Sunday, May 29, 2011

Justice ? Quelle justice ?

L’affaire DSK a fait ces derniers jours les unes de tous genres, du fait bien évidemment de l’impact politique dont est porteuse ce qui pourtant reste une bête et sordide ‘affaire de mœurs’. Tout en a été dit et je ne reviendrai pas sur l’affaire elle-même. Pour ce qui est du processus pourtant, et bien que se déroulant aux USA, supposé pays de la liberté, cette affaire donne à tous une image de ce que peut être une justice qui n’a pas le souci des deux parties, caractéristique d’une ‘justice’ publique et étatique.

Dans un état de droit, terme hélas galvaudé mais pourtant concept clé des espoirs de liberté pour des multitudes, la justice représente la clé de voûte du système, la fonction qui assure à David qu’aucun Goliath ne pourra indûment le menacer ni l’agresser. Clairement, l’évidence semble s’imposer, c’est bien ce qu’on apprend à l’école, Lafontaine revient à l’esprit avec son Loup et son Agneau : sans justice, « la raison du plus fort est toujours la meilleure.» Ce n’est pourtant pas le rôle ni le service rendu par la justice en France, ni on le voit aux Etats-Unis, ni dans beaucoup d’autres pays. Le bon sens attend de la justice droit et réparation. Mais son domaine est hélas celui de la morale et de la sanction.

L’affaire DSK nous montre bien sûr une facette positive, celle où même un notable international comme Nique-Trousse-Cannes n’est finalement pas à l’abri de la justice – bravo les USA. Mais sans vraiment s’en rendre compte, cette justice s’affiche dans ce qu’il y a de plus abject dans l’étatisme : tous les beaux principes dont toute justice se réclame, dont les USA se voulaient à leur création le flambeau, à commencer par la présomption d’innocence, tout cela est bafoué par l’irrespect intrinsèque de procédures judiciaires dont on se demande quelle est vraiment la finalité. Si DSK, comme tout quidam, est présumé innocent, pourquoi doit-il subir un quelconque emprisonnement ? (Je tiens à préciser que je ne suis en rien favorable à ce personnage peu reluisant.) (Voir l’excellent billet de HashTable sur le sujet : "Présomption d'innocence".)

La justice telle que nous la connaissons ‘juge’ dans un sens qui n’est pas celui de la recherche d’une ‘juste’ décision, mais dans le sens d’un mélange d’évaluation morale et de contrôle de conformité, tous deux plus ou moins arbitraires. Pour s’en convaincre, observons les principes de base de l’organisation de la justice – du moins en France, il y a des variantes à l’étranger, mais on observe néanmoins des aberrations similaires dans bien des pays.

Lorsqu’un citoyen se considère victime d’un outrage, crime ou autre délit, il en appelle à la justice. Parfait. Mais dans bien des cas, c’est ‘la justice’ qui interpelle directement le ‘suspect’ – par exemple en cas d’excès de vitesse sur route. Dans ce cas là, extraordinaire d’abus de pouvoir, il n’y a aucune victime mais la ‘justice’ s’autorise néanmoins à vous courir après. Toujours est-il que dans les deux cas, comme « l’affaire » actuelle nous l’illustre, c’est un procureur, réputé représentant du « ministère public,» qui intervient « à charge » contre le suspect ou accusé.

Mais dans une affaire « à la DSK » (la vie politique étant gratinée, on pense par exemple à l’affaire Georges Tron…) comme pour un excès de vitesse, que vient donc faire ce « ministère public » dans l’histoire ? Dans le cas d’une affaire de ‘mœurs’, pourquoi la ‘victime’ et le ‘suspect’ devraient-ils passer par un tiers pour juger – et non régler – leur différend ? Et dans le cas d’un ‘excès’ de vitesse, qui ne fait aucune victime, de quoi donc se mêle ledit « ministère » ? Dans les deux cas, la réponse tient à la morale et à la sanction, par opposition à la justice de bon sens.

Le procureur, le juge, les jurés s’expriment sur la moralité du suspect, ce qui va bien plus loin que l’analyse de la réalité des faits et l’évaluation des conséquences. Mais qui sont-ils donc pour s’exprimer et de plus juger de la prétendue moralité de quiconque ? Pire, sur l’exemple de ‘violation’ du code de la route, il n’y a ni réalité ni conséquences, il n’y a que ‘non-conformité’ et nous sommes donc exclusivement dans le domaine de la ‘citoyenneté’, terme ô combien barbare, qui laisse vite place à l’arbitraire. Dans une justice digne de ce nom, la moralité de l’une ou l’autre des parties ne devrait pas intervenir, le jugement devrait se faire sur les seuls actes et les réparations dues.

Mais que serait donc une justice digne de ce nom ? Une justice strictement libérée de l’état et donc de tout ‘pouvoir’, une justice strictement privée donc et laissée face aux attentes du marché. Car il y a bien un marché pour la justice, la victime de DSK a bien un besoin, celui d’une ‘juste réparation’, donc pourquoi ne pas laisser faire le marché en réponse ?

J’entends d’ici les cris d’effroi de tous les champions de l’indépendance de la justice qui ne voient que pour seule menace à la fonction l’horrible et irrépressible pression des ‘riches et puissants’ sur la frêle balance – laquelle devrait donc être sous la seule protection possible, celle de l’état. Rien n’est moins erroné, nous allons le voir.

L’idée de justice privée n’est en rien une lubie et bien des auteurs ont depuis longtemps posé les lignes d’un tel service, tellement humanitariste dans son objet. L’article de François-René Rideau est à ce titre chaudement recommandé, il fait un tour très complet de la question de la justice privée. Il ne faut bien sûr pas oublier les grands classiques contemporains que sont H-H.Hoppe ou Rothbard, ni d’autres comme Doug French (du Mises Institute).

Dans un système de justice privée, des juges ont pignon sur rue et attendent le chaland. Il est possible, quoique peu probable, que la ‘victime’ s’adresse à un juge directement, car comment alors convaincre ‘l’accusé’ d’avoir lui aussi affaire au dit juge ? Non, en toute hypothèse la victime se retournera vers sa compagnie d’assurance, laquelle établira un contrat avec un juge qui lui même contractualisera avec la compagnie d’assurance de l’accusé. En passant par les compagnies d’assurance, qui ont leur réputation de sérieux à assurer (!) on garantit l’intérêt  des deux parties à entrer en négociation. De plus dans un tel montage, on ne peut pas espérer du juge autre chose qu’un verdict pour réparation et, plus précisément, on ne peut espérer de sanction morale ou pénale à l’égard de l’accusé. La justice devient ce qu’elle doit être : une négociation équilibrée et impartiale pour réparation au mieux des intérêts et dommages des deux parties.

A ce stade du raisonnement, beaucoup de non-libéraux crient à l’imposture en faisant valoir qu’une telle approche favoriserait immanquablement les ‘riches’ puisque ceux-ci seraient capables de soudoyer le juge à leur profit, les pauvres pauvres étant dès lors condamnés (!) à une justice improbable et toujours défavorable. Et que c’est bien pour cette raison que la seule justice possible est celle apportée par l’état qui en assure l’impartialité et « l’indépendance.» Que voilà donc une analyse un peu trop rapide et qui n’accorde que peu de cas au bon sens populaire…

Car pour faire du business, un juge professionnel privé a donc besoin de deux clients, qui chacun doivent passer contrat avec lui – via leurs assurances ou pas. Si on prend le schéma du ‘riche’ contre le ‘pauvre’, avec un juge réputé ‘pro-riches’, le riche n’est pas seul, il faut aussi que le pauvre choisisse le juge pro-riches et accepte de signer le contrat. Pourquoi ferait-il ce choix s’il est de notoriété publique que le juge est anti-pauvres ? Le juge est en fait obligé de démontrer à tout le monde qu’il est objectif, juste, intègre et indépendant. Certes, certains juges se spécialiseront dans le business riche-contre-riche, d’autres dans le pauvre-contre-pauvre, mais cela ne change rien sur le fond, pour rester dans les affaires, un juge doit montrer au marché qu’il a une bonne objectivité et impartialité.

