plus évident, c’est l’ancien FarWest et de manière plus générale, les USA à leur naissance. Plus prêt de nous, la plupart des ‘paradis fiscaux’ sont proches de ce modèle, à commencer par le Lichtenstein.

Il ne s’agit pas du tout d’abnégation comme tu dis. Je ne nie pas les conflits entre hommes, je ne nie pas les ‘bons’ et les ‘méchants’. Je dis simplement que la manière la plus simple et surtout efficace de régler la société, c’est la responsabilisation individuelle et la préservation de l’intérêt personnel par une loi sur la propriété individuelle indéfectible et garantie par une police et justice d’autant plus forte qu’elle est privée.

Est-ce plus clair ainsi ? Pas besoin d’un état. Juste besoin d’un Code et des services privés qui vont avec.

[Lui] La régulation est nécessaire mais très difficile à maitriser car 'pluri-tout' : il faut réguler l'espèce pour sauver la planète, les états pour éviter les oppressions, l'économie mondiale pour limiter les dés-équilibres synonymes de conflit à terme, la justice pour empêcher les 'influences'.
de façon plus pragmatique : il faut un code de la route et donc des contrôles pour que nos enfants aient une chance de devenir des adultes, il faut une sécu car maladie ne rime pas avec 'moyens de se soigner' etc...


[Moi] Tu mets justement le doigt là où ça fait mal. Impossible de maîtriser l’explosion de la régulation. Nous sommes arrivés au point où la régulation déborde plus que largement sur notre libre-arbitre et nie la compétence de chacun à juger de ce qui est bon ou juste pour lui.

Mais surtout, tu te trompes profondément sur la nature et le rôle de l’état. C’est l’état qui crée l’oppression, ce n’est jamais lui qui nous en protège. Je la refais : nous avons une constitution, nous sommes même, avec Royaume-Uni et Etats-Unis, parmi les premiers à en avoir eu une. Te rappelles-tu pourquoi nous fîmes la révolution ? Pour nous libérer d’un état oppresseur. Le rôle de la constitution, c’est précisément de protéger le citoyen du trop-d’etat.

Ah bien sûr, ces chers – très chers même – députés ont depuis 200 ans fait tout ce qu’il fallait pour qu’on ne s’en souvienne pas trop et que la constitution ait complètement changé, histoire que les privilèges reviennent en force – et ils ne s’en sont pas privé ! Bref, pense-y, l’oppresseur, c’est l’état, pas ton voisin.

Concernant ‘sauver la planète’, saches que c’est une monstrueuse fumisterie, un gigantesque scandale. Ça mériterait un autre email, mais il n’y a pas de planète à sauver, je te rassure, car il n’y a aucun réchauffement climatique.

Le code de la route est lui aussi inutile à 99%. Sois honnête : à part la règle de la conduite à droite (qui en plus ne peut pas s’appliquer partout), de quelle autre règle avons-nous besoin ? Imagine une route sans panneau – aucun – sans feu et sans ligne blanche. Tu crois qu’on serait tous si cons qu’on se rentrerait dedans les-uns les-autres juste pour faire exprès ? Moi je pense qu’on irait plus vite, qu’il n’y aurait pas plus d’accidents et que ça nous coûterait beaucoup moins cher.

Enfin la sécurité sociale et la maladie. Encore un sujet qui mérite un débat spécifique. Je la fait courte : la seule solution à la santé et à l’assurance maladie, c’est la privatisation totale du système. Car contrairement à tout ce qu’on nous affirme, la santé, c’est une affaire strictement économique, pas sociale, et donc la solution passe par la privatisation.

[Lui] L'homme ne nait pas bon, il nait 'animal'. La société est un mal nécessaire pour que l'espèce progresse. Une société ne peux donc se contenter de règles superficielles laissant "l'animal" reprendre le dessus. La démocratie permet de choisir le mode et le niveau de règlementation régissant cette société... Encore faut-il deux choses fondamentales : un groupe politique sain (?) et un peuple en tant que tel et non une somme d'individus nombrilistes.
Là ça se complique : L'homme ne nait pas bon, il nait 'animal'. Cet axiome fout tout par-terre. Un groupe politique ne peut être sain, et nous sommes tous plus ou moins à tourner autour de notre nombril !


