Saturday, December 31, 2011

Simples réflexions sur l'avenir du "Quatrième Pouvoir"


Je fais du recyclage aujourd'hui, je retrouve un article de début 2009 écrit en réponse d'un journaliste toulousain - enfin, c'est ce qu'il y a sur sa carte de visite - à une invitation à participer à un "Meeting sur l'avenir du journalisme organisée par l'AJT.

A cette époque, j’étais en charge du risk management du second plus grand groupe de publication professionnelle au monde, qui subissait de plein fouet la crise de 2008 et l'internetisation des médias.

Bonjour Xxxxx,

Je te remercie de ton invitation à cet événement, mais comme c'est en semaine et que je ne pourrai donc pas y assister, je voudrais néanmoins contribuer car je te rejoins pour reconnaître l'importance du thème, ceci à titre à la fois citoyen, personnel et professionnel.

Citoyen car bien sûr il s'agit du quatrième pouvoir, de l'information et de la vigilance indispensable, personnel car des proches envisagent de devenir journalistes et enfin professionnel du fait que mon employeur, quoique pas réellement un groupe de média, agit dans le domaine de l'information et bien des questions qui se posent au journaliste et aux médias sont de même sur notre agenda.

Je ne suis pas tout à fait sûr des raisons, peut-être multiples et différentes, qui vous poussent à organiser ce débat, mais je suppose que la crise des médias, en partie liée à la concurrence du numérique et surtout du web, constitue une motivation forte. Il est vrai que ces derniers mois, le nombre de titres qui ont disparu ou du moins qui ont dû se reconfigurer est impressionnant. Par ailleurs bien sûr, le phénomène de facebook et des blogs personnels est également de nature à bouleverser le paysage et les conventions en matière de métiers et de marché de l'information. Et bien d'autres nouveautés encore, peu importe je pense.

Sans être un expert et avec humilité, je te propose quelques idées, fais-en ce que tu veux. Nous ne sommes pas du même avis sur tout, à mon sens tant mieux et cela pour moi n'empêche ni respect ni considération ou intérêt. Mon seul objectif est d'être utile a une profession que je considère essentielle pour une saine société.

Quitte à en enfoncer une porte ouverte, il me semble que ce phénomène du bouleversement des médias n'est pas en soi une attaque ou remise en cause du journaliste mais d'abord une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l'information. Traditionnellement, journalisme vient de journal et donc du support papier, distribué quotidiennement. Jusqu'ici, la contrainte quotidienne créait une limite au périmètre de diffusion physique d'un journal. Ou du moins sur son coût - on trouve bien Le Monde à New York tous les jours, mais pas à un prix équivalent à un journal local. Bref, la contrainte historique de diffusion locale à permis l'éclosion de centaines de journaux locaux au cours des derniers siècles. Et donc de très nombreux journalistes pour nourrir ces journaux.

Internet et le web viennent casser cette organisation en rendant totalement négligeable le coût d'accès non seulement quotidien mais instantané à n'importe quel journal online à l'autre bout du monde. Clairement, ce phénomène touche également le livre et même la radio et la télé. Mais il faut toujours des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne - ou encore sur papier.

On a donc une révolution en matière de concurrence. On verra qu'elle est double. Tout d'abord, la mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié, avec de plus le choix d'un support plus souple, sur lequel je passerai. Donc là où on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens - ou magazines, c'est pareil - majeurs, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu'on parle 2 ou 3 langues, et de plus souvent sans débourser. Forcément, le nombre d'exemplaires papiers fond, ce qui réduit les ressources publicitaires et crée le cercle vicieux vers la faillite dans lequel bien des journaux se trouvent aujourd'hui.

A noter que cette disparition de titres n'est pas si négative qu'il y parait. Elle ne nuit tout d'abord en rien à la diversité des choix (on n'en a plus qu'on peut en lire) et surtout elle assure que ceux qui n'ont pas su suivre l'évolution et la demande sont conduit à choisir un autre avenir. Les mauvais disparaissent, et c'est tant mieux. Bien sûr, si on devait finir avec seulement qu'une poignée de titres dans le monde, ce serait une autre histoire, mais il y a encore des trames IP à passer à travers les routeurs avant que cela nous arrive.

Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse, première concurrence. Celle-ci est de plus renforcée par la concurrence des blogueurs et autres 'nouveaux médias' et réseaux sociaux, qui occupent l'espace. Et je passerai rapidement sur l'expansion des radios et télés par câble ou IP qui ne font qu'amplifier le processus. J'espère ne pas trop me tromper sur mon analyse jusqu'ici.

Là intervient à mon sens la seconde concurrence, celle du contenu, laissée de costé jusqu'ici, celle de la question fondamentale. Car lorsqu'on a ainsi un tel choix de lecture, qu'est-ce qui pousse à choisir et donc acheter (je dis volontairement 'acheter', car même si c'est gratuit, je dois accepter volontairement de me 'farcir' la pub qui m'est imposée, je paye donc) tel ou tel titre ?

Le prix certes, mais surtout, à prix comparable, la qualité et la pertinence du contenu, bien évidemment. Et les blogs et autres nouveautés numériques ne changent rien à cette donne. Si je vais sur certains blogs, c'est - en partie - parce que j'y trouve une information d'une qualité (terme subjectif, bien évidemment) que je ne trouve pas ailleurs et en particulier dans les journaux, tout simplement.

On ne lit ou achète pas que des quotidiens, les magazines de tous poils suivent la même logique, mais je simplifierai en ne me focalisant que sur les quotidiens généralistes (actualités, politique, économie...) car à mon sens cela ne change rien à la logique et c'est plus dans le sujet. Point à débattre sans doute.

Donc qualité et pertinence constituent à mon sens l'enjeu de la concurrence à l'échelle mondiale du marché de l'information, rien de bien surprenant. On voit donc que le journaliste est soumis à deux concurrences : du point de vue du nombre, il doit trouver son marché local - ou mondial mais spécifique ; du point de vue de sa pérennité, il doit apporter une information de qualité. C'est d'une grande banalité en fait :le journaliste est un acteur économique comme les autres.

La notion de qualité et pertinence est immensément difficile, bien évidemment - sinon, le problème serait simple - et elle renvoie à ta question initiale du rôle du journaliste. Ce rôle ne peut être défini qu'à la lumière du rôle du lecteur à mon avis. Car avant d'être lecteur, on est acheteur - même si on décide de subir la publicité. On décide d'investir dans une lecture. Il faut donc qu'on y voit un intérêt. Et le journaliste doit répondre à cet intérêt. On est donc bien dans une logique qui est avant tout économique, voire uniquement économique.

Dans l'analyse ci-dessus, j'assimile en fait le journaliste à tout acteur apportant ou créant de l'information, y compris le bloger amateur, ce qui peut être vu comme un abus de langage, voire un crime de lèse majesté, une désacralisation. Dans une perspective de quatrième pouvoir, il y a là aussi une désacralisation potentielle.

Je pense pour ma part que ce n'est pas le cas. La réalité est d'ores et déjà celle-là même, le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d'annonce d'agence de presse à l'éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l'animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n'est qu'une nouvelle variante pour le lecteur, rien d'autre. Le fait que l'un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et pas l'autre ne change en réalité rien à l'affaire. In fine, l'individu qui transmet une information doit répondre à une attente de ses lecteurs, ou plus exactement, le lecteur ne juge qu'à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut - ou rarement.

Ainsi il me semble que poser la question du rôle du journalisme, ceci au singulier, c'est soit renier cet état de fait, soit - et je retiendrai cette option - plutôt une façon d'attirer l'attention sur la mise en danger réelle ou potentielle du quatrième pouvoir. Ce danger viendrait de nombreux facteurs, par exemple le non professionnalisme supposé des blogueurs, la perte de diversité des titres ou encore la dimension économique justement qui réduit l'indépendance face à l'influence financière.

Pour ma part, je considère tout simplement que le journaliste n'est pas ce fameux quatrième pouvoir, car il ne peut pas l'être, et cela est bien sûr regrettable. Des qu'on se trouve en fait un acteur économique, on ne peut plus jouer à ce titre le moindre rôle de critique politique objectif, car on est dépendant d'un marché. De célèbres journaux comme l'Humanité ou Libération jouent un rôle politique indéniable, mais ce rôle n'est en aucun cas objectif et leur critique n'est pas continue, elle fluctue au grès de l'électorat et du pouvoir en place.

Pour être plus juste, un même journal, un même journaliste ne peut pas jouer ce rôle de quatrième pouvoir en continu. Le journalisme, collectivement, le peut plus probablement. Et encore. Quand on considère par exemple aujourd'hui la question économique dans l'ensemble de la presse française, c'est à pleurer de conventionisme. Tout le monde en ce moment par exemple apporte sa vision de la crise, de la réglementation, des capitalistes etc. Mais il ne viendrait à l'esprit d'aucun (sauf de très rares, merci J-M.Aphatie) de rappeler par exemple le rôle catastrophique de l'état dans ce qui nous arrive. On tombe à bras raccourcis sur les entreprises et les banques sans voir que le problème vient en fait de trop de réglementations et d'un interventionisme de l'état hors de toute raison.

Ceci pour dire qu'aujourd'hui, en France mais aussi à bien des égards à l'étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d'aiguillon du pouvoir, et depuis trop longtemps. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place - ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, le problème c'est d'oublier le reste. Il est ainsi hallucinant que la presse de gauche ne s'intéresse désormais plus à la liberté et se trompe complètement en matière d'égalité. La menace de loi Hadopi par exemple, qui a fait l'objet d'un éditorial par le Nouvel Obs totalement idiot et liberticide constitue un exemple désolant.

