Sunday, December 29, 2013

Critique de Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance (1979)

Suite à des suggestions passées mettant en avant le rôle supposé de l’entropie en économie, j’ai entrepris de m’intéresser à Nicholas Georgescu-Roegen, via son ouvrage « majeur », « La décroissance ».

Je ne sais si je poursuivrai, mais dans un premier temps, je me suis limité à l’analyse critique de son premier chapitre, dans la mesure où celui-ci pose le cadre théorique de sa pensée. Et que si ce qu’il y expose est erroné, il y a peu d’espoir que le reste ne soit pas de même nature.

Or la conclusion est selon moi très claire : l’entropie n’apporte rien de nouveau au débat.

Voici donc ce travail, où comme souvent je reprends les phrases de l’auteur qui me semblent déterminantes, pour les éclairer selon ma compréhension « autrichienne » (que j’espère fidèle) de la réalité économique.

Bonne lecture.

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Chapitre I - La loi de l'entropie et le problème économique

Partie I

« Et bien que la science économique ait beaucoup avancé depuis lors, rien de ce qui est intervenu n'a fait dévier la pensée économique de l'épistémologie mécaniste qui était déjà celle des ancêtres de la science économique orthodoxe. Preuve en soit - et elle est éclatante – la représentation dans les manuels courants du processus économique par un diagramme circulaire enfermant le mouvement de va-et-vient entre la production et la consommation dans un système complètement clos. »
On comprend tout de suite que l’auteur ne connaissait pas l’école autrichienne d’économie (EAE) lorsqu’il écrivit cet ouvrage. A sa décharge, ce qu’il avance est juste s’agissant des écoles « orthodoxes », mais ses critiques ne s’appliquent pas à l’EAE. On peut même dire que celle-ci met largement à mal les thèses de l’auteur.
Complétons pour le béotien en indiquant que l’EAE introduit en autres le temps dans son analyse et qu’elle affirme ainsi l’absence de circuit fermé dans la réalité économique. Pour finir, il faut savoir que les ouvrages majeurs de l’EAE étaient tous publiés plus de 15 ans avant la publication de La Décroissance.

« Toute l'histoire économique de l'humanité prouve sans contredit que la nature elle aussi joue un rôle important dans le processus économique ainsi que dans la formation de la valeur économique. Il est grand temps, me semble-t-il, d'accepter ce fait et de considérer ses conséquences pour la problématique économique de l'humanité. »
Nous commençons tout de suite par une affirmation qui est contredite par la vision économique. La Nature n’est pas active et ce n’est pas elle qui détermine la valeur économique des choses. Celle-ci est subjective et n’est directement liée ni au travail ni à la matière elle-même.

Pascal Salin nous éclaire ainsi dans Libéralisme : « C'est donc à tort qu'on accorde de l'importance à la possession de ressources naturelles pour évaluer les possibilités de développement d'une société. On peut d'ailleurs même dire, comme l’a si admirablement montré l'économiste Julian Simon, que les ressources naturelles n'existent pas. En effet, elles ne jouent aucun rôle économique, c'est-à-dire qu'elles ne répondent à aucun besoin humain, aussi longtemps que quelqu'un n'a pas inventé une utilisation de ces ressources. Les vraies richesses ne sont pas matérielles et physiques, elles sont subjectives et les objets matériels ne sont qu'un support éventuel de l'activité intellectuelle et de l'action humaine. »

Partie II

« Que fait alors le processus économique ? […] Comment est-il possible que l'homme produise quelque chose de matériel étant donné qu'il ne peut produire ni matière ni énergie ? »
Voilà résumée toute la confusion pseudo-économique qui sous-tend ce texte. La production économique, peut, en effet valoriser de la matière physique pour la transformer en un produit commercial et donc économique. Mais tout d’abord ce n’est qu’un cas particulier, une part très significative de la production économique reposant sur les services dont beaucoup sont totalement abstraits et virtuels – comme l’enseignement des mathématiques ou de l’économie par exemple. Ensuite, la matière est comme le travail, un facteur de production primaire mais qui n’a pas de valeur en soi. Ni même de coût en elle-même. Son coût maximum est le coût d’opportunité lié au temps d’extraction et de transformation – les gains perdus à ne pas tenter une autre activité à la place, par exemple en remplaçant le matériau M par un autre A. Ce coût peut tendre arbitrairement vers zéro avec l’industrialisation. Donc la matière n’a pas de rôle économique propre, sauf à être vendue. Et même dans ce cas, la valeur n’est pas intrinsèque mais issue du travail d’extraction et de distribution.

« Nous pouvons espérer que même les partisans les plus acharnés de la thèse selon laquelle les ressources naturelles n'ont rien à voir avec la valeur finiront par admettre qu'il y a une différence entre ce qui est absorbé dans le processus économique et ce qui en sort. Et cette différence, bien sûr, ne peut être que qualitative. »
Bien évidemment qu’il y a ce qui entre en production et ce qui en sort. A noter que le terme de processus économique ne veut rien dire. Il n’y a que production, puis échanges et usages, pour finir avec rebus ou recyclage. La matière n’entre en jeu que lors de la production et enfin en mise au rebus. Mais il n’y a aucune raison que pour la différence entre entrée et sortie soit significative et même simplement mesurable. Quelle en serait l’unité ?

« L'économiste non orthodoxe que je suis ajouterait que ce qui entre dans le  processus économique consiste en ressources naturelles de valeur et que ce qui en est rejeté consiste en déchets sans valeur. »
Non. On vient de le voir, la valeur n’est pas préalable à la production économique, mais strictement postérieure, comme résultat. Par contre, l’auteur glisse ici une nouvelle erreur majeure, celle de ne voir en sortie que des déchets sans valeurs. Or ce qui est déchet au sortir aujourd’hui d’une technologie peut devenir demain matière en entrée d’une nouvelle technologie. La notion de déchet n’est donc elle aussi que relative et on verra l’importance de cette subtilité.

« Or, cette différence qualitative se trouve confirmée, quoique en termes différents, par une branche particulière et même singulière de la physique connue sous le nom de thermodynamique. Du point de vue de la thermodynamique, la matière-énergie absorbée par le processus économique l'est dans un état de basse entropie et elle en sort dans un état de haute entropie. »
Il y a une manière simple d’expliquer ce phénomène sous l’angle strictement économique. Le processus de production prend de la matière en entrée, par exemple un tronc d’arbre. Il le transforme sous une forme plus commercialisable, y intégrant de l’énergie et du savoir-faire. Le tronc est transformé en planches par exemple. Ce faisant, il reste des déchets. Ces déchets, ici des copeaux et de la sciure, coûteraient trop cher à exploiter comme planches – on pourrait imaginer les coller, comme il est fait pour le lamellé-collé, mais est-ce rentable dans ce cas ? Par contre, ils peuvent être recyclés en chauffage, usage à très faible valeur ajoutée à mais coût quasi nul. On peut donc avancer que la notion d’entropie en économie est tout simplement analogue à celle du coût énergétique de transformation de la matière première. Et elle seule. Soit.

« Tout élément. par lequel l'homme cherche à entrer mentalement en contact avec la réalité ne peut être qu'anthropomorphique. »
Phrase bizarre, sans rapport avec le sujet, et de plus fausse : la physique quantique, où les particules n’ont qu’une probabilité d’être ici ou ailleurs, n’a pas grand-chose d’anthropomorphique.

« Car ce fut bien la distinction économique entre les choses ayant une valeur économique et les déchets qui suggéra la distinction thermodynamique et non point l'inverse. En effet la science de la thermodynamique est née d'un mémoire de 1824 dans lequel l'ingénieur français Sadi Carnot a étudié pour la première fois l'économie des machines à feu. La thermodynamique a donc débuté comme une physique de la valeur économique et elle l'est restée en dépit des nombreuses contributions ultérieures, d'une nature plus abstraite. »
Hélas, le terme « physique de la valeur » ne veut absolument rien dire. La valeur est une notion individuelle, subjective et impalpable, qui ne se met pas en lois comme le peut la physique.

Partie III

« La référence à un système clos est fondamentale. »
Certes. Mais en matière écologique, ce système clos ne peut être que la planète dans son ensemble. Or avons-nous avec la Terre affaire à un système clos ? Elle émet de l’énergie dans l’espace et surtout elle en reçoit du Soleil. Est-on donc sûr dès le départ de la validité des hypothèses physiques ?

« La vérité est que tout organisme vivant s'efforce seulement de maintenir constante sa propre entropie. Et dans la mesure où il y parvient il le fait en puisant dans son environnement de la basse entropie afin de compenser l'augmentation de l'entropie à laquelle son organisme est sujet comme tout autre structure matérielle. Mais l'entropie du système total, constitué par l'organisme et son environnement ne peut que croître. En réalité, l'entropie d'un système croît plus vite s'il y a de la vie que s'il n'y en a pas. »
Si on considère que l’entropie mesure le coût énergétique de l’accroissement de l’ordre (au sens de la sophistication) des choses économiques, l’auteur a raison dans son analyse et dans sa conclusion – la vie accroît constamment l’entropie – puisque la vie apporte l’évolution vers un ordre supérieur. Le désordre des Déchets naît de l’ordre de la Vie. C’est notre prix à payer sur cette Terre.

Mais une première question interpelle : depuis les millions d’années que la Vie existe sur Terre, le nombre quasi astronomique d’êtres vivants ayant foulé ce sol, comment se fait-il que cette croissance de l’entropie, qu’ils ont donc eu eux aussi à affronter, ne les ait pas tous décimés avant même notre apparition ? Pourquoi ce problème de la limite des ressources que l’entropie serait supposée cristalliser nous serait-il réservé à nous, pauvre peuple maudit ?