[Moi] Mais je n’ai jamais dit que je suppose que l’homme est bon. Je suis très lucide. Je dis, j’affirme, que cela ne justifie pas l’oppression par l’état, c’est très différent. Car nous *sommes* nombrilistes, nous sommes égoïstes, et c’est justement pour cela que je prône ces vues. Car un état, ce n’est jamais au bout du compte qu’un individu ‘nombriliste’ qui abuse des autres.

Je ne connais pas de formes d’état qui n’implique cette domination de tous par quelques uns. Toi qui te veux de gauche et donc pour justice et égalité, réfléchis à cela : il n’y a pas d’égalité ni de justice tant qu’il y a un état.

[Lui] Malgré tout, l'Etat et ces charges induites ne peuvent être remplacés par du 'tout privé' sous peine de dérives incontrôlables.
Qq exemples : tes poubelles sont ramassées par un boite privée : tu payes 3x plus cher. L'enseignement livré au privé mènera à l'illettrisme d'une gde partie de la population. Le rail s'ouvre au privé : belle pagaille en perspective et bien des petites gares de province seront bientôt fermées. Trois/quatre opérateurs téléphoniques : déjà des antennes partout... supprimons la réglementation et elles nous ferons de l'ombre dans la rue ! La distribution de l'eau est privée depuis des dizaines d'années... Super, ça rapporte tellement, que ces 3 sociétés ne savent que faire de leur (notre) fric (et ça passe totalement inaperçu aux yeux du gd public) !


[Moi] Je crains que tu te trompes et que tu mélanges privé avec corporatisme. Aucun des exemples que tu donnes n’est réellement du privé car ces marchés ne sont pas libres. Ce qui est important, ce n’est pas l’aspect ‘privé’, c’est l’aspect libre, ouvert, du marché. Un autre sujet qui mérite un mail entier...

Idée de base : le privé marche et est moins cher justement parce qu’il n’est pas incontrôlable. Ce qui est incontrôlable, ce sont les concessions publiques parce qu’elles ne sont pas soumises à la libre concurrence.

Prenons les opérateurs téléphoniques comme exemple dans ta liste. Où est la liberté du marché ? Les 3 opérateurs d’origine ont dû payer une licence exorbitante pour avoir le droit d’exercer – tu m’étonnes qu’ils nous la fasse payer ! Puis une fois bien installés sur le marché, les voilà protégés, pas de concurrence, donc des prix chers ! Mais si Free avait pu entrer sur ce marché librement, sans licence à payer ni autres contraintes, tu verrais les prix plonger très vite, pour le grand bien des consommateurs.

Nous sommes dans un système fermé et corporatiste protégé par l’état. Où est la faute du privé ? Je pense que ce que tu ne vois pas, c’est que sur un marché réellement libre, ce sont les consommateurs qui font la loi. Ils votent pour le meilleur, le moins cher, le plus ‘vert’ ou ‘écolo’, le plus ‘social’ qu’ils veulent eux. Personne n’intervient pour prétendre savoir mieux qu’eux ce qui est bien pour eux.

[Lui] Je pourrais encore citer des tas d'exemples où l'état et sa réglementation sont obligatoires.
Tout les problèmes de mauvaise gestion, de coûts astronomiques, doivent être abordés, j'en suis conscient, mais il ne faut pas baisser les bras et laisser la société en pâture au 'tout profit' de l'ultra libéralisme.
J'ai parcouru le lien didactique sur le libéralisme. Bien évidemment, je ne m'y oppose qu'en matière d'économie . Je pense que nous sommes tous pour le libéralisme dans sa philosophie (à part qq extrêmes) . Par contre pour ce qui est de l'économie pure, ne pas édicter de règle et imaginer qu'elles vont s'établir d'elle-même relève du doux rêve. Comme l'idée du communisme : on partage tout ce que l'on produit dans l'allégresse !


[Moi] Nous ne sommes en aucun cas dans une société libérale, bien au contraire.

[Lui] Quant aux 50% de charge prélevés par l'état, en effet aucune valeur ajoutée, aucun commerce (en théorie...) mais le profit est-il toujours The finalité ?
Non, j'ai une autre conception de la société : la protection de tous et au même niveau (santé, sécurité...), l'accès à l'instruction pour tous et au même niveau, un certain service partagé pour tous et au même niveau .
Ça coûte cher, c'est difficilement gérable, mais c'est mon utopie à moi !
Malheureusement, la mondialisation nous éloigne de ce modèle : difficile à gérer au niveau d'un état, l'Europe nous prouve son incapacité pour un continent... alors que dire au niveau mondial !