A force de dire ce que le peuple veut entendre, à force de ne pas réfléchir et simplement transmettre des 'informations ou 'nouvelles' brutes pour occuper l'espace et le marché, cette situation n'est malheureusement pas une surprise.

Je vois poindre une critique à ce stade. Alors que je démontrais plus haut que le journalisme n'est rien d'autre qu'une économie, et donc qu'elle suit le marché, qui est donc roi, je viens de dire que c'est une mauvaise chose. Les deux sont vrais. Le rôle du journaliste consiste à vendre de l'information à qui veut l'entendre. Ce n'est pas de servir de manière *institutionnelle* ni de manière *garantie* de quatrième pouvoir, aiguillon du pouvoir. Il n'y a en fait pas de rôle *institutionnel* du journaliste et c'est très bien - les gens peuvent réfléchir par eux-mêmes. En fait, il ne faut pas de quatrième pouvoir institutionnel, le marché s'en charge.

Que dans ce contexte, les blogs et autres fantaisies numériques soient vus comme une menace pour le journalisme, c'est compréhensible, mais pour ma part j'y vois justement là une chance extraordinaire. Car enfin le blogueur n'a pas cette contrainte économique - du moins pas au début. Certes un blogueur qui finirait par devenir semi-professionnel par excès de succès retomberait dans le journalisme ou l'économie de l'écriture.

Mais le simple citoyen, qui échange, s'exprime, critique, met au défit, conteste sur son blog ou facebook, sans autre espoir de retour que d'être écouté et peut-être entendu, c'est là à mon sens le vrai quatrième pouvoir. Il peut analyser, critiquer, influencer à loisir, c'est l'anti-1984. On peut lire ce qu'il écrit ? A la bonne heure !

Alors quel rôle pour le journaliste à l'aune du numérique ? Eh bien le même qu'avant. Il peut prendre l'option économique de masse, avec un peu de saine humilité, c'est un rôle utile, ou être condamné à être un excellent éditorialiste engagé et de ce fait recherché, mais recherché par ceux qui veulent le lire. Mais le quatrième pouvoir, désormais, réside dans la liberté et l'indépendance que seul Internet offre, à mon avis. Pourvu que ça dure.

Thursday, November 24, 2011

Pour un état fort. Mais sans état.

La notion d’état est régulièrement au centre de nombreux débats, théoriques ou pas, entre libéraux de différentes obédiences. Bien des auteurs authentiquement libéraux font référence à ce terme, tour à tour pour en faire la source, l’objet même de tous nos maux, ou pour expliquer que finalement, il reste un mal nécessaire de toute société, du fait de la sécurité civile dont il serait le garant.

Une discussion récente avec un apprenti libéral m’apprenait ainsi que Pascal Salin lui-même faisait l’objet de joutes verbales acharnées pour le classer parmi les minarchistes (favorables à un état minimum, en général strictement régalien) ou comme un libertarien pur (donc opposé à toute forme d’état).  Il est vrai que la lecture d’un ouvrage immense comme son livre « Libéralisme » ne permet guère de trouver une position tout à fait explicite de ce grand libéral sur ce sujet. Pascal Salin est un fin communiquant qui évite d’entrer dans de tels débats pour faire mieux passer son message.

Et il faut bien reconnaître que des ambiguïtés analogues se retrouvent chez bien des auteurs, y compris un Ludwig von Mises dont le chef d’œuvre Human Action tourne continuellement autour de cet état honni mais indispensable, sans jamais trancher sur son besoin ou non.

Alors quoi, sommes-nous donc à jamais pris dans ce débat qui pourrait marquer dès lors le talon d’Achilles des théories libérales ? Il me semble que non car une lecture existe qui pourrait  bien régler la question, une lecture simple qui plus est, comme tout ce qui est libéral.

Il faut dire que le terme « état » est largement ambigu, et que selon moi ceci contribue grandement à ces incompréhensions. On y colle régulièrement le même sens que des concepts comme l’état-autorité (régalien), l’état providence (telle la sécurité sociale, plus contestée), dans un autre genre le gouvernement ou les divers pouvoirs séparés, mais aussi l’administration et ses fonctionnaires, bref, la bureaucratie. Il me semble pourtant qu’il est possible d’approcher l’état d’une manière qui devrait réconcilier la plupart des libéraux, minarchistes comme libertariens, tout en aidant je pense aussi à expliquer aux novices les plus et les moins de Léviathan.

Une expression usuelle devrait nous mettre sur la piste : les fonctions régaliennes de l’état. La police et la justice, voire la défense – non, l’émission de monnaie n’a aucune raison d’être régalienne, encore moins la santé – constituent habituellement cet ensemble. Le terme important n’est pas ‘régaliennes’ mais ‘fonctions’. Même un libertarien pur et dur sera d’accord, ces fonctions doivent être assurées dans une société libre et pacifique.

Mais là où il y a probablement malentendu, c’est que ces fonctions ne supposent automatiquement pas un organe, une organisation quelconque pour les fournir. Nous vivons certes dans une société où l’état régalien fournit ces fonctions via une organisation elle aussi étatique – qui plus est rattachée au pouvoir en place – à savoir l’administration bureaucratique. Pourtant, c’est précisément leur nature bureaucratique et dépendantes du pouvoir politique qui rend les fonctions régaliennes non-libérales. C’est parce qu’elles sont sous la coupe du pouvoir et non exclusivement au service des citoyens que police, justice et armée posent problème. Ce sont pouvoir et bureaucratie qui constituent Léviathan et non police ou justice.

Bien des auteurs, dont Rothbard, ont ainsi imaginé et démontré l’efficacité d’une organisation sociale où les fonctions régaliennes – toutes les fonctions régaliennes – seraient assurées par des entreprises capitalistes privées agissant sur le marché libre, comme les restaurant le font déjà pour une fonction encore plus essentielle : se nourrir.

Il s’agit donc de différencier fonction et organe pour aborder l’ambiguïté précédente sous un autre jour. On se rend compte ainsi qu’il est possible d’envisager un modèle où l’état joue son rôle, voir même celui d’un état ‘fort’, cher à Alain Madelin par exemple, sans pourtant que cet état n’ait de substance propre ou spécifique, mis à part à travers la réalisation sur le marché des fonctions régaliennes via des entreprises privées concurrentielles.

C’est finalement bien la même chose que la fonction essentielle ‘se nourrir’, qui est non pas régalienne mais carrément vitale, où sans intervention d’un état-bureaucrate quelconque, des milliers d’entreprises à la fois en réseau et en concurrence se relaient pourtant pour assurer non seulement la nourriture de tout un peuple, mais sa restauration.

Avec un tel modèle en tête, peut-être que les divers courants libéraux réussiront-ils à se rejoindre pour constituer le fleuve rugissant dont nous avons besoin pour bousculer la social-démocratie poussiéreuse ? Si cet article peut y contribuer, j’aurais eu l’impression d’une vague utilité.

Thursday, October 6, 2011

Le Financial Times fume un baril de pétrole...

A l'occasion d'un dossier récent sur la crise bancaire - et au-delà - de l'été 2011, le grand Financial Times, le célèbre "FT", proposait il y a quelques jours un article supposé à contre-courant sur les impacts possibles de la hausse des prix du pétrole : "Commodities: Are high oil prices bad for the global economy?"

Cet article assez court, sur un sujet de réel intérêt et venant d'un grand journal peu suspect de reliquats d'influence communiste, m'a laissé penser à un angle de vue potentiellement hors-sentier-battu et de pertinence. Ma surprise a pourtant été grandissant au fur et à mesure que j'avançais dans ce ramassis de contre-vérité ou d'inepties : FT ne serait donc pas infaillible et contribuerait lui aussi à répandre la mauvaise-parole économique ?! Fichtre.

J'ai donc entrepris de vous proposer de lire et analyser ce texte ensemble, histoire de partager les malins plaisirs ; j'espère que vous irez jusqu'au bout avec un sourire voire un rire s'élargissant, j'aurais alors au moins fait une bonne action dans ma pauvre vie de sale libéral nanti et égoïste qui se croit le plus malin.

Pour la bonne forme, nous allons prendre paragraphe par paragraphe, traduire et décortiquer - pas besoin de rince doigts au citron, l'acide est gratuit et offert dans la prestation. Allez hop, c'est parti.
"Conventional wisdom, firmly anchored in the experience of the oil shocks of the 1970s, has it that high oil prices are not good for the global economy. And a look at the global economy now, with consumer confidence weakening sharply in the face of high gasoline prices, confirms it."
"La sagesse commune, ancrée fermement sur l'expérience du choc pétrolier des années 70, prétend que des prix élevés du brut ne sont pas bons pour l'économie mondiale. Et un coup d'oeil à l'économie mondiale aujourd'hui, avec une confiance des consommateurs qui fond sévèrement face aux prix à la pompe, le confirme."

