Friday, December 16, 2016

Voler Tranquille

«Ce n’est pas l’origine mais les limitations du pouvoir qui l’empêchent d’être arbitraire.» - Friedrich von Hayek
Le 7 décembre 2016, Libération titrait : « Quand la NSA espionnait les passagers d’Air France », et complétait ainsi : « Sur la foi de documents fournis par Edward Snowden, «Le Monde», en partenariat avec le site d'information the Intercept, publie de nouveaux éléments sur la surveillance de masse orchestrée les agences de renseignements américaines et anglaises. »

Le même jour, Le Monde confirmait : « Les compagnies aériennes dont Air France visées par les services secrets américains et britanniques », puis « La NSA et son homologue britannique peuvent capter toutes les données, y compris les codes secrets, des communications des passagers de la plupart des grandes compagnies aériennes. Ce programme a notamment visé Air France, qui affirme ne pas avoir finalement déployé cette technologie dans ses avions. »

Libération nous explique de quoi il s’agit : « Pour espionner un téléphone, il suffit qu’il soit à une altitude de croisière de 10 000 pieds. Le signal transitant par satellite, la technique d’interception se fait par des stations secrètes d’antennes au sol ».

« Ce programme, intitulé «pie voleuse» ou «pigeon voyageur», serait justifié, selon le service juridique de la NSA, par la nécessité d’éviter «un nouveau 11 septembre», jugé plausible par la CIA. Auraient particulièrement été visées Air Mexico et Air France, considérées comme des cibles potentielles d’attaques terroristes. La compagnie française, qui a expliqué faire des tests d’utilisation de smartphone en vol depuis 2007, est d’ailleurs citée dès 2005 dans un document sur le «projet de traque des avions civils dans le monde entier». «Le ciel pourrait appartenir à la NSA», s’enthousiasme l’agence dans un document. »

Donc la NSA nous a écoutés, ou nous écoute encore, même en vol. On ne peut plus voler tranquille. Cette information passée presque inaperçue est très révélatrice des nombreuses questions qui se posent désormais avec la conjonction d’une technologie omniprésente et de menaces croissantes sur la vie sociale.

Ce genre de prouesses techniques, qui repose comme on le comprend sur une profonde immixtion cachée dans les technologies de la chaîne du contrôle aérien, est donc justifié par la crainte de la menace terroriste, laquelle est pourtant devenue omniprésente depuis « 9/11 », au lieu de s’estomper comme espéré.

Tout d’abord, peu importe que ce soit la NSA ou une autre agence, car ce n’est pas le véritable sujet, Big Brother n’a pas de nationalité. On trouve en France, ainsi qu’en Europe et de nombreux autres pays, une mode qui tend à faire de la NSA l’ultime méchant. Et pour s’en protéger, il faudrait recourir à quelque agence nationale, seule à même de concourir en termes de moyens.

Nous serions pourtant mal inspirés de suivre cette analyse. Non pas que la NSA mérite de revendiquer le Nobel de la Paix, évidemment. Mais parce que cela nous conduit à nourrir et engraisser encore plus Big Brother, au lieu de le réduire.

En effet, selon cette logique, les agences des différents pays entreraient dans une course aux écoutes ou surveillances où chacune se sert des autres pour justifier encore plus de « cyber-défense » et donc plus d’écoutes ou de réglementations.

Un cycle infernal dont on ne voit pas bien l’intérêt pour le citoyen de base. Un cycle qui doit donc être rompu avant d’arriver au niveau fantasmé par de nombreux films d’espionnage ou plus prosaïquement avant que les budgets s’effondrent – car ils finiront de toute manière par s’effondrer.

Par ailleurs, pour rester dans le cinéma, quiconque a vu Minority Report et sa brigade Pre-Crime sait qu’il n’est pas possible d’anticiper sur les intentions et les actes pour éviter les crimes ou méfaits. Il ne sert à rien de nous surveiller, même avec le plus puissant des big data. C’est pour cela que le droit a depuis toujours eu comme principe de base de ne juger que les actes et non les intentions.

Le paradoxe devient même que la menace se retourne en ce sens que comme cette Jeep arrêtée à distance, celui qui peut écouter un avion peut ou pourra sans doute en prendre le contrôle à distance, devenant du même coup le bon ou le méchant, selon ses intentions. Mais quelles sont les intentions des agences ?

Sous l’angle du droit, ou du moins de la compréhension commune que chacun en a, la seule qui compte, écouter les passagers d’un avion en vol constitue une triple violation de propriété (l’espace aérien, l’enceinte de l’avion, l’espace privé du passager) et autant d’abus de pouvoir à l’insu des compagnies et des passagers.

Cet épisode révèle l’enjeu de l’équilibre essentiel à trouver entre liberté et sécurité dans la société numérique : si l’argument sécuritaire se transforme en ce qui serait perçu comme totalitaire, on peut faire le pari qu’Internet sera boudé et déserté au profit de nouvelles formes – on voit ainsi déjà le dark net se former.

La question des écoutes n’est pas juste un détail d’éthique dans la société digitale. C’est surtout une condition essentielle de confiance accordée par chacun de nous et donc de développement et de succès de la société numérique. Imaginer qu’on puisse voler tranquille sans se faire voler ses confidences n’est pas envisageable.

Sunday, December 11, 2016

La stratégie de la pyramide libérale

Parfois je me retrouve à écrire ce qui semble des évidences, et je reprends ce risque à nouveau en tentant de traiter de la problématique de la diffusion des idées libérales et libertariennes auprès du plus grand nombre. Car il me semble que c’est un sujet de confusion au sein de bien des discussions.

Je l’avais développé dans un papier sur la « maturité libérale », la réalité est telle que tous les gens n’ont pas le même degré de compréhension et d’adoption de la théorie libérale, y compris la majorité de ceux qui se croient ou se disent libéraux. Plus généralement, l’idée consiste à constater que la compréhension de la théorie libérale est un chemin qui passe par des étapes qui sont autant de remise en question de facettes de l’étatisme qui nous est inculqué depuis notre jeunesse.

La pyramide que suggère le titre est ainsi constituée à la base de la foule des étatistes collectivistes de tous poils. Viennent alors au-dessus la foule plus réduite des gens qui tels les supporters de Fillon, voient vaguement que le libéralisme est la voie à suivre, mais sans trop comprendre ce mot ni sans abandonner un fort attachement à l’état sous ses multiples formes. Au-dessus se trouvent le nombre plus réduit de ceux qui se déclarent ouvertement libéraux, demandent certaines actions de réduction du mammouth et ont vaguement entendu parler d’auteurs comme Milton Friedman. On trouve enfin un certain nombre de couches de faibles populations de libéraux avertis, minarchistes et libertariens.

Le but de ce concept de pyramide n’est pas de faire des libertariens une élite, mais simplement de décrire la réalité des idées et de servir de base à nos stratégies de communication et d’explication.

Car si nous voulons espérer un jour voir plus de gens, sinon tous ou même la majorité, comprendre ou simplement adopter plus ou mieux les idées de liberté, ce n’est pas par le vote ni par la force qu’on y arrivera, mais par l’explication. Il faut donc adapter nos explications à nos cibles et s’organiser ensemble en fonction des cibles. Mais aussi d’où on se trouve sur la pyramide.

Ainsi, pour toucher l’immense foule du bas de la pyramide, il est illusoire d’espérer que les rares libertariens soient assez nombreux pour tirer tout ce monde vers le haut, même si cela peut arriver ponctuellement et qu’il soit pertinent de le faire autant que possible. En volume, il vaut mieux parier sur une stratégie où chaque couche tire de proche en proche la couche en dessous vers la sienne.

Dès lors, l’effort des fillonistes sera de convaincre les jupettes, les pseudo-libéraux tenteront d’amener les fillonistes à eux, par exemple sur plus de privatisation, les minarchistes travailleront à expliquer aux pseudos pourquoi l’état doit maigrir encore et encore et les libertariens continueront de tirer tout le monde vers le haut. De proche en proche, comme dans un entonnoir, on peut espérer voir de plus en plus de concepts de liberté imprégner les couches de la pyramide de la liberté.

Il serait d’ailleurs astucieux peut-être que nos sites web ou autres Facebook adaptent leurs publications et suggestions de lectures au niveau de maturité de leur lectorat. Imaginez un Contrepoints qui proposerait des lectures nouvelles en fonctions de points de concepts acquis par la lecture ou par les commentaires, tirant ainsi les lecteurs vers le haut à leur rythme.

Bref, les libertariens ont deux priorités dans leur effort d’explication : les minarchistes ou pseudos assez proches, et tous les autres quand s’en trouve des ouverts mûrs et prêts à monter rapidement dans les couches de concepts. Si chacun de nous arrivait à convaincre 10 personne par an, en 3 ans nous serons mille fois plus et majoritaires en simplement 6 ou 7 ans. Mais ça, c’est la théorie, et c’est à condition que chacun s’attache à convaincre et à expliquer, et non à se complaire dans le débat quand il ne peut y en avoir ou dans le combat quand il devrait y avoir écoute et respect.

Friday, December 9, 2016

Lecture de la condamnation de Jérôme Cahuzac

Les titres se font depuis hier sur la minable condamnation de Jérôme Cahuzac suite à sa minable pratique de fraude fiscale alors même qu’il était rien de moins que le ministre du budget en place. 

Cette annonce a fait fortement réagir et notamment les libéraux, à juste titre souvent, mais parfois de manière incomplète. Je voudrais tenter ici de faire le tour de cette péripétie exemplaire.

Nombreux sont bien évidemment ceux qui ont en premier lieu vu dans cette décision une preuve de plus de la corruption des hommes politiques, à l’heure même où ce sujet est en fond de la vague de surprises électorales que nous connaissons depuis quelques semaines – et ils auront raison.

D’autres réactions se sont faites sur la collusion d’actualité avec l’annonce de la mise sous tutelle gouvernementale de la Cour de cassation, ce qui laisse à penser, à parier même, qu’une fois que le cuistre aura fait appel et re-appel, au bout du compte la décision de son emprisonnement sera cassée par décret gouvernemental – s’il se dépêche un peu. Et ces réactions ne sont pas sans intérêt.