Mais ça va même plus loin, il y aura des juges pauvre-contre-riche, tout simplement car il y aura des besoins de justice à servir. Imaginons que je veuille attaquer Total en justice, moi le simple citoyen Durand-D’Oignon. Je choisirai bien évidemment un juge P-c-R (pauvre-contre-riche). Bien sûr, Total pourra refuser et chercher à m’imposer un R-c-P (riche-contre-pauvre) à la place. Mais de nombreuses solutions s’offrent alors à moi pour négocier – avec l’aide de mon assurance ou autres si besoin – et au bout du compte, nous trouverons un terrain d’entente sur un juge pas trop pro-riches ni pas trop pro-pauvres. Bref, un juge a priori objectif et indépendant, reconnu comme tel par les deux parties.

Une question qu’on oppose classiquement serait que néanmoins, le juge resterait corruptible et que, si Total décidait de lui verser un pot-de-vin d’un milliard, il y a peu de juges qui résisteraient. Cela est à la fois vrai et faux. Vrai, ce risque existe et existera toujours, c’est un ‘coup’ toujours possible qu’un juge à courte vue pourrait choisir de faire. Faux, car pour éviter le cas du juge corruptible, il y a au moins deux façons. Le juge peut être connu comme incorruptible, parce qu’il a déjà traité de nombreuses affaires P-c-R en démontrant son intégrité. Au lieu d’un juge isolé on ira d’ailleurs plutôt chercher un cabinet qui a une réputation à faire valoir. Il y a d’ailleurs toutes chances qu’il se fasse payer très cher pour cela et que donc il soit riche lui-même, ce qui réduit d’autant le risque de corruption. Le second mécanisme, c’est bien sûr l’appel, mécanisme classique de toute justice. Si le pauvre peut montrer, ou soupçonne, la corruption du juge, eh bien il peut aller en appel auprès d’un second juge supposé moins corruptible. Ce faisant, le pauvre peut bien sûr ternir la réputation du premier juge en clamant son doute sur son objectivité, ce qui est le bien le plus précieux de tout juge.

Mais me direz-vous, tout cela c’est bien mais ça coûte cher au pauvre, qui ne peut pas se payer le juge cher ni le juge d’appel. Mais il y a les assurances, mais aussi des associations de consommateurs pour aider et puis, les honoraires doivent toujours être payés par le ‘perdant’ d’une affaire, donc dans notre cas, c’est Total qui payera le(s) juge(s) en cas de succès. Mais il demeure qu’il y a un risque de perdre et de devoir payer. En effet. La vie est faite de risques à prendre ou ne pas prendre, rien de choquant là-dedans, ça évite aussi que n’importe qui attaque Total juste pour le plaisir de tenter sa chance... Bref, la justice privée, ça marche. Il ne faut pas oublier que c’est toujours – toujours – le marché et les clients qui « dictent leur loi,» et non le contraire. Rien ne pourra jamais permettre à un juge de s’imposer ni même durer sur le marché s’il ne respecte pas les attentes des justiciables.

Pour revenir à la justice d’état, on est en plus très loin du compte quant aux services rendus.  On l’a vu, par son action moralisatrice, la soi-disant justice d’état est au service de l’état et non des citoyens. On est loin d'être dans une relation d’équilibre, la justice punie et sanctionne, mais ne cherche pas spécialement à indemniser de façon équitable, il y a toujours un gagnant et un perdant. Dans le conflit Durand-D’Oignon contre Total, Total devra peut-être m’indemniser, mais peut-être que je devrai également quelque chose à Total, par exemple une annonce écrite faisant état de ladite indemnisation pour que Total puisse s’en servir pour communiquer – ou que sais-je.

Le rôle du juge privé est d’aider les deux parties à trouver un arrangement, un dédommagement juste et équitable. Au passage, même un ‘coupable’ peut trouver un juge et trouver un accord équitable, pourvu qu’il accepte de payer le juge et de dédommager sa victime. Voici donc un gros avantage sur la justice d’état qui, quant à elle, n’est que dans la sanction pure et dure. Bien sûr, avec une justice privée, plus besoin de prison – voilà une belle économie de plus.

Nous ne parlons pas du tout de la même justice. La justice privée est une justice équitable et d’équilibre, négociée. On y retrouve pleinement le symbole de la balance. On commence quand ?

Wednesday, May 25, 2011

Des élus ? Pourquoi ?

La démocratie est à la mode. Churchill l’a établi, c’est définitif, il s’agit de la « moins » pire des formes de gouvernement. Tirez le rideau, circulez, y’a rien à voir.

Et dans la plupart de ses formes en place, la démocratie se concrétise par un gouvernement, justement, c’est-à-dire des élus, directs ou indirects, censés représenter et agir au nom du peuple et notamment de leurs électeurs – même alors qu’ils ne les connaissent pas – ils sont forts les élus. On voit d’ailleurs le résultat chaque jour qui passe.

L’élu, le personnage politique, est désormais dans notre société celui qui compte – enfin, parfois on aimerait qu’il compte mieux. Le « PAF » des médias alterne quotidiennement les « célébrités » avec les politiciens et les « infos » sont pour l’essentiel constituées des derniers potins, des dernières « petites phrases » de tel ou tel homme politique, tel ou tel élu donc.

Mais finalement, sait-on bien ce qu’est le rôle d’un élu, et surtout, ce qu’il devrait être ? Un homme ou une femme politique en charge d’un –ou de plusieurs – mandat(s) électoraux est-il dans son rôle lors d’une interview télévisée ? Et finalement, pourquoi des élus si c’est pour un tel cirque ?

Je ne prétends bien sûr pas apprendre grand-chose au lecteur par les quelques rappels ci-dessous, mais plutôt attirer l’attention sur les sujets de fond que ces fonctions électives portent, voire cachent et qui par la force de l’habitude ont tendance à tomber dans l’oubli.

Ainsi, qu’est-ce qu’un député au fait ? Selon le dictionnaire (http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/d%C3%A9put%C3%A9) il s’agit de notre « ambassadeur, délégué envoyé en mission » ou encore (http://www.francetop.net/dictionnaire/synonymes/definition/D%C3%A9put%C3%A9) d’un « représentant du peuple.» (On trouve bien d’autres définitions, mais moins fonctionnelles.) Cela semble assez cohérent avec la fonction, le rôle d’un député tel qu’on nous le présente à l’école, où en substance on retient que le député est notre représentant pour voter (ou non) les lois – auxquelles nous devrons dès lors nous soumettre.