Sous des couverts (découvert ?) de bon sens, cela commence d'emblée très fort, vos yeux aiguisés ont déjà mis le doigt (bon, pas dans les yeux le doigt, faut suivre là...) sur deux raccourcis qui valent mieux qu'un. En premier, le choc pétrolier de 1973. Outre que beaucoup de nos jours ne l'ont jamais connu, il faut rappeler que ce choc, créé de toutes pièces par l'OPEP, n'avait rien d'économique mais était au contraire 100% pur jus de pouvoir. Passons, et revenons à nos jours avec le prix à la pompe. Notre journaleux s'est-il demandé si ce prix n'était que le pur reflet du prix du baril, sans autres distorsions ? La baisse du dollar aurait-elle un rôle, peut-être-ben-k'oui ? Ou les taxes (en France, on connaît la réponse, environ 80%...) ? Mais ne soyons pas si rigoureux - c'est pas bien la rigueur, beurk - et entrons donc dans le sujet.
"But two economists at the International Monetary Fund have published a research paper challenging the traditional view, arguing that high oil prices are not a big economic drag. The new analysis, “Oil Shocks in a Global Perspective: Are they Really that Bad?”, is particularly relevant as global economic growth starts to falter, with some policymakers blaming the impact of high oil prices for the slowdown."
"Mais deux économistes du Fond Monétaire International ont publié un article de recherche contestant la vision traditionnelle, affirmant que des prix élevés du pétrole ne sont pas un frein économique fort. La nouvelle analyse 'Les chocs pétroliers dans une perspective globale : Sont-ils vraiment si néfastes ?', est particulièrement pertinente alors que la croissance économique commence à vaciller et que quelques politiciens accusent les prix élevés de la récession."

Encore un paragraphe riche et donc à taxer, cela promet. En premier lieu, de quoi le FMI vient-il se mêler ? En supposant que cet antre semi-séculaire du keynésianisme éculé (non, non, il ne manque pas un 'n') ayant fait la preuve de son incapacité - bien avant que Lagarde ait embrassé le projet de baiser plus de gens que son prédécesseur de femmes en chambre - soit une référence en matière d'économie, il faudra m'expliquer en quoi le financement d'une pseudo-étude sur le pétrole relève de sa mission première. Mais surtout, la question même de l'étude est grandiose. Quoi, quoi ? Un prix pourrait être à un niveau - haut ou bas - hors du processus économique et sans que cela ne surprenne personne ? Il y aurait un roman à écrire sur cette phrase. Faisons ça vite - vite, toujours vite, avant que les prix montent...

Il y a deux idées fausses ou du moins biaisées derrière cette phrase. Tout d'abord, un prix, un vrai, ce n'est jamais qu'un signal de rareté ou d'abondance. Si le pétrole est rare - ou plus rare - son prix monte, et inversement. Si le prix monte, c'est un signal pour chercher de nouveaux gisements qui deviennent alors potentiellement rentables. L'abondance revient alors et le prix finit par redescendre. C'est le mode de fonctionnement normal de l'économie, il n'a là rien de particulier ni rien d'inquiétant. Ça ne vaut même pas la peine d'en parler. Dès lors, il aurait donc pas là de vrai problème, mais hélas, dans le cas du pétrole, ce n'est pas un vrai prix, car celui-ci est trop lourdement dans les mains des états producteurs qui b(i)aisent le marché. Et donc la question ne se pose pas sous un angle économique car elle est politique. Mince... Mais continuons cet article passionnant...
"Oil prices have so far this year averaged more than $100 a barrel. If Brent crude, the global benchmark, remains around its current level of $110 a barrel for the rest of the year, 2011 would set the highest ever annual average price, above the $98 a barrel in 2008, when Brent prices rose to an all-time high of nearly $150 a barrel."
"La moyenne des prix du pétrole jusqu'ici cette année a été à plus de 100 dollars le baril. Si le baril de brut, la norme mondiale, reste proche de son niveau actuel de 110 dollars jusqu'à la fin de l'année, 2011 serait celle du plus haut prix moyen jamais atteint, au-dessus des 98 dollars de 2008 où le Brent grimpa au plus haut pour frôler les 150 dollar le baril."

Affirmation intéressante et apparemment anodine et peu discutable, mmm ? Mais notre ami semble bien oublier l'inflation, n'est-ce pas ? Vu la fonte de la devise de Tonton Sam grâce au tsunami de billets verts imprimés depuis, les 110 d'aujourd'hui n'ont pas grand chose à voir avec les 150 d'il y a trois ans. Et les prix, ben ils ne sont donc pas si hauts en réalité... Mais éh, oh, vous cassez la baraque là, faut laisser un peu de matière à sensation que diable !
"Tobias N. Rasmussen and Agustín Roitman, the two economists at the IMF in Washington, argue in their analysis that although oil prices have “a negative effect on oil-importing countries”, the impact is not as large as previously thought. They say a 25 per cent increase in oil prices “will cause a loss of real GDP in oil-importing countries of less than 0.5 per cent, spread over two to three years”."
"Tobias N. Rasmussen et Agustín Roitman, les deux économistes du FMI à Washington, avancent dans leur analyse, que bien que les prix du pétrole 'ont un effet négatif sur les pays importateurs de pétrole', l'impact n'est pas si grand qu'on l'avait pensé. Ils disent qu'une hausse de 25% des prix du pétrole 'causeront une perte de PIB réel des pays importateurs de moins de 0,5%, répartie sur deux ou trois années'."

Moi je vous le dis, les économistes sont extraordinaires. Tout d'abord, ils nous inventent des indicateurs loufoques, tel le PIB qui ne mesure rien de fiable - car il intègre une supposée production des corps étatiques qui n'est qu'une illusion sans substance - mais comme, tels le douanier-qui-n'est-pas-un-imbécile, ils se rendent bien compte que le chiffre sonne creux, et hop, tadaaa ! les voilà-t'y pas qui nous glissent subrepticement un "PIB réel" sorti on ne sait d'où et qui bien sûr a échappé au journaleux. Mieux, ils prétendent mesurer l'impact du pétrole sur le PIB, c'est à dire sur la production ('Produit Intérieur Brut' = PIB). Mais dites-moi, voyons voyons, le pétrole est pour nous un coût, ce n'est donc pas tant la production qui sera affectée que son prix, la marge et/ou le pouvoir d'achat. Tout ça est donc mesuré par ce fameux 'PIB réel' ?! Extraordinaires je vous dis. Plus fort encore, ils arrivent à amortir une hausse sur '2 ou 3' ans sans s'occuper de la hausse elle-même sur la même période...  Revenons à notre article 'de la mort'...
"“One likely explanation for this relatively modest impact is that part of the greater revenue accruing to oil exporters will be recycled in the form of imports or other international flows, thus contributing to keep-up demand in oil-importing economies.”
Other economists believe the analysis could be extended to other commodities, including copper and iron ore. They believe high prices are a drag for consumers but are boosting economic growth in countries from Chile (in the case of copper) to Australia (for iron ore), helping to sustain global economic growth."
"'Une explication probable de cet impact relativement modeste vient qu'une partie des revenus accrus affluant vers les exportateurs de pétrole seront recyclés sous la forme d'importations ou autres flux internationaux, ceci contribuant à maintenir la demande des économies importatrices (de pétrole, pfff)'. D'autres économistes croient que l'analyse pourrait être étendue à d'autres matières premières, y compris le cuivre et le minerai de fer. Ils croient que des prix élevés sont un frein pour les consommateurs mais qu'ils dynamisent la croissance économique de pays allant du Chili (dans le cas du cuivre) à l'Australie (pour le minerai de fer), aidant à soutenir la croissance économique mondiale."

Je suis sûr que comme moi vous avez la commissure des lèvres qui démange et que l'éclat de rire frappe à la porte. Ces messieurs nous ont l'air bien sûrs d'eux dans leur étude savante, vu qu'ils 'croient' en des explications 'probables', dignes de Madame Irma Rmihunkouch (ça, c'est pour les connaisseurs). Mais surtout, ils découvrent que le prix du pétrole n'a pas de lien avec la demande d'autres produits ?! Mais c'est que c'est bien ça, bravo, c'est digne d'un PhD : on vous l'a dit plus haut, l'impact est sur les coûts et sur le pouvoir d'achat, le premier paysan du coin du Maryland vous le dirait. Puis enfin, révélation, si on étend la logique aux autres 'commodités' (les trucs de merde, en gros) on conclut que plus les prix montent, plus la croissance aussi - et donc que tout va bien. Non mais où allons-nous, comment peut-on laisser dire de telles absurdités ? Plus c'est cher, plus on est riche. Plus on pédale moins fort, plus on avance moins vite.
"The new analysis is at odds with the view of other economists, notably James Hamilton, who, in his seminal “Oil and the Macroeconomy Since World War II”, published in 1983, linked episodes of high oil prices with economic recessions in the US. The new research is, however, more in line with some other papers, particularly the research by Olivier Blanchard and Jordi Gali, “The Macroeconomic Effects of Oil Price Shocks: Why are the 2000s so Different to the 1970s?”."
"La nouvelle analyse est perplexe face aux vues d'autres économistes, notamment James Hamilton, lequel, dans son influant 'Pétrole et Macroéconomie depuis la Seconde Guerre Mondiale', publié en 1983, relia les épisodes de haut prix du pétrole et les récessions aux USA. La nouvelle étude reste, cependant, plus en ligne avec d'autres articles, en particulier l'étude de Olivier Blanchard et Jordi Gali, 'L'Effet Macroéconomique des Chocs Pétroliers : Pourquoi les années 2000 sont-elles si différentes des 70s ?'."