En fait, c’est le propre de la Vie de constamment se complexifier, les molécules ayant donné les cellules et les bactéries protozoaires, puis les polyzoaires, le plancton, les vers et peu à peu les formes plus complexes de vie jusqu’aux mammifères et nous-mêmes. Le fameux pétrole dont nous dépendons n’est autre qu’un résidu de ces vies passées qui elles-mêmes dépendaient de formes plus primitives. On peut donc penser que la Vie a connu des crises depuis toujours, chaque fois que sa complexité relative lui faisait toucher les limites des ressources terrestres qu’elle pouvait absorber à ce stade là. Peut-être pas toujours mais sûrement déjà de nombreuses fois.

Mais jusqu’ici Elle s’en est toujours sortie en se complexifiant, la complexification lui permettant de diversifier ses ressources primaires, ou de les compléter par des ressources plus riches – les déchets primaires. L’Homme par exemple est le seul animal qui mange à peu près n’importe quoi et ce n’est pas un hasard : se nourrissant de vies plus sophistiquées que le simple plancton, il absorbe de l’ordre à moindre coût – c’est un facteur majeur de sa survie et de son développement.

Pour revenir à l’entropie, la question de fond n’est donc pas tant que l’Homme la fait croître et ainsi réduit peu à peu son espérance de survie. Même en partie compensée par le rayonnement solaire, l’entropie est indiscutablement limitée. Il y a un point où le coût d’absorption des ressources sera supérieur au gain que l’Humanité en attend, c’est certain. Et alors ?

Pour un Décroissant, la seule réponse est : il nous faut nous auto-restreindre. Pour un Libéral, la vraie question c’est plutôt comment organiser la société pour que ce point soit le plus éloigné possible. Car on ne saurait sacrifier la Vie aujourd’hui pour une Vie demain dont on ne sait si Elle n’aura pas su franchir un nouveau seuil de complexité. A nous de l’y préparer.

« L'entropie du métal qu'est le cuivre est plus basse que celle du minerai dont il est extrait mais cela ne signifie pas que l'activité économique de l'homme échappe à la Loi de l'Entropie. »
Je ne dirais pas qu’elle y échappe, en effet. Je dirais ce que j’ai énoncé plus haut : l’entropie n’est rien d’autre que le coût énergétique associé à la production primitive de valeur c’est-à-dire à l’entrée de la matière dans le domaine de l’ordre et de la complexité humaine. Mais économiquement, ce n’est rien d’autre. Une part de plus en plus grande de l’économie se passe sans accroissement d’entropie.

« Le raffinage du minerai est plus que compensé par l'accroissement de l'entropie de l'environnement. Les économistes aiment à dire que l'on ne peut rien avoir pour rien. »
Nous sommes donc d’accord.

« La Loi de l'Entropie nous enseigne que la règle de la vie biologique et dans le cas de l'homme, de sa continuation économique, est beaucoup plus sévère. En termes d'entropie, le coût de toute entreprise biologique ou économique est toujours plus grand que le produit. »
Ici par contre, il commet une nouvelle erreur. Il croit pouvoir parler de la valeur du produit et la comparer avec l’entropie, coût du façonnement de la matière. Il oublie que la valeur ne se mesure pas. Elle est subjective, propre à chacun et totalement impalpable. Croire de ce fait que l’entropie finira par l’emporter sur la valeur de la production est un non-sens. Du fait de la complexification biologique et sociale constante, l’Homme va vers un avenir lointain où l’entropie ET la valeur de sa production seront toutes deux « infinies » - je simplifie par souci pédagogique.

Partie IV

« Ce que nous avons dit plus haut du processus économique, à savoir que, d'un point de vue purement physique, il ne fait que transformer des ressources naturelles de valeur (basse entropie) en déchets (haute entropie) est donc parfaitement établi. »
Pas tout à fait, Monsieur. Le « que » restrictif est en trop. En effet, l’économie transforme vers une entropie supérieure. Mais c’est en sortie seulement que la valeur est créée. L’accumulation de valeur – donc de capital – depuis des générations conduit à complexification de notre société, par exemple à sa progression technologique. Et c’est cette complexification qui nous permet d’aller chercher des niveaux supérieurs de basse entropie pour ainsi repousser les limites.

L’auteur commet donc ici deux nouvelles erreurs, une théorique et l’autre économique. L’erreur théorique consiste à oublier – involontairement ? – de dire que sa notion de haute ou basse entropie n’est jamais absolue, mais relative. La haute entropie issue des forêts primitives a produit le pétrole. Ce niveau d’entropie nous est bien plus tard devenu un niveau bas que nous avons su transformer vers une entropie encore plus haute. Seconde erreur, il oublie la technologie. On le voit, il ne suffit pas de mettre en avant une entropie haute. Car demain, la technologie permettra peut-être de la voir comme une entropie relativement basse.

 « Il y a plusieurs leçons à tirer de cette analyse. La première, c'est que la lutte économique de l'homme se concentre sur la basse entropie de son environnement. La seconde, c'est que la basse entropie de l'environnement est rare. »
Il commet la même erreur une fois de plus de ne pas relativiser ses propos. La basse entropie est effectivement la première cible, mais le niveau de cette basse entropie monte avec le temps et la technologie. Et si en effet un même niveau de basse entropie se raréfie constamment, ce n’est pas grave tant que les niveaux supérieurs viennent prendre le relais.

« Le fait de puiser constamment dans les ressources naturelles n'est pas sans incidence sur l'histoire. Il est même, à long terme, l'élément le plus important du destin de l'humanité. »
C’est indubitablement un facteur important. Mais il n’est qu’un des multiples facteurs. Il ne remplacera par exemple jamais le libre-arbitre, la volonté individuelle.

« Par exemple, c'est en raison du caractère irrévocable de la dégradation entropique de la matière-énergie que les peuples originaires des steppes asiatiques, dont l'économie était fondée sur l'élevage du mouton, commencèrent leur grande migration au début du premier millénaire de notre ère. »
Voilà qu’il commence à se mêler d’économie et montrer ses limites. Non, rien ne permet d’affirmer cela. Ces peuples ont pu avoir de nombreuses raisons de migrer – ou pas d’ailleurs. Ils auraient pu par exemple adopter une forme d’agriculture.

« Il est possible que les efforts prodigieux pour atteindre la lune correspondent aussi à l'espoir plus ou moins conscient de trouver l'accès à des sources nouvelles de basse entropie. C'est aussi en raison de la rareté particulière de la basse entropie dans l'environnement que, dès l'aube de l'histoire, l'homme a continuellement cherché à inventer des moyens susceptibles de mieux capter la basse entropie. Dans la plupart des inventions humaines - quoique non point dans toutes - on peut voir se dessiner une meilleure économie de basse entropie. »
C’est ce que j’explique plus haut, en effet. Mais il faut veiller à ne pas trop vite conclure à la catastrophe.

« Rien ne saurait donc être plus éloigné de la vérité que l'idée du processus économique comme d'un phénomène isolé et circulaire ainsi que le représentent les analyses tant des marxistes que des économistes orthodoxes. »
Nous sommes d’accord, mais ça c’est qu’une conséquence du choix des mauvais référentiels économiques.

 « Dans le monde économique, seule la monnaie circule dans les deux sens d'un secteur économique à l'autre (bien que, à la vérité, même la monnaie métallique s'use lentement de sorte que son stock doit être continuellement réapprovisionne par prélèvement dans les dépôts de minerais). À la réflexion, il apparaît donc que les économistes des deux obédiences ont succombé au pire fétichisme économique, le fétichisme de la monnaie. »
Ici, il vient se mêler de monnaie mais je crains que dès sa première phrase il montre qu’il n’en maîtrise pas le concept. La monnaie ne circule pas toujours – c’est une idée keynesienne fausse. Quand on épargne, il n’y a pas de circulation. Et le renouvellement du stock de monnaie – on parle de masse monétaire – n’est pas nécessaire, car la monnaie n’est pas un étalon de valeur, mais simplement un moyen de thésauriser l’échange.

Partie V

 « Avec des savants prêchant que la science peut éliminer toutes les limitations pesant sur l'homme et avec des économistes leur emboîtant le pas en ne reliant pas l'analyse du processus économique aux limitations de l'environnement matériel de l'homme, il ne faut pas s'étonner si nul n'a réalisé que nous ne pouvons produire des réfrigérateurs, des automobiles ou des avions à réaction « meilleurs et plus grands » sans produire aussi des déchets « meilleurs et plus grands. »
Croit-il donc être le premier à se poser la question des déchets ? Comme je l’ai montré plus haut, ce n’est pas la question. La production de déchets ne permet en soi de rien conclure sur l’avenir de l’homme. La vraie question c’est celle de l’éloignement de la date où nous consommerons plus que les niveaux d’entropie nous permettront de produire.

« Et même à présent nul ne paraît voir que la cause de tout cela réside dans le fait que nous avons négligé de reconnaître la nature entropique du processus économique. La meilleure preuve en est que les diverses autorités responsables de la lutte contre la pollution s'efforcent à présent, de nous insuffler l'idée de machines et de réactions chimiques ne produisant pas de déchets et d'autre part, la conviction que le salut dépend d'un perpétuel recyclage de déchets. »
Le processus économique n’est PAS de nature entropique, il interagit avec la physique et donc dépend et produit de l’entropie, c’est pas du tout la même chose. Personne n’en tient compte parce que c’est un point mineur de l’économie. Le processus économique est conçu pour gérer les ressources rares, c’est son rôle social. Dès lors, la problématique de l’entropie est structurellement prise en compte par le processus économique, contrairement à l’analyse de l’auteur.
Bien sûr que la conviction est dans le recyclage, comme la simple logique découlant de ses hypothèses posées par lui-même, comme exposé plus haut.