Pour un maire, sachant que maire et député sont probablement – à part le président – les deux symboles les plus forts de la fonction élective en France, on trouve (http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/maire) « premier magistrat dans les communes, élu par le conseil municipal » ou (http://fr.thefreedictionary.com/maire) « premier magistrat municipal, élu par les conseillers municipaux » mais surtout (http://fr.wikipedia.org/wiki/Maire) « représente l’autorité municipale […]détenteur du pouvoir exécutif au niveau d’une ville ou d’un village.» Comment ça ? Quelqu’un que nous aurions élu, donc qui nous représente, pourrait avoir de l’autorité sur nous ?

Car nous entrons là dans le sujet. On le voit dans les deux cas, député et maire nous représentent mais pour nous imposer ensuite une autorité qu’ils incarnent, par la loi votée et par son exécution. Il y a bivalence entre délégation, représentation, où le pouvoir est de notre côté puisque c’est nous qui votons et, à l’inverse, autorité où le pouvoir est de leur côté et le contrôle de cette autorité n’est pas toujours très clair. Le pouvoir démocratique est censé être en nos mains, mais l’autorité concrète n’y est pas. Première question troublante.

Nous sommes en pleine « affaire DSK,» il y aurait beaucoup à dire mais je préfère ne pas l’évoquer et prendre une référence plus à droite et plus ancienne, plus politique aussi. En 1985, dans Le Figaro, Alain Juppé, alors plein d’avenir et dont les affaires étaient encore dans son futur, écrit un vaillant article où il affiche un libéralisme franc et méconnaissable aujourd’hui. Je le cite : (http://blog.georgeslane.fr/post/2011/04/25/L-aurore-de-la-fin-de-l-arbitraire-fiscal)
« Sans doute [...] ce programme [...] n’aura-t-il pas la saveur forte de nos vieilles «stratégies de rupture». [...] il marquera dans notre histoire un changement décisif, répudiant enfin le colbertisme pour vérifier ce trait de sagesse libérale si fortement exprimé par Benjamin Constant : «Plus on laisse de moyens à la disposition de l'industrie des particuliers, plus un État prospère.»" - A.Juppé, in Le Figaro, 1985.
Quand je lis cela, je me dis que décidément, nos politiques – du moins ceux se disant libéraux, voire tous – ne sont pas idiots, ni probablement incultes, ils connaissent donc probablement a minima les textes, auteurs ou valeurs libérales. Citer Benjamin Constant, même si cela n’est ni Bastiat ni Rothbard, c’est déjà une référence solide et qui démontre une culture indiscutable. On est donc légitimement plein d’espoir, se disant qu’enfin, un politique citant Constant ne peut pas être totalement mauvais, qu’il va forcément nous emmener vers le paradis fiscal dont nous avons besoin et nous rêvons.

Et pourtant, seize ans après, force est de constater. Soyons clair, il ne s’agit pas en l’espèce de centrer la critique sur Juppé, mais plutôt de le prendre comme signe d’un syndrome. Entre la pensée et les actes, il y a un gouffre immense. Pourquoi donc ? A mon sens hélas, c’est le système politicien, je dirais même la démocratie, qui les confinent dans un jeu, dans un registre, où ils ne décident pas selon leur conviction ou leur pensée, mais selon la mode démagogique du moment. Oui, je sais, je n’invente rien.

Mais cela pose néanmoins la question, dans une démocratie, du moins en France, de l’espoir lucide qu’on peut fonder en un élu ou en un candidat à une élection, puisque celui-ci a toutes les chances de finir par ne pas respecter, ne pas mettre en œuvre, les principes ou idées qu’il – ou elle bien sûr – aura portés en campagne. Sauf peut-être de rares « purs » comme Ron Paul, ou Alain Madelin ? – voire… Mais donc comment penser que l’avenir des libéraux peut passer par la confiance donnée en quelques personnalités ou présidents de partis, qui une fois élus, risquent fort devenir de nouveaux A.Juppé, et non des Ron Paul ? Seconde question, clé celle-ci.

Ces questions, comme bien d’autres, posent en fait celle de la légitimité de l’élu. Pas l’individu lui-même – pour un libéral, l’individu est la valeur centrale. Mais l’élu dans son rôle, sa fonction. En fait, le libéral est un anti-démocrate – aïe, je vais encore me faire des amis – et dès lors, la fonction élective tombe toute seule. Pourquoi et comment être anti-démocrate, ce malgré Churchill ?

La démocratie moderne, représentative donc, repose sur le principe du suffrage universel selon lequel la décision exprimée par la majorité des électeurs l’emporte sur l’opinion exprimée de même par ce qui devient alors la minorité – « opposition.» Porté aux nues dans le monde comme un principe facteur d’un progrès immense de la civilisation moderne, on constate pourtant que ce mécanisme nie totalement l’individu et que la minorité, quelle qu’elle soit, se voit imposée une autorité ou une décision qui n’est pas la sienne. Pour un libéral, cela n’est pas acceptable. D’ailleurs, un des grands auteurs francophones libéraux modernes, décrit la démocratie comme :
« Conçue comme liberté collective et règne de la majorité, la démocratie, qui institutionnalise la propriété collective, n’est qu’une forme de l’esclavage.» (Pierre Lemieux : http://classiques.uqac.ca/contemporains/lemieux_pierre/anarcho_capitalisme/anarcho_capitalisme.html)
De nombreux écrits – par Pascal Salin, par Christian Michel, Rothbard, Hoppe et d’autres – existent qui viennent analyser en détails cette réalité de la démocratie. La démocratie, tyrannie de la majorité envers l’individu, ne peut donc être acceptée par un libéral. Dès lors, ses institutions ne peuvent de même qu’être imparfaites, incohérentes, pour ne pas dire illégitimes. L’élu dans ce cadre, quel qu’il soit, maire ou député ou sénateur ou que-sais-je, n’est qu’une incarnation de cette tyrannie, qui plus est cette fois de la part d’une minorité envers la majorité. L’élu ne peut donc être légitime et tout bon libéral ne peut se satisfaire d’une organisation politique où des élus sont porteurs d’une autorité supérieure à celle de leurs électeurs.

Mais sans élus, sans démocratie, comment faire ? Rappelons un instant la vision des auteurs sus-cités. Celle-ci repose sur deux idées centrales : il ne peut y avoir de société libre sans Droit, donc sans une >fonction< étatique forte – ce qu’on appelle souvent les fonctions régaliennes. Mais pour autant, cette fonction ne doit surtout pas être confiée à un quelconque gouvernement ou à une quelconque administration et doit – et peut – au contraire être >réalisée< par des entreprises privées offrant leurs services sur un marché libre et concurrentiel.

Cela surprends souvent le profane auquel on explique depuis sa naissance qu’au contraire il serait essentiel que les fonctions régaliennes soient dans le périmètre de l’état car sinon le « profit » aurait tôt fait de mettre en place l’équivalent d’une mafia exploitrice de la population. Cette thèse est pourtant totalement erronée comme le démontre les nombreux ouvrages et articles sur le sujet – on pense à l’ouvrage de Pierre Lemieux ci-dessus, les intervention de H-H.Hoppe telle http://mises.org/daily/5270/State-or-PrivateLaw-Society ou son ouvrage « A Theory of Socialism and Capitalism » ou encore bien sûr à Murray N. Rothbard, par exemple dans « For a New Liberty » (http://mises.org/rothbard/foranewlb.pdf). L’idée directrice consiste à voir qu’il est de l’intérêt des compagnies d’assurance qu’il n’arrive rien à leur clients qui donc bénéficieraient de leur part de tous les services de sécurité, mais aussi de justice, que nous connaissons, à part que ces services seraient même d’un meilleur rapport qualité / prix du fait de la concurrence qui maintiendrait sa pression sur lesdits assureurs.