[Moi] Tu te trompes sur le rôle du profit. Le profit est un bienfait, pas une tare ou une malédiction. Sans profit, il n’y aurait aucun moyen pour un entrepreneur de savoir ce que les consommateurs veulent. C’est le profit, et le profit seul, qui permet l’évolution technologique et la prospérité.

Encore une fois, tu parles d’une Europe qui serait libérale, mais il n’en est rien. Elle ne marche pas, nous sommes d’accord, mais c’est justement parce que c’est un mammouth antilibéral engorgé par ses régulations/réglementations pléthorique et inutiles.

[Lui] Ne me parle pas des US... ce n'est vraiment pas un modèle pour moi : une démocratie organisée et un troupeau de moutons qui vote pour un cowboy sous une fausse menace terroriste 2 mandats successifs...Une économie qui explose en 2008, entrainant derrière elle toutes les bourses du monde pour se refaire une nouvelle jeunesse en moins de 12 mois après avoir laissé sur le carreau des millions de chômeurs et de petits épargnants. Une réforme de la sécu obtenue à l'arrachée avec en contrepartie aucune contrainte des industriels vis à vis de la pollution (on parle peu de ce scandale dans les média). Bel exemple.


[Moi] Tu n’as pas tort sur le scandale, mais tu te trompes sur la réforme de la secu, et sur la crise. Encore un autre email en perspective.

[Lui] Non, la seule chance, c'est de subventionner la recherche pour trouver avant les autres l'énergie de demain, le médicament miracle, le mode de production universel 100% robotisé etc ... et en attendant de trouver, d'inciter les gens à acheter du lait provenant de la région, des produits européens de qualité plutôt que des m.... asiatiques. En bref consommer moins mais mieux !


[Moi] Le simple fait que tu parles de subventions me hérisse le poil :-) Une subvention, c’est un fonctionnaire qui n’y connaît rien qui graisse la patte à quelqu’un et donc qui vole Paul pour engraisser Jacques. Pour moi, la solution passe par l’abandon de la démocratie au profit d’une société libre et responsable. On a pas mal de différences d’analyse ;-)

Monday, January 4, 2010

Grippe A : comment évaluer le coût du principe de précaution ? - Reaction a l'article sur Rue89

Sur Rue89, ce 04/01/2010, un article intitulé :

Grippe A : comment évaluer le coût du principe de
précaution ?
Un chef d'oeuvre, avec points de vue d'un économiste toulousain et d'un professeur genevois en politique du territoire (ça existe comme matière enseignée ?!)

Comme entrée en matière est posée la question suivante, s'agissant de l'évaluation du nombre de vaccins H1N1 qu'il fallait ou non acheter pour la France :
Mais comment savoir jusqu'où apprécier le
principe de précaution ?


Une telle question démontre soit une incompréhension des questions économiques, soit un malentendu sur la nature du problème, qui est justement économique et non social ou que sais-je. Une approche économique répondrait : en le demandant au marché, dont c'est le rôle. Personne d'autre que le marché ne peut ou ne sait répondre, comme F.von Hayek l'a largement démontré.

Suit une transcription des propos de notre professeur genevois, avec tout d'abord une révélation :
Imaginons que le H1N1 ait mal tourné. Imaginez le tollé si on
n'avait pas pris ces mesures. Le risque, c'est que le prochain responsable, de
peur de se faire taper dessus, sous-estime les moyens… et se fera taper
dessus.


Ça c'est de l'information ! Ce spécialiste des politiques territoriales nous avoue tout simplement qu'à son avis, sinon dans la réalité (?) les 'pouvoirs publics' choisissent en fonction de leurs fesses et carrières, mais pas vraiment en fonction du risque réel envers la population. Normal me direz-vous, c'est humain, et puis de toute façon, ils ne savent ni ne peuvent mesurer le risque, alors...

Un peu plus loin, on apprend :
On l'a vu en 2000 avec la vache folle quand des mesures très
fortes ont été prises en France. La seule leçon à tirer de cette affaire, c'est
que si on rentre dans une période de risques sanitaires, les pouvoirs publics
n'ont pas des moyens infinis.