Mais il convient peut-être de revenir sur la notion même de fraude fiscale. Pour un libéral, c’est un oxymore absolu, et Cahuzac a réussi à en tirer un paradoxe ultime. La fiscalité n’étant rien de moins que du vol institutionnel, le concept de fraude en la matière n’a aucun sens. On ne dit pas de ceux qui cherchent à éviter de se faire voler qu’ils fraudent. Mais quand c’est un ministre du budget, donc le grand manitou de la saisie nationale et obligatoire qui se prête à ce petit jeu, on ne peut que tirer sa révérence devant l’exploit d’incohérence et la schizophrénie de la posture. Un maquignon.

Bien sûr, cette incohérence et malhonnêteté tant intellectuelles que matérielles sont encore aggravées quand on se souvient que les sommes en cause ont été amassées par un parasite politique payé grassement non par suite à un travail à valeur ajoutée, mais par le vol de nos impôts.

Revenons maintenant à la décision dite de « justice ». Evidemment, une large part d’émotion vient de l’attente d’exemplarité et de moralisation liée à cette affaire. Voir un pignouf n’écoper que de 3 ans est perçu comme une insulte populaire. De même, son inéligibilité de 5 ans n’est pas vue à la hauteur de la responsabilité attribuée à la fonction. Pour beaucoup on l’imagine, une inéligibilité à vie aurait semblé plus en ligne avec la gifle que le piaf inflige à la démocratie représentative.

Sous l’angle libéral cependant, cet écart émotionnel illustre combien notre justice est impropre. Car le rôle de la justice ne devrait pas être de punir, encore moins de punir d’un non-vol quand on est coupable d’un autre vol. La justice devrait être réparatrice et se concentrer non pas sur le coupable, mais sur ses victimes. Ici, en clair, nous sommes les victimes. L’état n’est pas la véritable victime car la faute n’est pas dans la fraude, comme on l’a vu, mais dans le vol de nos impôts. Cahuzac aurait donc dû être condamné à nous rembourser de ses profits abusifs. Par exemple en mettant aux enchères ses biens à hauteur du double des montants en cause et en remboursant d’autant la dette.

Une peine de prison est à ce titre complètement inutile et inadaptée à la moindre justice réelle. De plus, la prison va conduire à des coûts supplémentaires pour le contribuable alors même qu’on est censé donner justice à ce même contribuable. C’est réellement le régime de la triple peine.

Le pire, c’est encore d’imaginer qu’il est sans doute le bouc-émissaire de toute la corporation politocarde et qu’ils sont tous bien heureux que Cahuzac soit sous les projecteurs à leur place.

Monday, December 5, 2016

Contrats ou Constitutions ?

Les constitutions de ce monde prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de l’illusion de liberté de la démocratie.

Il y a deux erreurs conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs, alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.

Retournons dès lors la logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être « déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.

Une constitution comme on les connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du « contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services à une entreprise qui s’y installe.

Les questions de pouvoir dans ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque. Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».

L’entité peut aussi être un collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.

Le cas le plus intéressant correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas, car elles n’ont simplement pas d’objet.

L’analogie avec l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.

Pas tout à fait cependant, car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays libres.

On comprend ainsi que la tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France autant de pays libres que de villes ou de communes ?

On le comprend, il n’est pas besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une fois, la liberté, c’est toujours simple.

Sunday, December 4, 2016

Mener l’opinion selon Nigel Farage

De retour depuis peu sur les réseaux sociaux, une amie retrouvée me suggère sans tarder de reprendre du flambeau, de me lancer ou du moins de contribuer à la campagne électorale qui se profile, comme j’avais pu très modestement me lancer en 2013 sur les cendres de Cahuzac. Il est manifeste que pendant ces deux ans de prise de recul, cette question de la tension entre campagne ou pas campagne, entre action partisane et libre critique à distance n’a pas fini de secouer les esprits.

Pour répondre, je passerai par une référence d’actualité très enrichissante par ailleurs. Suite à l’élection de Donald Trump, Nigel Farage, ex-boss du UKIP qui a mené l’opinion britannique au Brexit, donnait le 11 novembre dernier un discours devant un parterre d’électeurs de Trump – lien vers la video ci-dessous. Vers les trois quarts du speech, sur une question, il donne sa vision du rôle d’un leader politique, manifestement la sienne, et comment il voit mener le changement de l’opinion.

Il nous dit donc ceci : “You need to be in politics ahead of public opinion and be a magnet to bring public to change with you but there is a problem if you are too far ahead”. Ce qu’on peut traduire par : « En politique, il faut être en avance sur l’opinion publique et l’attirer comme un aimant vers le changement avec soi, mais il y a un problème si on est trop loin devant. » Autrement dit, Farage nous dit que pour conduire le peuple vers la liberté, il ne faut pas lui parler de liberté tout de suite, mais mener un discours progressif (et non progressiste) qui pas à pas la rapproche de notre chère liberté.

Une telle approche, pragmatique, et bien celle qui motive tous les minarchistes et tous les libéraux qui se lancent dans l’action électorale, espérant tirer peu à peu les Français vers 1789 ou 1776. C’est semble-t-il donner raison à tous les pseudos libéraux qui font de l’entrisme ou de l’entre-deux au sujet de la liberté. Mais il y a un mais, que Farage évite bien d’évoquer dans son intervention.

Qu’est-ce donc qui nous assure que justement, chaque petit pas nous conduira in fine dans la bonne direction ? Et à bon port, vers une liberté réelle et pas juste de façade comme trop souvent ?

Je le dis depuis plusieurs années. J’ai choisi de faire partie de ceux qui seront les cailloux dans les chaussures des pseudos-libéraux, ceux qui se lancent dans le changement de l’opinion, mais sans la conduire ni dans le bon sens ni assez loin. Je ne suis pas le seul, fort heureusement, et humblement. Et nous sommes quelques-uns à considérer un tel rôle comme essentiel, si on veut espérer que des Farage français, s’ils devaient se faire jour, nous conduisent enfin là où nous souhaitons tous aller.

Un tel rôle est peu compatible avec un engagement électoral fort. Sauf à s’appeler Ron Paul sans doute, m’opposera-t-on. Mais voilà, où sont nos Ron Paul à nous ? Je ne suis pas de cette stature.

Video de Nigel Farage : https://www.youtube.com/watch?v=WWcTY0L03RM

Le scandale que le Téléthon met en Lumières

Trente ans que le Téléthon collecte les millions d’une grande générosité populaire, cette année encore. Trente ans que cela fait avancer la recherche, désormais de manière exponentielle avec des résultats qui se concrétisent. L’objet de ce billet n’est pas de faire la promotion de l’AFM, mais de s’interroger sur l’absence totale au sein de cet événement de ce magnifique système de santé « que tout le monde nous envie ». Autrement dit, pourquoi le Téléthon existe-t-il encore et pourquoi semble-t-il obtenir des résultats hors de toute initiative de santé publique ?

Le phénomène Téléthon devrait nous amener à nous poser de nombreuses questions, comme par exemple : Si on arrive à lever 80 millions pour des maladies rares, pourquoi ne tente-t-on pas d’en lever 200 pour les maladies de tout le monde, à commencer par le cancer ? Si l’état finance les autres efforts de recherche médicale, pourquoi n’en entendons-nous jamais parler, pourquoi ne sait-on pas ce qui est fait, ce qui se passe, quelles sommes y sont consacrées ? Est-ce que ça marche vraiment ?

Le Téléthon a de nombreux défauts, à commencer par le spectacle et les sommes englouties dans le show et sa logistique. Mais il a trois avantages majeurs : il est soumis à la générosité, et si aucun résultats ne vient, personne ne donne plus et le phénomène s’arrête vite, de lui-même ; il obtient des résultats, du moins voit-on des résultats ; et de plus, comme dans le cas de la génétique, ces résultats servent souvent bien au-delà des maladies rares à l’origine des fonds. Dès lors, pourquoi ne peut-on pas retrouver ces trois mêmes avantages au sein de la recherche financée sur seuls fonds publics ?

Les animateurs du show s’étonnent et se félicitent régulièrement du caractère unique dans le monde du Téléthon français, qui serait selon eux le signe magnifique de la solidarité et de la générosité de notre beau pays. Je crois qu’ils n’ont fait qu’une partie de l’analyse, car il n’y a aucune raison que nous soyons à ce point plus généreux que les autres pays dits civilisés. Il faut chercher une autre piste pour expliquer ce phénomène. Et parmi les pistes les plus probables, il y a notre degré de socialisme et le degré de centralisation et d’étatisation de la recherche scientifique.


Dans les autres pays, le Téléthon n’est pas aussi nécessaire qu’en France, parce que les filières de financement privé de la recherche sont nombreuses et habituées à trouver la réussite. Le scandale sur lequel le Téléthon se hisse, c’est celui d’être une exception et non la règle, c’est celui d’une recherche scientifique en France dont personne n’ose même demander quels sont les résultats.

Fausse justice de la route

Au journal ce matin, un rappel d’un accident trop ordinaire : « Il est une heure du matin cette nuit-là, deux voitures se télescopent à ce carrefour. L'une d'elles vient de griller le feu rouge. Sous la violence du choc, l'autre véhicule vient heurter [Anne laure et Julie] qui s'apprêtent à traverser la rue. Le conducteur de la Clio  est toujours recherché pour homicide involontaire. »

Les journalistes parlent de « délinquant routier » et relaient un appel à la plus grande sévérité et aux « circonstances aggravantes » (du fait d’une alcoolémie probable) de la justice face à cette horreur. 

Malgré la tristesse, il ne faut pas rester au niveau de l’émotion sur un tel exemple et profiter de notre recul pour illustrer combien le système judiciaire de ce pays est vide de sens et tourné vers la vaine punition des contrevenants plus que vers la véritable justice entre des citoyens responsables.