Pas grand commentaire ici, le journaliste gagne du temps et vend du papier, il brode et tourne autour du pot et étale sa culture du blé en guise de confiture. Toutefois, une remarque - on est là pour casser de l'écononeuneu ou non ? : Ça ne vous choque pas, vous, tous ces grands économistes qui se chamaillent et ne sont jamais d'accord entre eux, qui sont perplexes ou dans la ligne ? Quel beau métier... Y'a pas à dire, c'est de lard, mon cochon.
"It is also in line with the thinking in Saudi Arabia, the world’s largest crude oil exporter, which has argued over the last few years that economists have been exaggerating the impact of oil prices. Ali Naimi, Saudi Arabia’s oil minister and the de facto leader of the Opec oil producers’ cartel, said earlier this year that the global economy could weather oil prices at nearly $100. And natural resources ministers in other commodity-producing countries have also argued that high prices have boosted their economies, thus compensating at the global scale the impact of higher costs in economic growth in consuming nations."
"(L'étude) est aussi en ligne avec la pensée Saoudi-Arabique (un terme à la gomme ?), le plus grand exportateur mondial de brut, qui a prétendu sur les quelques années passées que les économistes ont exagéré l'impact des prix du pétrole. Ali Naimi, le ministre saoudien du pétrole et de facto leader du cartel des producteurs de l'OPEP, a dit plus tôt cette année que l'économie mondiale pouvait affronter des prix à près de 100 dollars. Et les ministres des ressources naturelles des autres pays producteurs de matières premières ont aussi avancé que des prix élevés ont dynamisé leurs économies, compensant ainsi à échelle globale l'impact de coûts supérieurs pour la croissance économique des nations consommatrices."

Cette fois-ci, on reste toujours dans les croyances et les batailles d'arguments, mais pour donner un peu de poids, on fait parler les gros bras, les sinistres du pétrole ou des 'ressources naturelles' qui sont forcément des gentils pleins de bonté et bon sens et dès lors aptes à donner une analyse économique d'intérêt. Et toi, le journaleux, t'en penses quoi ? Tu le crois toi qu'une augmentation de prix puisse dynamiser une économie ? Ton porte-monnaie, quand pense-t-il ?  Allez, on approche de la fin.
"The different impact of higher oil – and some other commodities prices – today and in the past is due largely to the different nature of the most recent price shock.
While in the mid-1970s, early 1980s and 1990-91 high oil prices were the result of large supply disruptions, including the Arab oil embargo, the Iranian revolution and the Gulf war, the rally in oil prices of the last decade is mostly due to strong economic growth propelling oil demand. High oil prices are, therefore, the mirror of high economic growth. The same applies for other commodities."
"L'impact différent d'un pétrole plus haut - et les prix de quelques autres commodités - aujourd'hui et par le passé, est dû pour une large part à la nature différente du choc le plus récent. Alors que dans les années 70, le début des 80s et en 90-91, les prix élevés étaient le résultat de fortes ruptures de l'offre, incluant l'embargo arabe, la révolution iranienne et la Guerre du Golfe, la course des prix de la dernière décennie est surtout due à une forte croissance économique propulsant la demande en pétrole. Les prix élevés sont, de ce fait, le miroir d'une croissance économique élevée. La même logique s'applique aux commodités."

Soyons bon prince, reconnaissons que dans ces quelques phrase un souffle léger de bon sens est passé. Mais il faut rester acerbe, notre écrit-vain semble ne découvrir la mécanique de l'offre et de la demande par rapport à un marché politique et artificiel qu'aux deux tiers de son papier. Pas de quoi bomber le torse. On pourrait lui chercher quand même quelques noises en lui rappelant que la croissance des années 2000 - il pourrait éviter de le découvrir 10 ans après - n'était que trop faite de virtualité monétaire et Ponzi-que, mais allez, c'est pas le tout mais faut en finir de ce torchon.

"Nonetheless, some analysts note that supply-side factors are also playing a role, particularly in agricultural commodities, due to export restrictions, mandatory minimum prices introduced by governments and lower crops resulting from bad weather. Oil prices have also been lifted by a supply disruption in Libya this year. And in metals and minerals, floods in Australia and strikes in Latin America have curtailed supply, helping to lift prices in spite of slow demand growth."
"Néanmoins, certains analystes remarquent que des facteurs côté offre jouent également un rôle, particulièrement parmi les commodités agricoles, du fait de restrictions d'exportation, de prix minima imposés introduits par les gouvernements et de récoltes faibles suite à une mauvaise météo. Les prix du pétrole ont aussi été gonflés par une rupture de l'offre en Libye cette année. Et pour les métaux et minéraux, des inondations en Australie et des grèves en Amérique Latine ont réduit l'offre, aidant la hausse des prix malgré une faible hausse de la demande."

Alors là, ça sent la fin, on est à court d'arguments, on fouille les poches pour trouver quelques miettes pour les pigeons. Nous sommes partis en vain sur la thèse que des prix hauts pouvaient être bénéfiques, et nous loupons le mille en arrivant au port. Nous voilà enfouis sous un flot d'arguments décousus sans aucun lien entre eux et qui ne posent aucun fait objectif. Ne voici pas que les faibles récoltes ont un lien avec le pétrole ? Ah mais sot que je suis, bon-sang-mais-c'est-bien-sûr, c'est à cause des biocarburants ! Que l'auteur ne le dit-il pas plus clairement !? Mais à la réflexion, les biocarburants sont essentiellement subventionnés, ils ne relèvent donc pas non plus du marché libre, donc la thèse d'origine ne tient toujours pas. Aïe aïe aïe...    Dernière salve :
"Mr Rasmussen and Mr Roitman acknowledge the difference between the current demand-driven cycle and previous episodes, warning that “the finding that the negative impact of higher oil prices has generally been quite small does not mean that the effect can be ignored”. They add: “Our results do not rule out more adverse effects from a future shock that is driven largely by lower oil supply than the more demand-driven increases in oil prices that have been the norm in the last two decades.”"
"MM. Rasmussen and Roitman reconnaissent la différence entre le cycle actuel poussé par la demande et les périodes précédentes, avertissant que 'la découverte de l'impact négatif des prix élevés a été en général très faible ne signifie pas que l'effet peut être ignoré.' Ils ajoutent : 'Nos résultats n'interdisent pas d'autres effets plus contraires envers un choc futur qui soit largement poussé par une offre plus faible que les hausses de prix venant de la demande qui ont été la norme durant les deux dernières décennies.'"

Là vraiment, en guise d'envolée lyrique dans l'hyper-espace nihiliste et retombée-sur-ses-pattes, moi je dis 'chapeau' ! Non vraiment, il s'agit bien d'une chute digne d'Acapulco-citron et qui donne à cet article toute sa splendeur riche de vacuité ! Comment !? Nous commençons par appâter le badaud en lui annonçant une étude forcément brillante puisqu'elle vient du Fond Moléculaire Intersidéral, laquelle ouvrirait une nouvelle voie à la lecture du marché du brut, puis on patauge un peu tout en tenant en haleine pure cachemire, et pschittt! le papier finit en eau de boudin en avouant que finalement, rien n'est sûr et qu'un nouveau choc pourrait bien en fait nous faire voir de quoi le pétrole se chauffe ! Si ça ce n'est pas du talent aiguille, je ne sais pas comment le digne FT pourrait faire mieux.

En fin de compte, je vous le dis, cette histoire a une morale simple, que les libéraux connaissent bien mais qu'il est toujours utile de rappeler : en matière d'économie, moins on lit les journaleux et moins on écoute les politocards et plus on apprend de choses.

Wednesday, September 28, 2011

Réponse a un logicien du dimanche


Stéphane Laborde, l'auteur farfelu de la "Théorie Relative de la Monnaie" et en rapport, du site http://www.creationmonetaire.info/, croit, dans son post "Philosophie Politique", avoir trouvé l'idée géniale et consensuelle permettant d'expliquer à la fois aux socialos et aux libertariens, mais aussi au passage au détracteur de sa 'TRM' que je suis, qu'ils ont tous un problème de logique et qu'en fait ils ne sont pas tant en opposition qu'on veut bien le dire - et surtout sans que eux, ces idiots, s'en rendent compte.

Il nous livre ainsi un de ces articles dont il a le secret, où comme pour la monnaie dont il aurait refondé la théorie, sous couvert de rigueur scientifico-logique, il est affligeant d'ineptie et de manque de lucidité. Voyons donc ce qu'il en est de cette prose philo-politique...

M.Laborde nous explique que : "Le problème vient de l'incompréhension de la nature des modèles logiques ou mathématiques. Une profonde incompréhension de la nature de ce que signifie "vrai" ou "faux", système logique cohérent ou incohérent. Mais que par ailleurs les jusnaturalistes font eux mêmes vis à vis des autres courants libéraux comme le géolibertarianisme et d'autres variations du libartarianisme dont le le libéralisme de gauche. Il faut donc éclaircir ce point d'abord d'un point de vue théorique général sur la nature d'un modèle et la logique, puis plus particulièrement sur les différences particulières entre ces courants libéraux.

En substance, les libertariens comme tout le monde n'ont pas compris qu'il y a plusieurs "univers logiques", que même vrai-ou-faux est une question de point de vue et donc que tout le monde a raison - ce qui au passage lui permet de justifier les soi-disant géolibertariens dont il se revendique. Nous verrons que c'est plutôt lui qui a un problème de fantaisie et de manque de rigueur...

Il continue ainsi en donnant comme exemple, classique, les conséquence de la découverte que la géométrie que nous connaissons tous, dite "euclidienne", n'est pas vraiment contradictoire avec la "non-euclidienne" : "En effet on a donc la géométrie euclidienne qui pose pour axiome (vérité posée "à priori" et base d'un système logique), (a) "deux droites parallèles ne se coupent pas". Quand Gauss affirme qu'il peut bâtir un système logique tout à fait cohérent qui pose (b) "deux droites parallèles peuvent se couper" le débat est lancé, et il est violent car on voit immédiatement que (a) et (b) s'opposent frontalement."

