Friday, April 29, 2011

Le libéralisme connaît-il des variantes ?

La France est à de nombreux égards un pays paradoxal et cela se confirme en matière de liberté et de politique. La France qui est un – sinon « le » – berceau historique des Lumières et du libéralisme classique, avec des auteurs allant de Montesquieu à Bastiat, entre bien d’autres, la France est devenue peu à peu sur la fin du XXème siècle ce pays où les termes « libéral » et « libéralisme » ont été et sont encore pour une large part, tabous et incompris. Pourtant, pour caricaturer Sartre, le libéralisme est un humanisme. C’est même son aboutissement.

Après cette longue période, devant le désert de l’offre politique et l’échec patent et cumulé des « ruptures » de droite et des « forces tranquilles » d’en face, la scène politique française de 2011 semble frémir d’un léger activisme libéral – auquel j’espère d’ailleurs contribuer via quelques contractures de zygomatiques réfractaires… On ne peut que s’en réjouir, surtout pour nos enfants.

Pour autant, il ne faut pas tomber dans le piège des spécialistes du carnaval politicien dont le masque marqué du sceau de libéral n’est souvent qu’une parure de mode, sans plus de fondement. Combien de politiciens ou simples militants dans notre pays s’affichent ou se positionnent comme libéraux tout en démontrant des opinions manifestement constructivistes et collectivistes ?

La « Rupture » de 2007 se voulait ainsi d’inspiration plutôt libérale ( « je refuse le nivellement, l’égalitarisme et l’assistanat » in http://www.dailymotion.com/video/x1of6b_clip-de-campagne-court_news) mais sa mise en œuvre s’est vite révélée plus proche du programme d’un PS que de celui d’Alternative Libérale.

Ahh, Alternative Libérale, le Parti Libéral Démocrate, le Mouvement Libéral de Gauche, voilà en plus que le maigre contingent raisonnablement authentiquement libéral se déchire et éclate, qui pour dériver vers une gauche improbable, qui pour s’acoquiner avec un centre réputé nouveau et les derniers pour courir des élections perdues d’avance.

Tous ces exemples plus ou moins funestes sont selon moi la manifestation d’une profonde méconnaissance et incompréhension de ce qu’est le libéralisme en France, de bonne ou de mauvaise foi, y compris de la part de certains qui s’en revendiquent le plus ouvertement. Notamment, comment se fait-il que de nombreux « libéraux » s’opposent sur des sujets de fond comme l’immigration, la fiscalité ou encore l’Europe sur lesquels leurs fondamentaux devraient au contraire les unir face aux errements des collectivistes de tous poils ? La liberté, n’est-ce donc pas la liberté, point ? L’Europe des 27 peut-elle être un concept libéral ? L’immigration n’est-elle pas une opportunité ? La fiscalité peut-elle être autre chose qu’un vol ?

Mais au fait qu’est-ce que le libéralisme ? Et comment en être si sûr ? Je ne me permettrais pas de me poser en expert de l’histoire du libéralisme et de l’étude de tous ses courants ou de son évolution. Pour être honnête, j’en découvre régulièrement des nouveaux, chaque fois avec la surprise qu’on puisse encore tenter de réinventer la roue. L’idée est plutôt de se demander à quoi on reconnaît un « vrai » libéral ou libéralisme d’un « canada dry » qui n’en a que l’étiquette et pourtant fait plus de mousse. La définition classique de la liberté, apprise à la communale, est bien sûr que « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.»

Cette définition, devenue banale à force de nous être ressassée, est bien plus subtile qu’on le pense souvent, car elle pose bien le sujet : la liberté est une notion qui touche aux tensions entre l’individu et le reste du monde, c’est-à-dire « moi » face à « autrui.» Le libéralisme repose donc sur une vision individualiste du monde et de la société et toute notion qui ne découlerait pas de ce principe ne saurait être libérale. Corollaire immédiat, vient aussitôt l’égalité en droit de tous et de chacun. Pour que la liberté puisse être respectée, il faut un « Droit » et ce Droit doit être uniforme envers chaque individu, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir d’individus qui auraient plus de liberté, donc de Droit, que d’autres.

