Sunday, January 13, 2013

Maturité libérale


Au début de ma démarche politique, comme tout le monde, je ne savais même pas – même « plus » – qu’il y avait des libéraux autour de nous. Puis je découvre Revel, Mises, Hazlitt, Rand, Bastiat et enfin Salin, Rothbard, Ron Paul, Guillaumat et Hoppe. Et à chaque lecture, à chaque auteur me poussant vers le prochain, les pièces du puzzle se dessinent – sujet par sujet – et le puzzle se met en place, la première image claire acquise avec Rothbard.

Me voilà  libertarien, anarcho-capitaliste rothbardien tendance Hoppe-Kinsella, signez là en bas svp en deux exemplaires.

Me lançant en parallèle dans le « militantisme virtuel » grâce à Internet, je rencontre peu à peu d’autres libéraux qui eux aussi se cherchent un peu, ou qui cherchent les quelques autres rares libéraux avec qui échanger – histoire de se sentir moins seuls dans ce monde rose aux moult épines.

Et bien vite, j’ai découvert que tous les libéraux ne partageaient pas tous les mêmes idées ou points de vue, à ma grande surprise. D’autant que pour un anarcap, la question ne se pose pas, le libéralisme ne peut être qu’anarchique, c’est prouvé, la question est réglée – si, si... Et de découvrir les minarchistes, randiens, anarcaps et même « libéraux de gauche » et « géolibertariens ». D’autant que parmi ces libéraux de degrés divers se cachaient quelques grands noms, dont Garello ou Madelin. Incompréhensible.

Naïf et plein de conviction, je publie en mai 2011 sur Contrepoint un article intitulé « Le libéralisme connaît-il des variantes ? » avec l’espoir de susciter un choc, mais avec 85 likes (232 likes depuis...), j’ai plutôt fait un flop.

Puis vient l’expérience de Libres ! où confronté à une centaine d’auteurs de libéralismes forcément variés, je pratique, avec Ulrich Genisson, pendant quatre mois la négociation quotidienne de la formulation des idées libérales. Au point même de découvrir un libéral pourtant ayant pignon sur rue – sur roue, moins sûr – pourtant incapable de concevoir le droit comme un invariant intemporel.

Ainsi après ces quelques étapes et de longues heures fesse-bouquiennes à tirer le libéral vers le haut, j’ai acquis la conviction que s’il n’y a bien qu’un seul libéralisme, il y a plusieurs niveaux de libéraux, du moins de maturité du libéral.

Une série de conversations avec mon ami Patrick Aubin sur Toulouse nous a d’ailleurs donné l’idée de les classer selon une hiérarchie inspirée de la pyramide de Maslow, mais allant des moins « réveillés » vers les plus « rigoristes » – dont je crains bien faire partie, j’assume. L’idée à ce stade est assez simple et devrait parler à beaucoup. (*)

Il y a tout d’abord les libéraux « dormeurs », qui ne savent même pas qu’ils sont libéraux au fond d’eux. Souvent vaguement de droite ou vaguement conservateurs, souvent abstentionnistes, ils font notre espoir à tous car leur nombre immense permettrait de renverser toute majorité – si nous arrivons à les réveiller

Il y a ensuite les « pseudo-libéraux », qui ont su comprendre que le monde se libéralise avec entrain, mais sans vraiment voir que le libéralisme n’est pas qu’une approche sympa de l’économie, et qui continuent à penser que l’UMP est ou peut être libérale et qu’elle porte notre avenir, ne sachant voir qu’il ne s’agit que d’un autre parti socialo-étatiste.

Puis viennent les premiers qui s’affichent ouvertement libéraux – enfin, juste entr’ouvert – mais qui s’affichent aussi « démocrates », n’ayant pas encore pris pleinement conscience que la démocratie n’est et ne peut être que tyrannique. Ils ont l’avantage d’avoir compris la dimension universelle de la liberté, mais croient encore que le système reste la meilleure voie pour nous y conduire – à la liberté ou au système, je vous laisse deviner.

