Friday, December 16, 2016

Voler Tranquille

«Ce n’est pas l’origine mais les limitations du pouvoir qui l’empêchent d’être arbitraire.» - Friedrich von Hayek
Le 7 décembre 2016, Libération titrait : « Quand la NSA espionnait les passagers d’Air France », et complétait ainsi : « Sur la foi de documents fournis par Edward Snowden, «Le Monde», en partenariat avec le site d'information the Intercept, publie de nouveaux éléments sur la surveillance de masse orchestrée les agences de renseignements américaines et anglaises. »

Le même jour, Le Monde confirmait : « Les compagnies aériennes dont Air France visées par les services secrets américains et britanniques », puis « La NSA et son homologue britannique peuvent capter toutes les données, y compris les codes secrets, des communications des passagers de la plupart des grandes compagnies aériennes. Ce programme a notamment visé Air France, qui affirme ne pas avoir finalement déployé cette technologie dans ses avions. »

Libération nous explique de quoi il s’agit : « Pour espionner un téléphone, il suffit qu’il soit à une altitude de croisière de 10 000 pieds. Le signal transitant par satellite, la technique d’interception se fait par des stations secrètes d’antennes au sol ».

« Ce programme, intitulé «pie voleuse» ou «pigeon voyageur», serait justifié, selon le service juridique de la NSA, par la nécessité d’éviter «un nouveau 11 septembre», jugé plausible par la CIA. Auraient particulièrement été visées Air Mexico et Air France, considérées comme des cibles potentielles d’attaques terroristes. La compagnie française, qui a expliqué faire des tests d’utilisation de smartphone en vol depuis 2007, est d’ailleurs citée dès 2005 dans un document sur le «projet de traque des avions civils dans le monde entier». «Le ciel pourrait appartenir à la NSA», s’enthousiasme l’agence dans un document. »

Donc la NSA nous a écoutés, ou nous écoute encore, même en vol. On ne peut plus voler tranquille. Cette information passée presque inaperçue est très révélatrice des nombreuses questions qui se posent désormais avec la conjonction d’une technologie omniprésente et de menaces croissantes sur la vie sociale.

Ce genre de prouesses techniques, qui repose comme on le comprend sur une profonde immixtion cachée dans les technologies de la chaîne du contrôle aérien, est donc justifié par la crainte de la menace terroriste, laquelle est pourtant devenue omniprésente depuis « 9/11 », au lieu de s’estomper comme espéré.

Tout d’abord, peu importe que ce soit la NSA ou une autre agence, car ce n’est pas le véritable sujet, Big Brother n’a pas de nationalité. On trouve en France, ainsi qu’en Europe et de nombreux autres pays, une mode qui tend à faire de la NSA l’ultime méchant. Et pour s’en protéger, il faudrait recourir à quelque agence nationale, seule à même de concourir en termes de moyens.

Nous serions pourtant mal inspirés de suivre cette analyse. Non pas que la NSA mérite de revendiquer le Nobel de la Paix, évidemment. Mais parce que cela nous conduit à nourrir et engraisser encore plus Big Brother, au lieu de le réduire.

En effet, selon cette logique, les agences des différents pays entreraient dans une course aux écoutes ou surveillances où chacune se sert des autres pour justifier encore plus de « cyber-défense » et donc plus d’écoutes ou de réglementations.

Un cycle infernal dont on ne voit pas bien l’intérêt pour le citoyen de base. Un cycle qui doit donc être rompu avant d’arriver au niveau fantasmé par de nombreux films d’espionnage ou plus prosaïquement avant que les budgets s’effondrent – car ils finiront de toute manière par s’effondrer.

Par ailleurs, pour rester dans le cinéma, quiconque a vu Minority Report et sa brigade Pre-Crime sait qu’il n’est pas possible d’anticiper sur les intentions et les actes pour éviter les crimes ou méfaits. Il ne sert à rien de nous surveiller, même avec le plus puissant des big data. C’est pour cela que le droit a depuis toujours eu comme principe de base de ne juger que les actes et non les intentions.

Le paradoxe devient même que la menace se retourne en ce sens que comme cette Jeep arrêtée à distance, celui qui peut écouter un avion peut ou pourra sans doute en prendre le contrôle à distance, devenant du même coup le bon ou le méchant, selon ses intentions. Mais quelles sont les intentions des agences ?