Cela à nouveau semble probablement trivial à la lecture. Mais cela pose la question de l’état, sujet fondamental et tellement mal compris de beaucoup de « libéraux partiels.» En effet, si le Droit et la Liberté doivent être strictement uniformes, symétriques, alors la société ne peut accorder de privilège >de droit< à quiconque, y compris aux « représentants de l’état.» Le fonctionnaire et son statut devient non seulement un privilégié, il devient l’incarnation d’un organe qui tord, viole, biaise la symétrie juridique de la société.

Toute forme d’organisation sociale, ou de proposition politique, de nature collectiviste et non individualiste, ou pire, bridant de manière arbitraire ou inégale la liberté individuelle, est donc immanquablement anti-libérale. Nous tenons donc notre critère.

Bien sûr, bien d’autres que moi ont précédemment abouti à cette conclusion et proposé cette vision « pure » du libéralisme. Dénommé « libertarianisme » outre-Atlantique pour éviter toute confusion avec la gauche qui s’est depuis longtemps emparée du thème de la liberté via la protection sociale, le libéralisme possède un cercle des auteurs disparus très réduit, celui des contemporains l’est tout autant. En France, on citera Bastiat et de nos jours P.Salin, B.Lemennicier (http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/index.php), Ch.Michel (http://www.liberalia.com/), parmi d’autres – qu’ils veuillent bien m’excuser. A l’étranger, H-H.Hoppe (http://www.hanshoppe.com/) est un immense auteur, ainsi que W.Block. Les économistes autrichiens sont aussi de grands libéraux, on ne peut oublier L.v.Mises (http://mises.org), F.v.Hayek ni H.Hazlitt. Mais la référence absolue reste à mon sens Murray N. Rothbard, dont l’œuvre immense a posé les bases d’un libéralisme à la fois pur, réaliste, socialement et économiquement viable. (On pense notamment à « The Ethics of Liberty » et à « For a New Liberty,» tous deux accessibles librement sur le web.)

Le libertarianisme de Rothbard, Hoppe et leurs disciples est un modèle social à la fois extrêmement simple dans ses principes et structures, remarquablement cohérent quant à l’égalité de tous face à la liberté, optimum économiquement et incroyablement souple dans les solutions qu’il propose aux grands problèmes sociaux modernes. Rares sont les sujets considérés comme épineux et faisant l’objet de nombreux ouvrages que les libertariens n’ont pas déjà réglés et ceci via des solutions le plus souvent simples, élégantes et frappées du sceau du bon sens. Les auteurs libertariens sont en général à la fois de grands économistes, adeptes de l’école autrichienne d’économie (http://mises.org) et de grands juristes, adeptes du « droit naturel.»

L’objet de cet article n’est pas de faire le tour du libertarianisme – un livre ne suffirait pas, et il ne s’agirait guère que d’un plagiat de la littérature abondante sur le sujet. Donnons néanmoins un bref aperçu.

Ce libéralisme repose sur trois piliers, et trois piliers seulement : Liberté individuelle, Propriété individuelle et Responsabilité individuelle. Difficile de faire plus centré sur l’individu. De là, s’appuyant sur les mécanismes du capitalisme et du marché libre, l’ensemble des fonctions régaliennes sont construites sans ne jamais recourir à un gouvernement ni à une administration quelconques. Les problèmes d’écologie sont réglés via une analyse strictement économique libérée de tout dogme moral, alarmiste et faussement sentimental. L’insécurité en général, routière en particulier, est démontrée n’être qu’un problème d’ingérence étatique dans le quotidien de l’individu et de manque de privatisation des infrastructures. L’ensemble des problèmes sociaux apparaissent comme de faux problèmes dus à un empilement de lois et textes diluant propriété et responsabilité au point de déstructurer l’ordre social naturel. Même les « Droits de l’Homme » – tels la libre expression, la vie privée – sont ramenés à des problématiques simples et concrètes qui trouvent leur solution dans la juste analyse de droits de propriété classiques.

Forts de cette analyse, revenons à notre sujet : Le libéralisme connaît-il des variantes ? Il serait présomptueux de répondre définitivement « non,» mais en même temps, mon expérience me montre que chaque fois qu’une variante se présente, elle s’avère toujours à l’analyse moins libérale que « le » libéralisme des libertariens.