Il développe pour bien être sûr que les ignares que nous sommes comprennent et sont marqués à vie par le fer blanc de son génie, puis à partir de là, il en conclut que tout est possible, on peut dire tout et son contraire, car en fait il s'agit de choisir le bon référentiel, le bon univers logique : "Et donc on peut de façon très libre définir toute sorte de modèles, cohérents ou incohérents les uns par rapport aux autres, la cohérence étant une notion parfaitement relative, et donc la "vérité", le "vrai" ou le "faux", n'existent pas hors du modèle de référence qui permet de s'assurer que les assertions vraies ou fausses sont conformes ou non conformes au processus d'inférence (démonstrations à partir des axiomes). Sans donc préciser à quel modèle vous faites référence pour affirmer ou infirmer une affirmation vous êtes dans la liberté de choix de ce que vous définissez comme vrai ou faux. Mieux, vous proposez une définition conceptuelle qui peut n'avoir aucun référent dans un autre modèle. Il est donc vain d'affirmer que tel ou tel modèle est "absurde" ou "extrême" ou quoi que ce soit d'autre, si vous ne précisez pas le modèle de référence à partir duquel vous inférez ce résultat." (on ne s'attachera pas à noter les fautes d'orthograve...)

Soyons clairs, Stéphane Laborde ne dit pas que des bêtises - c'est d'ailleurs ce qui le rend dangereux pour la liberté. Il est tout à fait vrai que raisonner sur la base d'hypothèses aussi différentes que les axiomes euclidiens ou gaussiens conduit à des conclusions sans aucun rapports entre elles. Mais là s'arrête sa pertinence.

Car il commet dans cet exercice deux erreurs fondamentales : il croit que dans la vraie vie on peut librement choisir son univers logique et il croit qu'on peut être dans plusieurs univers en même temps. Hélas, on ne choisit pas la nature humaine, elle s'impose à nous.

Quel rapport avec la géométrie ? Dans la vie quotidienne, on se place le plus souvent dans l'hypothèse que les axiomes euclidiens s'appliquent. Ainsi l'architecte qui conçoit une tour immense suppose que ses parois verticales sont parallèles, qu'elles ne se se coupent pas. Est-ce un acte libre et gratuit de sa part, pouvait-il choisir autrement ? Non point, la géométrie euclidienne est utilisée simplement parce qu'elle modélise au plus près notre réalité et permet de ce fait d'obtenir des résultats fiables, c'est-à-dire en accord avec la réalité de ce monde où les parallèles sont... parallèles. Faites autrement, et votre tour s'écroule, comme l'euro de nos jours.

A l'inverse, mais selon la même logique, le marin - ou l'aviateur - choisit quant à lui la géométrie sphérique, une de celles où il existe des droites parallèles qui se coupent - les méridiens. Grâce à la géométrie sphérique, il peut calculer son itinéraire ou sa position en tenant au mieux compte de la rondeur de notre planète - problème que n'a pas l'architecte. Là encore, son choix, quoi que différent de celui de l'architecte, n'est pas un choix arbitraire, mais un choix de raison : il choisit le modèle, la théorie qui est la plus adaptée.

Certes, l'un comme l'autre pourrait décider d'utiliser une autre géométrie encore, mais leur liberté apparente serait alors "payée" par des résultats totalement farfelus ou par une complexité de calcul démesurée. On ne retiendra donc pas cette hypothèse car elle ne correspond à aucune réalité : dans la réalité, c'est la réalité justement qui détermine la théorie applicable, le choix de théorie est une pure illusion ou une fantaisie sans consistance. On ne modélise pas par plaisir ou par idéologie, mais par efficacité.

On en conclut donc que la soi-disant solution proposée par M.Laborde n'en est pas une, nous ne pouvons pas sauter d'une théorie à l'autre à notre gré pour valider toutes les incohérences du monde, simplement parce qu'il n'y a pas plusieurs théories - mais une seule - applicable à notre réalité physique et socio-économique. Et s'il devait en exister plusieurs, il faudrait qu'elles soient compatibles sans être incohérentes. L'incohérence théorique en matière sociale, ce n'est pas la liberté de l'observateur, mais c'est l'incompatibilité avec la nature humaine.

Enfonçons le clou, je vois venir l'objection : oui mais votre exemple ne parle que d'individus, donc d'un individu à un autre on pourrait parfaitement accepter de telles différences de référentiels et d'hypothèses. Non, cela ne marche pas non plus, simplement parce que la réalité est la même pour tout le monde. Il n'y a pas une réalité et un modèle pour la prof de philo de l'article et une autre pour l'économiste ou le "libéral de gauche". Tous sont condamnés à adopter la théorie qui colle le mieux à la réalité unique - celle promue par les libertariens - sauf à rester dans leur rêves idéologiques.

Revenons à la suite de l'article et exposé de Stéphane Laborde : "Passons donc maintenant à nos philosophies politiques. Il semble que dans cette vidéo cette enseignante a pour modèle de référence un modèle de type "autoritarisme socialiste" qui postule que l'Etat est central, fondamental. A partir de ce modèle, il est tout à fait justifié de déclarer qu'une position qui postule que l'Etat n'a pas de sens, que seuls existent des individus qui doivent se prendre en charge, est absurde et que par ailleurs la démocratie n'est pas forcément un modèle de société idéal. Mais l'inverse est vrai. A partir du modèle qui pose pour axiome la négation de la pertinence de l'Etat et qui pose la propriété comme devant être conforme à un autre axiome qui est le droit naturel (jusnaturalisme), bien évidemment, les modèles logiques qui réfutent ces assertions de façon axiomatique ou inférentielle apparaissent absurdes.
Il s'agit donc d'un dialogue de sourds, si chacune des parties ne fait qu'asséner de façon péremptoire des "vérités" qui ne sont que les conséquences de propositions axiomatiques particulières."

Son raisonnement se confirme et illustre bien mon propos : la vision politique de chacun dépend de son modèle de référence et ceci explique les malentendus entre personnes ne se référant pas au même modèle. Certes. Mais son erreur se confirme, il ne voit pas qu'on n'a pas cette liberté de pouvoir choisir >avec pertinence< le modèle de référence. Autrement dit, la prof de philosophie s'appuie peut-être sur une vision étatiste du monde, cela explique son discours, mais il n'en demeure pas moins qu'elle raconte des conneries justement parce qu'elle se réfère à un modèle totalement déconnecté de la réalité.

Notre ami en vient peu à peu à son sujet véritable - tout ceci jusqu'ici n'était qu'artifice et poudre aux yeux, son véritable objectif c'est bien sûr de nous expliquer qu'on peut être libéral et de gauche et que sa théorie de la monnaie est la seule valable. Pauvre garçon.

Voyons ce qu'il nous dit : "Quelle est la position du libéralisme de gauche dans ce débat ? Le libéralisme de gauche pose comme principe fondateur, comme axiome, ni le droit naturel, ni l'existence ou l'absence d'Etat ni l'autoritarisme, mais les libertés. Conformément au fondement du libéralisme liberté signifie non-nuisance. Aussi si droit il y a il doit être librement établi et donc modifiable par les individus par des moyens acceptables (exemple : pouvoir modifier la Constitution par une initiative démocratique), si Etat il y a il doit respecter les individus avant toute chose et ne doit en avantager ou désavantager aucun à commencer par ceux qui travaillent pour lui, donc appliquer un principe général de symétrie envers tous, permettre par exemple la subsidiarité etc... Si autoritarisme il y a ce ne peut être que pour s'assurer de la défense des droits de tous etc..."

La phrase importante, c'est la seconde : il prend comme axiome les libertés. Diantre. On l'a vu, on ne choisit pas son ou ses axiomes comme on choisit une chemise dans un dressing, il s'agit qu'il y ait de la pertinence à modéliser la réalité. Mais pire, "les libertés" ne sont tout simplement pas des axiomes, cela n'a aucun sens. Pour un libertarien la liberté - au singulier s'il vous plait - résulte de l'organisation sociale, c'est un aboutissement et non un point de départ. Pour être dans une société libre, et disposer de "libertés", il faut - et il suffit - que la société soit organisée en cohérence avec certains principes, autrement dit ces fameux "axiomes" réalistes.

Le reste de ce paragraphe est tout à fait acceptable et de bon sens. Il continue cependant avec : 
"A partir de là, le libéralisme de gauche ne se prononce pas sur les propriétés individuelles ou le rôle de l'Etat autrement qu'en affirmant que leur existence n'est cohérente avec les libertés que s'ils respectent la non-nuisance vis à vis d'autrui au sein du territoire où s'applique le droit modifiable, donc l'espace-temps qu'il définit. La non-nuisance n'étant par ailleurs aucunement définie de façon absolue mais procéde d'un droit librement établi, modifiable dans le temps selon les générations successives qui le façonnent par accords mutuels, selon des processus de type démocratiques."

Cependant, sa définition du "droit" est malpropre, il oublie que le droit est par définition l'instrument de la liberté, il ne peut donc être modifié que dans cette seule hypothèse, mais c'est un autre sujet qui va au-delà de cette réponse.

Il continue hardiment avec : "On comprendra donc pourquoi le libéralisme de gauche englobe le jusnaturalisme, car tout comme la géométrie euclidienne n'est qu'un cas particulier de géométrie non-euclidienne, il ne s'agit que d'un cas particulier de droit. Mais comme le droit réellement respectueux des libertés de chaque individu ne peut être aucunement un droit "absolu" posé axiomatiquement et qui n'évoluerait pas selon les générations qui l'acceptent librement, le libéralisme de gauche ne peut-être cohérent vis à vis du jusnaturalisme qui ne peut l'intégrer, puisque ayant posé le droit naturel comme base, et pas les libertés."