Prenons tout d’abord le concept de « délinquant routier ». Est-ce que le fait d’être « routier » change fondamentalement la nature du meurtre perpétré et les conséquences pour la ou les victimes ? C’est peu probable. Ce qui est important, c’est le meurtre, quelle qu’en soit l’arme, voiture, pistolet ou que sais-je. Ce que les proches de ces victimes attendent, c’est une « réparation », même si dans le cas présent, il est difficile d’en exprimer la teneur : on ne peut rendre ces victimes à la vie. Mais on peut tenter de compenser par exemple en condamnant le chauffard à une dette à vie envers les proches.

Second concept bizarre, les « circonstances aggravantes ». Alors comme ça, tuer deux personnes et prendre la fuite, c’est plus grave quand on est soûl que sobre ? Et en quoi cela change-t-il quoi que ce soit pour les victimes et ceux qui restent ? D’ailleurs, on pourrait défendre qu’au moins l’ivrogne a l’excuse de l’inconscience alors que le sobre agit en pleine conscience, ce qui devrait donc être une raison pour dans le cas présent plutôt amoindrir la faute de ce chauffard au lieu de l’accroître. On voit ainsi la vacuité du concept, qui tente d’introduire une dimension moralisatrice à une justice qui devrait au contraire se borner à juger sur les conséquences des actes et non sur leurs motivations.

Une justice juste ne chercherait pas à punir les vilains qui sortent de la morale sans aucunement chercher à donner réparation. Une justice juste ne juge pas le pourquoi, mais le quoi et le combien. Une justice juste s’attache à qualifier un meurtrier de meurtrier et non pas de délinquant et ne fait pas de différence entre les versions routière ou terroriste. Une justice juste s’attache à trouver la plus juste réparation des victimes, même en cas de décès, car c’est encore le meilleur moyen demain de dissuader les potentiels assassin de passer à l’acte. Réparation, dissuasion, amoralité (et non immoralité), voilà les bases d’une véritable justice, basée sur la responsabilité que permet la liberté.

Thursday, December 1, 2016

S’il y a une justice sociale, qui peut en être le Juge ?

La « justice sociale » est probablement le terme le plus représentatif de la société dite moderne et de sa social-démocratie grandissante. C’est pourtant aussi un des plus vides de sens. Il y a pourtant peu de partis politiques qui osent écarter ce terme du revers de la main ; il est peu de conversations où contester l’idée même de justice sociale soit sans risque. La justice sociale semble aller de soi.

Or si on ne peut que convenir des inégalités de situation criantes qui existent dans la société, inégalités qui ne sauraient être ignorées par les libéraux, quelle est donc la réponse qui convient ?

L’idée de justice sociale exprime une confusion profonde sur le rôle réel de la société envers chacun d’entre nous. Car si nous naissons égaux en droit (naturel) – mais guère en réalité – nous ne naissons jamais égaux tout court : les différences de génome, de culture et de géographie existent et perdureront vraisemblablement éternellement. Ce sont d’ailleurs ces différences qui sont sources de richesse en permettant aux uns et aux autres de jouer des rôles complémentaires et d’échanger.

Et parce que cette inégalité est une réalité profonde, le fonctionnement social naturel en a pris acte depuis longtemps. Mais les socio-démocrates n’ont pas su le voir. Oui, le rôle de la société n’est pas de rendre tout le monde identique, mais de garantir à chacun qu’il pourra améliorer sa situation s’il sait s’en donner les moyens – et que les aléas de la nature ne le frappent pas plus que quiconque.

Dans cette optique, la société n’est ni juste ni injuste, elle offre juste à chacun de choisir son chemin. Il n’y a donc pas de justice sociale autre que celle d’assurer à tous et chacun le respect du droit.

Certes, à gauche, on ne manquera pas de nous objecter que dans un monde « évolué », on ne saurait ignorer les immenses inégalités de situation qui mineraient la société, sans trop chercher plus loin.

Or il ne faut pas confondre inégalités et injustices. On ne peut parler de justice qu’en rapport à des actes individuels. Or quel est donc celui qui est coupable des inégalités en général ? Dieu ? Ou est-ce l’état, comme beaucoup aiment à le faire croire, ou faut-il finalement chercher du côté de l’individu ?

Il y a deux manières de tenter de réduire les inégalités économiques. Intervenir vers le bas, en taxant, en « redistribuant » les richesses, en pénalisant les entrepreneurs au profit des moins audacieux. On partage alors le même gâteau, sans chercher à le faire croître. Intervenir vers le haut, par contre, en garantissant l’égalité du droit qui permet à chacun de prendre sa chance, les laisse venir faire grossir le gâteau, sans gêner les autres à faire de même grâce au droit respecté. Voilà la « justice sociale ».

Toujours à gauche, on ne pourra sans doute résister à avancer que certains touchent beaucoup trop.

Et comment sait-on ce qui est trop ou ce qui ne l’est pas ? Quel est la mesure, le seuil ? Un « trop » qui serait injuste suppose une forme de vol, de fraude ou d’abus. Mais celui qui gagne beaucoup parce que ses produits rencontrent le succès ne vole personne, au contraire : il faut être deux pour un échange et de ce fait la richesse d’un entrepreneur est le témoin de la richesse acquise par ses clients. 

Bien sûr, cela n’est plus vrai dès que celui qui « touche trop » profite d’un monopole ou d’une rente. Mais dans ce cas, la faute en revient à celui qui accorde le monopole, c’est-à-dire à l’état.

Sujet d’actualité depuis des décennies, l’économie libérale, avec le chômage par exemple, ne donnerait pas vraiment sa chance à chacun, ce qui démontrerait cette fameuse injustice.

Mais le chômage n’est en rien dû à la fatalité. L’économie, le marché n’y sont pour rien. Il n’a pas toujours existé. Il est une conséquence simple et bien connue de l’effet de seuil du salaire minimum sur le marché du travail. Ce sont les gouvernements qui, par leur intervention, ont faussé le marché.

Dans la même veine, il est courant d’entendre que contrairement à sa promesse, l’économie libérale ne récompenserait pas ceux qui travaillent.

Double erreur. Ce n’est pas le travail qui importe à la société, mais ses fruits. Il est donné à tout le monde de travailler. Le mérite ne vient que quand ce travail engendre de la valeur pour les autres.

Mais surtout, qui peut se placer en juge qui sanctionnerait le mérite ou pas ? Le gouvernement ? L’état ? La presse ? Les syndicats ? Non, l’immense avantage en matière de justice de l’économie de libre marché vient précisément du marché en tant que juge. Autrement dit, c’est à la fois tout le monde et personne précisément qui juge à tout instant de la valeur par sa décision d’achat, ou pas.

Citations

« J’en suis arrivé à sentir très vivement que le plus grand service dont je sois encore capable envers mes contemporains serait de faire que ceux d’entre eux qui parlent ou écrivent éprouvent désormais une honte insurmontable à se servir encore du terme "justice sociale". » -- Friedrich Hayek, Droit, Législation et Liberté

« Je vous mets au défi de nommer une seule mesure sociale qui a atteint ses objectifs plutôt que le résultat opposé, qui n’a pas fait plus de mal que de bien. » -- Milton Friedman

« Laissez-moi vous fournir ma définition de la justice sociale : je conserve ce que je gagne et vous conservez ce que vous gagnez. Vous n'êtes pas d'accord ? Dans ce cas dites-moi quelle part de mon revenu doit vous revenir — et pourquoi ? » -- Walter E. Williams

« Croyant éradiquer la misère de ce pays, des êtres bien-pensants et animés d'intentions pures en éradiquent la richesse. En France, les impôts ne sont pas une contribution à la bonne marche de l’État. Ils sont un instrument de "justice sociale". Il me paraît extrêmement dangereux que la justice ait besoin d'un adjectif, mais cela ne semble choquer personne. » -- Simone Wapler

Sunday, November 27, 2016

Et si Fillon lisait Libres ! et Libres !!

Nous verrons ce soir ce qu’il en sera réellement, mais depuis une semaine que les résultats du premier tour de la première Primaire de la droite sont connus, François Fillon est sur toutes les lèvres comme le renouveau du libéralisme français. Passons sur cette erreur d’analyse reposant sur l’oubli que le véritable libéralisme est incompatible avec tout homme politique, Fillon comme les autres.

Une manière un peu originale d’illustrer l’écart des sujets de cette campagne avec d’authentiques thèmes  libéraux pourrait consister à se souvenir des ouvrages Libres ! et Libres !!, sortis en 2012 et en 2014, chacun grâce aux contributions bénévoles de 100 auteurs d’horizons variés, mais tous partageant la conviction que la Liberté est la seule voie d’avenir pour ce monde. On va le voir, la table des matières de Libres ! offre à elle seule assez d’éléments pour replacer Fillon à sa juste place.

Pour commencer sur une note positive, accordons à Fillon le courage d’aller sur le terrain d’un affichage franc et assumé d’une conviction se voulant libérale. Libres ! se faisait déjà témoin de ce net rejet français de la véritable liberté sur la scène politique et sociale à travers quatre articles : « Le Libéralisme, Gros Mot en France », « La Propagande Antilibérale », « La Droite Française est-elle Libérale ? », par le Professeur Serge Schweitzer. Et surtout, un sujet cher aux libertariens : « Le Libéralisme Peut-il Être "Ultra" ? », qualificatif affublé à Fillon et qui montre combien la haine de la liberté anime l’oligarchie étatico-socialiste de ce pauvre pays.

L’angle économique est certainement celui qui est le plus fort chez Fillon, celui qui fonde la logique de son programme. Comme Libres !, il dit vouloir « Libéraliser le Marché du Travail » et recherche semble-t-il à la fois « Liberté et Développement Économique ». Pourtant, parlant des retraites dont il souhaite l’uniformisation des régimes, il ne va pas jusqu’à affirmer : « Retraites, ou l’Avenir en Servitude ». Et quand il traite des causes du chômage, il n’ose pas encore affirmer le « Le SMIC Français, Antisocial ? » ni rappeler que « L’État Prend la Moitié de Votre Salaire ».