Quelles conséquences de cette analyse « purement libérale » sur la stratégie de conquête libérale et le rôle des partis politiques et des élus ? Il y a de nombreuses manières de faire avancer les idées libérales et ainsi peu à peu aider à faire basculer l’idéologie social-démocrate ambiante et établir celle de la liberté individuelle. Certains se lancent dans la création, l’animation et la promotion de partis politiques – on pense à plusieurs partis actuels ayant l’épithète « libéral(e) » dans leur bannière. Toute action faisant la promotion des idées libérale doit bien évidemment être applaudie et encouragée par les libéraux, mais la démarche partisane, comparée à d’autres telle la simple communication littéraire, n’est pas une démarche aussi neutre que certains voudraient nous le faire croire.

Car en effet, un parti, par construction, suppose un chef de parti et surtout suppose de prendre part à la logique électorale – car sinon, pourquoi ne pas simplement se contenter d’une association, d’un « think-tank » ou d’un institut centré sur l’enseignement et l’information ? La démarche partisane relève d’une stratégie « d’occupation du terrain » par les libéraux qui cherche à utiliser le système pour faire la promotion de nos idées. Les campagnes électorales sont à ce titre vues comme autant d’occasions de faire parler du libéralisme sous le prétexte de faire parler des candidats se présentant. Plus on parle dans la presse, pus on participe à des débats, plus on interpelle de par notre étiquette et plus le libéralisme avance – du moins c’est là la thèse.

Pourtant, poussons la logique d’un cran. Et si, comme l’espérait Alain Madelin en 2002, un candidat se voit remporter une élection ? Grande victoire certes, excellent signe et immense opportunité, sans doute. Mais notre libéral, tout libéral qu’il est, devient alors un élu, un élu comme un autre, avec ses qualités et ses avanies. Et surtout avec toutes les contradictions fondamentales et les pressions que nous avons vues plus haut avec l’exemple d’Alain Juppé. La question devient alors, comment être sûr que notre candidat idéal ne va pas devenir un élu « pourri » comme un autre ? Comment être certain que son programme sera mis en œuvre ? Permettez-moi d’en douter.

A moins d’être d’une rare force de caractère et d’une immense abnégation, le libéral sincère a toutes les chances de devenir un élu standard, incohérent, noyé dans ses contradictions et dans les méandres du système, non seulement pris entre l’action visant le dégraissage du mammouth et le besoin de durer électoralement, mais aussi soumis à la corruption et aux pressions. Il n’est pas donné à tout le monde d’être un Ron Paul. Et c’est pour cette raison que la voie la plus probable pour le développement des idées libérales n’est pas à mon sens celle des partis politiques, mais bien celle de l’enseignement, de la communication et de l’information directe de la population. Et le reste suivra.

Sunday, May 15, 2011

On a dépassé les limites sur la route

Je suis un danger public. Il paraît même que je suis un criminel. Et pourtant, je n’ai tué personne. Je ne respecte pas religieusement le code de la route. Ah bon, vous non plus ?

Je ne mets que rarement mon clignotant, ignore la plupart des panneaux, ne m’arrête pas toujours aux stops et ma vitesse n’est limitée que par ma voiture – mais je respecte les feux rouges, c’est trop dangereux – Ah bon, vous aussi ? Le plus fort, c’est que je n’ai jamais eu d’accident – attendez, je mens, une fois, c’est un inspecteur de police qui m’est rentré dedans alors que j’étais arrêté – véridique, mais je vous rassure, c’est bien moi qui ai eu tous les torts…

Je ne sais pas chez vous, mais nous ici sur Toulouse et sa banlieue, les « aménagements » de la voie « publique » poussent avec une vigueur peu commune – sans doute pour réduire nos impôts – à croire que le printemps et le changement cliiiimatiiique servent d’engrais aux forêts de panneaux, feux, bornes, jalons, dos-d’âne, chicanes, ronds-points et autres voies réservées sortis gaillardement de l’asphalte ces derniers temps. Mon petit doigt me dit que la saison leur est tout aussi propice dans vos différentes régions, je me trompe ?  Surtout vu les dernières poussées de fièvre législative…

Le Code de la Route est une de mes Bibles, vous l’aurez compris. J’en relis spasmodiquement – j’ai failli écrire « psalmodiquement » – un verset chaque matin que Nicolas fait, en le trempant dans mon café – le code.   Ma fille aînée a eu son permis en deux ans et demi environ, la seconde affronte la galère du code avec appréhension. Pour ma part, il a suffit de deux semaines. Pas tant que je sois meilleur que mes filles, mais à l’époque, pas besoin de 3 000 Km de conduite accompagnée pour être lâché dans la jungle impitoyable du trafic routier – « trafic,» quel beau mot, qui sens la fumée et les chemins de traverse...

Mais à quoi sert donc le code de la route ? La vidéo ci-contre (http://jeffnolan.com/wp/2010/03/27/1906-cable-car-video/) est extraordinaire, elle est même impensable pour un occidental « moderne,» même si quiconque a un peu voyagé sait bien que cela correspond à la vrai vie un peu partout « ailleurs » : elle montre le trafic vu d’un tramway de San Francisco, un « cable car » en 1906 en pleine Market Street, la grand rue du centre. Pendant 7mn, piétons, voitures, tramways, charrettes , vélos se croisent et s’entrecroisent, traversent et dépassent soudainement, mais pas un seul accrochage, pas un seul incident. Tout le monde se faufile en veillant à ne pas écraser son prochain – et pourtant, ce sont de méchants amerloques. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’il n’y a aucun panneau, aucune forme de signalisation. Rien. Alors, le code, pourquoi faire ?

Sans aller chercher 1906, qui a voyagé au tiers monde sait bien que la réalité circulatoire est bien moins contrainte, sans pour autant notablement plus de morts sur les routes : voici un exemple en Inde, mais on pourrait en trouver des dizaines d’autres : http://www.koreus.com/video/inde-circulation.html   Notez bien : aucun panneau, seule règle, le côté de la route où circuler.

Par contre, on peut trouver tout aussi facilement des exemples de routes ou intersections, avec force panneaux et feux rouges, conçues par quelque déjanté des sévices publics, qui sont plus dangereuses que notre fameuse place de l’étoile : à St Petersbourg par exemple : http://www.koreus.com/video/carrefour-russie.html

Imaginons un instant une route ou une autoroute sans aucun panneau, aucune marque au sol. Rien. Juste la règle de rouler à droite quand on se croise, et de laisser la priorité à droite en cas de doute. Vous avez déjà roulé en Afrique ? Les images du Paris Dakar le montrent pourtant, ce n’est pas la signalisation qui gêne la circulation…   Ahh oui mais j’entends déjà, le trafic n’est pas le même. Oui c’est vrai, mais les routes non plus. Et pourtant, la caravane passe, à l’heure où nos infos quotidiennes sont envahies du moindre fait-divers à l’autre bout du monde, on ne semble pas nous marteler de la foule de massacres routiers que tout cela supposerait.