On rencontre par exemple des « libéraux de gauche.» Ceci se veulent les héritiers de 1789, de notre « liberté – égalité – fraternité » ô combien galvaudé et d’une vision sociale du libéralisme. Mais en quoi le libéralisme pourrait-il ne pas être social ? Ou plutôt, qu’est-ce qu’un libéralisme social ? Une mesure phare des libéraux de gauche tient par exemple au « revenu universel,» qui se veut assurer à chacun un même montant forfaitaire pour chaque citoyen. Soutenue en son temps par J.Marseille, voilà une mesure réputée 100% libérale, puisque strictement égalitaire et de nature à largement simplifier les procédures administratives. Certes, certes. Pourtant, comment la finance-t-on ? Par l’impôt, forcément. Si celui-ci est pareillement égal pour tous, nous tombons sur une opération blanche. L’impôt doit donc être variable selon un critère quelconque, typiquement le revenu. Nous voici donc face à une mesure qui implique un impôt inégalitaire, deux raisons pour que cela ne puisse pas être libéral.

Plus nombreux sont les « libéraux-conservateurs.» Souvent plus libéraux que la moyenne sous l’angle économique, ils sont attachés à des concepts traditionnels comme les « valeurs,» la « nation,» ou encore la « laïcité.» Leur talon d’Achilles tient justement à cette dimension morale qui est sous-jacente. Il est nécessaire selon eux de garder le citoyen du côté du « bien » face au « mal » et c’est le rôle d’un état fort que d’assurer cet ordre moral des choses. Mais que vient faire la morale dans la liberté ? Rothbard consacre un livre entier sur ce sujet, la liberté suppose de séparer strictement le >droit< de faire une action de la >moralité< de cette action, ceci d’autant que la moralité est une chose d’ordre culturel qui varie dans le temps et avec la géographie. Dès lors, justifier l’action étatique sur une base morale quelconque – par exemple protéger la culture ou l’identité française – n’est qu’une faille laissée ouverte au totalitarisme moralisateur.

Difficile donc de trouver un autre libéralisme que le libéralisme… Il reste que beaucoup reprochent aux libertariens leur intransigeance conceptuelle et leur « jusqu’au-boutisme » dans les arguments – intransigeance que j’assume pour ma part entièrement. Le souci du libertarien est de ne jamais laissé la porte entrouverte à la faveur de l’étatisme. Depuis deux siècles, en France comme aux Etats-Unis, comme partout, l’état grossit étape par étape, à la faveur de chaque petite « crise,» chaque prétexte protectionniste, chaque prétendu risque social. Le libertarien cherche à boucher tous les trous, repousser Leviathan, ne jamais lui laisser le moindre répit, la moindre chance. Vade retro Leviathan.

En conclusion, de même qu’en matière de liberté il n’existe que le blanc ou le noir, il n’existe pas de « gris » en matière de libéralisme. Le seul libéralisme « pur » reste celui de Salin et Rothbard, les autres ne sont que des ersatz de circonstance. Car c’est peut-être là que réside l’incompréhension la plus forte : on oublie trop souvent de faire la différence entre une mesure libérale, strictement, et une mesure de nature à se rapprocher du libéralisme, cette dernière forcément imparfaite. L’enjeu pour les libéraux aujourd’hui et demain consiste à mon sens à identifier que le seul libéralisme, le seul humanisme ne peut être que libertarien, tout en proposant des mesures et des programmes électoraux qui soient explicitement de nature à se rapprocher de cette cible porteuse de nos espoirs.

Tuesday, April 26, 2011

Contribution a une stratégie pour un Parti Libertarien en France - Introduction

A l’heure où tous les partis et autres groupuscules de France commencent à fourbir leurs armes verbales et démagogiques de tous ordres en vue de l’échéance de 2012, il peut être opportun de contribuer au réveil des libéraux en France en posant les bases d’une stratégie de transition vers l’instauration d’une véritable société libertarienne – on peut la rêver, en tout cas.

Un certain nombre d’initiatives existent déjà, fortes souvent de propositions très concrètes et allant dans le bon sens, mais qui pour autant, me semble-t-il, ne posent pas assez clairement les enjeux en termes d’objectif à atteindre et d’obstacles à franchir.