« En principe au moins, il n'est pas contestable que nous puissions recycler l'or dispersé dans le sable des mers tout autant que l'eau bouillie dans mon exemple antérieur. Mais, dans l'un et l'autre cas, nous devons utiliser une quantité supplémentaire de basse entropie bien plus considérable que la baisse d'entropie obtenue par ce qui est recyclé. Car il n'y a pas plus de recyclage gratuit qu'il n'y a d'industrie sans déchets. »
C’est exactement ce que j’explique plus haut.

Partie VI

« Toutefois, aucun expert en démographie ne paraît avoir soulevé une question bien plus vitale pour l'avenir de l'humanité, à savoir : Combien de temps une population mondiale - qu'elle s'élève à un milliard ou bien à quarante-cinq milliards d'individus - peut-elle subsister ? Même le concept analytique de la population optimale sur lequel se fondent plusieurs études démographiques se révèle, à l'épreuve, une absurde fiction. »
La question n’est pas une question démographique. Les démographes n’ont pas les outils d’analyse à long terme car il ne peuvent rien anticiper au niveau technologique. C’est de cette manière que Malthus s’était trompé, en faisant fi des « sauts quantiques » de basse entropie franchis par le progrès technologique.

« En premier lieu, du fait de l'élimination du partenaire traditionnel du fermier - l'animal de trait - la mécanisation de l'agriculture permet de consacrer toute la surface cultivable du sol à la production de nourriture (et au fourrage seulement dans la mesure requise par le besoin de viande). Mais le plus important c'est qu'il en résulte, dans l'apport de basse entropie, un déplacement de la source solaire vers la source terrestre. Le boeuf ou le buffle, dont la puissance mécanique procède du rayonnement solaire capté par la photosynthèse chlorophyllienne, est remplacé par le tracteur qui est fabriqué et actionné au moyen de basse entropie terrestre. »
Il nous explique que sur ce « saut quantique » entropique, nous sommes passés d’une dépense énergétique en partie de source solaire – le bœuf se nourrit de l’herbe qui a emmagasiné du soleil – alors que le tracteur rompt ce lien solaire et donc accroît fortement le bilan entropique.

Et alors ? Le bilan nourricier est lui aussi fortement accru, en compensation voire même bien au-delà. Ce n’est pas la hausse de l’entropie qui est un problème en soi. Seul le temps qu’il nous faudra pour atteindre ce point où l’entropie – donc le coût – sera trop haut pour nous nourrir fait question.

« Par conséquent, la mécanisation de l'agriculture est une solution qui, bien qu'inévitable dans l'impasse actuelle, doit être considérée comme antiéconomique à long terme. »
Non, elle n’est pas « antiéconomique ». Elle n’est juste qu’une étape, un saut quantique entropique sur un long chemin, de saut en saut plus haut, jusqu’à ce point que nous tentons de repousser toujours plus loin, c’est tout.

« Elle entraîne pour l'existence biologique de l'homme une dépendance toujours croissante à l'égard de celle des deux sources de basse entropie qui est la plus rare. Elle présente aussi le risque de piéger l'espèce humaine dans un cul-de-sac en raison de l'extinction possible de certaines espèces biologiques associées à l'agriculture organique. »
Oui, ce risque existe. C’est le risque de vivre, celui de l’Espèce. Rien de nouveau.

« … humaine. Pour illustrer cela, supposons que S représente le stock actuel de basse entropie terrestre et r une certaine
quantité moyenne annuelle d'épuisement. Si nous faisons abstraction de la lente dégradation de S, comme nous pouvons le faire sans inconvénient ici, le nombre théorique maximal d'années requis pour le tarissement complet de ce stock sera S/r. Tel sera aussi le nombre d'années au bout desquelles la phase industrielle de l'évolution de l'humanité prendra forcément fin. »
On vient de le voir  juste avant : pour le coup, il tombe réellement dans le malthusianisme. Non, on ne peut pas faire ce genre de calcul, il est rendu vide de sens par l’évolution technologique et par l’auto-adaptation démographique. L’espérance de survie de l’Humanité est supérieure à ce ratio, elle l’a toujours été.

Partie VII

« La conclusion est évidente. Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche. Autrement dit, chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d'une baisse du nombre de vies humaines à venir. »
Jusqu’ici, il avait à peu près évité les conclusions malthusiennes ridicules, mais voilà qu’il y succombe. Comme si on pouvait faire ce genre de calculs, comme si la vie demain devait primer sur la vie actuelle et surtout, comme si ce genre de logique était inéluctable – il a oublié l’évolution technologique.

« Il se peut que le développement économique fondé sur l'abondance industrielle soit un bienfait pour nous et pour ceux qui pourront en bénéficier dans un proche avenir : il n'en est pas moins opposé à l'intérêt de l'espèce humaine dans son ensemble, si du moins son intérêt est de durer autant que le permet sa dot de basse entropie. »
Une autre grande erreur de bien des écologistes : se permettre de croire qu’ils peuvent juger si l’humanité suit son destin et qu’il savent ce qui est bon ou pas pour elle. Or tous buttent sur le paradoxe suivant qui devrait pourtant les interpeller : alors qu’ils font partie de l’humanité, comment peuvent-ils croire qu’ils en savent plus qu’elle ?

L’erreur ici reflète clairement ce qui a déjà été identifié : la « dot de basse entropie » n’est pas figée, elle évolue à la baisse avec la production, certes, mais aussi à la hausse avec la technologie. Elle est certes finie, mais le mécanisme qu’a inventé l’humanité pour durer le plus longtemps possible, c’est de franchir des sauts de basse entropie grâce à la technologie.

« Car la course au développement économique, qui est le trait distinctif de la civilisation moderne, ne laisse aucun doute quant au manque de clairvoyance de l'homme. C'est seulement à cause de sa nature biologique (des instincts dont il a hérité) que l'homme a le souci de ses descendants immédiats, mais généralement non point au delà de ses arrière-petits-enfants. »
Et alors ? L’humanité y pourvoit autrement et bien plus efficacement.

« Et il n'y a ni cynisme ni pessimisme à croire que, même si on lui faisait prendre conscience de la problématique entropique de l'espèce humaine, l'humanité n'abandonnerait pas volontiers ses fastes actuels en vue de faciliter la vie des humains qui naîtront dans dix mille ans, voire dans mille ans seulement. »
En effet. Et c’est précisément pour cette raison que les politique de décroissance sont vouées à l’échec : parce qu’elles sont irréaliste en plus d’être fondées sur des théories malthusiennes bancales.

« L'homme est ainsi fait qu'il s'intéresse toujours à ce qui va arriver d'ici à demain et non dans des milliers d'années. Et pourtant, ce sont les forces agissant le plus lentement qui sont en général les plus décisives. »
Et pourtant, ces forces sont compensées depuis la nuit des temps par d’autres forces encore – la capitalisation et le progrès technologique,

« Dans cette perspective, il apparaît que la pression croissante exercée sur le stock de ressources minérales que provoque la fièvre moderne du développement industriel, ainsi que le problème toujours plus préoccupant constitué par le besoin de rendre la pollution moins nocive (ce qui accroît d'autant la demande relative au stock en question), conduiront nécessairement l'humanité à rechercher les moyens de faire un plus grand usage du rayonnement solaire, la source la plus abondante d'énergie libre. »
C’est en effet tout à fait possible voire probable. Et alors ?

« Certains savants sont maintenant fiers de proclamer que le problème alimentaire est sur le point d'être complètement résolu grâce a l'imminente transformation, à une échelle industrielle, du pétrole en protéine alimentaire. C'est absurde à la lumière de ce que nous savons de la problématique de l'entropie, dont la logique justifie que nous prédisions au contraire que, pressée par la nécessité, l'humanité se tournera vers la transformation inverse de produits végétaux en essence (si toutefois elle en a encore besoin. »
Il n’y a aucune logique derrière cet oracle. Il oublie encore une fois la diversité des options technologiques.

« Aussi pouvons-nous être quasiment certains que, sous cette même pression, l'homme découvrira des moyens de transformer directement le rayonnement solaire en puissance mécanique. Assurément une telle découverte représentera la plus grande percée imaginable dans la problématique entropique de l'humanité, car elle donnera aussi à celle-ci la maîtrise de la source la plus abondante pour la vie. Le recyclage et la lutte contre la pollution consommeraient encore de la basse entropie, mais celle-ci ne serait alors plus prélevée sur le stock vite épuisable de notre globe. »
C’est en effet tout à fait possible voire probable. Et alors ?

Pour conclure, on constate que Nicholas Georgescu-Roegen n’a aucunement remis en cause les acquis des théories économiques modernes ni les analyses qui en découlent quant à notre espérance de vie sur Terre. Les théories décroissantes, si elles s’appuient sur ces travaux, ont donc vraiment du souci à se faire.

Son analyse du rôle de l’entropie dans l’évolution humaine reste cependant un résultat d’intérêt qui fait un lien physique – économique trop peu ou mal décrit, à ma connaissance.

Mais rien de tout cela ne permet de changer les termes de la question fondamentale : l’enjeu pour l’espèce humaine, qui en synthèse est de durer le plus longtemps possible, consiste à constamment innover pour franchir les sauts technologiques qui seuls réduiront chaque fois notre dépendance envers des ressources dépassées.

Mais l’innovation pour se faire au mieux, suppose irrémédiablement une autre condition, bien plus fondamentale : la Liberté de tous au sein d’une société libre, pacifique et prospère. Autrement dit, l’humanité ne durera le plus longtemps que dans l’anarcapie.

Thursday, December 26, 2013

Droit de Reponse a Guy Milliere

Il y a quelques jours, dans le Cercle des Libéraux, sévissait Guy Millière (GM) qui ne trouvait rien de mieux à faire que se ridiculiser à propos des libertariens.
Je réponds juste après à cet article court où une fois de plus un libéral incohérent crache sur des idées qui sont pourtant celles-là mêmes qu’il prétend porter, mais dont tout laisse à penser qu’il ne les maîtrise pas, ou plus.