Beaucoup croient que ce qui est en jeu, c’est de réduire la mortalité en réduisant le risque sur route, grâce au code et aux limitations, justement. Mais en fait là ne sont pas les enjeux, en supposant même une quelconque efficacité, illusoire. Dans son immense livre « Libéralisme,» Pascal Salin consacre tout un chapitre à la soi-disant sécurité routière. On y trouve de nombreuses phrase frappées du coin du bon sens, comme dans tout le livre. Par exemple, « de nos jours, participer à la circulation consiste à participer à un jeu de poker, le conducteur devant s’efforcer de déjouer les ruses des gendarmes chargés de le punir… » Et surtout, du point de vue d’un libéral pour lequel la liberté est sacro-sainte est doit être respectée *par principe*, il rappelle qu’en « sanctionnant l’excès de vitesse, défini par rapport aux normes officielles, au moyen d’une amende ou d’un retrait de permis de conduire, on ne punit pas un acte coupable (ni même dangereux), on punit le non-respect d’un acte formel.»  Là est la question du code de la route et des limitations de vitesse : punir sans discernement, pour la forme.

J’ai été d’ailleurs surpris il y a quelques jours d’une conversation avec un ami indubitablement libéral qui pourtant était favorable aux nouvelles menaces législatives – radars et autres limites de vitesses. Selon lui, on aurait « le droit de prendre des risques pour soi même, mais pas pour les autres ; quand on conduit à 200 km/h sur une route en risquant de percuter un véhicule on constitue un risque pour cette personne ; il n’est point besoin d’avoir l’intention de nuire, il suffit de constituer une menace objective envers la sécurité d’autrui.»

Pour la liberté, pour éviter que l’appareil coercitif n’entre peu à peu dans toutes les facettes de notre vie, il ne peut avoir raison, c’est une question de principe. A l’inverse du principe de précaution, il faut revenir et garder farouchement le principe de non-immixtion dans le risque individuel. Mon interlocuteur confond risque et menace et croit qu’il existe un risque objectif. Et le code de la route exploite cette confusion pour nous faire croire qu’il réduit notre risque par la conformité au code. Mais il n’en est rien.

Qu’est-ce donc que le risque ? Sans faire un cours, disons que selon les normes internationales (ISO 73), le risque est « l’effet de l’incertitude sur [ses propres] objectifs.» Le risque est donc bien évidemment en partie déterminé par « l’effet,» les conséquences possibles, ici l’accident. Mais comment apprécier l’incertitude ? Est-ce la même pour tout le monde ? Et surtout, comment la mettre en équilibre face aux objectifs, ces objectifs qui ne sont jamais collectifs, mais clairement individuels ? Ai-je droit à plus de risque si mes objectifs sont « purs » ? Si je me dépêchais pour aller voir mon percepteur et qu’un policier m’arrête, puis-je demander un crédit d'impôt pour compenser le temps perdu ?

Le risque est donc une perception personnelle. Mon risque n’est jamais le tien. La où je vois un risque, d’autres verront une chance, une occasion. Sur la route aussi, celui qui va plus vite accélère peut-être parce qu’il sait qu’il doit aller tenter de sauver une vie ailleurs, ou simplement nourrir la planète. Doit-on le ralentir ? Le gendarme en a-t-il le droit ?  Laisser le gendarme aller sur ce terrain, c’est lui ouvrir les portes de chaque décision à chaque instant de la vie. Le risque doit donc toujours être laissé à l’appréciation de chaque individu et ne jamais être un prétexte à l’intervention de l’état ni de la réglementation étatique. Vivre c’est prendre des risques, la notion de risque est totalement subjective, il faut qu’elle le demeure.

Sur l’exemple de mon ami libéral, ce qui ferait basculer dans le champ du crime et donc de la juste sanction, c’est que le risque du « chauffard » (terme vague s’il en est) devienne une menace non pas « objective » mais réelle, c’est-à-dire qu’il y ait intention de nuire, voire agression effective. Mais sans menace ni agression, le droit n’a rien à dire. Le moindre risque qu’on laisse ouvert à l’état et demain notre liberté n’existe plus. C’est comme cela, notamment, que la tyrannie se met en place.

J’ai bien dit le droit, la morale ou l’opinion quant à elles ont certainement des choses à dire, bien sûr. Il peut-être mal vu de rouler « trop » ou « très » vite, cela peut générer une peur pour certains, mais au contraire peut produire une attraction pour d’autres. Une (bonne) réponse libérale, ce serait de donner le libre choix, typiquement via des (auto)routes (privées) où il y aurait ici limite à 100, là à 130, ailleurs encore à 200 et certaines sans limitation aucune. Mais tant qu’il n’y a pas plus que de la peur, le droit et la répression ne doivent pas s’en mêler.

La confusion entre droit et morale s’exprime aussi lorsque certains affirment que « certains individus » auraient un « comportement à l’impact négatif envers les autres.» Qui peut donc se permettre de juger de cela avec assez d’objectivité ? Comment par exemple être 100% sûr que les accidents ne sont pas dus à l’état de la route, à l’alcool, au sommeil, ou au pur hasard ? Il faut pour un libéral apprendre à se méfier des jugements hâtifs qui servent de prétexte pour asservir un peu plus les gens innocents.

D’un point de vue social, sait-on dire si réduire à ce prix là le nombre d’accidents est un objectif plus important que de permettre à des milliers de gens, qui bien que « roulant vite » n’ont pas d’accident, de gagner du temps et donc de contribuer plus ou mieux à la vie économique et sociale ? Si personne ne sait répondre, je préfère que personne ne tranche, à commencer par l’état.

D’autres encore pensent, ou plutôt croient, que je suis seul contre tous et que de ce fait j’ai forcément tort. Des dizaines d’études sont supposées montrer combien la vitesse est dangereuse, c’est donc indiscutablement le cas. Un interlocuteur me jetais ainsi à la figure : « Rien ne pourra te faire changer d’avis (ce en quoi il a probablement raison). Pas même la masse d’études statistiques qui concluent que la vitesse est le facteur principal dans la cause des fatalités sur la route. Bien sûr que les ‘pouvoirs publics’ collectionnent ces études et les analysent pour prendre des décisions.» Voici  un extrait qu’il me propose, grandiose, supposé tiré d’une « étude sérieuse évaluée par les pairs » : « La probabilité d’accident avec blessures est proportionnelle au carré de la vitesse. La probabilité d’accident grave est proportionnelle au cube de la vitesse. La probabilité d’accident mortel équivaut à la vitesse à la puissance 4.»

Comme Dame Nature est bien faite quand même ! La probabilité de tous ces événements ne dépendrait que de la vitesse et cette dépendance serait d’une beauté algébrique (à brac) digne d’un deux, trois, quatre ! Comment peut-on être assez nias ou naïf pour croire de telle balivernes. Par exemple, pour n’aborder qu’un aspect de la stupidité de telles affirmations, prenons le problème des bornes (normal pour une histoire de bagnole). Rappelons qu’une probabilité varie entre 0 et 1, par définition, 1 représentant la certitude, 0 l’improbable absolu. Une vitesse par contre, surtout celle d’un chauffard, varie entre 0 et…. ben mince, elle n’a pas de limite supérieure !? Ah pardon, ce n’est pas ce qu’il fallait comprendre, qui est plutôt que lorsqu’on roule 2 fois plus vite, on a 2 puissance 4 soit 16 fois plus de chances (!) d’avoir une accident mortel, voyons ! Et ça ne dépend pas de ma voiture, de la météo ni de l’entretien ? Pourtant mon constructeur m’a dit qu’avec l’airbag je suis en sécurité…  Bref, j’arrête là pour le ridicule de ce  genre de théories propagandistes.