Ah bon ? Les moyens ne sont pas infinis ? Ben vraiment, j'avais besoin d'un prof pour me donner cette information, merci m'sieur... Surtout que lesdits moyens viennent de nos impôts, j'avoue que personnellement je préfère quand ils ne sont pas infinis.

Ce grand professeur termine avec une note philosophique désolée :
Le drame du principe de précaution, c'est que quand il
réussit, les gens ont l'impression qu'on a agi pour rien, quand il triomphe on a
l'impression qu'il ne sert à rien. Alors que justement, c'est parce qu'on a pris
des mesures.


Quel dilemme, pauvre principe de précaution, le mal compris et mal aimé ! Notre professeur ne voit donc pas que le principe de précaution est simplement inutile et contraire au bon sens. Avec ce principe, on serait en droit d'attendre des 'pouvoirs publics' qu'il nous protègent contre les effets secondaires des typhons sur la Floride, ou contre une invasion de crickets comme au Sahel, ou même contre l'éventuelle mort du soleil ou que sais-je encore. Ça n'a aucun sens et surtout ce n'est pas le rôle de l'état quel qu'il soit.

C'est à chacun de nous de gérer ses propres risques, et surtout de bien veiller à éloigner l'état du sujet. 'Incapacité publique' me convient mieux que 'pouvoirs publics'.

Mais continuons, nous avons maintenant droit à la vision d'un 'économiste' :
Quand on réfléchit aux dépenses publiques, il faut mettre en
rapport les coûts et les bénéfices attendus des différents projets. Les budgets
qu'on peut allouer à la prévention ne sont pas infinis, surtout en période de
déficit.


Bon, tout d'abord, bonne nouvelle : 'on' réfléchit. Tu me diras, 'on' en paye assez pour ça, 'on' (vous notez, c'est pas le même 'on') serait en droit d'attendre qu'ils concluent de ne pas dépenser, justement.

Il nous confirme que les budgets ne sont pas infinis - décidément, ça leur pose manifestement problème, ça serait quand même mieux si 'on' pouvait les augmenter à vue ces fichus budgets.

Mais le mieux, de la part d'un économiste, c'est bien le "il faut mettre en rapport les coûts et les bénéfices attendus". Et comment s'y prendre ? Moi, je ne suis pas économiste, mais 'on' m'a dit que le rôle du marché consiste justement - ça tombe bien - à permettre l'établissement de prix qui sont l'expression de la valeur d'un bien ou service pour ses usagers.

En clair, pour savoir si un projet présente un intérêt, mets le sur le marché et le marché répondra. Fastoche pourtant, pourquoi ne le propose-t-'on' pas ?

Puis il poursuit avec :
Ça a du sens que nos choix publics reflètent nos choix
individuels, nous vivons dans une démocratie. L'ensemble des risques auxquels
nous faisons face est très important : risque de santé, risque
environnemental


Alors donc, le propre d'une démocratie, c'est que 'nos choix publics reflètent nos choix individuels'. Et comment la foultitudes de choix individuels s'est-elle donc exprimée dans cette affaire ? Avec 5% de personnes qui se font vacciner, il semble qu'il y ait hiatus.

Mais surtout, on mélange risque avec action. A supposer que certains risques existent, comme le supposé risque environnemental, la solution quant à elle passe par l'action individuelle, et non par l'action 'd'organes' incontrôlés comme 'l'état-c'est-pas-moi'. Si l'état doit faire quelque chose, c'est informer, pas interférer.

Pour finir, l'apothéose, on sent le type qui réfléchit pour sa paroisse :
En France, on a un retard dans l'évaluation. On n'évalue pas
bien les analyses publiques, on ne fait pas assez d'analyses coûts-bénéfices.
Heureusement, la France est en train de rattraper son retard. Une loi effective
depuis 2009 oblige à faire des études d'impact pour toute nouvelle loi et la
faire passer au Conseil d'Etat et au Parlement. Ça va dans le sens d'une
évaluation plus systématique des projets publics. On va dans le bon
sens.


La première phrase bien sûr signifie 'il faut plus de budget pour la recherche', mais passons.
Le couplet sur l'évaluation est grandiose pour un économiste. Il oublie simplement le rôle du marché.