Plus ancien, et resté sans réponse de ma part jusqu’ici, est cet autre article de GM : « La Pensée Libérale de Guy Millière», qui délire selon la même veine. Devant sa mauvaise foi désormais réitérée – car dans le cas du traducteur d’Hayek, je ne saurais supposer ni la bêtise ni l’ignorance – je vais également y répondre un peu plus bas. Bonne lecture.

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Dans l’article le plus récent, le Cercle interrogeait GM sur le mariage « pour tous » ainsi : « Après le vote sur le projet de loi sur le mariage des personnes de meme sexe, serions-nous entrain de vivre un libéralisme sociétal? » (fautes d’origine)

Et GM de répondre : « Je ne vois strictement pas ce que le libéralisme pourrait venir faire là dedans. Ou plus exactement, je vois ce que les idées libertariennes peuvent venir faire là dedans, mais pas les idées libérales. »
Pardon ? Agression caractérisée et gratuite si je ne me trompe. Non seulement il ne répond pas à la question, mais il en profite pour piétiner des idées qui, on va le voir, sont hors de cause et lui auraient permis de répondre.

Je rappelle que les idées libertariennes sont très simples et « pures ». Deux manières de les caractériser : le principe de non-agression universel et le principe de l’absolue égalité de tous devant le droit naturel – ses deux principes se dérivant l’un de l’autre. Et voilà ! C’est tout ! Qu’on m’explique en quoi on pourrait faire plus libéral – sans faire libertaire, bien sûr.

Sachez Monsieur Millière que votre agression cache une forfaiture, une tartufferie, car il n’y a pas d’autre libéralisme que celui des libertariens. Se revendiquer de Hayek comme vous le faites pour ensuite tordre sa pensée ne fait pas vraiment de vous son porte-parole, mais plutôt son porte-malheur. (Nous l’allons montrer tout à l’heure.)

L’auteur continue et tente de donner de la substance à sa pique : « Les libertariens posent comme principe directeur la liberté de l’individu et sa souveraineté sur lui-même. Ils en font dériver la liberté de passer contrat. Le mariage étant un contrat, il leur est possible de concevoir le mariage homosexuel comme un contrat passé librement entre deux individus : cela dit, les libertariens étant hostiles à l’Etat, l’idée d’un contrat entériné par l’Etat serait contraire à la conception libertarienne du monde. » En effet, je ne peux que confirmer. Bravo. Voyons où serait alors le problème.

« Pour des libéraux au sens hayekien du terme, il importe de prendre en compte des dimensions plus vastes et plus profondes. » Oh vraiment ? Et profondes en quoi donc s’il vous plait ? Je rappelle que le seul, j’insiste, le seul principe fondant la Liberté, c’est celui du respect du droit naturel. Henri Lepage l’a superbement résumé par sa définition de celle-ci : « La Liberté, c’est faire ce qu’on veut avec ce qu’on a ». Définition qui – outre la volonté et donc le libre-arbitre – repose sur la seule propriété individuelle, donc le droit naturel. Et vous voudriez qu’il y ait des « dimensions plus profondes » ? Que nenni.

Ce que vous ne semblez pas voir, c’est que toute autre « dimension » est hors de la définition justement pour lui permettre de contribuer à la Liberté. Intégrer toute autre « profondeur » serait en réalité une source de réduction de la Liberté.

Vous tentez de nous expliquer ces dimensions profondes. Sans surprise, il s’agit de la morale, concept qui en effet dépasse l’individu : « Dans « La présomption fatale », Hayek parle du fait que « la morale a été déterminée par des processus qui ne nous sont pas compréhensibles » et «l’illusion rationaliste selon laquelle l’homme, en faisant usage de son intelligence », pourrait inventer une morale. »

Ainsi donc, la morale aurait été oubliée, ou mal comprise par les libertariens qui, myopes, ne jurent que par le droit. C’est là la preuve de votre incompréhension, je le crains. Je répète l’idée précédente : si la morale est volontairement hors du champs de la définition de la Liberté, c’est justement pour que chacun puisse se positionner à sa guise envers la morale.

Mais il ne s’agit pas de dire que la morale n’existe pas. Il ne s’agit pas de la remplacer par le droit. Ni de la rationaliser, comme vous voulez nous en accuser. Rien de cela n’est vrai. Les libertariens disent simplement : chacun a le droit – et donc aussi la responsabilité – de se comporter librement face à la morale. Mais bien évidemment, tout déviant devra assumer ses actes.

Où est le problème s’il vous plait ?

GM rappelle alors la thèse de Hayek : « Le mariage, la famille hétérosexuelle, l’éducation des enfants dans le cadre de la famille hétérosexuelle font partie de normes morales déterminées par des processus qui ne nous sont sans doute pas compréhensibles, mais qui ont assuré l’existence de la civilisation dans laquelle nous vivons. » Fort bien. Parfait.

Vous parlez fort bien de la morale, cher Guy, mais elle ne nous est pas étrangère. En Libertalie, chacun a le droit de vivre comme il l’entend, pourvu qu’il respecte le droit. Mais en complément, Hoppe, grand auteur libertarien, vous dirait que le respect du droit ne supposant pas celui de la morale, il faudrait en plus que le citoyen affronte celle-ci. Donc le boycott et tous les autres mécanismes sociaux de discrimination. Et que probablement cela suffit à conduire les déviants à se retrouver entre eux. Et grand bien leur fasse. Soyons fiers de savoir à la fois libérer et discriminer.

GM croit pouvoir conclure par : « Prétendre s’affranchir de ces normes morales et institutionnaliser cet affranchissement relève de l’ « illusion rationaliste » et constitue un glissement délétère vers la « présomption fatale » dénoncée par Hayek. »
Rien du tout. Personne ne s’affranchit de rien et personne ne glisse vers quoi que ce soit. A part vous vers la mauvaise foi.

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Passons au premier article, resté sans réponse. L’article étant assez long, je me limiterai aux quelques passages qui nous intéressent ici.

GM commence par se poser en expert infaillible du libéralisme. Hélas, trois fois hélas… : « Certains ont poussé la cuistrerie jusqu’à vouloir me donner des leçons de libéralisme. » En effet, c’est ce que je fais à cet instant. Et donc ? Il n’y a qu’une seule chose qui compte : Avez-vous raison, oui ou non ? Et la réponse est : non. Le reste importe peu…

« Cela fait plus de trente ans que je me situe et que je travaille dans la mouvance libérale en France. […] J’ai traduit ou fait publier en France quelques uns des livres majeurs de la pensée libérale, et je n’ai aucune leçon à recevoir de gens qui étaient à l’école maternelle quand je lisais déjà les œuvres complètes de Friedrich Hayek, de Ludwig von Mises ou de Frédéric Bastiat. » - Il semblerait que ce soit l’inverse qui soit vrai. Il n’est jamais trop tard pour évoluer dans son analyse. L’ego en politique n’a jamais servi positivement la cause de la Liberté.

« Tout en considérant les libertariens comme des gens appartenant à la mouvance libérale » - Merci, c’est trop.

« je n’ai, pour autant, jamais pu m’empêcher de discerner dans leur pensée une dimension utopique qui a toujours suscité chez moi des réserves : une utopie est la description d’une société idéale, sans défaut, qui, dans la réalité, n’existe pas et ne peut pas exister. » - Il y a pas moins de quatre erreurs dans cette vision « utopique » de la société libre et privée (SLP) que décrivent et souhaitent les libertariens :
  •           Utopie : La véritable utopie, c’est de croire qu’il est possible de concevoir une société libre grâce à un état. C’est une auto-contradiction puisque par construction, les membres de l’état sont « plus libres » que les autres.
  •           Sans défaut : Qui a dit que la SLP (ou Libertalie) était sans défaut ? L’homme connaît des défauts et donc toute société est acculée à les subir. Et le rôle de toute société est précisément d’en prendre acte pour les gérer au mieux. La Libertalie est par contre la société qui minimise les violations de la Liberté, c’est très différent.
  •           N’existe pas : Le droit naturel est partout. L’ordre spontané est partout. L’économie est partout. Et partout nous vivons tous au quotidien en partie selon la Libertalie, sans nous en rendre compte. Mais en effet, jamais complètement. De là à dire que nous sommes dans la totale irréalité…
  •           Ne peut exister : J’aimerais bien que GM me démontre cette affirmation gratuite et à l’emporte-pièce. Avant d’être construite, la Tour Eiffel elle aussi ne pouvait exister.


« Elle est une construction intellectuelle logique, cohérente, qui peut dès lors exister en soi, dans l’esprit de ses adeptes ou qui, pour les utopies totalitaires, peut être imprimée de force sur un groupe humain, mais elle ne peut prendre consistance. » - Je renouvelle ma demande : J’aimerais bien que GM me démontre cette affirmation gratuite et à l’emporte-pièce. J’aime beaucoup le « c’est cohérent donc ça ne peut exister. »

« Les sociétés humaines sont plus complexes que les utopies. On ne peut prétendre construire une utopie, qui plus est, dans un monde complexe et dangereux : on doit prendre en compte la complexité et la dangerosité du monde. » - Guy Millière montre ici les limites de sa pensée politique en commettant une cascade d’erreurs :
  •           Les sociétés humaines sont certes complexes, c’est là l’expression même de la Liberté. Mais cela n’implique pas que les mécanismes pour les faire fonctionner doivent eux aussi être complexes. C’est même là une erreur profonde qui est à la base de la justification des pires dictatures. On le voit avec nos 69 codes dont le nombre de pages va sans cesse à la hausse. La question n’est donc pas celle de la complexité dans l’absolu, mais celle des mécanismes minima permettant de faire fonctionner la société, ce qui est très différent. Et la thèse libérale, c’est que le respect strict du droit naturel suffit. J’attends la démonstration du contraire.
  •           On ne construit pas une utopie et il n’a jamais été le projet libertarien que de construire la Libertalie stricto sensus. En bons libéraux, notre projet politique passe par l’ordre spontané. Il s’agit que la société libre soit comprise et demandée par le peuple. A ce moment là, elle se mettra en place peu à peu et par le bas. Pas par le haut. C’est la stratégie de Ron Paul, celle du Mouvement des Libertariens et de la plupart des mouvements dans le monde.
  •           La prise en compte de la dangerosité du monde est un des phantasmes de GM, islamophobe bien connu. Mais Ron Paul – qu’il déteste – nous montre pourtant la voie : pacifisme résistant et expliqué. La menace islamique, tout comme la menace socialiste, ne disparaîtra que face à notre exemplarité et à notre pédagogie libérale. Il faut donner envie de Liberté aux peuples, par le commerce, par la rigueur, par l’explication et par la paix.