Sous l’angle du droit, ou du moins de la compréhension commune que chacun en a, la seule qui compte, écouter les passagers d’un avion en vol constitue une triple violation de propriété (l’espace aérien, l’enceinte de l’avion, l’espace privé du passager) et autant d’abus de pouvoir à l’insu des compagnies et des passagers.

Cet épisode révèle l’enjeu de l’équilibre essentiel à trouver entre liberté et sécurité dans la société numérique : si l’argument sécuritaire se transforme en ce qui serait perçu comme totalitaire, on peut faire le pari qu’Internet sera boudé et déserté au profit de nouvelles formes – on voit ainsi déjà le dark net se former.

La question des écoutes n’est pas juste un détail d’éthique dans la société digitale. C’est surtout une condition essentielle de confiance accordée par chacun de nous et donc de développement et de succès de la société numérique. Imaginer qu’on puisse voler tranquille sans se faire voler ses confidences n’est pas envisageable.

Sunday, December 11, 2016

La stratégie de la pyramide libérale

Parfois je me retrouve à écrire ce qui semble des évidences, et je reprends ce risque à nouveau en tentant de traiter de la problématique de la diffusion des idées libérales et libertariennes auprès du plus grand nombre. Car il me semble que c’est un sujet de confusion au sein de bien des discussions.

Je l’avais développé dans un papier sur la « maturité libérale », la réalité est telle que tous les gens n’ont pas le même degré de compréhension et d’adoption de la théorie libérale, y compris la majorité de ceux qui se croient ou se disent libéraux. Plus généralement, l’idée consiste à constater que la compréhension de la théorie libérale est un chemin qui passe par des étapes qui sont autant de remise en question de facettes de l’étatisme qui nous est inculqué depuis notre jeunesse.

La pyramide que suggère le titre est ainsi constituée à la base de la foule des étatistes collectivistes de tous poils. Viennent alors au-dessus la foule plus réduite des gens qui tels les supporters de Fillon, voient vaguement que le libéralisme est la voie à suivre, mais sans trop comprendre ce mot ni sans abandonner un fort attachement à l’état sous ses multiples formes. Au-dessus se trouvent le nombre plus réduit de ceux qui se déclarent ouvertement libéraux, demandent certaines actions de réduction du mammouth et ont vaguement entendu parler d’auteurs comme Milton Friedman. On trouve enfin un certain nombre de couches de faibles populations de libéraux avertis, minarchistes et libertariens.

Le but de ce concept de pyramide n’est pas de faire des libertariens une élite, mais simplement de décrire la réalité des idées et de servir de base à nos stratégies de communication et d’explication.

Car si nous voulons espérer un jour voir plus de gens, sinon tous ou même la majorité, comprendre ou simplement adopter plus ou mieux les idées de liberté, ce n’est pas par le vote ni par la force qu’on y arrivera, mais par l’explication. Il faut donc adapter nos explications à nos cibles et s’organiser ensemble en fonction des cibles. Mais aussi d’où on se trouve sur la pyramide.

Ainsi, pour toucher l’immense foule du bas de la pyramide, il est illusoire d’espérer que les rares libertariens soient assez nombreux pour tirer tout ce monde vers le haut, même si cela peut arriver ponctuellement et qu’il soit pertinent de le faire autant que possible. En volume, il vaut mieux parier sur une stratégie où chaque couche tire de proche en proche la couche en dessous vers la sienne.

Dès lors, l’effort des fillonistes sera de convaincre les jupettes, les pseudo-libéraux tenteront d’amener les fillonistes à eux, par exemple sur plus de privatisation, les minarchistes travailleront à expliquer aux pseudos pourquoi l’état doit maigrir encore et encore et les libertariens continueront de tirer tout le monde vers le haut. De proche en proche, comme dans un entonnoir, on peut espérer voir de plus en plus de concepts de liberté imprégner les couches de la pyramide de la liberté.

Il serait d’ailleurs astucieux peut-être que nos sites web ou autres Facebook adaptent leurs publications et suggestions de lectures au niveau de maturité de leur lectorat. Imaginez un Contrepoints qui proposerait des lectures nouvelles en fonctions de points de concepts acquis par la lecture ou par les commentaires, tirant ainsi les lecteurs vers le haut à leur rythme.