Enfin, approchant à en croire beaucoup le nirvana, arrivent les « minarchistes », qui savent ce que les fonctions régaliennes recouvrent mais amalgament encore état de droit et société de droit, ne voyant pas que le problème, c’est le pouvoir. Leur principale activité consiste à tenter de convaincre les libéraux qu’on peut être libertarien et minarchiste.

Enfin viennent les anarcho-capitalistes, qui pour moi et bien d’autres sont les seuls libertariens pour ne pas dire libéraux. Vu qu’à chaque étage la Liberté perd une part substantielle de ses ouailles, autant dire qu’il y a fort peu de libertariens. Le libertarien passe quant à lui le plus clair de son temps à tenter d’expliquer aux autres qu’ils ont encore quelques marches à franchir pour pleinement apprécier Dame Liberté. Disons que son avenir est celui du plein emploi.

On pourrait même avancer qu’il existe un nirvana du nirvana, le septième ciel libéral, celui des adeptes de Hans-Hermann Hoppe. Car il se trouve que certaines conclusions hoppiennes ne plaisent pas à tous les libertariens qui pensent encore que l’anarchie implique la disparition de la discrimination de plein droit, perdant ainsi une bonne partie de son côté « fun ».

Je suis certain que l’idée même d’oser dire qu’il y a des niveaux de libéralisme va en choquer plus d’un et que je vais recevoir une volée de bois vert, le plus probablement de tous ceux qui sont dans les couches « pseudo » à « minarchiste ». Pas grave, dans ma traversée du désert, la caravane passe.

Mais ce n’est pas exactement mon propos. Je continue de penser qu’il n’existe qu’un seul libéralisme pleinement juste et durable et qu’il passe par la réalisation des fonctions régaliennes par la société privée. Et que toute autre option ne ferait que retarder l’avènement d’une société humaniste car libre.

Par contre, arriver à cette conclusion n’est pas un chemin facile quand on sort de la Communale et il se conçoit qu’il faille à chacun passer par différentes étapes, marches, niveaux, on l’appelle comme on veut, pour arriver à cette conclusion. Cet article se veut une piqûre de rappel, un choc « termique ».

Une chose reste sûre selon moi. L’anarcapie est le trou noir de la liberté dans lequel tout libéral >sincère< finit par arriver, sauf s’il refuse d’approcher celle-ci d’assez près.

(*) Je tiens à préciser que l’échelle présentée ici et les propos de cet article sont entièrement de ma main et que donc Patrick Aubin ne doit pas être tenu partiellement responsable de mes divagations.

Tuesday, January 1, 2013

Confidentialite et Anonymat - Remettre les choses dans l'ordre


Dans un article de Contrepoint (lien ici), une analyse tout à fait intéressante est proposée de l’impact de la puissance informatique sur la réalité de certains concepts fondamentaux de  l’informatique comme la confidentialité des données et par voie de conséquence sur l’anonymat sur Internet.

J’avais proposé un article à Contrepoint (lien ici) qui l’avait refusé sous le prétexte que l’autre article était plus en ligne avec leur position sur le sujet de l’anonymat. Argument bizarre.

La thèse de l'article de Contrepoint peut être résumée ainsi. Chaque jour, les données laissées par chacun de nous sur le Net croissent en volume mais aussi en diversité. Par ailleurs, la puissance de calcul disponible et des algorithmes toujours plus sophistiqués font qu’il est devenu possible de traiter ces données en temps fini et d’en tirer des corrélations suffisamment fortes pour que votre anonymat et même certains de vos secrets n’y résistent plus.

Et il est vrai que certains sont aujourd’hui capables de deviner votre ou vos mots de passe par le simple croisement des informations que vous laissez ou partagez sur disons Facebook concernant vos loisirs ou autres.