Dès à présent, plus de doute, il dérape et s'enfonce, l'abîme est proche. Poser que le jusnaturalisme (mot savant pour le libertarianisme de l'école autrichienne) peut être englobé par quoi que ce soit et surtout par un libéralisme de gauche imaginaire, il fallait oser. Dans ce paragraphe, à nouveau, Stéphane Laborde se trompe deux fois.

Il parle du droit naturel, sous-jacent au libertarianisme, comme un "cas particulier", comme si on pouvait faire varier le droit dans ses fondamentaux. On retrouve l'erreur précédente du décalage avec la réalité. Le droit naturel, comme son nom l'indique, est un droit minimal, minimaliste même, qui ne pose guère que deux principes : la responsabilité individuelle et la propriété individuelle et de soi-même. Comment peut-on imaginer, en tant que libéral, que ce minimum puisse être un cas particulier et surtout que les "générations" puissent ne pas "l'accepter librement" ? Un libéral envisagerait ainsi que l'irresponsabilité individuelle puisse être un droit valable ?

Seconde erreur, le droit naturel pourrait ne pas être un "droit absolu posé axiomatiquement". Hans-Herman Hoppe, un des grands libertariens vivants, a clairement montré (http://en.wikipedia.org/wiki/Self-ownership) notamment dans "The Economics and Ethics of Private Property" que c'est exactement l'inverse, en clair que la propriété de soi, base du droit naturel, est un axiome car elle ne peut être contredite sans supposer qu'elle existe. Cela démontre une fois de plus le caractère réaliste du droit naturel, qui dès lors peut difficilement être posé comme non-absolu sans partir dans un univers qui n'est pas celui de l'espèce humaine.

Toutefois, il se rattrape - il faut lui en rendre justice - dans ce qui suit puisqu'il reconnait la cohérence des libertariens :  "Mais il est un fait que le jusnaturalisme étant une théorie non-contradictoire, tout comme l'est la géométrie euclidienne il reprend du point de vue des libertés des argumentaires logiques dont beaucoup de points sont conformes au libéralisme de gauche, et sur beaucoup de ces points il y a des accords inférentiels."

Mais nous repartons dans des délires dès la phrase suivante qui croit qu'il pourrait y avoir des libertés que le droit naturel rendrait impossibles : "Mais le droit naturel étant posé comme base, seuls s'expriment les libertés conformes à ce droit dans ce modèle là, produisant un certain type de nuisances par absence des autres libertés (non-nuisances). Et cela les libéraux de gauche le considère comme incorrect, car définit comme étant un droit non librement établi. Puisque ce sont bien les libertés qui sont base axiomatique du libéralisme de gauche et pas le droit naturel."

Mais quelles seraient donc ces libertés que les méchants "jusnaturalistes" brideraient de par leur horrible droit naturel ? Un des chevaux de bataille des "libéraux mal dégauchis" tient au "revenu universel" (RU), ou "allocation universelle". Il serait juste, moral et efficace, selon eux, que chacun, de sa naissance à sa mort, touche une somme S chaque mois, somme identique pour tous les citoyens et qui assurerait ainsi un minimum vital pour tous, dont les handicapés et autres "incapables" de s'auto-subsister. Et ainsi, il y aurait là une liberté, celle de subsister au sein de la société.

Un des problèmes classiques que pose cette idée qui semble alléchante et équitable à première vue, c'est celui du financement - ah ces libertariens, il faut toujours qu'ils parlent d'argent... Une idée comme le RU, séduisante, suppose de disposer de la somme avant de la verser à chacun. Il n'y a pas 36 solutions, on ne peut que : attendre des dons, prélever cet argent ou créer de la monnaie. On ignorera les dons, car s'ils existaient en nombre et volume suffisant, le RU serait inutile. Pour prélever les sommes, il n'y a guère que le vol ou les taxes - ce qui est la même chose d'un point de vue moral. Enfin, la création monétaire, credo de notre auteur, relève elle aussi du vol - ce qui est probablement plus surprenant pour beaucoup de lecteurs. En effet, la création monétaire engendre toujours de l'inflation, laquelle érode et le pouvoir d'achat et la valeur de l'épargne de tout le monde - notamment des moins bien lotis. Il s'agit donc d'un mécanisme de vol réel mais très insidieux - et donc très prisé des gouvernements.

Comment peut-on donc considérer qu'un "mécanisme social" tel que le RU, dont la nature même ne saurait être éthiquement valable, on vient de le voir, peut relever d'une liberté légitime quelconque ? Je vois à l'avance M.Laborde arriver avec ses gros sabots en disant : "Mais c'est normal, vous vous servez de concepts de droit naturel pour montrer que le RU n'est pas moral, vous devriez partir des libertés et non du droit naturel." Ou quelque chose comme ça.

Ah bon ? Mais expliquez moi donc comment vous pourriez bâtir une liberté ou une morale où la création monétaire ou la taxation pourrait être autre chose que néfaste ? Si vous y arrivez, Stéphane Laborde, alors votre article vous donnerait tort, car le libéralisme de gauche qui serait bâti sur une telle morale ne saurait "englober" le libertarianisme de Rohbard, Hoppe, Salin ou Hülsmann, qui lui n'accorde que de l’immoralité a la creation monétaire.

Pour ma part, je reste cohérent et maintiens qu'il n'y a pas d'autre droit réaliste que le droit naturel. Bonne chance.

Tuesday, August 30, 2011

Google est-il liberal ?




Google fait à nouveau parler de lui avec son lancement de Google+. « Google va-t-il engloutir l’Internet ? » (http://www.atlantico.fr/decryptage/google-internet-menace-168919.html) titre par exemple www.atlantico.fr. Google serait-il donc un monstre libéral – ou anti-libéral même, peut-être ?

Le monde des grandes entreprises technologiques grand public est un monde devenu passionnel et hautement symbolique, qui sert régulièrement de référence plus ou moins fiable et objective au débat économique de comptoir et de télévision. Les Microsoft, Apple, Facebook ou Google – toutes américaines, bien sûr – sont chacune chargée de clichés et d’une image spécifique, plus ou moins paradisiaque, plus ou moins satanique, souvent aux yin et yang contrastés. Microsoft est ainsi souvent prise comme symbole de l’horrible entreprise hégémonique empêchant les startups de gagner leur place au soleil de Palo Alto, Apple à l’inverse représente le noble David face à ce Goliath et Facebook, encore jeune et à l’image mouvante,  tient la place de la startup éclair que chaque jeune rêve de créer – sans jamais avoir tenté de le faire, cependant.

Google dans ce club très fermé a une place bien à lui, à part, avec une image très contrastée, qui a évolué avec l’importance de sa présence sur le Net. Google s’est imposé en moins d’une décennie comme >le< site de recherche sur Internet, pour tout et même plus, avec comme devise qu’un jour, on ira sur Google pour retrouver même ses clés perdues. Depuis, tirant sur tout ce qui bouge, il a élargi son domaine bien au-delà de la recherche de site web pour offrir – toujours gratuitement – des services comme l’email, la suite bureautique, la géolocalisation, l’album photo et bien d’autres – et cela le plus souvent de manière novatrice et intégrée. Ce succès et cet appétit ont fait de Google le premier prestataire de publicité en ligne au monde, et de loin. La jalousie et ses affres ont vite fait de suivre.

En effet, cette position largement dominante n’est pas pour satisfaire tout le monde, loin s’en faut. Et malgré son image de startup à l’immense succès, bien des gens voient chez Google non pas le symbole du libéralisme positif, mais au contraire le symbole des méfaits d’un capitalisme débridé – dont seuls les Etats-Unis ont le secret, bien sûr. Certes, répondre quant au libéralisme de Google supposerait probablement une thèse, mais considérons néanmoins trois aspects où l’exemple du moteur de recherche peut éclairer bien des confusions en matière de liberté.

En premier lieu, ce métier de moteur de recherche soulève la question de la légitimité même de l’accès à l’information. Nous sommes passés pendant la seconde moitié du vingtième siècle – enfin, nous qui avons la chance d’habiter des pays relativement développés, sinon libres – d’une société de production industrielle à une société principalement informationnelle, où savoir, connaître – sinon comprendre – sont devenus aussi aisés que quelques coups de clic chez Google, justement. En quelques années, plus besoin de ces lourds volumes encyclopédiques qui garnissaient les étagères de nos – riches – parents pour répondre aux questions existentielles posées par la télé-réalité ou les joutes de nos politicards les plus abracadabrantesques…

Pourtant, beaucoup font encore de la résistance. L’accès à « l’information » en général constitue en effet un marché lucratif, ou plutôt a pendant longtemps constitué un marché lucratif. De nombreuses entreprises, de tailles parfois importante, se sont bâties sur l’idée – la réalité à l’époque – que l’information est une ressource rare ou difficile d’accès.

Les éditeurs de revues ou livres professionnels par exemple vendent très cher leur produits à d’autres professions qui parfois leur doivent leur survie et donc acceptent des prix élevés. Les médecins par exemple, ou les juristes tout pareil, doivent en permanence se tenir au courant des dernières avancées ou des dernières lois et textes. Ils sont donc quasiment obligés de tous s’abonner aux revues professionnelles des grands éditeurs mondiaux. Mais quoi quoi ? Voilà-t’y pas que Google permettrait un accès à de telles informations de manière gratuite et plus simple ? Il est bien évident que les grands éditeurs ne sauraient l’entendre ainsi et font donc de la résistance, menacés qu’ils sont tout simplement de pure disparition.