Bref, les libertariens ont deux priorités dans leur effort d’explication : les minarchistes ou pseudos assez proches, et tous les autres quand s’en trouve des ouverts mûrs et prêts à monter rapidement dans les couches de concepts. Si chacun de nous arrivait à convaincre 10 personne par an, en 3 ans nous serons mille fois plus et majoritaires en simplement 6 ou 7 ans. Mais ça, c’est la théorie, et c’est à condition que chacun s’attache à convaincre et à expliquer, et non à se complaire dans le débat quand il ne peut y en avoir ou dans le combat quand il devrait y avoir écoute et respect.

Friday, December 9, 2016

Lecture de la condamnation de Jérôme Cahuzac

Les titres se font depuis hier sur la minable condamnation de Jérôme Cahuzac suite à sa minable pratique de fraude fiscale alors même qu’il était rien de moins que le ministre du budget en place. 

Cette annonce a fait fortement réagir et notamment les libéraux, à juste titre souvent, mais parfois de manière incomplète. Je voudrais tenter ici de faire le tour de cette péripétie exemplaire.

Nombreux sont bien évidemment ceux qui ont en premier lieu vu dans cette décision une preuve de plus de la corruption des hommes politiques, à l’heure même où ce sujet est en fond de la vague de surprises électorales que nous connaissons depuis quelques semaines – et ils auront raison.

D’autres réactions se sont faites sur la collusion d’actualité avec l’annonce de la mise sous tutelle gouvernementale de la Cour de cassation, ce qui laisse à penser, à parier même, qu’une fois que le cuistre aura fait appel et re-appel, au bout du compte la décision de son emprisonnement sera cassée par décret gouvernemental – s’il se dépêche un peu. Et ces réactions ne sont pas sans intérêt.

Mais il convient peut-être de revenir sur la notion même de fraude fiscale. Pour un libéral, c’est un oxymore absolu, et Cahuzac a réussi à en tirer un paradoxe ultime. La fiscalité n’étant rien de moins que du vol institutionnel, le concept de fraude en la matière n’a aucun sens. On ne dit pas de ceux qui cherchent à éviter de se faire voler qu’ils fraudent. Mais quand c’est un ministre du budget, donc le grand manitou de la saisie nationale et obligatoire qui se prête à ce petit jeu, on ne peut que tirer sa révérence devant l’exploit d’incohérence et la schizophrénie de la posture. Un maquignon.

Bien sûr, cette incohérence et malhonnêteté tant intellectuelles que matérielles sont encore aggravées quand on se souvient que les sommes en cause ont été amassées par un parasite politique payé grassement non par suite à un travail à valeur ajoutée, mais par le vol de nos impôts.

Revenons maintenant à la décision dite de « justice ». Evidemment, une large part d’émotion vient de l’attente d’exemplarité et de moralisation liée à cette affaire. Voir un pignouf n’écoper que de 3 ans est perçu comme une insulte populaire. De même, son inéligibilité de 5 ans n’est pas vue à la hauteur de la responsabilité attribuée à la fonction. Pour beaucoup on l’imagine, une inéligibilité à vie aurait semblé plus en ligne avec la gifle que le piaf inflige à la démocratie représentative.

Sous l’angle libéral cependant, cet écart émotionnel illustre combien notre justice est impropre. Car le rôle de la justice ne devrait pas être de punir, encore moins de punir d’un non-vol quand on est coupable d’un autre vol. La justice devrait être réparatrice et se concentrer non pas sur le coupable, mais sur ses victimes. Ici, en clair, nous sommes les victimes. L’état n’est pas la véritable victime car la faute n’est pas dans la fraude, comme on l’a vu, mais dans le vol de nos impôts. Cahuzac aurait donc dû être condamné à nous rembourser de ses profits abusifs. Par exemple en mettant aux enchères ses biens à hauteur du double des montants en cause et en remboursant d’autant la dette.

Une peine de prison est à ce titre complètement inutile et inadaptée à la moindre justice réelle. De plus, la prison va conduire à des coûts supplémentaires pour le contribuable alors même qu’on est censé donner justice à ce même contribuable. C’est réellement le régime de la triple peine.

Le pire, c’est encore d’imaginer qu’il est sans doute le bouc-émissaire de toute la corporation politocarde et qu’ils sont tous bien heureux que Cahuzac soit sous les projecteurs à leur place.

Monday, December 5, 2016

Contrats ou Constitutions ?