Dès lors, il est essentiel de redoubler de vigilance sur Internet si l’on souhaite protéger sa vie privée – notamment selon ses idées politiques. Ma position qui consiste à l’inverse à expliquer que l’anonymat ne sied pas à un libéral engagé serait donc tout ce qu’il y a de candide pour ne pas dire ridicule.

Pourtant, je persiste, car je pense que l’article de Contrepoint passe en fait à côté du vrai sujet. Il est même auto-contradictoire, puisqu’il tente de justifier l’anonymat tout en expliquant qu’il est de plus en plus illusoire.

L’argument central avancé par l’auteur, qui est techniquement juste, consiste à dire que la confidentialité de notre identité est désormais toute relative du fait de la puissance de corrélation disponible. Mais c’est le même argument que celui d’une arme : ce n’est pas parce que la bombe atomique existe que nous sommes déjà tous morts ni qu’on doit bannir le nucléaire. Ce qui fait l’arme, c’est l’usage qui en est fait.

Autrement dit, pour que l’auteur ait raison, il faut plusieurs conditions, qu’il oublie hélas de rappeler. En premier lieu, il faut avoir les moyens d’une puissance de calcul substantielle. Et de plus, ceux qui disposeraient de la puissance de calcul doivent aussi avoir accès aux données. Trois cas viennent à l’esprit : un état via sa police, une organisation de pirates, ou une grande entreprise privée. Toutes trois pourraient disposer de tels moyens.

Or quelles que soient les inférences qu’on puisse tirer de telles analyses sophistiquées, tant qu’une telle information ne donne pas lieu à malveillance, où est le problème ? Si Carrefour ou Auchan analysent mon profil Facebook pour en tirer une meilleure connaissance de mes goûts et envies, où est le problème ?

Par contre, bien sûr, si c’est un état qui se permet de me surveiller, ou un hacker qui cherche mes codes d’accès bancaires, c’est une tout autre histoire. Mais dans ce cas, ce n’est pas la faiblesse de la confidentialité de mes données qui pose problème, mais d’une part la faiblesse de la police du net – ou de ses mesures de sécurité – et d’autre part l’excès de pouvoir des états sur le Net. C’est cela qu’il faudrait dénoncer, c’est cela la vraie question. Mais l’auteur passe à côté.

Ma position quant à l’anonymat consiste à dire que lorsqu’on est militant de la liberté, on se doit de tenir tête à Léviathan et avoir le courage de ne pas se cacher derrière un pseudonyme, malgré le risque évident. Car c’est entre autres ce courage qui peut à la fois inquiéter le monstre et mobiliser d’autres militants. Et voilà en gros qu’on m’explique que parce que la confidentialité est devenue fragile, ma thèse ne tient pas ? Autrement dit, on promeut un anonymat qu’on explique pourtant ne plus avoir de sens. J’ai dû louper un épisode.

Pour finir, l’argument massue des anonymes, tel un certain Libertarien Minarchiste, doux crédule, serait celui de nos vaillants Résistants pendant la Seconde guerre mondiale. Heureusement que ceux-ci ont eu recours aux pseudonymes, sinon nous ne serions peut-être pas là – ce qui est probablement vrai. Dès lors, qui suis-je pour traiter de lâches ceux qui adoptent les pratiques de ces grands hommes ?

La résistance impliquerait-elle donc l’anonymat ? Le problème c’est qu’on compare choux et carottes. Nous ne sommes, heureusement, pas encore en état de guerre et il nous reste encore un peu de liberté d’expression, ce qui n’était pas leur cas, autant en profiter. De plus, à l’époque, l’anonymat était justement une vraie protection, alors qu’on m’explique qu’elle ne l’est plus vraiment de nos jours…

Surtout, l’objectif n’est pas le même. Il fallait à l’époque détruire un ennemi bien identifié par tous. De nos jours, il s’agit de réveiller nos congénères à un ennemi dont ils n’ont pas conscience. Comment dès lors leur parler et les informer cachés derrière un masque, fut-il celui de V ?