Et pour finir d’enfoncer le clou, si Libres ! traitait de « L’Inculture Économique des Français », si heureusement on n’a pas eu droit à « Relance et Dépense Publique », elle semble néanmoins s’exprimer aussi chez Fillon, car à aucun moment il ne nous parle de « L’Imposture de l’Euro ».

Enfin, si lui aussi se demande ouvertement si « 94% des Journalistes de Gauche ? », nombreux sont les sujets sociaux de fond qu’il ne semble pas prêt à aborder, sans réponse à la question « Vers Quelle Société Évoluer ? », et encore moins à « Des Élus, pour Quoi Faire ? ».

Voilà juste un florilège de titres parmi les 100 de Libres ! – et sans même aborder ceux de Libres !! – qui donnent une rapide idée du libéralisme très relatif des hommes politiques en ce pauvre pays, même ceux dont il faut reconnaitre et saluer le courage de se présenter sous cette bannière.

Thursday, November 24, 2016

Légitimité des politiciens, ou légitimité des « GAFA » ?

De nos jours, la vie en grande entreprise est riche de surprises – c’est probablement pour cela que ça rime… On y rencontre plein de « cadres-sups » bobos, chacun le symbole parfait de ce capitalisme sauvage qu’on se complait à dénoncer. Et pourtant qui se révèlent si souvent quand on les côtoie les plus parfaits gauchistes incultes et intellectuellement intoxiqués qu’un libéral peut imaginer.

Ainsi il y a quelques jours, lors d’une discussion informelle sur les enjeux du « big data », un des plus roses de mes collègues « cadre-sup » nous fit don d’une tirade dont le ton ne laissait aucun doute quant à la conviction qui la motivait. Selon lui, les « GAFA » se permettaient des postures et des décisions totalement intolérables et illégitimes, et il était clair que seul l’état a légitimité à ses yeux.

Retour arrière, que sont les « GAFA » ? Google, Apple, Facebook et Amazon, pour les intimes. Ces grandes entreprises qui mènent symboliquement la transformation de ce monde vers la liberté d’un monde plus « numérique ». Elles cristallisent sous ces quatre lettres la haine de tous ceux qui voient en elles les nouveaux maîtres d’un monde qu’ils ne comprennent pas et dont ils ont peur.

Et que reproche mon bobo aux GAFA ? Eh bien selon lui, Mark Zuckerberg, patron de Facebook, n’a pas la légitimité ni même le droit de se mêler de certains sujets comme par exemple la détection de « fausses informations », récemment. Mais plus largement encore, il y a aussi l’affaire Apple contre FBI touchant la protection des données des clients d’Apple et la sécurité de ses téléphones.

Autrement dit, notre ami considère explicitement que les « GAFA », et au-delà de ces symboles, les entreprises en général, n’ont pas la légitimité pour se mêler de sujets sociétaux, lesquels seraient donc l’apanage exclusif du domaine politique et des élus de la démocratie représentative. Erreur.

Il illustre en fait toute l’erreur d’analyse que font les socialistes et les démocrates, celle qui voudrait que la seule légitimité sociale ne serait que politique, que seul un vote, même un vote tous les 5 ans, même d’ailleurs l’absence de vote du fait de l’abstention, peut donner légitimité à agir pour le bien commun. Je ne chercherai même pas à discuter de la vacuité de ce concept, je me contenterai de montrer qu’il y a une autre source de légitimité dans une société libre, et qui est bien plus forte.

Il s’agit du vote par l’acte d’achat, par le libre échange. Que faisons-nous en effet chaque fois qu’on achète un produit ou un service, chaque fois qu’on va sur Amazon par exemple, pour revenir aux GAFA ? On exprime la libre opinion que ledit produit ou service nous convient plus que d’autres ; que pour le prix qu’il nous coûte, c’est le choix qui nous semble le meilleur. Et comme pour un vote, on aurait pu s’abstenir d’acheter, ce qui serait aussi un signal pour l’entreprise concernée. Acheter est donc identique à voter : on fait un libre choix, au vu des caractéristiques du produit – un programme.

Mais l’acte d’achat va bien plus loin que le vote traditionnel. Car on achète bien plus souvent, donc les entreprises qui réussissent sont celles qui ont réussi à recueillir le plus de votes. Dans le cas des GAFA, ces votes élémentaires ne s’expriment pas comme en politique en millions, mais en milliards. Les GAFA et les entreprises en général sont donc porteuses d’une reconnaissance par le marché qui est sans commune mesure avec le meilleur politicien qui soit. Et de plus, les GAFA ne nous imposent rien, nous sommes libres de les faire disparaître : il suffit de les boycotter. Cela arrive tout le temps.

Avec cette nouvelle idée de la légitimité, imaginez un instant que les entreprises, les assurances par exemple, commencent à s’occuper de notre sécurité, du terrorisme. Il serait très facile de voir si elles font bien leur travail : leur légitimité viendrait de leur succès économique, s’il devait se confirmer. 

On verrait alors que la légitimité du vote classique est bien moindre que celle de l’appareil de la liberté.

Tuesday, November 22, 2016

Primaire des Libéraux Démasqués ?

Voici donc que la Primaire à droite nous a révélé que le Premier ministre de celui que nous avons renvoyé en ses foyers lors des dernières présidentielles serait notre nouvel homme providentiel. La vie politique est décidément bien plus proche de la magie et du spectacle que de la rationalité.

La Presse n’en finit pas de s’étonner de ses erreurs, surtout en croyant constater que François Fillon serait un authentique libéral conservateur, elle qui ne peut concevoir la politique moderne qu’à gauche et dans le collectivisme effarouché. Mais Fillon est-il vraiment libéral ? On peut en douter.

Dans un article de septembre republié pour la circonstance, Contrepoints nous rappelle que Fillon avait rencontré alors un large parterre de « libéraux authentiques » ou se disant tels. Il leur aurait confié qu’en effet, partout les Français lui demandaient qu’on leur « f(iche) la paix », indice peu discutable d’un besoin de liberté. Ce qui frappe à la lecture de ce court témoignage, c’est que Fillon témoigne, justement, il n’exprime pas de conviction – du moins, c’est ce que l’article suggère.

Or, il y a une grande différence entre être a priori convaincu de la force et de la légitimité de la liberté, pour ensuite la trouver au sein du peuple, et se comporter simplement en clientéliste opportuniste voyant en cette plainte un positionnement porteur pour les prochaines échéances. Fillon se confirme un vulgaire politicien et non un libéral ayant à cœur de suivre nos principes.

C’est là où nos amis du parti qui ne sait pas vers qui se tourner pour survivre sous la bannière libérale entre en jeu, comme de bien entendu. Devant une telle position peu marquée par la conviction, ils avaient le choix de l’exigence, celle qui consiste à tirer le candidat vers plus de liberté, celle qui critique au sens noble. Ils ont préféré l’allégeance à l’exigence en déclarant un soutien bien rapide.

Suivre au lieu de challenger, monter dans le train au lieu de montrer la voie, ce n’est ni la première fois, ni sans doute la dernière que les pseudos-libéraux sont ainsi démasqués pour leur manque d’exigence, hélas. Suivre pour espérer finir sur quelque liste ou à quelque poste sous prétexte d’entrisme, c’est une stratégie dont on a déjà vu plusieurs fois qu’elle n’aboutit à aucun progrès.

Près de 2 millions de Français ont voté pour Fillon. Même c’est très loin d’être une majorité, cela reste un signe rassurant quant à la volonté du peuple de voir enfin un changement, vers plus de liberté et de bon sens semble-t-il. Pourquoi ne pas rebondir sur ce signal pour faire la promotion explicite de nos idées, plutôt que préférer s’engouffrer dans un train qui mène à un tunnel de plus ?

Saturday, November 19, 2016

COP 22 ? Comment concilier liberté et protection de l’environnement ?

Les activités humaines mal organisées sont souvent génératrices de problèmes environnementaux : pollutions diverses, production de déchets, diminution de certaines ressources naturelles, perturbations d’écosystèmes, impact sur la faune et la flore, etc. Comment pouvons-nous à la fois assurer un maximum de liberté aux individus et aux acteurs économiques tout en prenant au mieux en compte la question environnementale ? La liberté et la protection de l’environnement sont-elles seulement compatibles ? Comme toujours, la réponse est dans la simplicité de la véritable liberté.

Aujourd’hui, les espaces et biens « publics » sont les moins respectés justement parce que publics. Plus les biens et espaces publics disparaîtront au profit de propriétés privées (individus, entreprises, communautés, coopératives, etc.), mieux l’environnement sera protégé, spontanément, par tous. La responsabilisation des entreprises et des individus ancrée dans le droit de propriété est la seule voie possible. Elle permet de répondre aux deux questions centrales : Qui décide ? Qui paye ? Certes, cela implique une société où le droit de propriété est compris et respecté comme seul fondement social.

Chacun y est libre d’agir, de produire, de cultiver, mais chacun doit d’une part respecter la liberté et la propriété des autres, et d’autre part être responsable de ses actes. C’est cet équilibre qui assure celui de l’écologie. La simple application du principe de pollueur-payeur est déjà un garde-fou très efficace. Les marées noires sont l’exemple type de non application de ce principe, où le contribuable paie souvent à la place du pollueur, conduisant ainsi à une double peine pour les victimes impactées.

Savoir qu’on est toujours responsable financièrement en cas de négligences ou de prises de risques mal calculées reste probablement le meilleur moyen de pousser à une meilleure prise en compte anticipée du risque environnemental, pour les individus comme pour les entreprises. Et dès lors qu’il est anticipé par chacun à son niveau, le risque est réduit pour chacun et pour toute la communauté.

Tout ceci n’est valable que dans le cadre d’une société libre, où le respect de la propriété privée est le principe de fonctionnement même, y compris donc pour la « protection de l’environnement ». Ce terme est d’ailleurs malpropre, car la vie suppose l’exploitation de ressources et donc l’obligation de trouver un fragile équilibre entre protection et exploitation de l’environnement. L’autre avantage de l’écologie par la liberté, c’est d’assurer de toujours trouver cet équilibre en fonction du libre marché, c’est-à-dire en fonction de l’équilibre constamment renouvelé entre les préférences de l’humanité.