Il en est de même pour de nombreux métiers dits de communication, de courtier d’information, que Google menace directement : écoles et universités, bibliothèques, salons et expositions, magazines et publication professionnelles donc, mais aussi les journalistes et les experts de tous poils. Mais c’est aussi le cas pour le juristes eux-mêmes, ceux dont le métier est précisément de profiter de toutes les lois sur le copyright, brevets, marques et autres soi-disant secrets industriels.

Est-ce donc à dire que Google serait pirate, ou du moins favoriserait ou ferait la promotion d’une forme moderne de piraterie ? La réponse libérale est clairement négative, dans la mesure où la propriété intellectuelle en général n’est pas un concept libéral – et donc la question du vol ou de l’abus de propriété intellectuelle est de même dénuée de sens libéral. Il n’y a pas de propriété intellectuelle selon la doctrine libérale et dès lors, Google ne saurait être pris pour une entreprise pirate, bien au contraire.

L’objet de cet article n’est pas de rédiger une thèse sur la question de la propriété intellectuelle, bien d’autres s'y sont attardés avec plus de pertinence, mais donnons néanmoins quelques pistes simples de compréhension. Le concept de propriété est un outil juridique générique dont l’objet est de gérer les conflits potentiels d’accès aux ressources entre les humains. Ainsi, si on considère par exemple le PC dont je me sers pour rédiger ce texte, j’ai besoin de pouvoir éviter que quiconque en revendique légitimement l’usage à ma place, créant ainsi un conflit insoluble entre nous. La propriété me donne le droit reconnu de revendiquer l’exclusivité de ce PC et d’éviter de tels conflits. Une caractéristique des objets physiques ainsi possédés tient à l’impossibilité de les dupliquer – sauf à consommer d’autres ressources dont la propriété ferait elle-même question.

Or en matière de productions de l’esprit, ces notions perdent littéralement toute substance – même si les juristes ne seront bien sûr pas d’accord. L’accès à une idée, un texte, une musique, ou autre n’est pas de nature conflictuelle, car toute production intellectuelle peut être reproduite, partagée et communiquée à l’infini, gratuitement ou presque et ce sans que l’auteur en soit privé en aucune façon. Il n’y a donc pas de vol possible d’une œuvre intellectuelle, c’est là une légende sans fondement, l’idée du piratage en la matière étant ainsi tout aussi fantaisiste et infondée.

Google se trouve donc être, bien au contraire de ce que beaucoup colportent, un bienfaiteur en matière de propriété intellectuelle en libérant l’accès à une masse considérable d’information pour l’ensemble des internautes de cette planète. De quoi largement contrebalancer la perte incertaine de quelques rares maisons d’édition poussiéreuses.

Cette capacité à concentrer l’accès à l’essentiel du capital intellectuel numérisé donne à Google une puissance de service objectivement considérable. Cette puissance est souvent vue par certains comme un monopole, voire une hégémonie, faisant du californien un « méchant » dont il faudrait se méfier voire se protéger. Rien de tout cela n’a pourtant de logique ou réalité.

La position de monopole est ainsi un énorme paradoxe, presque une tarte à la crème. En effet, lorsque Google a vu le jour, le marché de la recherche de site web était dominé par les Yahoo! et AltaVista dont il a challengé la position. A l’époque donc, la situation était inversée, le monopole dans les mains de Yahoo!-Goliath et Google-David partant à sa conquête. Le succès de cette ambition a aujourd’hui largement inversé le paysage, mais est-ce que le marché est pour autant définitivement figé ? Clairement non, rien n’empêche structurellement quiconque de contester cet état de fait et prendre à son compte la part du lion. Microsoft a ainsi tenté le défi avec son moteur Bing, au succès et aux qualités indéniables, mais sans pour autant avoir à ce jour gagné le jeu sans conteste possible. Mais demain peut-être, qui sait ?

Google n’est donc pas un monopole, tant qu’il sera possible pour une entreprise de librement et spontanément défier sa position, on ne pourra parler de monopole. Pour un libéral, il n’y a monopole que lorsque la concurrence n’est pas légalement possible. Tant que le consommateur peut être amené à choisir de dépenser son temps ou ses ressources à un autre service que celui de Google, on ne pourra parler de monopole. La concurrence, ce n’est pas offrir strictement le même service. Concurrencer, c’est inciter le consommateur à choisir de dépenser autrement.

Reste la position supposée hégémonique, Google le méchant dont il faut se méfier. De quoi s’agit-il ? Google est tellement performant, il donne accès à tellement de données et informations, que cela en dérange certains qui y voient là une violation de ce que les anglo-saxons appellent la « privacy » - l’intimité, la confidentialité légitime de données personnelles – ou autres « secrets.» Les robots de Google cherchant et trouvant partout sur la toile, il est évident qu’ils tombent régulièrement sur des sites hébergeant des données de tous types et de tous niveaux de confidentialité. Ces données deviennent aussitôt accessibles par la terre entière, souvent à l’insu des personnes concernées. Pour peu que cela donne lieu à une diffusion large et objet de buzz, ces dernières crient alors au hacking sauvage, à l’intrusion abusive voire à la diffamation. Imaginons que des données financières finissent ainsi dans les mains de l’administration des impôts et Google devient aussitôt coupable d’abominable collusion avec l'état.

Google serait donc un horrible espion des forces étatiques, à commencer par l’administration américaine bien sûr. Pourtant, le problème est ailleurs. En premier lieu, Google n’a accès qu’aux données mises en accès sur le réseau. Si des données sensibles sont ajoutées à ses index, c’est que leur sécurité était inexistante. La responsabilité en incombe à l’entreprise qui héberge le site web concerné, ou à ses clients, mais pas à Google. On ne peut pas demander à la fois à Google d’indexer le web et d’identifier les données sensibles, car la sensibilité est une notion qui n’a de sens que pour l’individu ou l’entreprise concerné par les données en question. Le libéral veille toujours à clarifier le jeu des responsabilités.

Par ailleurs, la mise en accès sur le réseau de données dites sensibles n’est en fait le plus souvent pas un problème en soi, contrairement à ce que les vierges effarouchées de la CNIL veulent nous faire croire. Comme souvent, il faut regarder du côté de l’état pour que le problème se pose. La CNIL nous explique qu’il faut protéger nos données des griffes du business, qui pourrait en abuser pour nous proposer une avalanche de services dont nous n’aurions que faire. Mais le libéral sait bien que la menace n’est pas là, car notre libre-arbitre nous protège toujours du vendeur, face auquel un « non » ferme clôt toujours tout débat. Par contre, c’est bien sûr l’état qui peut profiter des services de Google pour obtenir des informations dont il peut abuser. Mais là encore, la faute n’incombe pas à Google, mais bien aux imprudents et à l’état inquisiteur.

Il y a là sans doute un revers malheureux à la médaille d’or de Google, on ne donne pas libre accès aux données du monde sans casser quelques œufs. Mais il demeure qu’au bilan, Google constitue une machine qui fait extraordinairement avancer la liberté, par l’accès quasi-gratuit à l’information, par l’innovation constante et enfin en permettant de mettre au jour ceux qui abusent pour mieux asservir.

Wednesday, July 6, 2011

BitCoin, une monnaie ?

Depuis quelques jours, voire semaines, une nouvelle « monnaie » dénommée « BitCoin » (http://www.bitcoin.org/) et réputée « virtuelle » fait parler d’elle à travers de nombreux articles y compris des meilleures sources libérales).

Par ailleurs, cette question remet au goût du jour une question plus générale posée par un article de Pierre Lemieux (http://www.pierrelemieux.org/artrahn.html) concernant l’avenir des monnaies ‘nationales’ avec l’arrivée d’Internet et des ‘nouvelles technologies’. Les monnaies virtuelles, favorisées par Internet, sonneront-elles le glas des banques centrales ?

En matière de monnaie, un libéral est toujours méfiant car le XXème siècle a en particulier été celui qui a vu la destruction progressive des monnaies traditionnelles, métalliques en particulier, qui avaient pourtant mis des millénaires à émerger comme fruit du libre marché économique. Cette destruction a vu l’explosion d’une inflation jamais vue dans l’histoire au bénéfice des gouvernements, banquiers et oligarques, avec le dollar qui perdu par exemple 98% de sa valeur par rapport à l’or depuis 1932 (http://goldstockmania.com/gold-vs-the-us-dollar-what-a-knock-out/) et 95,6% de son pouvoir d’achat depuis 1913, année de création de la Fed (http://www.coinnews.net/tools/cpi-inflation-calculator/).

Une monnaie déclarée porte souvent un masque qui cache des faiblesses ou perversités inacceptables pour le marché et pour la liberté. Il faut donc leur faire tomber le masque. A l’inverse, toute initiative qui peut contribuer à remplacer le système monétaire actuel, vicié d’une inflation galopante et injuste, ne pourrait être que bienvenue. Qu’en est-il donc vraiment de ce service BitCoin qui nous arrive ?