« Ce qui me mène à parler de mouvance libérale et non d’idéologie, comme cela se fait ici ou là, tient précisément à ce que le libéralisme, à mes yeux, n’est pas une idéologie, c’est à dire un ensemble d’idées censées avoir réponse à tout, et constituant un système clos, mais un ensemble ouvert d’idées, de principes » - Qui a dit le contraire ? Voir ma définition tout au début, je voudrais qu’on m’explique comment on peut faire plus simple et plus ouvert.

« en tant qu’ensemble ouvert, il ne peut à mes yeux se limiter à une approche économique, et a, indissociablement, fondamentalement, une dimension juridique. » - Encore une pique pour les libertariens, mais qui fait plouf. GM croit que parce que Rothbard était économiste, l’idée libertarienne ne serait qu’économique. Mais je l’invite à lire Ethique de la Liberté pour le convaincre du contraire. Et je rappelle ma définition du libéralisme, qui n’a rien d’économique.

« Le libéralisme, dès lors, est pour moi l’ensemble des discours défendant le droit des êtres humains et la société fondée sur le droit qui a été définie pour la première fois par John Locke dans Two Treatises on Government. » - J’ai plaisir à voir qu’il dit la même chose que moi. Il est dommage qu’il ne sache en tirer toutes les conséquences.

 « le gouvernement est le gardien du droit. Tant qu’il est gardien du droit, il est légitime, lorsqu’il cesse d’être gardien du droit et excède la définition de son rôle, il perd sa légitimité, et devient tyrannique. » - Non, Monsieur Millière, non.

Vous commettez ici l’erreur de tous les libéraux notamment minarchistes, confondre fonction régalienne et opérateur desdites fonctions. S’il faut un mécanisme de préservation et d’application du droit, les police et justice, il n’est en aucune façon obligatoire ni inéluctable qu’un gouvernement soit la seule manière de fournir ce service. Tant que vous n’aurez pas saisi cette nuance, vous ne pourrez pas pleinement comprendre la Liberté, ni les libertariens.

« Une société de droit ne peut rester une société de droit que si elle se donne les moyens de se défendre, et la défense fait partie intégrante du rôle de gardien du droit, car, sans défense, le droit peut se trouver vite écrasé. » - Qui a dit le contraire ?

« Dans un monde où il existe des régimes totalitaires, des fanatiques, des terroristes (je parlais plus haut de dangerosité), la défense implique d’endiguer ces régimes, ces fanatiques et ces terroristes, voire de les mettre hors d’état de nuire s’il est avéré qu’ils s’apprêtent à nuire. » - Non, Monsieur Millière, non.

Votre phrase porte en elle-même la contradiction qui permet d’éclairer votre erreur : « la défense implique d’endiguer ». Si on parle de défense, on parle d’un rôle réactif ou tout au plus préventif, mais pas d’un rôle agressif. Je rappelle que le libéralisme – voir plus haut – repose sur le principe de non-agression. Un libéral se défend, certes, mais n’agresse pas. Or vous nous parler « d’endiguer », de « mettre hors d’état de nuire » ? Il s’agit bien là d’agression si je ne m’abuse. Pire, vous suggérez cela avant toute légitime défense et sur la simple présomption, indémontrable, « qu’ils s’apprêtent à nuire » !? Et vous vous étonnez qu’ils continuent à nous haïr ?

« La notion de guerre juste est formulée par Thomas d’Aquin, dont l’importance pour la pensée du droit naturel est cruciale, et développée ensuite dans l’école de Salamanque, chez Francisco de Vitoria particulièrement (cf. De Jure belli Hispanorum in barbaros). » - Même erreur, Monsieur. Que je sache, ces auteurs étaient favorable à une guerre juste dans le seul cas d’une défense réactive, mais jamais selon le principe horrible de guerre préventive que vous mettez en avant. Grosse différence.

« Prétendre se situer dans le cadre du libéralisme classique, en en excluant la défense, les implications de l’économie planétarisée, l’existence du totalitarisme, du fanatisme, du terrorisme, est recourir au mensonge ou faire preuve de méconnaissance grave. » - Je crains que toute ma réponse soit de nature à montrer que le mensonge ou la méconnaissance sont plutôt de votre côté.


 « Parce qu’il est fondamentalement utopique, le libertarianisme est condamné à rester marginal. » - Permettez-moi de sourire. Quand bien même cela serait vrai, je n’y vois guère dans ce cas de raison pour vous inquiéter et vous échauffer de la sorte. Vous devriez rester très serein. Sauf bien sûr si, au fond de vous-même, comme je le pense, vous savez bien que c’est au contraire le libertarianisme qui est l’avenir de l’humanité – et que vous courrez pour monter dans le dernier wagon…

Sunday, October 27, 2013

C'est pourtant pas compliqué l'anarchie...

Sur l’invitation d’un jeune ami talentueux, j’ai entrepris de lire et démonter une autre critique des libertariens faite par un pseudo-libéral mal informé qui, comme il fallait s’y attendre, le prend de haut alors qu’il n’a pas même compris les bases du sujet.

Les pseudo-libéraux sont décidément une plaie, un frein à la liberté, car ils croient la détenir quand elle leur échappe et nous empêchent d’autant d’avancer. L’ignorance et la faible réflexion ne sont hélas pas les attributs des seuls socialistes, comme je l’ai longtemps cru. On ne se déclare pas libéral, on apprend à le devenir en écoutant les visionnaires.
Le texte original est ici, je vous invite à le lire pour mieux vous délecter…

Rien qu’à lire l’introduction, plusieurs erreurs ou incompréhensions se font jour, c’est donc «prometteur» comme texte.

Premier point : «visant à la suppression pure et simple de toute espèce de structure étatique.» :
Ici, l’erreur vient de l’ambiguïté portée par le mot «état» qu’il convient de désosser pour comprendre la véritable problématique. L’état signifie trois choses très différentes, hélas. Les fonctions, régaliennes ou au-delà, ce qu’il fait, police, justice etc. Les organes ou institutions qui réalisent ces fonctions. Les agents humains qui décident au titre de ces organes. Les anarcaps ne souhaitent pas la suppression de l’état, mais la suppression de toute forme de monopole sur ces 3 niveaux, c’est très différent. Une anarcapie possède fonctions régaliennes, organes et agents pour les réaliser. Mais les trois sont confiés au libre marché. Et c’est de ce fait que disparaît la coercition étatique, elle disparaît parce que le choix des agents et des organes pour réaliser les fonctions est restitué au consommateur, le citoyen. D’ailleurs lire Hoppe lève toute ambiguïté. L’état pour lui ne pose problème que de par son monopole.

L’introduction continue avec de nombreux mots posés ça et là qui témoignent d’une ironie si ce n’est d’une mauvaise foi malencontreuse : fable, «droits réputés appartenir à l’homme», «justice publique», «le vice rédhibitoire de toute pensée anarchique cohérente» - avant un plan qui nous promets bien du plaisir.

La justice publique mérite quelques instants, car ce n’est absolument pas un concept anarcap et le fait même qu’il soit évoqué ici témoigne de la pensée de l’auteur. Comme tout en société libre, la justice traite des individus, elle n’est publique que dans la mesure ou chacun y a accès comme chacun peut acheter son pain. Il n’y a pas de ‘suprême’ justice. Bien plus grave encore, dire que «l’élaboration des normes reviendrait aux seuls juges» est une preuve d’incompréhension bien plus profonde. On le verra plus bas, le juge en anarcapie ne fait pas le droit, il ne fait que le dire et régler les différends dans un souci d’équilibre et de dédommagement.

Le droit est fait par le propriétaire, et lui seul. Ne pas le voir, c’est ne pas avoir compris que le droit n’existe que pour régler ou éviter les conflits, que les conflits ne peuvent être que des conflits de propriété et que donc le propriétaire fait le droit chez lui – en respect du droit naturel, bien évidemment. Et personne d’autre. La propriété, c’est le droit, le droit vient de la propriété.

On commence le corps du texte avec la question «Quelles sont leurs institutions ?». La question elle-même est biaisée. Car ce ne sont pas les institutions qui importent au premier chef, elles ne sont que des organes, des moyens, mais les fonctions. Poser la question des organes, c’est occulter le sujet.

Ainsi il avance que :
- «Force est de constater que les institutions libertariennes n’existent pas» :
On reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent l’anarchie. C’est confondre anarchie et anomie. L’anarchie refuse l’autorité unique et imposée, d’où le rejet de l’état dans son caractère monopolistique et coercitif, mais pas dans son caractère fonctionnel. C’est la grande erreur, ou plutôt confusion, des minarchistes et autres « libéraux ». Il est évident que l’anarcapie a, comme toute société, besoin des fonctions régaliennes. Elles y existent donc bien, elles viennent des services de sociétés privées soumises à la concurrence du marché libre. Mais attaquer par l’absence d’institutions comme témoin d’absence de fonction régalienne, c’est une erreur encore plus primitive.