Tous ces éléments vont dans le même sens : le code de la route ne sert à rien du point de vue de la sécurité routière – pas plus que sa fille illégitime la limitation de vitesse. Par contre, il est une excellente source de taxes – euh pardon, d’amendes – pour l’état et une source de promotion des politiciens, toujours fiers d’avoir pu laisser leur nom à la postérité via des textes inutiles.

Monday, May 2, 2011

La liberté aussi a quatre dimensions

Depuis des décennies, en fait depuis 1789 et la Constituante, la scène politique est divisée, organisée, entre gauche et droite et cette notion a peu à peu été reprise à travers le monde – enfin un produit français d’exportation mondiale… Cette vision bipolaire de la politique est source de nombreuses incompréhensions au quotidien, typiquement entre les défenseurs de la libération des mœurs et progressistes, plutôt à gauche, et les conservateurs promoteurs de l’entreprise, plutôt à droite.

Il est sidérant de constater que plus de deux siècles après, cette vision simpliste perdure à tous les niveaux, que ce soit dans l’enseignement, dans les médias et bien sûr dans le discours des politiques. Il est clair que ceux-ci croient qu’un message politique plus élaboré – mais aussi plus réaliste – ne serait que néfaste pour leur crédibilité et leur pouvoir.

Pourtant, on sait depuis David Nolan que la liberté est plus complexe que cette simple bipolarité puisque son fameux diagramme (http://www.wikiberal.org/wiki/Diagramme_de_Nolan) comporte deux axes. Le premier axe aborde la liberté sous l’angle de l’individu – c’est l’essence même de la liberté, celle qui pour chacun s’arrête à autrui. L’axe de la liberté individuelle est souvent présenté comme étant celui où la gauche se retrouve le plus naturellement. Le second axe aborde la liberté économique, il vise sans le dire l’interventionnisme des politiques économiques pour revendiquer qu’une économie n’a besoin que des individus pour fonctionner à plein. Cet axe est supposé également être le domaine de prédilection de la droite dont les partis dans ses rangs sont – je devrais dire ‘étaient’ – tous plus ou moins favorables à l’initiative individuelle de l’entrepreneur et du capitalisme.

Ce diagramme est très utile au quotidien, typiquement lors de nos vigoureux débats politiques avec nos congénères hélas fort peu lucides et qui en sont restés à la vision bipolaire. Il permet – selon mon expérience avec un succès inégal – de susciter l’attention, le doute, le débat, ce qui est essentiel sinon suffisant.

Il demeure que le diagramme de  Nolan me semble donner une vision encore trop simpliste, voire déroutante ou même trompeuse de ce qui constitue les piliers de la liberté. Bien sûr, tout libéral averti sait que les fondamentaux reposent sur l’individu via la liberté individuelle, la responsabilité individuelle et la propriété elle aussi individuelle. Mais justement, ce modèle « LRP » qui ne parle pas – explicitement – d’économie semble difficile à rapprocher des deux axes de Nolan. Qu’est-ce à dire ?

En fait on ne peut parler de liberté – et donc tenter de la modéliser – sans parler des conflits sociaux, les conflits qui se produisent immanquablement entre hommes même de bonne foi. La liberté, cela consiste justement à vivre dans une société où les conflits trouvent naturellement, spontanément une résolution juste, un équilibre entre les partie prenantes – même en cas de meurtre.

Ce que le modèle « LRP » met en avant, c’est avant tout le Droit. Le Droit Naturel s’entend, pas le magma infâme et informe de textes qui ne sert guère qu’à engraisser Dalloz et autres avocats inutiles. Responsabilité et propriété constituent les principes fondamentaux du droit qui lui-même permet de régler les conflits qui pourraient exister. Le Droit donc, un droit minimal, celui de la Loi de Frédéric Bastiat ou celui de l’Ethique de la Liberté de Rothbard, est le premier degré de l’expression de la liberté, celui où tout est possible tant qu’on le respecte. Ce premier degré sera la première dimension que je propose pour la liberté. Mais il y en a d’autres.

Si on assimile le Droit à l’axe de la liberté individuelle, Nolan évoque ensuite l’axe économique et cela n’est pas gratuit, c’est une illustration forte de l’importance de ce domaine pour la liberté. Il est désormais bien établi, grâce à l’école autrichienne, que l’économie prospère au mieux lorsqu’elle est entièrement laissée aux mains des individus, que leur initiative peut s’exprimer à fond sans interférence étatique – le laisser faire – mais bien sûr toujours dans le cadre du respect du Droit. Les autrichiens nous ont cependant aussi appris que l’économie obéit néanmoins à des lois immuables, issues de la nature humaine la plus profonde et tout aussi inéluctables que le Droit Naturel. La loi de Ricardo, dite Loi des avantages comparatifs (http://www.wikiberal.org/wiki/Loi_des_avantages_comparatifs) ou bien sûr la Loi de l’offre et de la demande (http://www.wikiberal.org/wiki/Loi_de_l%27offre_et_de_la_demande) sont deux exemples de ces vérités économiques auxquelles notre liberté ne peut nous faire échapper.

Nous vivons donc dans un monde où même une société anarchique – la société libérale ultime s’entend – serait une société où le droit et l’économie imposeraient leur loi à la liberté de chacun. La loi économique est donc une seconde dimension de notre espace de liberté. Notre libre arbitre peut s’exprimer à plein, mais toujours dans le cadre de la loi économique.

On opposera que droit et économie semblent assez proches des deux dimensions du diagramme de Nolan, le droit pour la liberté individuelle, l’économie pour elle-même. Mais si on s’intéresse aux contraintes inéluctables que la vie en société posent à l’action humaine, on réalise que le modèle est loin du compte. Ainsi dans notre monde, où l’état se gave du prétexte de la protection sociale pour engraisser, où l’image domine, où les réputations tiennent à un fil, on ne peut à mon sens parler de liberté sans considérer le poids du jugement des autres et son impact sur l’action humaine au quotidien. Du moins sommes-nous chaque jour amenés à nous interroger sur la légitimité qu’il pourrait y avoir à voir l’état – ou ses organes, ou l’homme politique – se mêler de questions qui ne relèvent ni du droit, ni de l’économie.

Par exemple, les libéraux-conservateurs posent très vite la question de la morale, des valeurs. Un des rôles de l’état serait d’être le conservateur – tel le conservateur d’un musée – de cette morale si importante à leurs yeux. Dans Ethique de la Liberté, Rothbard noircit des pages entières pour expliquer la différence entre droit et morale. La morale n’a pas de fondement juridique, elle n’est jamais formellement opposable, et à ce titre n’est pas de nature régalienne – si tenter que ce qualificatif ait un sens.

Se promener nue dans la rue ne saurait être un crime ou délit – ce serait même plutôt une attraction – mais par contre cela va à l’encontre des usages, des mœurs, de la morale et c’est dès lors mal vu – enfin, pas toujours... L’impact n’est pas le même qu’un v(i)ol. A quelqu’un de perçu comme peu moral, certains pourront refuser certaines relations, commerciales par exemple. Attitude qui elle-même peut être vue comme peu morale à son tour. Mais dans un tel scénario, ni l’un ni l’autre n’est répréhensible juridiquement, puisque personne n’a volé ni violenté quiconque. Nous sommes dans le champ de l’image, de la réputation, de la rumeur, un domaine réel mais totalement subjectif, rien de juridique donc. La morale est quelque chose de relatif à chacun, pas un droit absolu et universel, mais néanmoins cela reste une contrainte envers le libre arbitre. L’action humaine ne peut se décider hors du cadre de la morale et de la réputation.