Il faut vous dire que sur Toulouse, il n'y a pas grand monde qui ne soit socialiste - hélas je suis bien isolé - alors on l'excuse. La preuve, il parait qu'une nouvelle loi, 'va dans le bon sens' - mais comment faisait-on avant cette loi ? Comment avons-nous survécu à tous ces méchants virus et autres bacilles jusqu'ici ?

Vive les-tas providence !

Sunday, January 3, 2010

La France ne vend rien

Selon Reuters, ce 3 janvier 2010 :
"La France a commencé à vendre ses excédents de vaccins contre la grippe A(H1N1)
mais la priorité reste d'immuniser les Français, déclare la ministre de la
Santé, Roselyne Bachelot."

Il y aurait beaucoup à dire sur une telle phrase. La 'France qui vend', les 'excédents' et la 'priorité [aux] Français' par exemple. Je vous laisse en trouver d'autres aussi croustillantes.

La France ne vend rien et n'a jamais rien vendu ni acheté. Ce sont les entreprises qui se trouvent situées en France qui vendent ou achètent. Enfin, normalement, c'est ce qu'on apprend à l'école. On nous apprend aussi que c'était dans les pays communistes (ou est-ce 'socialistes' ou même 'ump-istes' ?) que le pouvoir décidait d'acheter ou vendre ce qui était bien pour le peuple.

D'ailleurs, si on avait laissé les entreprise acheter les vaccins, je soupçonne qu'elles en auraient acheté moins que Roselyne - que voulez-vous, on ne peut décidément pas faire confiance au marché. Elles ne nous auraient probablement pas offerts ces magnifiques excédents comme cadeau de Noël. Car avant de commander aux laboratoires et d'engraisser ces derniers au moment où les vaccins étaient rares et donc chers, ces vaches d'entreprises, voire médecins, auraient attendu que les français soient malades - du moins, les achats auraient été plus progressifs. Ce qui fait qu'on aurait eu peu d'excédents - voire aucun - et les vaccins auraient été moins chers - merci les impôts.

Mais me direz vous, peu importe, puisqu'on les revend, ces fameux vaccins, inutilisés à quelques 95%. Hélas, c'est oublier ce satané marché... Car les vaccins ne sont désormais ni aussi rares ni aussi recherché. La preuve, on ne les vend pas à l'Allemagne ou l'Espagne ou autre pays 'grippal', mais au Qatar, lequel doit voir passer des grippes chaque fois qu'il y neige... Et donc ces généreux clients ont toutes les chances de négocier les prix à la baisse - c'est ce que vous feriez aussi, non ? Ce qui nous donne 95% de gaspillage, merci Roselyne.

Mais le meilleur est bien sur pour la fin. Immuniser les français, voila bien un noble objectif, non ? Mais la grippe ne connaît pas les frontières. Si les gens doivent être immunises, pourquoi les français en priorité ? Sommes-nous donc une population à risques, ou à privilèges ? Ou sommes-nous le pays des droit-de-l'homme - autre chose qu'on nous apprend à cette fichue école ? Ainsi, valait-il mieux acheter des vaccins en masse, pour rien, et ainsi en priver les pays moins riches qui en avaient vraiment besoin ? à supposer que de tels pays existent, mais ce n'est pas la question ici. Nous voilà donc au-dessus du lot. Les français méritent d'avoir les vaccins en premiers et méritent d'être immunises, eux. Tant pis pour les autres.

Roselyne - et hélas beaucoup d'autres - ne comprend pas - ou ne veut pas comprendre - que la santé en général et la grippe en particulier n'est pas un droit mais le résultat de services envers chaque individu. C'est donc un animal économique qui a un prix. La santé à tout ou n'importe quel prix, cela n'a aucun sens. Ou plutôt, ça n'a de sens que socialo-communiste, c'est-à-dire je décide-et-vous-payez.

Ce gâchis n'aurait tout simplement pas existé - mais comment faisait-on par le passé d'ailleurs ?? - si tout simplement Elle avait laissé chacun décider de se faire vacciner ou pas, si chacun avait eu le choix entre X euros à payer pour le vaccin d'une hypothétique grippette et ces même X euros utilisés à quelque chose de plus urgent ou plus utile pour soi.