- «les libertariens s’en remettent au pouvoir créateur de la « main invisible « d’Adam Smith, c’est-à-dire au marché, ce qui n’est certes pas risible» :
En effet. Mais ne faut-il pas distinguer une pointe de condescendance dans ce mots ? L’auteur serait-il un libéral sans confiance dans le marché libre, qui pourtant n’est autre que l’expression pure des actes et échanges des hommes libres ?

- «mais ne présente aucune garantie du maintien des droits les plus élémentaires.» :
C’est bien ce qu’il se profilait. L’auteur ne voit pas, ou ne croit pas, comment le marché libre peut assurer les fonctions régaliennes. Ce n’est pas ici la place de l’expliquer, mais on s’arrêtera au mot « garantie », juste pour lui demander comment il nous explique que l’état « garantit » quoi que ce soit quand on constate les crimes commis et impunis au quotidien, sous ses auspices.

- «Leur position interdit logiquement aux libertariens de raisonner en termes d’institutions.» :
Et donc ? Ne voit-il pas que c’est justement ce qui fait la force et la stabilité de la société libre ? Car lorsque les institutions ne sont pas figées – on rappelle qu’elle ne sont que des moyens, pas la fin que sont les fonctions régaliennes, ie l’état de droit – on a justement la possibilité de les changer facilement et régulièrement afin de toujours les adapter pour le meilleurs rendu, la meilleure « garantie ». C’est précisément ce que le recours au marché permet de faire. Ainsi, là où les constitutionnalistes endolorissent les drosophiles à rechercher sur le papier les meilleures institutions qu’ils ne pourront jamais trouver – sinon on les auraient déjà, non ? – l’anarcap est sur ce point plus pragmatique et confie la chose au marché, comme n’importe quel problème d’optimisation sociale.
- «Le programme libertarien est essentiellement négatif, consistant à supprimer l’État.» :
On a vu que cela est faux. L’anarcap vise à supprimer la bureaucratie et les élus, fruits du monopole, mais rien d’autre. Quant au caractère négatif, il n’est que le reflet du caractère négatif de la Liberté, c’est-à-dire en réalité ouvert à l’opportunité positive.

Plus loin on trouve une critique de Randy Barnett. Il faut dire que prendre cette personnalité comme fer de lance libertarienne est déjà un choix très contestable, car Barnett, pour être libertarien, est d’un courant plutôt hayekien et minarchiste, donc rien d’aussi « dur » que des Rothbard ou Hoppe.
- « Au moment précis où l’on s’attend à ce que ce juriste distingué, ancien procureur, nous livre le fruit de ses réflexions juridiques sur le devenir institutionnel d’une communauté libertarienne désétatisée, quelque chose de sophistiqué, d’un peu aride même, R. Barnett nous gratifie superbement d’un chapitre intitulé « une courte fable » :
Ici, on a l’impression d’un argument d’autorité contrarié : l’auteur avait eu envie de pouvoir lire un argument de juriste, car il semble s’en prendre pour un et avoir la caste en haute estime. Il se semble pas voir que les juristes ne sont souvent que de vains gratte-papiers qui croient pouvoir figer l’infinité de l’imagination humaine dans des codes sans cesse recommencés.

- « Tel est l’inexorable destin de toute pensée anarchiste cohérente avec elle-même : la négativité, la condamnation épistémologique à l’absence d’alternative, le vertige du pari. » :
Le paradoxe utilisé comme défense de dernier recours ? Cohérence ? Comment peut-on reprocher la cohérence de la pensée lorsqu’on se revendique libéral et donc irrémédiablement rationnel ? Négativité ? Comment ne pas voir que la liberté elle-même est négative pour laisser à l’homme tout le champ du possible et qu’il en est ainsi de même pour la société libre ? Alternative ? Condamnation ? Qui condamne qui ici ?

Mais surtout, c’est montrer une fois de plus son incapacité à se projeter dans la société libre. Car celle-ci repose sur deux strates fondamentales qui en font la seule société alliant liberté et universalité. La strate du bas, c’est le respect du droit naturel. Au-dessus, chaque propriétaire ou communauté de propriétaires construit son droit à sa guise, tant qu’il respecte le droit naturel. Il est donc possible de voir surgir une infinité de mini sociétés au sein de l’anarcapie, tant qu’elles se respectent et que l’individu y est libre. L’alternative dont l’auteur parle est donc en réalité native de l’anarcapie. L’anarcapie porte en son sein l’infinité des organisations sociales respectant le droit naturel. Qui dit mieux ? Enfin, le vertige du pari ? En quoi est-ce un argument ? En quoi est-il opposable pour un libéral de parier sur la liberté ?

- « Mais soyons de bonne guerre, acceptons de faire l’impasse quelques instants sur cette carence rédhibitoire, et voyons ce qu’un monde libertarien aurait à offrir aux partisans de la liberté. » :
Je pense avoir montré juste au-dessus qu’il n’est de carence au sein de l’anarcapie que dans la limite intellectuelle que manifeste l’auteur à son encontre.

Dans la seconde partie, l’auteur croit malin de revenir sur la question de la garantie et de plus de déformer la vision de Rothbard :
- « qu'est-ce qui garantit que le droit en vigueur dans l'utopie libertarienne sera fidèle aux valeurs de liberté ?
À cette question, celui qui reste la référence majeure des libertariens, M. Rothbard, répond que les différentes agences devraient adhérer à un « Code de base » consacrant les droits naturels fondamentaux . En l'absence d'institutions spécifiques garantissant ce respect, ce code relève du wishful thinking. » :
Cela relève de la déformation de la pensée de Rothbard, ni plus ni moins. Le code en question n’est autre que celui des Droits naturels bien sûr, mais ce n’est en aucun cas le mécanisme qui ici assure le droit en vigueur. On le sait, les fonctions régaliennes sont confiées au marché et aux services privés, ce sont eux la réponse. Et comme n’importe qui, ces entreprises doivent respecter le droit naturel, bien évidemment. Mais la question de la garantie n’est pas issue du code, ni d’un autre. Elle découle, elle est le fruit de la concurrence. Simple : une entreprise dont les services de sécurité ou de justice ne satisferait pas ses clients n’aurait le choix que de s’améliorer ou fermer. La concurrence tire donc le marché en permanence vers cette supposée utopie de « garantie », et cela bien mieux que n’importe quelle « institution » immuable et fonctionnarisée.

Mais mon analyse a dû être erronée, car l’auteur montre ensuite qu’il a compris le caractère multiple, multitude même de la société libre :
- « En réalité, il n'y aura pas un ordre résultant, mais une multitude d'ordres (juridiques) résultants, exactement autant que d'individus qui se seront institués juges. » :
C’est assez vrai, il se trompe sur le rôle du juge, mais il semblerait qu’il ait vu la multiplicité du droit, celui des propriétaires. Bravo ! Mais alors, où est le problème ?

- « Car c'est bien de cela qu'il s'agit : lors qu'on institue les juges sources unique du droit et que quiconque peut s'instituer juge, naissent autant d'ordres juridiques que d'individus qui décident de créer du droit. » :
Encore une fois, vrai et faux. On l’a vu, les juges ne sont pas sources du droit, ce sont les propriétaires. Mais en effet, la société libre est caractérisée par la multiplicité du droit. Mais pas n’importe quel droit, contrairement à ce que l’auteur implique sans le dire. On l’a vu, la société libérale a deux couches. Et où qu’on se trouve, en toutes circonstances, le Droit Naturel a cours. Il ne peut être qu’interprété par le droit local. Et c’est cela qui « garantit » la Liberté malgré la multitudes des sources de droit.

- « Comment imaginer que ces myriades d'ordres juridiques concurrents cultiveront toutes les valeurs de liberté ? Comment ne pas voir qu'adviendront nécessairement, outre des ordres libéraux, une petite Allemagne hitlérienne, un petit Cambodge de Pol Pot, une petite société moyenâgeuse où brûlent les hérétiques, bref toutes les tyrannies connues et une infinité d'autres ? » :
C’est ici que l’auteur dérape et nous montre une fois de plus qu’il n’a pas compris la société libre. Et doublement. Outre qu’il confirme ne pas avoir vu l’organisation en deux couches du droit, qui assure donc les « valeurs de liberté », il ne voit pas non plus la liberté qu’il y aurait, pour ceux qui le souhaitent, à voir naître ce qu’il appelle ces « ordres libéraux ». Pourquoi une ville ou un territoire au sein de la société libre ne pourrait-il pas être hitlérien, pourvu qu’il respecte le Droit naturel, c’est-à-dire le droit pour chaque individu de joindre ou quitter une telle communauté en toute liberté ? Encore une fois, seule l’anarcapie autorise une telle infinité de libres communautés en son sein tout en « garantissant » celle de chaque individu.

Il croit avoir trouvé une autre difficulté avec la question pratique du jugement dans un monde à l’infinité de sources de droit. Et de nous choisir un exemple en réalité très banal : « Mais qu'en sera-t-il si le mari est Norvégien et la femme allemande, ou si le couple germano-norvégien vit en Suisse et que ses biens sont partiellement situés en Italie ? » :
En fait, il raisonne à l’envers. Pour un libéral, ça la fiche mal parce qu’il raisonne en juridictions au lieu de raisonner en individus.
Car pour un libéral, sur cet exemple mais cela se généralise, le droit outre celui du propriétaire ne se matérialise que par les contrats entre personnes. Le mariage n’a donc aucun sens national, mais uniquement entre les deux adultes concernés. Ce problème n’existe donc pas.
  