Si le droit et l’économie sont des cadres inflexibles envers la liberté, la morale, notre troisième dimension des contraintes envers la liberté reste d’une nature plus impalpable quoique bien réelle. L’autre grand domaine subjectif où notre société de protection sociale pousse ses gigantesques pions est celui du risque.

Sécurité routière, sécurité sanitaire, exploits dans la gestion de la vaccination, l’état-nounou n’en finit pas de nous expliquer que nous sommes attaqués de toutes parts par des risques, toujours plus de risques, dont il doit donc nous protéger. Que nenni. Vivre, c’est prendre des risques. Traverser une rue, draguer une fille, conduire une voiture, investir, goûter un aliment inconnu, sauter en parachute, tout ceci tient à notre prise de risque quotidienne, celle que nous affrontons naturellement, mais aussi celle qui nous apporte les plaisirs et sensations qui font que la vie vaut le coup d’être vécue. Le risque est subjectif, il n’a pas d’absolu, chacun en a une lecture, une évaluation personnelle, subjective.

Bien sûr, ces risques poussent notre liberté, notre libre arbitre dans ses retranchements. Sauter en parachute, je sais que je suis physiquement capable de le faire, je suis « libre » de le faire, mais il demeure qu’à ce jour, je n’ai jamais osé, jamais pris le risque. Comme la morale, le risque est une dimension intangible mais réelle de l’action humaine, qui contribue à déterminer le champ d’expression individuelle de celle-ci.

Droit, économie, morale et risque. La liberté ne peut se concevoir hors du cadre de ces quatre dimensions, cadre formel pour les deux premières, intangible pour les autres. S’il est bien possible qu’on puisse en recenser d’autres, notamment « intangibles,» l’objectif de cet article reste avant tout d’attirer l’attention sur la clarté de la pensée libérale dans un domaine que les étatistes nous font passer à dessein pour complexe. Pour les libéraux, la nature de l’espace de liberté est claire, nul besoin d’une nounou pour s’y exprimer.

Car là est bien l’enjeu : contrairement à ce qu’il cherche à nous montrer, l’état n’est légitime dans aucune de ces quatre dimensions, et surtout il doit le rester – ou hélas, le redevenir. Le droit et l’économie dérivent de la nature même des relations inter-individuelles et ne dépendent pas d’un état quelconque – d’ailleurs, si c’était le cas, pourquoi chaque pays aurait-il sa version – différente – légitime de l’état ? La morale et le risque sont de même des paramètres incontournables que notre libre arbitre, l’expression de notre liberté, considère à chaque décision, à chaque « action humaine.» La liberté a au moins quatre dimensions et il est essentiel qu’elle les conserve toutes, au risque de ne plus être « la liberté.»

Sunday, May 1, 2011

La dette nationale : Retour d’expérience d'un sondage sur Facebook


Alors que je venais de rédiger un post sur comment aborder une stratégie pour le libéralisme, dont un des grands enjeux consiste à traiter habilement le problème de la dette, je me rends compte que notre ami Facebook vient d’ajouter une fonctionnalité très accessible pour mener un sondage auprès de « ses amis.»


Ce problème (la dette, pas Facebook, faut suivre) restant épineux, autant faire travailler les nombreux cerveaux de mes amis libres-héros, je me dis donc que voilà une occasion à la fois de tester la bestiole et de trouver des pistes supplémentaires comme base de notre future réflexion sur la liquidation de la dette.

Aller, l’interface est simple, proposons une question, quelques options de réponse pas trop débiles, mais loin d’être complètes et hop, vas-y mon FB. Histoire de ne pas passer à côté de l’occasion, j’utilise à plein l’option « Demander à des amis » en invitant à répondre la quasi-totalité de mes contacts FB connus pour être plus ou moins libéraux – histoire aussi d’éviter d’interroger des gauchistes primaires qui ne manqueraient pas de passer à côté du sujet.

Les contributions ne tardent pas à venir, et en fin de journée nous étions à 260 votes. Je laisse mariner encore et le lendemain, à 461 votes on sent bien que nous sommes entrés dans la phase de convergence asymptotique. Sans plus attendre, j’entreprends d’analyser les résultats, que voici plus bas.

Avant de détailler, sous différents angles, disons tout de suite que l’expérience est selon moi un succès. Elle montre que le libéral ne reste pas dans son coin et contribue volontiers à trouver des solutions à un tel sujet, certaines pistes s’avérant à mon humble avis tout à fait intelligentes. Le libéral est de plus fort d’un humour certain, avec des propositions inapplicables mais qui au moins déclenchent une hilarité immédiate et optimiste. Et puis, bien sûr, hélas, il faut bien reconnaître qu’il y a quelques hurluberlus qui se sont glissés dans le panel et qui ne font qu’illustrer combien la culture économico-politique de ce pays est affligeante.

Voici donc les résultats bruts, classés par nombre de voix décroissant et corrigés des fautes d’orthographe probablement saisonnières :
Num.RéponsesNb. Votes(%)
1Réduire les dépenses publiques, libérer l’économie10823.4%
2Libérer des excédents budgétaires et rembourser progressivement6213.4%
3Supprimer tous subsides et déductions, tant aux entreprises qu’aux particuliers.459.8%
4Je ne sais pas, des lasagnes ?255.4%
5Sucrer 50% des subventions aux associations214.6%
6Il n’y a de dette qu’individuelle183.9%
7La dette est la responsabilité des gouvernants, à eux de rembourser, pas à nous132.8%
8La rembourser comme due, mais au moins cesser de s’endetter encore122.6%
9Vendre Versailles, Le Louvre et la tour Eiffel pour rembourser112.4%
10Sortir de l’Europe de Bruxelles102.2%
11Une politique de croissance soutenue par une ré-allocation de l’argent public102.2%
12Interdire le cumul des fonctions électives, les avantages en nature92.0%
13La renégocier point à point avec les créanciers92.0%
14Immigrer en Suisse81.7%
15Obi-Wan-Kenobi81.7%
16Prendre les milliards nécessaires à ceux qui les détiennent : les super-riches81.7%
17Privatiser les biens de l’état81.7%
18Vendre les organes des hommes politiques au marché noir71.5%
19Coup d’état61.3%
20La dette n’a pas à être remboursée61.3%
21Laisser l’inflation faire son boulot61.3%
22La dette n’existe pas, elle n’est que fictive51.1%
23Arrêtons de prendre aux petits pour enrichir les caisses de l’état40.9%
24Effacer la dette, dire qu’elle n’existe pas40.9%
25Faire faillite, sortir de l’UE et faire de la France un paradis fiscal40.9%
26Organiser une grande kermesse40.9%
27Relancer l’investissement, l’industrie (dont PME)40.9%
284230.7%
29Créer un impôt sur les transactions financières30.7%
30Recouvrir notre indépendance économique en sortant de l’Europe de Bruxelles30.7%
31Une Europe des Monarchies, Chrétienne30.7%
32Audit par les citoyens de chaque collectivité et ministère20.4%
33Augmenter les impôts sur le patrimoine20.4%
34D, la réponse D20.4%
35Interdire le déficit de fonctionnement, augmenter la TVA sur certains produits20.4%
36Que les banques remboursent le prêt de l’état20.4%
37Taxer correctement l’héritage et les transmissions20.4%
38Emigrer au Canada10.2%
39Harmoniser au niveau européen l’impôt sur les sociétés10.2%
40La dette n’est pas un problème00.0%



La première (bonne ?) nouvelle, c’est que personne ne semble considérer que « la dette n’est pas un problème » (#40) – bon, mais on n’est guère avancés.