Les constitutions de ce monde prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de l’illusion de liberté de la démocratie.

Il y a deux erreurs conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs, alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.

Retournons dès lors la logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être « déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.

Une constitution comme on les connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du « contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services à une entreprise qui s’y installe.

Les questions de pouvoir dans ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque. Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».

L’entité peut aussi être un collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.

Le cas le plus intéressant correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas, car elles n’ont simplement pas d’objet.

L’analogie avec l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.

Pas tout à fait cependant, car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays libres.

On comprend ainsi que la tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France autant de pays libres que de villes ou de communes ?

On le comprend, il n’est pas besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une fois, la liberté, c’est toujours simple.

Sunday, December 4, 2016

Mener l’opinion selon Nigel Farage

De retour depuis peu sur les réseaux sociaux, une amie retrouvée me suggère sans tarder de reprendre du flambeau, de me lancer ou du moins de contribuer à la campagne électorale qui se profile, comme j’avais pu très modestement me lancer en 2013 sur les cendres de Cahuzac. Il est manifeste que pendant ces deux ans de prise de recul, cette question de la tension entre campagne ou pas campagne, entre action partisane et libre critique à distance n’a pas fini de secouer les esprits.

Pour répondre, je passerai par une référence d’actualité très enrichissante par ailleurs. Suite à l’élection de Donald Trump, Nigel Farage, ex-boss du UKIP qui a mené l’opinion britannique au Brexit, donnait le 11 novembre dernier un discours devant un parterre d’électeurs de Trump – lien vers la video ci-dessous. Vers les trois quarts du speech, sur une question, il donne sa vision du rôle d’un leader politique, manifestement la sienne, et comment il voit mener le changement de l’opinion.

Il nous dit donc ceci : “You need to be in politics ahead of public opinion and be a magnet to bring public to change with you but there is a problem if you are too far ahead”. Ce qu’on peut traduire par : « En politique, il faut être en avance sur l’opinion publique et l’attirer comme un aimant vers le changement avec soi, mais il y a un problème si on est trop loin devant. » Autrement dit, Farage nous dit que pour conduire le peuple vers la liberté, il ne faut pas lui parler de liberté tout de suite, mais mener un discours progressif (et non progressiste) qui pas à pas la rapproche de notre chère liberté.

Une telle approche, pragmatique, et bien celle qui motive tous les minarchistes et tous les libéraux qui se lancent dans l’action électorale, espérant tirer peu à peu les Français vers 1789 ou 1776. C’est semble-t-il donner raison à tous les pseudos libéraux qui font de l’entrisme ou de l’entre-deux au sujet de la liberté. Mais il y a un mais, que Farage évite bien d’évoquer dans son intervention.

Qu’est-ce donc qui nous assure que justement, chaque petit pas nous conduira in fine dans la bonne direction ? Et à bon port, vers une liberté réelle et pas juste de façade comme trop souvent ?

Je le dis depuis plusieurs années. J’ai choisi de faire partie de ceux qui seront les cailloux dans les chaussures des pseudos-libéraux, ceux qui se lancent dans le changement de l’opinion, mais sans la conduire ni dans le bon sens ni assez loin. Je ne suis pas le seul, fort heureusement, et humblement. Et nous sommes quelques-uns à considérer un tel rôle comme essentiel, si on veut espérer que des Farage français, s’ils devaient se faire jour, nous conduisent enfin là où nous souhaitons tous aller.

Un tel rôle est peu compatible avec un engagement électoral fort. Sauf à s’appeler Ron Paul sans doute, m’opposera-t-on. Mais voilà, où sont nos Ron Paul à nous ? Je ne suis pas de cette stature.

Video de Nigel Farage : https://www.youtube.com/watch?v=WWcTY0L03RM

Le scandale que le Téléthon met en Lumières

Trente ans que le Téléthon collecte les millions d’une grande générosité populaire, cette année encore. Trente ans que cela fait avancer la recherche, désormais de manière exponentielle avec des résultats qui se concrétisent. L’objet de ce billet n’est pas de faire la promotion de l’AFM, mais de s’interroger sur l’absence totale au sein de cet événement de ce magnifique système de santé « que tout le monde nous envie ». Autrement dit, pourquoi le Téléthon existe-t-il encore et pourquoi semble-t-il obtenir des résultats hors de toute initiative de santé publique ?