Certains verront dans l’appel à moins de règles formelles un appel au permis de polluer, habitués qu’ils sont à ne penser la « protection » qu’en termes de contrainte envers tous les « autres ».

Or dans tous les domaines, multiplier les règles et les contraintes se fait souvent au profit de certains oligarques et toujours en pénalisant les gens respectueux. Surtout, qui dit règle dit tricheur et les pollueurs arriveront toujours à frauder si le jeu en vaut la chandelle. Dans les domaines économiques et sujets à technologie, la faiblesse de la réglementation est toujours double : elle est vite obsolète et ne peut anticiper sur l’imagination économique des fraudeurs. Sur une question qui touche au long terme, la réglementation est une arme de court terme qui est par essence inappropriée et malsaine.

Dès lors, propriété privée et universalité du droit sont les meilleures protections des plus faibles face à l’absence de scrupules de certains. Une société qui respecte la propriété privée et la responsabilité individuelle sera toujours plus efficace qu’un quelconque Cerfa ou décret, fut-il (futile ?) le 2136-B.

Un autre phantasme voudrait que sans ministère de l’écologie, sans subventions et autres incitations, donc sans intervention publique, il y aurait moins de recherche et moins d’innovations vertes.

En réalité, le capitalisme de connivence paralyse et freine aujourd’hui la majorité des innovations viables et utiles. Toutes les fondations qui captent crédits et brevets grâce au législateur sont associées à des groupes pétroliers, énergétiques ou automobiles qui n’ont pas intérêt à laisser des solutions alternatives efficaces se développer. Ni à laisser des innovations majeures voir le jour en dehors de leur contrôle (tel le moteur à hydrogène, à eau, les automobilistes roulant à l’huile de friture, le thorium, le refus du tri des déchets). A-t-on vraiment besoin d’énarques pour que les éleveurs puissent développer le secteur de la méthanisation ? On subventionne des parcs éoliens non rentables et on empêche Mr Dupont d’installer une éolienne dans son jardin, est-ce cohérent ?

Bien sûr, beaucoup imaginent « ultralibéralisme » et libre-échange comme synonymes d’épuisement des ressources et de pollution incontrôlée, appelant à un communisme écologique désespérant.

Bien sûr, la cupidité et l’avidité sans limite existent chez certains hommes, dont le mépris pour leur prochain est cause de pollution. Mais si le problème c’est l’homme, il est aussi l’espoir et la solution, pourvu que le système social soit conçu pour l’homme avec toutes ses caractéristiques : la liberté.

Ce n’est pas le capitalisme ni le libéralisme qui dégazent en mer, c’est une ordure. Ce n’est pas une loi de plus qui l’en empêchera ; seul son propre intérêt l’en dissuadera. Les systèmes actuels où se mêlent étatisme, fausse écologie et capitalisme de connivence déresponsabilisent les individus, et ne donnent aucune motivation au fraudeur potentiel à arbitrer en fonction de ses enjeux écologiques de long terme. La nature n’y gagne rien, contrairement aux lobbies malsains et aux experts inutiles.

Plus les biens et les terres sont publics, moins ils sont respectés ; ils sont à tous et donc à personne à la fois. Seul un système sain où la propriété privée est respectée nous permettra de conserver un environnement en équilibre constant entre les enjeux d’une humanité en pleine mutation.

Citations

« Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. » -- Victor Hugo

« Trop de personnes croient que la liberté est gratuite alors qu’elle se paie, au contraire, un prix élevé, celui du devoir et de la responsabilité. » -- Françoise Gourdon

« L’environnement, comme le reste, est affaire de responsabilité individuelle, et cela implique de maintenir un très haut niveau de liberté. » -- Christiane Chavane, in Libres !

Le paradoxe des « monopoleurs »

L’élection de Donald Trump a ravivé dans la presse et dans l’émotion politique le thème du protectionnisme. Celui-ci n’est jamais qu’une variante d’un autre thème, plus général, fondement même de l’interventionnisme politique partout dans le monde, celui de la protection des statuts, c’est-à-dire des privilèges et des monopoles. La vague contraire qui enfle en ce moment, celle dite de l’uberisation de la société, ou désintermédiation, illustre le paradoxe et l’incohérence de cette idée.

La vie politique en démocratie conduit le politicien non pas à agir pour le « bien de tous », ou le « bien commun » ou même celui de la majorité, mais au clientélisme, c’est-à-dire à acheter des voix par l’octroi de privilèges à certaines catégories sociales – mais ce n’est pas l’objet de ce billet.

Ainsi par exemple, accorder un monopole du transport par voiture privative aux taxis, moyennant taxe ou licence, est une manière typique d’acheter une catégorie sociale à sa cause. Un autre exemple évident seraient les fonctionnaires, mais on retiendra plutôt les notaires, pour être plus précis et afin – pour une fois – de ne pas taper sur ceux qui ont choisi ce statut malsain et immoral.

Ainsi, les taxis font régulièrement les unes depuis quelques mois, ce qui a permis au plus grand nombre de se rendre compte à la fois de leur statut particulier, de la concurrence nouvelle à laquelle ils doivent faire face, et justement, de leur féroce volonté et énergie à « lutter » – horrible terme dans une société supposée libre et moderne – pour garder ce statut qui les fait vivre sur notre dos.

De la même façon, les notaires voient leur profession attaquée de toutes parts sur le Net. Avec les technologies de « blockchain » par exemple, et plus largement par l’usage généralisé de documents dématérialisés et de la cryptographie, leurs services de garantie d’authenticité se banalisent et on ne vient plus les voir que parce que la loi nous oblige à les payer grassement et sans raison valable.

En « luttant » de la sorte, les taxis comme les notaires commettent plusieurs erreurs, qui révèlent le paradoxe des « monopoleurs ». On passera sur leur incapacité à voir que leur « lutte » est immorale car elle se fonde sur la revendication du maintien d’un statut qui ne peut être qu’illégitime. Surtout, leur problème venant d’une concurrence nouvelle, ils commencent par refuser de voir que celle-ci est forcément l’expression de l’existence et du développement d’une clientèle peu satisfaite.

Première erreur, au lieu de mettre leur énergie à tenter de reconquérir cette clientèle, leur « lutte » et ses effets sur l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes continue au contraire à poser les conditions d’un plus grand écart de satisfaction encore. Et les voilà qui risquent tomber par leur résistance qui pousse à ce que leurs concurrents les contourne. Belle ironie, plus le temps passe, plus ils tombent.

Pire, ils ne savent pas voir l’occasion qui s’offre à eux. Ils ne savent pas voir que leur métier a fait son temps, ou est sur le point d’un renouvèlement profond. Leur enfermement dans leur statut leur a retiré tout besoin de réflexion stratégique, remplacé par le besoin de résistance. Au lieu de voir qu’ils pourraient reprendre à leur compte ces nouvelles technologies et ainsi transformer leurs sources de revenus sous une forme qui les porterait plus loin, ils mijotent leur propre disparition à petit feu.

Nous vivons décidément des temps extraordinaires. Ceux d’une telle accélération de la technologie qu’elle pousse et bouscule tout ou presque des situations établies et révèle les entrepreneurs face aux monopoleurs. Le paradoxe que ceux-ci ne voient pas, c’est que leur résistance nous rend ainsi service, car elle nous rapproche de leur disparition et du retour de la liberté par la concurrence.

Sunday, November 13, 2016

Le libéralisme peut-il être un totalitarisme ?

Demandons-nous-ce qu’est vraiment le totalitarisme et comment on peut le caractériser. Le totalitarisme cherche à contrôler toutes les facettes de l’activité humaine. Il ne peut rien contre les idées, elles lui sont hors de portée. Reposant sur l’absence de pouvoir et de contrôle, le libéralisme est donc l’inverse de toute forme de totalitarisme. Pourtant, beaucoup semblent penser le contraire.

Cinq caractéristiques viennent à l’esprit pour cerner le totalitarisme :
  •  Le constructivisme, la volonté de construire un certain type de société : « les connaissances et les croyances des hommes doivent servir d’instrument pour la réalisation d’un but unique » (Hayek).
  • Le collectivisme, où le collectif (nation, peuple, prolétariat...) est une entité voulue supérieure à l’individu : « le totalitarisme repose sur « une conception d’ensemble du tout » (Hayek).
  • L’esprit monopoleur (protection contre l’étranger, l’ennemi interne ou externe désigné, etc.).
  • Une idéologie, soit sociale, soit politique, soit religieuse, soit pseudo-mystique. Dans le cas du nazisme, c’est la conception de la supériorité d’une race. Dans le cas du communisme, c’est la conception dite de la lutte des classes. Avec « dite » en italiques, car on peut voir le libéralisme comme la lutte de la classe du peuple contre celle des hommes de pouvoir, ce qui définit rien de moins que l’antitotalitarisme.
  • L’utilisation de « mots-virus », à l’usage déformé, afin de conditionner les esprits et de les sidérer. Ce qu’Ayn Rand appelle le « vol de concept » et qui fonde toute propagande.
Certains voient le libéralisme comme tout aussi totalitaire que le communisme, sous prétexte que ses « disciples » chercheraient à imposer leur idéologie. Or il est l’inverse d’une idéologie, puisqu’il établit les conditions pour que toute idéologie puisse s’exprimer – pourvu qu’elle respecte les autres.

Ainsi, le libéralisme libertarien n’est pas constructiviste : il laisse chaque individu ou groupe d’individus décider de leur manière de vivre dans la société ; le seul impératif étant la non-agression et le consentement explicite des personnes à toute forme de loi. Il ne demande que le respect de ce même devoir par tous. Une telle demande relève-t-elle du totalitarisme ? Ou du fondement social ?

Le libertarien n’est pas collectiviste, il est individualiste. Rien n’est au-dessus de l’individu et si entité collective il y a, elle ne tire sa légitimité que du consentement de ses membres, sans les soumettre : « [Les libéraux] soutiennent que seuls les individus pensent, préfèrent, agissent et choisissent. Ils croient que les individus sont propriétaires de leur corps, et qu’ils ont le droit de n’être pas victimes d’intrusion violente. » (Murray Rothbard)

Le libertarien nie l’existence de tout monopole qui ne serait de source étatique. Il souhaite laisser jouer la concurrence dans tous les domaines de la vie sociale, justement pour éviter les monopoles.