- « C'est ce type de questions que traite la branche du droit appelée « droit international privé », plus précisément les règles dites de « conflit de lois ». En termes juridiques, on dira qu'il y a conflit de lois lorsqu'une situation est affectée d'un « élément d'extranéité », c'est-à-dire qu'un aspect au moins de cette situation relève potentiellement d'une loi qui n'est pas la même que celle qui paraît devoir régir le reste de la situation. Outre le conflit de lois se pose également la question du conflit de juridictions : quel est le juge compétent pour trancher le litige ? » :
Nous avons ici deux questions qui en réalité ne se posent pas en anarcapie. L’auteur ne fait rien d’autre que projeter ses inerties mentales de juriste – quand je vous disais que beaucoup de juristes ne savent pas sortir de leurs codes… Car la question de la loi applicable est en réalité bien plus simple en Libertalie – bonjour ma chère Nathalie.

Il n’y a que trois cas et pas quatre : sont applicables le Droit Naturel, l’éventuel droit complémentaire du propriétaire du lieu concerné et le ou les contrats en vigueur entre les parties. Point. Pas la peine d’aller chercher des extranéités qui ne sont que les manifestations de la maladresse du droit positif mal conçu.

Par ailleurs, la question du juge est encore plus simple. Le juge est choisi librement mais de concert par les deux parties en différend, ni plus, ni moins. On ne développera pas ici toute la procédure en cas de refus d’un juge par l’une des partie, le résultat reste le même.

Il continue dans sa croyance avec :
- « Les problèmes créés par cette compénétration ne concernent qu'exceptionnellement le commun des mortels. Dans un ordre libertarien, ils seraient permanents. Le simple achat d'un pain ou d'une pomme exposerait, en cas de litige, l'acheteur et le vendeur, qui auraient souscrit à des ordres juridiques différents, à d'inextricables problèmes de conflits de lois et de juridictions. » :
On est dans le fantasme plus que dans la logique. Il n’y a jamais de problème de juridiction en Libertalie, elle est toujours sans ambiguïté : le droit du propriétaire des lieux. Quant à l’exemple du pain, franchement, j’espère que c’est de la mauvaise foi : unicité du lieu, simple contrat tacite d’échange, où est le problème ?

- « Le moindre pas dans la rue obligerait à recourir aux services d'un avocat. Un ordre libertarien suppose un droit international privé dont la complexité serait portée à la puissance 1000, ce qui est humainement ingérable, et paraît devoir inexorablement déboucher sur la consécration factuelle du Führerprinzip : si la loi ne peut trancher, il faudra bien que quelqu'un le fasse. Répondre que les différents ordres juridiques trouveront le moyen de pallier ces difficultés techniques n'est pas satisfaisant : outre que le libertarien n'en sait strictement rien (voir point I), il est hautement probable qu'il se trouvera de nombreux petits ordres juridiques qui se voudront radicalement indépendants et qui refuseront la moindre concession, fût-elle rationnelle et d'élémentaire bon sens. » :
Tout cela n’a tout simplement aucun sens, on vient de le voir. Là où ça devient vraiment grave, c’est de voir poindre l’argument du « Führerprinzip » qu’il ne va pas manquer de nous opposer – bien que sur du sable – pour nous expliquer juste après que l’état rejaillira de l’anarchie. Ridicule, puisque tout cela n’a aucune réalité.

Et ça ne loupe pas, nous voici face à l’attaque de la présumée « Résurgence probable d'un État »

- « Comment éviter la renaissance de l'État honni ? Dans la courte fable de R. Barnett, Justice Inc. et TopCops en viennent à dominer le marché de la justice et de la police et ce sont leurs pratiques douteuses qui provoquent leur chute. Supposons maintenant que Justice Inc. et TopCops restent honnêtes et s'accroissent jusqu'à posséder 70% du marché. Ensuite elles fusionnent, se rebaptisent « État » et interdisent leurs concurrents. Barnett rétorque que l'ordre libertarien devrait adhérer à ce qu'il appelle le « principe de compétition », qui fait interdiction aux différentes agences de s'évincer mutuellement par la force. Fort bien, mais qui fera respecter ce principe si deux agences nettement dominantes prennent sur elles de l'enfreindre ? Et quelle sorte d'État naîtra de la fusion de ces agences ? » :
Je ne connais pas l’auteur et en particulier sa profession, quoi qu’il semble de nature juriste, mais il ne démontre ici aucune compréhension économique, ce qui est fâcheux quand on se croit théoricien libéral. Toujours est-il qu’il commet deux erreurs grossières. Rebaptisées « état » ou pas, 70% du marché ou pas, la nouvelle société juridique ne peut pas « interdire » la concurrence. Justement, il ne suffit pas de se décider état pour avoir un monopole de jure, et non de facto. Vous me feriez ça M. TopCops, je peux vous garantir que vous auriez aussitôt perdu ma part de vos 70%, sans que vous y puissiez quoi que ce soit, car vous n’êtes pas la police, mais la seule justice. Il est à ce propos évident qu’on ne laissera jamais une même entreprise assurer à la fois les services de police et de justice, c’est du simple bon sens.

Seconde erreur, il n’est besoin de personne pour faire respecter la concurrence. Le marché s’en charge très bien. Notre auteur-juriste a décidément du mal à se passer d’institutions matérialisables.

- « À supposer même que TopCops et Justice Inc. fusionnent (pour former Justice&Cops, Inc.) mais ne tentent pas d'évincer leurs concurrents, comment qualifier l'ordre engendré par cette fusion ? » :
Il n’y a pas à le qualifier, car ce n’est en rien un ordre. L’ordre ne vient pas des juges, mais des propriétaires, on l’a vu plus haut.

- « Des normes et des policiers pour les faire respecter, des juges pour les appliquer et des prisons pour enfermer les criminels, cela ne vous rappelle rien ? Si bien sûr : un État ! D'un genre particulier, dira-t-on, parce que les souscripteurs de Justice&Cops ont le droit de quitter cet ordre pour un autre dès qu'ils le souhaitent. Outre que c'est déjà le cas de la plupart des États aujourd'hui, cette proposition ne vaut qu'aussi longtemps que le gouvernement/les administrateurs de Justice&Cops le tolèrent : après tout, c'est à eux que revient de déterminer ce qui se fait ou pas. » :
On retrouve ici les erreurs précédentes, ce ne sont pas les juges qui font l’ordre et c’est la concurrence qui met tout ce petit monde sous contrôle pour justement empêcher ce type de dérives. Notre auteur se confirme ne pas avoir compris la société libre.

- « Les libertariens ont coutume d'affirmer, à la suite de M. Rothbard, que les structures étatiques furent, dans l'histoire, le cadre de tant de massacres, qu'il est temps d'essayer autre chose. Outre que cet argument revient à dire : l'air est pollué, j'arrête de respirer, il opère de l'histoire une lecture très sélective. » :
Juste pour sourire devant la logique de notre juriste, l’analogie ne tient pas. Ce serait plutôt, l’air est pollué, j’essaie de mettre un masque, la pollution illustrant l’état et le filtre ma liberté de m’y soustraire.

- « Les libertariens se réfèrent en effet généralement à quelques exemples historiques bien précis d'ordre libertarien, comme l'Irlande d'avant la conquête de Cromwell. Cette modestie les honore, car l'histoire est riche d'une infinité d'ordres libertariens avant la lettre, aussi appelés « états de nature ». L'on comprend bien entendu la réticence des libertariens à se revendiquer de ces états de nature, dont l'Afrique actuelle nous offre encore malheureusement de nombreuses illustrations, dans la mesure où ils se caractérisent presque constamment par la guerre de tous contre tous, le plus complet sous-développement et qu'ils aboutissent tout aussi invariablement à l'institution de ce qu'il faut bien appeler horresco referens un État. » :
Ce n’est pas un hasard si nous ne nous référons pas à l’Afrique par exemple, cela n’a rien à voir avec de la modestie, mais avec la non pertinence de l’exemple. L’Afrique ne connaît pas ou trop peu le droit foncier privatif. Trop souvent, c’est un droit tribal socialisant. Tous ses maux en découlent et cet état de nature là n’a rien à voir avec la société libre de demain.

Croyant nous avoir amenés sur le terrain de la résurgence de l’état, il vient nous contester les fondements du droit, à commencer par la Rule of Law. Ben voyons.

- « Du point de vue libertarien, ne mérite d'être qualifié de droit qu'un ensemble de normes qui consacrent les droits qui appartiennent à l'homme de par sa nature d'homme (M. Rothbard se revendique explicitement dans sa démarche des théories jusnaturalistes d'Aristote et saint Thomas). Les garanties minimales qu'offre la Rule of Law (État de droit) sont pour eux sans intérêt dès lors que seraient même simplement limités leurs droits fondamentaux. Quelles sont ces garanties minimales de l'État de droit critiquées par les libertariens ? » :
En fait, bonne question, il n’est que temps de se la poser après des pages de vomis sur l’anarcapie. Mais s’il semble avoir lu Rothbard, il est surprenant qu’il n’en ait pas tiré la réponse. Surtout qu’elle est très simple : égalité de tous devant le droit naturel, c’est-à-dire devant le droit de propriété de son corps et des fruits de son travail.

- « F.A. Hayek explique que l'État de droit possède huit caractères : des lois non rétroactives, certaines, connues, l'égalité devant la loi (c'est-à-dire des lois parfaitement générales, abstraites et permanentes), un pouvoir judiciaire indépendant, une administration soumise à des règles, un système juridictionnel de contrôle de la légalité des actes administratifs et des décisions judiciaires et un Bill of Rights (Hayek est trop conscient de la faiblesse du jusnaturalisme naïf pour donner des ces droits une liste). Le principe d'égalité devant la loi (isonomie) qui fonde le concept hayékien d'État de droit définit un idéal normatif - des lois parfaitement générales, abstraites et permanentes - dont il est évident qu'il ne sera jamais pleinement réalisé : le législateur doit y tendre. »
Là on atteint un summum de mauvaise foi. Alors qu’on vient tout juste de critiquer Rothbard, hop, tadaaaa, tour de passe-passe et voici Hayek qui apparaît. Or l’Autrichien, pour respectable qu’il soit, n’a rien d’un anarcap jusnaturaliste et il est donc tout sauf la bonne personne pour répondre à la question des droits naturels.