Au préalable, il peut être utile de rappeler ce qu’est la monnaie, sujet assez abstrait quoique touchant un objet quotidien, et surtout très galvaudé dans la littérature et la presse. Une monnaie est avant tout un moyen d’échange. Elle n’existe que si elle permet de faciliter les échanges commerciaux. Au lieu d’échanger des pommes contre des oranges ou des livres contre un meuble, ce qui est vite malcommode, on passe par une « valeur » intermédiaire, la monnaie, qui a la confiance de tous. On sait, on parie sur le fait que cette monnaie sera acceptée par tous, aujourd’hui comme demain, et sans altération de valeur ni de confiance.

En fait, le rôle de la monnaie consiste à servir aux hommes à gérer l’incertitude de la vie économique. Une autre façon de l’exprimer serait de voir la monnaie comme une assurance de pouvoir d’achat futur. On a besoin de monnaie non pas pour mesurer la valeur des choses, mais pour ne pas perdre la valeur acquise lors des échanges d’aujourd’hui au bénéfice des échanges de demain. Cela ne peut fonctionner que si la monnaie a la confiance de tous (ou presque), est reconnue par tous (ou presque) et qu’il n’y a pas d’inflation (ou presque). En effet, la baisse de confiance, tout comme l’inflation, supposent une baisse de valeur d’échange dans le temps (la même valeur faciale me donne droit demain à moins de pouvoir d’achat qu’aujourd’hui), ce qui est néfaste pour l’individu qui possède de la monnaie – et donc pour la monnaie.

Rappelons les questions plus techniques que pose une monnaie, toute monnaie en général, et quelles sont les caractéristiques d’une « bonne » monnaie. Murray Rothbard distingue sept critères dans « The Mystery of Banking » (http://mises.org/Books/mysteryofbanking.pdf) :
a.       « in heavy demand » (sous forte demande) : Une forte demande est une garantie que la monnaie sera acceptée par autrui et donc qu’on ne risque pas ne pas pouvoir s’en débarrasser.
b.      « highly divisible » (hautement divisible) : La capacité d’une monnaie à exprimer un prix est essentielle. Plus une monnaie peut être « découpée » pour permettre d’exprimer un prix à la dix ou vingtième décimale près, plus les prix pourront être précis et plus la monnaie sera utilisée, notamment pour les transactions extrêmes.
c.       « high value per unit weight » (grande valeur par unité (de poids)) : Ceci est bien sûr valable pour les monnaies matérielles, mais exprime le besoin que la monnaie soit facile à transporter. Plus elle est chère par unité de poids, moins il y a besoin d’en porter pour disposer de plus de pouvoir d’achat.
d.      “relatively scarce” (relativement rare) : Une monnaie qui serait un produit abondant ne ferait pas l’objet d’une demande élevée et serait donc assez difficile à revendre. Pourquoi dans ce cas accepter ce produit comme monnaie d’échange – expression pléonastique au passage – sans garantie suffisante que ce produit pourra être échangé par la suite ?
e.      “highly durable” (hautement durable) : La monnaie doit ne pas être un produit périssable, car son rôle consiste à conserver la valeur acquise pour la transmettre lors d’un échange futur. Il est amusant que bien des textes introductifs à l’économie prennent le poisson, produit de la pêche, comme exemple de monnaie primaire, alors que sa brève fraîcheur en fait un piètre candidat à la fonction monétaire.
f.        “indefinitely into the future” (indéfiniment dans le futur) : La monnaie doit garder sa valeur. Pour Picsou, il est important que son amas d’or ne perde pas sa valeur, et cela est vrai pour tout épargnant qui fait confiance au livret A pour protéger ses économies. Quiconque a connu l’hyperinflation, comme en Allemagne ou plus récemment au Zimbabwe, sait l’angoisse de l’échange d’une brouette de billets contre une baguette de pain.
g.       “production limited” (de production limitée) : Ce dernier critère s’intéresse à la contrefaçon lorsqu’il s’agit de billets. Celle-ci rend le produit ou billet abondant et dès lors en réduit la valeur par inflation – rappelons que l’inflation, ce n’est pas l’augmentation des prix mais l’augmentation de la masse monétaire.

Du point de vue fonctionnel, les critères a, b, e, f et g sont les plus importants – d pouvant être vu comme un équivalent à a et c étant spécifique aux monnaies matérielles – et donc pour résumer, une monnaie doit être demandée, divisible, durable, stable et limitée. Fort bien, mais qu’en est-il donc de BitCoin et au-delà des monnaies virtuelles ?

Clairement, BitCoin possède de forts avantages et c’est bien pour cela qu’elle fait tant de bruit. Divisible de manière évidente, la monnaie BitCoin semble également inaltérable parce que immatérielle. Son caractère privé et même collectif (mode peer-to-peer) la rend peu suspecte de collusion gouvernementale et donc digne de confiance car peu sujette à une quelconque « politique monétaire.» Cela répond aux critères de divisibilité et a priori à celui de stabilité. Mais quid des autres ? Qui donc demande de la monnaie BitCoin ? Comment est-elle créée ? Quelle inflation subit-elle ? Qui peut en produire ou la contrefaire ? Quelle est sa valeur marchande ?

La question de la demande et de la valeur relève du pur phénomène de marché et non de l’analyse, laissons-la donc de côté, même si aujourd’hui, la demande très limitée n’est pas de nature à imposer BitCoin sur le marché – il faudra passer une masse critique pour que le volume de transaction en fasse une monnaie reconnue.

Par contre, la vraie question des monnaies virtuelles tient précisément à ce caractère virtuel et ce qui le réalise – car même la virtualité ne fait que traduire une matérialité. Une monnaie virtuelle possède en fait deux réalités. La première tient à la spécification de l’algorithme sur lequel repose Bitcoin. BitCoin est le résultat du fonctionnement d’un logiciel sophistiqué qui comporte un compteur réparti de masse monétaire, un créateur par achat d’unités, un mécanisme de transaction et surtout un mécanisme permettant à chacun d’accumuler des unités. Le risque dans l’absolu serait que ce logiciel comporte des « trous » dans sa conception par lequel un malfrat pourrait se glisser pour au choix voler des unités ou pire en créer de nouvelles sans contrepartie. Car en effet, créer de la monnaie sans contrepartie, ce n’est ni plus ni moins que de la contrefaçon génératrice d’inflation, ce qui aurait pour résultat de saper totalement la valeur de la monnaie.

Ce risque de faille est toujours bien réel en informatique, c’est parce qu’elles existent que les « pirates » arrivent à « pénétrer » les systèmes informatiques. Heureusement, le logiciel de BitCoin est open-source ce qui fait que chacun peut y apporter sa pierre pour le corriger ou l’améliorer. Sur le long terme donc, le risque qu’un pirate arrive à « casser » BitCoin pour procéder à de la contrefaçon semble donc assez faible.

Seconde réalité, ce superbe logiciel doit être ‘codé’ sur des ordinateurs bien réels et gérés par des opérateurs bien humains et sujets à l’erreur. C’est là dans la vraie vie que les « failles » existent en plus grand nombre et c’est en entrant ainsi sur les systèmes par le bas qu’il est souvent possible de détourner les données d’un logiciel qui pourtant sur le papier semble sans défaut. Ceci pour confirmer que le principal risque porté par toute monnaie virtuelle, c’est celui du « hacking,» du piratage, qui peut potentiellement permettre de créer de la monnaie par contrefaçon ou par copie, voire de voler des unités monétaires en grand nombre. L’expérience montre que pour tout système informatique, au fur et à mesure qu’il mûrit sa densité de failles diminue, mais hélas elle augmente par contre avec la sophistication des services proposés, de sorte qu’il est très difficile d’avoir une totale assurance que le logiciel monétaire, BitCoin, ne pourra pas être piraté et la masse monétaire sérieusement altérée.

Ce genre de considérations peut paraître relever de la science-fiction – après tout, de nombreuses ‘monnaies’ apparaissent un peu partout, dans les jeux en ligne par exemple, chez Facebook récemment et on n’entend guère parler de hacking. Mais supposons que BitCoin connaisse un réel succès et que bientôt des milliard de dollars viennent s’y réfugier pour transiter en sécurité, hors des griffes de la FED. Avec un gain potentiel en milliards, tous les pirates de la planète auront tôt fait de se lancer à l’assaut du système et si une faille existe, elle finira par être trouvée et le système mis en faillite le temps de claquer des doigts. On voit donc que les monnaies virtuelles ne peuvent pas être sans ‘côté obscur’ – il ne peut pas exister de système sans défaut, l’entropie veille. Que doit-on en conclure ?

Les monnaies traditionnelles, l’or en tête, n’étaient pas sans défaut non plus. Les pièces d’or s’usent, les fondeurs peuvent tricher sur leur poids et les confier à une banque pose le risque de la contrefaçon des certificats de dépôt. L’adoption d’une monnaie reste donc toujours un choix guidé par une prise de risque, entre la confiance accordée en une monnaie pratique et de grande fiabilité et la possibilité marginale mais toujours présente d’inflation par contrefaçon.

BitCoin et les autres monnaies virtuelles ne font pas exception. Elles présentent de très nombreux avantages, à commencer par l’indépendance des banques centrales, ce qui de nos jours est sans doute l’argument majeur. Mais il faut être lucide et bien se rendre compte que si elles rencontrent le succès, elles rencontreront aussi les assauts des pirates et malfrats de tous poils et risquent donc disparaître en un clin d’œil et sans contrepartie matérielle, ruinant au passage leurs détenteurs. Peut-être faudra-t-il qu’il en existe des milliers de différentes, en concurrence permanente, pour qu’aucune ne devienne dominante au point d’en être fragilisée. L’avantage d’une monnaie libre sur un marché libre, c’est que c’est le marché qui trouvera tout seul la solution. Vive la monnaie libre.