Commençons par les comiques – ils sont quand même 12,5%, soit 1 sur 8, respectable. On peut se demander si les 25 qui ont opté pour « les lasagnes » (#4) avaient à l’esprit la dette morale qu’a sans aucun doute Nicolas envers Silvio pour lui avoir tout appris de la manière de profiter des medias en politique. L’optimisme est bien présent quand on propose une « kermesse » (#26) ou de « vendre des organes » (fussent-ils politiques) (#18), et il est vrai que cette dernière option n’est pas à négliger. Attention cependant, si certains morceaux, comme les poumons, sont probablement de première qualité vu que le politique ne manque pas d’air, d’autres seront plus incertains, tel le trou de balle, probablement distendu d’avoir eu à subir de trop nombreux suppositoires politiques…

Enfin, il faut espérer que les 8 qui ont proposé Obi-Wan Kenobi (#15) ne sont pas désespérés au point d’attendre La Force comme seule solution – pourvu qu’elle ne soit pas « tranquille…»   On peut aussi penser que les candidats émigrants, en Suisse (#14) ou au Canada (#38) sont un peu dans le même état… d’esprit.

Regardons maintenant les « vraies » réponses, celles qui font réellement avancer le schmilblick. On verra les fumisteries non-libérales ou tout simplement idiotes plus tard. Deux familles sautent aux yeux – sans toutefois altérer la vision : les pragmatiques et les rigoristes. Commençons par ces derniers.



Les rigoristes sont des libertariens – ou tout comme – qui considèrent la dette sous l’angle de la responsabilité, pour dire : pourquoi devrait-on payer, rembourser, quand on n’est pas responsable de la dette ? Je dois dire que je fais partie de ceux qui ont – notamment – voté dans ce camp là. Pour un libéral, il est inimaginable de faire subir au peuple innocent un tel fardeau sans sanctionner les fauteurs de dette maudite (ce qui n'est pas une contrepèterie). Parmi les diverses options choisies – au total 10,4%, n’aurions-nous que 10% de libertariens dans la salle ? – trois sont plutôt classiques (#6, #7, #36) elles consistent à rejeter la somme énorme sur les oligarques – si un jour nous faisons la révolution, il faudra probablement garder cette idée.



Les trois autres options (#20, #22, #24) méritent il me semble plus notre attention : la dette n’existerait pas. Il est indéniable que cela est vrai d’un point de vue juridique. On pourrait également considérer que dans un monde de monnaie fiduciaire, la monnaie étant virtuelle, la dette l’est aussi. Cela est tentant, cela simplifie tellement les choses, pas besoin de s’en préoccuper de la dette, pffff, envolée. Mais dans les deux cas, ignorer la dette implique ignorer les créanciers, obstacle qui pourrait vite devenir majeur à la transition vers le non-état. Le pragmatisme semble imposer de trouver une solution acceptable pour tous à ce fardeau.


Au tour des pragmatiques, ce sont les plus intéressants dans notre contexte. A noter que pendant que cette note était rédigée, une nouvelle idée est apparue : « Supprimer l’emploi à vie.»




Tout d’abord, les réponses peuvent être regroupées, plusieurs options revenant plus ou moins au même. Ainsi, on peut regrouper :
  • #1, #2 et #8 sous la bannière « Réduire les dépenses publiques, libérer l’économie » : Avec un total de 39,4% des votes, c’est le choix du bon sens qui fort heureusement prime. Mais rien de bien original, messieurs, l’imagination, tu la libères, ta rien…
  • #3 et #5 font ensemble « Supprimer tous subsides et déductions, tant aux entreprises qu’aux particuliers » (14,4%) : Très concret, tout ce qu’il y a de pertinent, mais à mon sens c’est un cas particulier du groupe précédent, puisqu’il s’agit de réduire un type particulier de dépenses publiques. La majorité des libéraux aurait-elle besoin d’inspiration ?
  • Viennent #9 et #17 pour « Privatiser les biens de l’état » (4,1%) : Voilà une idée qui semble intéressante, puisqu’elle permettrait de dégager des sommes probablement considérables (à combien Versailles, les œuvres du Louvre, la tour Eiffel ou encore Notre Dame ?) sans impacter aucunement le bas de laine des ménages. La vraie question reste, avec 1500 milliards sur le dos, combien de châteaux de Versailles faudrait-il pouvoir vendre pour rembourser sur moins de 5 ans ?
  • Arrivent enfin en vrac #12 « Interdire le cumul des fonctions électives, les avantages en nature,» #13 « La renégocier point à point avec les créanciers,» #32 « Audit par les citoyens de chaque collectivité et ministère » et #35 « Interdire le déficit de fonctionnement » et donc la petite dernière « Supprimer l’emploi à vie.»  Bravo messieurs (et dames) !

Gardant le meilleurs pour la fin, il nous reste 75 votes dont le libéralisme est pour le moins douteux – des étatistes se seraient-ils infiltrés dans Facebook ??

  • Tout un groupe de réponses (#10, #25, #30, #31) propose de « Sortir de l’Europe de Bruxelles » pour régler la dette. Allo ?? Quel rapport ? Indépendamment de l’euro, la dette de la France est bien la dette de la France, pas celle de l’Europe. Certes, l’euro nous impose une politique monétaire qui ne permet ni inflation in dévaluation à notre guise, mais pour le coup, c’est plutôt une bonne chose, car s’il est vrai que cela aiderait à faire fondre la valeur de notre endettement, cela aurait aussi et surtout un effet désastreux sur l’épargne populaire.
  • Certains ensuite se révèlent de tendance keynesienne en proposant « une politique de croissance soutenue,» de « relancer l’investissement,» et une « inflation [qui fait] son boulot » (#11, #21, #27). Je suggère de leur offrir un stage d’économie autrichienne de 1 semaine en accéléré au Mises Institute, financé par la performance de leurs propositions. Mieux, faisons le en une phrase : l’économie ne se relance que par une seule chose, l’épargne. La seule option économique viable, c’est la réduction des dépenses publiques.
  • Tous les autres (à part la proposition de « coup d’état ») propose, ô imagination débordante, d’augmenter taxes et impôts. On les excusera, ils n’ont pas dû se rendre compte que la question d’origine était celle d’un libéral

Pour info, pendant la rédaction de cette note, le nombre total de votes est passé à 573, mais sans changer notablement le poids de chaque option en pourcentage.


Que conclure de tout cela ? Tout d’abord que l’expérience consistant à faire appel aux cerveaux de ses amis libéraux fonctionne. Plusieurs idées ont émergé ici et là et vont pouvoir être reprises pour nos travaux de programme politique. L’option de cet outil laissant libre à chaque participant le choix d’ajouter des option de réponse est à cet égard une idée brillante – même si après il faut nettoyer les résultats des impuretés keynesiennes…




Enfin et surtout, on voit qu’il existe de nombreuses pistes pour réduire la dette, en libérer les français de demain et même d’aujourd’hui. Beaucoup d’autres existent sans doute. La vente des biens immeubles de la France semble une piste pleine de potentiel. Il est extremement positif de pouvoir penser qu’il ne s’agit pas là d’une quelconque malédiction. On se demande dès lors (enfin, on craint de savoir pourquoi…) pourquoi nos chers (très chers) dirigeants ne se préoccupent pas plus de mettre en œuvre de telles mesures dès à présent….