On le voit d’ailleurs à sa liste à la Prévert de droits naturels, absolument incohérente :
-          L’égalité devant la loi, eh bien ne relève pas du droit, mais de la justice, mais c’est le terme que notre juriste emploie pour exprimer le besoin de lois réglementant des actes et non des personnes.
-          Pouvoir judiciaire et administration mis dans ce même sac, alors qu’ils sont des organes régaliens et non des droits.
-          Idem pour le système judiciaire et juridictionnel, ce dernier n’ayant aucun sens en Libertalie, on l’a vu.
-          J’adore aussi le jugement posé comme un axiome de la supposée naïveté du jusnaturalisme, mauvaise foi je vous dis.
Et on vient encore une fois me parler de libéralisme ? Mais ce plaisantin ne s’est simplement jamais posé la question de ce qu’implique l’égalité de tous devant le droit, ou alors ses facultés ne valent guère plus que celle de Nanterre en plein Mai 68.

- « Cet idéal normatif n'exige pas que toutes les normes étatiques soient générales et abstraites : un jugement, l'injonction d'un agent de police sont des normes assorties de contrainte dont on ne voit pas qu'elles puissent n'être pas individuelles . Ce que requiert en revanche l'isonomie est que ces normes individuelles (ordres, commandements) soient conformes à des règles préexistantes. Dans cette mesure, l'isonomie implique une hiérarchie de normes. Lon L. Fuller précise que si les règles de droit sont appelées à réguler effectivement les comportements, elles doivent en outre présenter les caractères suivants : être compréhensibles, possibles, non contradictoires. » :
On est bien d’accord. Tout cela est vérifié par l’anarcapie, merci bien, il aurait peut-être fallu commencer par là ?

- « Les caractères qu'Hayek et Fuller prêtent à l'État de droit relèvent de deux registres : le format des normes proprement dites (non rétroactives, certaines, connues, compréhensibles, non contradictoires, possibles) et un format institutionnel : doivent exister des juridictions indépendantes pour appliquer les normes aux sujets de droit, d'une part ; » :
Eh bien non, voyez-vous. On mélange, comme au tout début, les fonctions et les organes. Les normes, donc le droit, sont une chose. Les moyens des les assurer en sont une autre. Ce qui compte pour l’état de droit, c’est que ces normes soient en effet assurées, mais peu importe comment. Donc l’état de droit n’est pas ce qu’en dit notre ami, du moins pas au minimum.

- « pour apprécier la légalité des actes de l'administration et du pouvoir judiciaire, d'autre part. Ajoutons-y la nécessité d'instituer une juridiction qui veille à la généralité des normes, et l'on définira l'État de droit comme un État où la contrainte ne s'exerce qu'en conformité avec des règles (normes générales, abstraites et permanentes) - non contradictoires, possibles, compréhensibles, certaines, publiques et non rétroactives - et des ordres (normes individuelles), consacrant le principe de hiérarchie des normes et organisant la sanction matérielle de la violation des règles générales de conduite par un pouvoir distinct et indépendant du pouvoir normatif ; la conformité des ordres aux règles et le respect de la métarègle (généralité des règles) sont contrôlés, par un (des) pouvoir(s) distinct(s) et indépendant(s) du pouvoir normatif. » :
Tout cela est donc inutile. Un point important cependant. On remarque que l’auteur comme Hayek semblent incapables d’imaginer des mécanismes de contrôle autres que des institutions disposant d’un « pouvoir ». Jamais ne leur vient à l’idée que le marché puisse assurer ce contrôle sans pour autant ne créer de pouvoir – autre que celui du consommateur, donc de tout le peuple.

Je saute les quelques lignes suivantes, purement historiques et sans apport à notre débat. Il conclut juste que, grande nouvelle, le despotisme se caractérise par :
- « Un pouvoir arbitraire. Est arbitraire ce qui n'est pas conforme à une règle préexistante. L'arbitraire de celui qui veut le bien n'est pas moins arbitraire que l'arbitraire de celui qui poursuit un intérêt particulier : l'arbitraire n'est pas une question morale. Arbitraire et despotique sont synonymes. Est libre celui qui n'est pas soumis à la contrainte d'autrui. La contrainte qui s'exerce de manière arbitraire est imprévisible et inévitable. La contrainte qui s'exerce conformément à des règles préétablies est prévisible et évitable. En tant qu'il permet d'éviter la contrainte, l'État de droit est l'instrument de réalisation de la liberté individuelle. » :
C’est très paradoxal cet extrait, et cela montre l’ampleur de l’écart d’analyse entre nous. Je ne peux que souscrire à tout ce qu’il rappelle ici, bien évidemment. S’il croit venir apporter un argument contre les libertariens, il se trompe totalement.

- « Les libertariens s'inscrivent en faux contre cette affirmation : mieux valent, du point de vue de la liberté, les injonctions arbitraires d'un Souverain bien intentionné que les règles d'un Prince totalitaire. William P. Baumgarth a thématisé cette critique dans le Journal of libertarian studies. Rappelant que la distinction entre règles (normes générales) et ordres (normes individuelles) est au centre du concept hayékien d'État de droit, W. Baumgarth écrit : « constatant que même des règles négatives peuvent être coercitives, nous devons nous demander si réellement l'obéissance à des règles nous rend plus libres que l'obéissance à des ordres » .
Or, F.A. Hayek le libéral a raison contre W. Baumgarth le libertarien. » :
Outre que la première phrase est fausse, on vient de le voir, où sont les arguments s’il vous plait ? Pourquoi serait-ce forcément Hayek qui aurait raison, alors qu’on vient de voir que rien n’est moins faux ?

Je saute la suite sans intérêt pour me saisir de la prochaine phrase clé qui est on ne peut plus symptomatique de son incompréhension de la société libre et de l’anarcapie :
- « L'anomie n'existe pas dans les sociétés humaines. » :
Je renvoie le lecteur au début de cet article, où je rappelais que « on reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent l’anarchie ; c’est confondre anarchie et anomie ». N’est-il donc pas fantastique de prendre ainsi l’auteur en flagrant délit de cette confusion alors qu’il la récuse lui-même ? Il se confirme donc bien que depuis le début, notre ami n’a pas su voir que la Libertalie dispose des fonctions « étatiques » et n’est donc pas sans règle si sans ordre, mais parce qu’il n’y retrouve pas les organes ou institutions auxquels il est habitué, il est perdu et ne sait plus voir les choses.

- « L'État de droit formel est une condition nécessaire mais non suffisante de la réalisation de l'idéal de liberté. C'est ce que n'ont pas vu les libertariens, tout à leur poursuite de la réalisation absolue de leurs droits absolus. » :
Amusant non de voir l’arroseur arrosé ?!

Reste un passage qui, hors du bruit général se distingue un peu, qui ne mérite juste de rappeler combien il confirme mes arguments précédents :

- « Comment en effet les règles en vigueur pourraient-elles atteindre à un niveau acceptable de certitude quand le simple fait de parcourir une rue expose le promeneur aux normes — en ce compris le bon vouloir de despotes improvisés — de trente ordres juridiques concurrents ? Comment et pourquoi les différents ordres juridiques devraient-ils veiller à la non-contradiction de leurs normes ? » :
On a vu que cette vision des choses ne repose sur aucune réalité et que l’argument est vide de sens.

Mais voilà que notre ami se croit en mesure de mettre en défaut Rothbard comme Hoppe. Moi je dis qu’il mérite le Nobel. Ridicule.
La partie sur Rothbard n’a en fait qu’un rapport très limité avec le sujet général et à part lui reprocher de ne pas suivre Hayek, sa critique est bien vide – car sur le être et devoir être, Hoppe est depuis largement passé par là pour remettre tout en place…
Idem pour Hoppe, l’auteur a en fait glissé dans son argumentaire de questions de droit et d’institutions à la question de la morale, ce qui est totalement orthogonal et sans rapport. Ne pouvant pas les contredire sur le droit, il part sur la morale.

Pour finir par dire une grosse bêtise au sujet de Hoppe :

- « Voilà certainement une tentative ingénieuse et intéressante d'utiliser l'éthique de l'argumentation de Karl-Otto Apel et Jürgen Habermas au service de l'axiome de M. Rothbard. Mais elle n'est pas convaincante : que la pensée (éthique ou autre) suppose l'argumentation reste à démontrer. » :
Eh bien justement, c’est ce que Hoppe a démontré, la charge de la contre-preuve est donc vôtre, cher ami. Et essayez donc de penser sans recours à la logique….

Il est même carrément de mauvaise foi ici où il glisse un faux argument :
- « En outre, l'argumentation suppose sans doute le contrôle d'une partie de mon corps et de l'espace où je me trouve, mais le contrôle n'est pas l'appropriation . Serai-je considéré comme le « légitime propriétaire » de tous les espaces où je me serai aventuré à causer avec autrui ? » :
Ce n’est pas ce que suppose ou dit Hoppe, justement. Hoppe ne parle pas de l’espace, seulement de son propre corps. Donc le contester en lui faisant dire des choses qu’il ne dit pas semble un peu faible.

Nous sommes dimanche matin, il me fatigue ce pseudo-libéral, je n’ai pas envie d’aller plus loin. Je pense qu’on aura largement compris qu’il ne connaît pas le sujet et raconte des bêtises, c’est tout ce que je voulais montrer.