Le libertarianisme dépasse toutes les idéologies, mais ne tolère aucune violence envers les personnes dans leur liberté et leur propriété. Tolérance complète en tout choix individuel, mais intolérance absolue quant au respect du droit propriété et au respect du principe de non-agression.

Enfin, le libertarianisme n’a pas besoin mots-virus ni d’euphémismes pour contrôler les esprits. Il n’a pas besoin de mentir au peuple, car c’est le peuple lui-même qui détient le pouvoir politique.

Un autre fantasme voit le libéralisme comme une « dictature des marchés », où la concurrence sauvage ferait et même imposerait la loi de la jungle, même à ceux qui n’en veulent pas.

Pourtant, le marché est l’expression continue de la seule dynamique combinée des actions et des échanges des individus qui le composent : comment un peuple pourrait-il être son propre dictateur ? La concurrence n’est jamais une menace, même si elle peut être exigeante envers chacun. Pas une menace car elle est porteuse de l’opportunité pour chacun de déterminer sa place sociale. On peut voir le socialiste pro-monopole comme un pessimiste indécrottable qui ne croit pas en ses chances ni en celle des autres, là où le libéral est un optimiste obstiné qui croit en l’avenir de l’homme.

Citations

« Le libertarianisme n’a pas pour but de remodeler la nature humaine. En revanche, un des objectifs principaux du socialisme est de créer (en pratique en utilisant des méthodes totalitaires) l’Homme Nouveau acquis au socialisme, un individu dont la fin ultime serait de travailler avec diligence et altruisme au service du collectif. Le libertarianisme est une philosophie politique qui affirme que, quelle que soit la nature humaine, un système politique moral et efficace ne peut être fondé que sur la liberté. » (Murray Rothbard)

« Le totalitarisme est bien autre chose que la simple bureaucratie. C’est la soumission totale de l’individu, dans le travail et dans le loisir, aux ordres des dirigeants et des fonctionnaires. Il réduit l’homme à n’être qu’un rouage dans un mécanisme de contrainte et de coercition qui embrasse tous les aspects de la vie individuelle. Il oblige l’individu à renoncer à toute activité que l’État n’approuve pas. Il transforme la société en une armée du travail admirablement disciplinée, disent les défenseurs du socialisme, en un bagne, répliquent ses adversaires. En tout cas, il rompt de façon radicale avec le mode de vie auquel les nations civilisées étaient traditionnellement attachées. » (Ludwig von Mises)

Monday, November 7, 2016

NSA : Nier Snowden Aveuglément

J’assistais la semaine dernière à une présentation par Keith Alexander, ex-directeur de la NSA de 2005 à 2014, de sa vision de la cybersécurité. Il y aurait beaucoup à en redire, mais ce n’est pas là ce qui motive ce billet. Mais plutôt l’arrogance générale et les principes fallacieux mis en avant par ce personnage pour défendre son action passée et lourdement critiquer Edward Snowden, notamment.

Une question lui fut posée par l’auditoire sur la réalité de la possibilité qu’aurait la NSA de lire nos emails et conversations. Vue sa réponse, on peut deviner qu’il n’a pas été pris par surprise. Il réagit en demandant au public de lever la main si on croit à cette possibilité. Je levais la main, ainsi qu’une poignée d’autres, à peine 10% de l’assistance. On voit déjà à quel point la NSA a de l’influence.

Pourtant, il compte et conclut : « OK, en gros la moitié d’entre vous ». Le mensonge avait un but très clair, car il continue ainsi : « Eh bien, la moitié a raison, et la moitié a tort ». Rires et murmures, il a fait son petit effet, comme il l’espérait. Et de nous expliquer – on ne sait trop à quel titre – que, non, deux fois non, la NSA ne lit pas vos emails. Ou plutôt : « Si vous n’avez pas affaire à un terroriste, vous n’avez aucune raison de craindre que l’agence accède à vos conversations ». Subtile différence.

Et de se lancer dans un blabla autoritaire, sur un ton proche d’un gradé militaire parlant à ses troupes – nous sommes aux Etats-Unis, mais l’auditoire vient du monde entier – se voulant justifier l’action de l’agence. On remonte au 11 septembre et au besoin de coordonner FBI et NSA. Puis il évoque le préambule de la Constitution, qui demande à ses institutions d’assurer la défense de tous (« provide for the common defence »). Comme si seul ce passage suffisait à tout justifier, 200 ans avant le Net.

Il y a de nombreuses fautes – intentionnelles – de raisonnement chez ce monsieur, j’en retiendrai quatre. La première tient à la forme, à l’interprétation des textes. Ce n’est pas à lui, ni à quiconque, de lire une constitution pour y trouver le seul vague extrait qui pourrait justifier ses actes. C’est au peuple, ou a minima à une cour dédiée. D’ailleurs, si ses actes avaient été si constitutionnels, ce n’est pas ce seul maigre extrait qu’il aurait cité, mais des articles entiers. Belle preuve de sa mauvaise foi. Surtout, on voit une fois de plus qu’une constitution n’est jamais en soi la protection de notre liberté.

Il y a ensuite un contre-sens géographique. Si on se rappelle que la NSA lit les emails de tout le monde, littéralement, on comprend que cela est contradictoire avec son autorité purement limitée au territoire des Etats-Unis. Rien ne donne le droit à l’agence de lire les emails provenant d’ailleurs.

Bien sûr, une question centrale concerne l’impossibilité de faire le distinguo entre un terroriste et un citoyen honnête quelconque. Est-ce que je deviens suspect de terrorisme quand Ben Laden m’achète un café ? Ou quand il me demande l’heure dans le métro ? Qui interprète les faits ? Un ordinateur ?


Mais le pire tient au principe d’anticipation qu’il présuppose. Le droit, historiquement et ce n'est pas un hasard, ne repose jamais sur la culpabilité de l’intention, mais sur celle de l’acte. Si je veux tuer, mais que je finis par m’en dissuader, ma conscience est peut-être ternie, mais je reste innocent vis-à-vis d’autrui et donc du droit. On ne peut faire reposer la justice sur la suspicion de criminalité. Nous tomberions aussitôt dans une société telle que celle du film Minority Report. Y sommes-nous déjà ?

Sunday, November 6, 2016

Faut-il des politiciens pour que nous soyons Libres ?

Il est communément admis que les individus s’en remettent aux politiciens et bureaucrates pour assurer un cadre à leur vie. Les politiciens entretiennent l’idée que les individus qui participent à la vie économique et sociale du pays auraient nécessairement besoin d’eux pour assurer l’ordre. Cette prétention s’appuie sur cette fausse vérité voulant que le politicien serait moralement vertueux et que l’individu ne le serait pas. Pour asseoir cette illusion, ils élaborent une loi pour la moindre problématique, ce qui rend très vite la vie ingérable là où tout allait bien avant.

De plus, les politiciens renforcent leur position en imposant des limitations qu’ils voudraient faire admettre comme étant essentielles, se rendant ainsi indispensables. Ce système entretient une relation maître/esclave qui profite aux politiques et aux intérêts particuliers dont ils abusent en passant par notre infantilisation et la réduction de la sécurité de l’individu.

Issus du fond des âges, les principes de base de la vie paisible en société sont simples. Tant qu’il n’attente pas à autrui, chaque individu doit pouvoir décider de ce qu’il considère bon pour lui, et ce, sans intervention extérieure. Voilà le fondement de la Liberté. On parle de liberté « négative ».

La liberté s’arrête où ? Elle s’arrête là où d’autres individus peuvent exercer leur droit à la liberté. Henri Lepage exprime cela via une expression devenue célèbre : « La Liberté, c’est faire ce qu’on veut avec ce qu’on a ». On comprend que les bornes de ma liberté sont matérialisées par ma propriété.

Au quotidien, un conflit peut intervenir entre deux individus qui n’ont pas la même lecture de la loi ou des limites de leurs propriétés mutuelles. C’est le rôle de la justice et du juge que d’arbitrer et de rétablir l’équilibre entre victime éventuelle et coupable, lequel devra dédommager sa victime.

L’homme politique dans tout ça a fort peu d’intérêt. On montre même que toute initiative politique ne peut qu’aller à l’encontre de cet équilibre. Car ne créant aucune richesse, le politicien ne peut que « vivre aux dépens de celui qui l’écoute », abusant de notre propriété et donc de notre liberté.

Pourtant, les lois seraient nécessaires pour équilibrer les interactions de la vie courante.

Le besoin du droit est une évidence. Mais là n’est pas le sujet. La question est celle du rôle du politique envers la loi. Pourquoi est-il d’usage de scinder le pouvoir en exécutif, judiciaire et législatif et pourquoi le législatif devrait être confié aux politiques ? Un bout de pouvoir reste un pouvoir.

Or nous vivons très bien au quotidien à produire du droit sans cesse et cela sans recours aux politiciens. C’est ce qu’il se passe chaque fois que nous élaborons, négocions et signons des contrats avec d’autres personnes ou entreprises. Aucun besoin d’un politicien. Ils font les lois, mais pas la Loi.

On rétorquera que le politicien est nécessaire pour nous représenter devant les institutions.

Mais de quelles institutions parle-t-on justement ? On a vu que le législatif n’a pas besoin du politicien. Le judiciaire est l’affaire de juges, mais qui pourraient être vous et moi. L’exécutif ? Pour exécuter quoi je vous prie ? Les décisions des juges ? C’est rarement ce pourquoi les politiques se déchirent. Les projets communs ? D’ordinaire, lorsqu’on a un projet, on s’associe, on le finance et si tout va bien on le mène jusqu’au bout ensemble ou par soi-même, sans aller chercher un politique pour ce faire. Quels seraient donc ces projets que nous ne pourrions confier aux entrepreneurs ?

Non vraiment, il n’y a pas de place naturelle dans notre vie pour des hommes politiques.