De même, des réflexions (en français) de fond existent, par exemple celle Bernard Lemenicier (http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/displayArticle.php?articleId=65) mais elles ne me semblent l’aborder que de manière théorique, n’étant pas non plus de la dernière actualité . Bien sûr, il y a aussi tout le matériau disponible via le Libertarian Party américain (www.lp.org), le Libertarian Forum de Rothbard (http://mises.org/journals//libertarianforum.asp) et beaucoup des idées sont à reprendre, mais la réalité de la France n’est pas celle des Etats-Unis, il faut donc adapter ce riche matériau.

Cette modeste contribution souhaite aider à clarifier les enjeux et les options quant à la démarche à suivre.

Une stratégie pour amener le libertarianisme, pardon, le libéralisme en France (*) devrait être réaliste et pour ce faire aborder le sujet de notre déplorable existant jusqu’à une cible future qu’il s’agira d’atteindre, ou du moins approcher.

(*) Dans la suite de ce texte, libéralisme est à prendre au sens de Pascal Salin, c'est-à-dire un libéralisme pur, dit « libertarien » pour éviter la confusion avec tous ces ersatz qui hantent les discours politiques de nos jours. C’est le libéralisme des grands penseurs libertariens, tels M.Rothbard, H-H.Hoppe ou L.v.Mises.

Pour ce faire, il me semble que nous devons envisager trois grandes phases et pour chacune des objectifs et des domaines d’action propre.

Ce premier texte propose la démarche générale, ses trois grandes phases, qui seront développées plus en détail chacune dans un texte propre, à venir (+) :

(+) J’espère que ce premier texte suscitera de nombreuses contributions des libéraux ;-)

  • 1) Reprendre le pouvoir :
« Reprendre le pouvoir,» pour bien marquer que le « pouvoir,» horrible mot de la politique politicienne, n’appartient pas à l’état mais au peuple, constitué de chaque individu.

Avant tout, il s’agit de créer ou de s’assurer que les conditions sont remplies pour que l’opinion soit suffisamment et consciemment demandeuse de liberté et de libéralisme. Tant que cette condition n’est pas remplie, il n’est qu’illusoire, sinon utopique, d’espérer plus qu’un infléchissement hypothétique de l’humeur de l’électorat en faveur de certaines mesures de nature à se rapprocher du libéralisme, sans jamais en poser les fondations.

Cette phase est déterminante et il ne faut pas la négliger, sous peine d’engager des moyens, lancer des projets, engager des frais sur des élections, susciter des espoirs, par exemple, qui resteront inéluctablement sans conséquence et sans impact notable.

L’objectif doit être de nature informative et de sensibilisation, il s’agit de créer la demande, d’éveiller nos concitoyens à la réalité du monde dans lequel on nous a peu à peu enfermés et, par la prise de conscience, accroître leur pression sur le système pour demander que celui-ci se libéralise concrètement, de plus en plus et sur de plus en plus de sujets.

Il faut cependant garder le cap, et le bon. Beaucoup de faux libéraux, n’ayant pas bien compris combien nous sommes loin d’un semblant de liberté, ont tendance à se contenter de quelques mesurettes de circonstance, et bien vite se préoccupent d’une prise de pouvoir, souvent élective, tout ce qu’il y a de dérisoire, voire despotique.

Cela passe par une longue campagne d’information, exploitant tous les vecteurs modernes, le web, facebook, les medias. Mais aussi d’autres moyens. L’infiltration des autres partis, les opportunités de prise de pouvoir locales – les free state projects – sont aussi des moyens à considérer. Et bien d’autres.

Cela passe aussi par la « prise du pouvoir » concrète, but ultime pour beaucoup de partis, y compris libéraux, mais qui pour un libertarien ne peut en aucun cas être le nirvana, puisque il s’agit une fois ce cap franchi de « rendre le pouvoir,» donc de poursuivre l’effort.

  • 2) Organiser une transition :
Une fois les conditions en place, une fois le « contrôle » repris, il faut faire en sorte de ramener ce pays, de l’amener plutôt, à un état (!) digne de la devise qui figure au front de ses multiples mairies et bâtiments dits publics.