Citations

« Suffrage universel veut dire : suffrage universel des capables. Restent ces questions de fait : quels sont les capables ? l’âge, le sexe, les condamnations judiciaires sont-ils les seuls signes auxquels on puisse reconnaître l’incapacité ? » -- Claude-Frédéric Bastiat (1802 – 1850), in La Loi (1848), http://article-iv.blogspot.fr/2011/11/320.html

« Ce ne sont pas les pouvoirs que des assemblées démocratiques sont en mesure d’utiliser qui constituent le vrai danger couru de nos jours par la liberté individuelle ; ce sont les pouvoirs remis aux fonctionnaires chargés de faire aboutir des plans particuliers. » -- Friedrich A. Hayek, 1960

« Tout homme digne a honte du gouvernement sous lequel il vit. » --  Henry Louis Mencken (1880 - 1956), http://article-iv.blogspot.fr/2011/11/301.html

Sunday, October 30, 2016

Ne voter pour personne : Le vote est-il un instrument de notre liberté ?

Les campagnes électorales font rage. Au-delà de la création éventuelle d’une liste clairement libérale à présenter au vote, la question inverse se pose : en tant que libéral, dois-je, puis-je aller voter ?

Et voter pour qui ? La Gauche ? La Droite ? Ou nul ? Ou blanc ? Pour Bastiat ? Désormais, le code électoral reconnaît le vote blanc. Tout vote blanc, en augmentant un peu le nombre de suffrages à rassembler sur son nom, réduit les chances de chaque candidat de se faire élire. Une bonne chose. A l’inverse, voter peut être vu comme un acte de soumission. Alors, le vote ? L’acte d’un libéral digne ?

Il y a essentiellement deux façons de considérer le vote dans notre monde. Le vote est tout d’abord un instrument quasi-universel de prise de décision collective, que ce soit pour des associations ou des conseils d’administration ou encore des concours de beauté, ou tant d’autres décisions libres. Ce vote-là n’est pas un problème pour la liberté, puisqu’il s’intègre dans un contexte où le votant a l’entière maîtrise de sa participation et donc d’accepter ou pas le système pour lequel il vote.

Mais depuis une centaine d’années, le vote est surtout culturellement associé à la démocratie et par ce biais à l’expression de ce qui formerait le mode d’organisation sociale garant de la liberté. A la mode, il est supposé être l’instrument ultime de la souveraineté individuelle dans le contexte des institutions, ceci dans de très nombreux pays, y compris des tyrannies comme la Corée du Nord.

Ce vote à valeur politique est bien plus contestable et contesté par le libéral. Précisément parce que politique. Un vote « politique », c’est un vote non pas pour un projet où on est partie prenante, mais pour donner du pouvoir à un homme politique censé ensuite s’imposer en notre nom. Intolérable.

Si on accepte une position « à la Rothbard », on dira que le vote ne nous engage en aucune façon puisqu’on niera tout système politique. Mais on peut aussi voir au contraire le vote comme une reconnaissance implicite du système et dans ce cas, aucun vote n’est moralement justifiable.

Les Libertariens laissent chacun choisir ad hoc, mais contestent la démocratie dans son ensemble, justement parce que la démocratie repose sur un pouvoir délégué au lieu d’une absence de pouvoir.

On nous oppose bien des fois qu’il faudrait voter pour espérer changer le système.

N’est-ce pas en réalité paradoxal ? Voter suppose la reconnaissance du système, voter c’est lui donner du crédit. Et puis, pour changer de système, autant le prendre de l’extérieur, par exemple en le contestant dans son ensemble et en convainquant le peuple de ses dangers. Voter, c’est s’imposer.

Bien sûr, il peut être astucieux de participer au processus électoral, notamment en présentant un candidat pour espérer tirer profit de l’exposition médiatique qui va souvent de pair. Mais c’est là une question différente. On peut profiter du système sans entrer dans sa logique, sans reconnaître le système. Par contre, le vote en tant qu’acte n’a rien à voir avec la participation fictive à une élection comme candidat. Voter, c’est faire allégeance au Dieu Démocratie, c’est accepter le fait du pouvoir.

D’autres avancent que la meilleure option consiste à voter blanc, maintenant il est pris en compte.

Certes, voter blanc va désormais permettre de réduire les chances des candidats d’atteindre la majorité (beaucoup ne sont pas vraiment adultes…) – à condition que le nombre de votes blancs devienne soudain très significatif, ce qui est peu probable à court terme. Mais un tel geste reste un signe de reconnaissance du système et de la démocratie, ce qui n’exprime pas une opposition forte.

Il vaut mieux tabler sur un taux de participation toujours plus bas : un jour, la légitimité des élus sera si basse que de ce simple fait elle sera mise en cause, quand plus personne ne votera plus pour eux.

Certains libéraux « pragmatiques » pensent que ne pas voter laisserait la porte ouverte aux étatistes.

En réalité, la porte n’est pas plus ouverte maintenant qu’hier. De toutes façons, de facto, il n’existe de parti qu’étatiste, donc que ce soit Les Républicains ou de Front de Gauche, le FN ou le PS, les différences sont mineures dans la pratique. Alors autant ne pas se salir les doigts en allant voter, surtout si c’est pour voter le « moins pire ». Voter, c’est dire « j’accepte de réduire ma liberté ».

Enfin, les plus vifs démocrates nous donnent des noms d’oiseaux du fait qu’on refuserait tout vote.

Ce qui n’est absolument pas vrai. Le vote peut être un excellent mécanisme de prise de décision collective, là où il est pertinent : le vote est adapté aux associations, aux réunions ou groupes non-politiques. Il ne peut être un blanc-seing pour perte de souveraineté sans contrôle ni recours.

Citations

« Il n’est pas exagéré de dire que la démocratie est devenue une religion – une religion moderne, séculière. » -- Frank Karsten.

« Car la démocratie politique n’est pas une promesse de liberté, malgré ce que peuvent en dire les politiciens : ce n’est qu’une façon de désigner qui exerce le pouvoir suprême et comment ce pouvoir doit être exercé. » -- Thierry Falissard

Friday, October 28, 2016

La Tolérance : Un libéral est-il tolérant en tout ?

La tolérance est un sujet sensible quand elle fréquente le libéralisme. Quand on explique que leurs théories ne sont que chimères, bien des gens de gauche nous voient comme des intolérants. Mais les libéraux aussi y vont de leurs critiques quand on leur rappelle les incohérences de la minarchie.

Et puis, la tolérance irait avec le libéralisme : le libéral acceptant autrui, avec ni plus ni moins que les mêmes droits que lui, mon acceptation de l’autre servant de gage à son acceptation de moi-même.

Il y a pourtant dans la Liberté celle de pouvoir discriminer, de tolérer peut-être, mais sans pour autant tout accepter. Surtout en matière de principes de Liberté. Alors, tolérant, ou pas ?

En fait cette question de la tolérance cache un double malentendu. Il y a deux grandes questions où la tolérance peut être invoquée, car la liberté s’articule à deux niveaux, pour chacun de nous.

En premier viennent les principes libéraux. Ils sont. Immuables, invariables. Ils existent ensemble et leur cohérence est la garantie de la Liberté. Ils ne sont pas négociables, ce ne serait plus la Liberté. Il ne peut y avoir de concession, donc de tolérance, sur la question de la négociation des principes.

Ensuite vient l’individu, le libéral qui vit en Libertalie, ou ici, parmi tous ses congénères. Pour être libre, il doit reconnaître l’autre comme libre. Pour être toléré, il doit tolérer, même s’il n’aime guère. Mais cela se limite donc au droit mutuel et personne, aucun libéral n’a à tolérer quiconque au-delà. Dans la société libre, tout le monde est toléré, mais personne ne peut se revendiquer tolérable.

On nous oppose souvent que les libertariens ne sont pas tolérants ; la preuve : ils critiquent même les « libéraux ». N’étant pas tolérants, les libertariens ne seraient tout simplement pas libéraux.

Mais cette question ne relève pas de la tolérance, en fait. Car il ne s’agit pas de discuter, de tolérer, des personnes, mais des idées. La Liberté repose sur des principes et briser leur fragile équilibre lui ferait perdre tout sens. On ne peut négocier ses principes ni accepter l’atteinte qui en est faite par ceux qui se satisfont de positions bâtardes. Ce serait le début de la fin. La liberté ne se négocie pas.

Ce n’est pas une question de tolérance, mais de logique. Parlant de mathématiques, il ne viendrait à personne l’idée de négocier les axiomes qui fondent l’arithmétique, ou les principes qui fondent les lois de la physique. Pourquoi en serait-il autrement en matière de liberté ? Car elle n’est pas une accumulation d’avantages, mais l’effet, l’expression de principes de droit universel et intemporel.

On dit aussi souvent que les libéraux convaincus sont des gens rigides qui ne tolèrent personne.

C’est confondre tolérer et accepter, deux choses très différentes. Le libéral reconnaît et accepte le même droit pour tous de vivre et d’être « laissé vivre ». Mais le droit de vivre n’est pas pour autant le droit d’imposer ses préférences à autrui. La tolérance a pour limite le droit de chacun de ne pas apprécier les goûts, déviances, opinions ou croyances d’autres individus. Discriminer, c’est être libre.

A l’inverse, on nous voit parfois comme des gens aux mœurs incertaines, tolérant tout le monde.

C’est du moins ce que bien des « libéraux de gauche », concept peu cohérent, semblent manifester. Sous prétexte du point précédent, beaucoup tolèrent, voire encensent,  des individus qui n’ont pas toujours des mœurs disons orthodoxes. Ne nous trompons pas, affirmons tout de suite que chacun est a priori bienvenu en Libertalie. La tolérance est dans le « a priori ». A lui de se faire accepter.

Ainsi, une fois cela posé, on n’a personnellement pas à accepter chez soi les gens dont les mœurs ou autres pratiques – ou les blondes ou les chauves ou que sais-je – ne nous plaisent pas, quelle qu’en soit la raison. Chez moi c’est chez moi et je n’ai à y tolérer personne qui n’aurait mon assentiment.

Citations
« Le libéral se doit d’être tolérant avec les hommes et intolérant avec les idées, en ce sens qu’on ne peut pas admettre qu’une idée et son contraire soient également et simultanément vrais, mais les hommes sont tous également dignes de respect. En France, c’est le contraire qui prévaut sur la scène politique : on est intolérant avec les hommes et tolérant avec les idées. » -- Pascal Salin

« Car ce qui le porte à exiger et à préserver la tolérance, ce n’est pas un égard pour le contenu des théories à tolérer mais la connaissance du fait que seule la tolérance peut créer et maintenir l’état de paix dans la société, sans lequel l’humanité serait retombée dans l’inculture et la pauvreté des temps révolus. C’est avec les armes de l’esprit et non avec celles de la force brutale et de l’oppression que le libéralisme combat la stupidité, l’absurdité, l’erreur et l’esprit du mal. » -- Ludwig von Mises

« Le libéralisme ne propose pas un mode de vie, il offre la liberté, afin que chacun soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. » – Murray Rothbard

Monday, October 24, 2016

Bernard Arnault, pour le PLD, ce ne serait pas du luxe ?

Le brillant patron de LVMH, une des entreprises du CAC40 les plus connues dans le monde, et pour des raisons très positives, est venu au journal de France 2 ce week-end. Il y a exprimé ses idées très claires sur la pertinence et l’importance du libéralisme dans le monde et en France plus spécialement, s’étonnant au passage que des idées qui ont montré leurs limites y sévissent encore.

Je doute que ce monsieur soit pleinement libéral, encore moins probablement libertarien, mais qui sait, on peut rester optimiste. Toujours est-il que lorsque je l’entends éviter de prendre quelque position politicienne que ce soit, éviter de se mêler d’autre chose que les affaires ou les projets qu’il porte, on regrette que si peu de ces gens en vue fassent de même en ce pays. Vivre et laisser vivre…

En l’écoutant, je me suis pris à imaginer que pour 2017, et peut-être au-delà, M. Arnault se dévoile un peu plus politiquement, au point de candidater et prendre les rênes du PLD. Quel coup de fouet sans doute. ! Voilà quelqu’un qui aurait une exigence, une rigueur, une ambition à la hauteur des enjeux de la liberté dans ce pays, on est en droit de l’imaginer. Le luxe au service de la liberté…

Il faut reconnaître qu’il n’est pas facile d’être à la tête d’un parti, surtout un parti qui promet la liberté. Il est en effet beaucoup plus facile de promettre monts et merveilles, un RSA par-ci, un petit coup de pouce par-là, une loi protectionniste par-ci ou encore un monopole minable par-là.

Il faut passer son temps à s’associer voire à s’acoquiner avec telle belle influente aux dents blanches, mais aux exigences de diva. Ou miser sur un businessman au look vaguement bobo, souvent aux idées incertaines, mais dont la renommée devrait – forcément – donner du crédit aux nôtres. Pour finir par devoir recommencer, car tous ces braves gens n’ont en réalité que peu de motivation pour la liberté, s’ils en ont pour le PLD, qu’ils ne voient en réalité que comme une marche vers leur gloire.

L’avantage avec un Bernard Arnault, ce n’est pas tant sa fortune, mais surtout qu’il n’aurait rien à prouver, aucun enjeu de gloire personnelle. De plus, il mettrait probablement en place une équipe et un mode de fonctionnement centrés sur une performance sans équivoque. Un boom en perspective.

Cela serait d’ailleurs l’occasion de mettre au clair ce que devrait être la performance du PLD, ou d’un parti libéral – enfin, presque – de manière générale. Que choisirait-il ? Le nombre de membres ? Le nombre de voix ? Le nombre d’élus ? Le nombre d’alliances ? Ou le temps passé à l’antenne ?

Pas très distinctif tout ça… Le nombre de lois abrogées, peut-être ? Ou le nombre d’institutions démantelées ? Mais ça, c’est une fois qu’on est élu…. Finalement, ça motive ses troupes comment, un « parti libéral » ? Par la promesse de la liberté ? Ca me rappelle des trucs en Histoire, pas vous ?

Sunday, October 23, 2016

Démasquer le faux programme libertarien : Désétatisation

Sur le site Université Libérale de notre ami Alain Ginestine s’est glissé copie d’un faux programme libertarien élaboré on ne sait à quelle fin par les décroissants, un groupe d’écolos minarchistes incohérents – comme tous les minarchistes – on le trouve en .doc sur le site http://www.demainladecroissance.com/textes/

Parce qu’il se revendique libertarien, ce programme donne une image très déformée à la fois des idées libertariennes et libérales en général, mais aussi de ce qu’un programme libéral devrait être.

Ce billet reprend le texte du premier thème abordé par ce programme, portant sur la Désétatisation, pour revoir et critiquer quand il y a lieu et au plus près ce texte, afin de mettre en lumière ce qu’il porte de contraire aux principes de la liberté et au message libertarien.

Disons toutefois que dans l’ensemble en effet, cet extrait est proche de la vision libertarienne. Pourtant, quelques différences sont assez nettes et fondamentales pour mériter cette attention.

Premier paragraphe : « La France est prisonnière d’un carcan totalitaire et fasciste : l’Etat français. Il est donc primordial que l'axe principal du programme du Mouvement des Libertariens soit de lutter contre l'Etat français et ses dérives socialistes. »

Un libertarien ne parle pas de « la France », qui n’est qu’un territoire et non un peuple. Ce sont les individus qui importent, pas le « pays ». Ensuite, s’il est vrai que la lutte contre l’état est centrale à l’action libertarienne, ce n’est pas pour autant l’axe « principal » ; pour une raison simple : il n’y a pas d’autre axe à notre action. Enfin, qualifier l’état de totalitaire, fasciste ou socialiste n’est certes pas faux, mais tout à fait inutile : tout état, sans exception, parce qu’il s’oppose à la liberté individuelle par définition même, est toujours de nature socialiste, collectiviste, totalitaire, et autres synonymes.

« Cette lutte contre l'Etat français porte un nom, la désétatisation. Au cours des dernières décennies, l'Etat français s'est progressivement introduit dans tous les domaines de notre vie sociétale : économie, vie privée, éducation. »

S’il est vrai que les dernières décennies ont vu une accélération de l’immixtion de l’état dans nos vies, cela n’est en rien nouveau et déjà Frédéric Bastiat par exemple le regrettait dans les années 1850. Un état reste un état, aucun état n’est autre qu’ingérence et immixtion. L’état minarchiste n’est qu’une illusion de plus, comme le titre du livre de H-H.Hoppe l’évoque : « The Great Fiction ».

« À travers un militarisme forcené à base de répressions policières à peine déguisées en conséquences d'une politique sécuritaire et liberticide, l'Etat voyou oppresse les citoyens. Le Mouvement des Libertariens veut se débarrasser une fois pour toute de l'Etat français, ennemi de tous les peuples, et le remplacer par une administration fédérale destinée uniquement à la protection de nos libertés. »

Le Mouvement des Libertariens (MdL) veut rendre le pouvoir au peuple, aux gens, tout simplement et sans plus d’agressivité. De plus l’état français est comme tout état l’ennemi du peuple en général, qu’il soit français ou pas. Par contre, point bien plus important, le MdL ne souhaite PAS remplacer l’état par une administration, fédérale ou pas, car aucune administration, concept qui n’est rien d’autre que la matérialisation procédurière de l’état, ne peut se « destiner à la protection de nos libertés », puisqu’elle en est au contraire la parfaire antinomie. Les auteurs de ce texte n’ont pas su voir que ce n’est pas la taille (de l’administration) qui importe, mais son existence même.

« Cessons de nourrir l'Etat obèse ! Sous couvert de lutter contre un libéralisme inexistant en France et une mondialisation dont on peine à voir se dessiner ne serait-ce que les contours, l'Etat s'est approprié tous les droits sur la propriété privée et nos libertés civiles. »

Absolument d’accord.

« La désétatisation est le renversement de l'Etat français, de ses milices armées oppressives et de ses services publics malhonnêtes, avatars institutionnalisés d'un corporatisme particulièrement myope. La désétatisation c'est aussi la fin d'un égalitarisme effréné, d'un socialisme sectaire éhonté et de l'interventionnisme débridé de l'Etat dans nos vies. »

Pas d’accord. Il ne s’agit pas, pour le MdL du moins, de faire la révolution armée en « renversant » un état par la violence qu’on lui reproche. Il s’agit cependant bien de faire une révolution pacifique, quoique déterminée, qui aboutisse à la disparition totale de l’état comme organe social. Disparition qui se matérialisera par le retour au privé de l’armée et de la police ainsi que des pseudos services publics ; mais pour autant, tout cela sera fait sans violence et sans contrainte aucunes. Ce point est assez fondamental pour mériter d’être doublement souligné et marquer la différence du MdL.

« En deux mots, la désétatisation c'est la fin de l'Etat voyou et le retour à un gouvernement fédéral limité, mais surtout la cessation imminente du dirigisme étatique que nous, les citoyens, ne supportons plus. »

Contradiction patente. Ce ne sont pas les mots qui changent les principes. Il n’y a en réalité aucune différence entre un « état voyou » et un « gouvernement fédéral limité », on pourrait oser dire que le gouvernement actuel est « limité », il l’est effectivement plus qu’en Corée du Nord. Et donc ?

« Ce n'est pas de plus d'Etat dont nous avons besoin, mais de plus de liberté. » Absolument. Mais avoir plus de liberté, cela passe par la disparition de tout organe monopolistique de pouvoir. En d’autres termes, les Libertariens souhaitent une organisation sociale où l’ordre règne grâce à des fonctions régaliennes assurées par des entreprises privées soumises à la libre concurrence. Il ne s’agit pas d’une société où règnerait le chaos par absence « d’état », mais une société où la paix devient au contraire possible précisément parce que ledit « état » n’a plus ce pouvoir lui venant du monopole des fonctions régaliennes. Toute forme de monopole disparue, c’est là la clé de la liberté véritable.