De nombreuses choses devront donc être « défaites,» libéralisées, privatisées, sorties du joug de la loi et de la force. En théorie, une abrogation massive de 99% du Dalloz suffirait pour atteindre ce résultat. Ce n’est pourtant qu’une partie des travaux d’un Hercules libéral.

Les institutions elles-mêmes devront disparaître, être dissoutes, sans être remplacées. Adieu l’Elysées, l’Assemblée, le Sénat et autre Cours des Comptes. Ciao bonsoir…

Il faudra aussi rendre au peuple la propriété qui lui a été soustraite. Le Château de Versailles, les barrages, les voies ferrées, les ponts, les routes, la bibliothèque de France, Bercy, le Louvre, tous ces ouvrages, simplement pratiques et productifs, ou vrais symboles de notre histoire, tous devront être restitués. Ventes aux enchères, privatisation en sociétés par actions, les solutions existent et sont nombreuses, le principe, lui, doit rester immuable.

Les services publics devront être remplacés par des services venant du marché libre. La chose est simple sur la papier. Mais ces services ne sortiront pas du chapeau libéral, il faudra un peu de temps avant qu’ils soient mis sur le marché et que la concurrence fasse son œuvre. On ne remplace pas la SNCF par la SNCF, ni EDF par EDF.

Les fonctionnaires peuvent être facilement convertis en contractuels. Mais cela ne supprime pas leurs fiches de salaire, du moins pas tout de suite. Les impôts pourront-ils donc être immédiatement supprimés ? Quelle fiscalité adopter pendant cette transition ? La flat-tax est-elle la seule réponse possible ?

La dette, l’énorme dette doit faire l’objet d’un plan spécifique. Faut-il rendre les élus responsables sur leurs biens propres ces dettes contractées abusivement ? Est-il juste de demander au peuple de continuer à rembourser même ne serait-ce qu’une infime partie de ce monstre ? Qui rembourser ? Que renégocier ?

La monnaie enfin est sans doute un sujet encore plus délicat, dont les ramifications touchent tous les thèmes précédents. Sortir de l’euro semble une évidence, le retour à l’or aussi. Mais comment faire en sorte que chacun ait – très vite – un peu d’or dans son bas de laine quand seul le papier-monnaie a une réalité tangible ?

De plus, voire surtout, tout cela devra être accepté par le peuple, sinon, la guerre civile risquerait exploser à tout moment. Aller trop vite, c’est risquer de ne pas être compris par une opinion sans doute encore fragile, c’est se mettre trop de privilégiés à dos et risquer basculer dans le chaos. Aller trop lentement, c’est donner trop de temps pour que la résistance s’organise, créer des frustrations. Ne pas aller au bout, c’est tout simplement inacceptable.

Il faudra donc du temps. Une période de transition semble inéluctable. Il faudra donc organiser cette transition, choisir les premières priorités, puis les secondes, les expliquer. « Organiser,» de manière à garder l’opinion, l’espoir, et l’objectif.

On peut envisager de nombreuses options, même si bien évidemment, ce ne sera que sur pièce, au moment, que la décision pourra se prendre. Plus les options seront claires, et préparées, plus elles pourront aboutir.
  • 3) Durer :
Enfin, la cible atteinte, le nirvana à portée, le mammouth réduit à un squelette, voire même moins, il s’agira de résister et durer et donc de s’organiser pour cela.

Non pas que la société libérale ne soit pas capable d’auto-fonctionner ni de rendre ses citoyens aussi heureux que libres, bien au contraire, mais la France n’étant pas seule au monde, la concurrence, la jalousie et l’envie des gouvernants des autres pays devra être contenue.

Comme la Suisse, il faudra sans doute organiser une défense (privée et) efficace. Ou comme Monaco, la France devra peut-être devenir le meilleur paradis fiscal au monde. L’arme nucléaire dissuasive fera peut-être partie de ce dispositif – une arme désétatisée, bien évidemment. Et puis, la puissance commerciale d’un pays redevenu dynamique et inventif sera sûrement notre meilleure défense.

Peu importe la stratégie, il est trop tôt pour la choisir, mais il n’est pas trop tôt pour intégrer la réflexion à notre plan de bataille…