Le phénomène Téléthon devrait nous amener à nous poser de nombreuses questions, comme par exemple : Si on arrive à lever 80 millions pour des maladies rares, pourquoi ne tente-t-on pas d’en lever 200 pour les maladies de tout le monde, à commencer par le cancer ? Si l’état finance les autres efforts de recherche médicale, pourquoi n’en entendons-nous jamais parler, pourquoi ne sait-on pas ce qui est fait, ce qui se passe, quelles sommes y sont consacrées ? Est-ce que ça marche vraiment ?

Le Téléthon a de nombreux défauts, à commencer par le spectacle et les sommes englouties dans le show et sa logistique. Mais il a trois avantages majeurs : il est soumis à la générosité, et si aucun résultats ne vient, personne ne donne plus et le phénomène s’arrête vite, de lui-même ; il obtient des résultats, du moins voit-on des résultats ; et de plus, comme dans le cas de la génétique, ces résultats servent souvent bien au-delà des maladies rares à l’origine des fonds. Dès lors, pourquoi ne peut-on pas retrouver ces trois mêmes avantages au sein de la recherche financée sur seuls fonds publics ?

Les animateurs du show s’étonnent et se félicitent régulièrement du caractère unique dans le monde du Téléthon français, qui serait selon eux le signe magnifique de la solidarité et de la générosité de notre beau pays. Je crois qu’ils n’ont fait qu’une partie de l’analyse, car il n’y a aucune raison que nous soyons à ce point plus généreux que les autres pays dits civilisés. Il faut chercher une autre piste pour expliquer ce phénomène. Et parmi les pistes les plus probables, il y a notre degré de socialisme et le degré de centralisation et d’étatisation de la recherche scientifique.


Dans les autres pays, le Téléthon n’est pas aussi nécessaire qu’en France, parce que les filières de financement privé de la recherche sont nombreuses et habituées à trouver la réussite. Le scandale sur lequel le Téléthon se hisse, c’est celui d’être une exception et non la règle, c’est celui d’une recherche scientifique en France dont personne n’ose même demander quels sont les résultats.

Fausse justice de la route

Au journal ce matin, un rappel d’un accident trop ordinaire : « Il est une heure du matin cette nuit-là, deux voitures se télescopent à ce carrefour. L'une d'elles vient de griller le feu rouge. Sous la violence du choc, l'autre véhicule vient heurter [Anne laure et Julie] qui s'apprêtent à traverser la rue. Le conducteur de la Clio  est toujours recherché pour homicide involontaire. »

Les journalistes parlent de « délinquant routier » et relaient un appel à la plus grande sévérité et aux « circonstances aggravantes » (du fait d’une alcoolémie probable) de la justice face à cette horreur. 

Malgré la tristesse, il ne faut pas rester au niveau de l’émotion sur un tel exemple et profiter de notre recul pour illustrer combien le système judiciaire de ce pays est vide de sens et tourné vers la vaine punition des contrevenants plus que vers la véritable justice entre des citoyens responsables.

Prenons tout d’abord le concept de « délinquant routier ». Est-ce que le fait d’être « routier » change fondamentalement la nature du meurtre perpétré et les conséquences pour la ou les victimes ? C’est peu probable. Ce qui est important, c’est le meurtre, quelle qu’en soit l’arme, voiture, pistolet ou que sais-je. Ce que les proches de ces victimes attendent, c’est une « réparation », même si dans le cas présent, il est difficile d’en exprimer la teneur : on ne peut rendre ces victimes à la vie. Mais on peut tenter de compenser par exemple en condamnant le chauffard à une dette à vie envers les proches.

Second concept bizarre, les « circonstances aggravantes ». Alors comme ça, tuer deux personnes et prendre la fuite, c’est plus grave quand on est soûl que sobre ? Et en quoi cela change-t-il quoi que ce soit pour les victimes et ceux qui restent ? D’ailleurs, on pourrait défendre qu’au moins l’ivrogne a l’excuse de l’inconscience alors que le sobre agit en pleine conscience, ce qui devrait donc être une raison pour dans le cas présent plutôt amoindrir la faute de ce chauffard au lieu de l’accroître. On voit ainsi la vacuité du concept, qui tente d’introduire une dimension moralisatrice à une justice qui devrait au contraire se borner à juger sur les conséquences des actes et non sur leurs motivations.

Une justice juste ne chercherait pas à punir les vilains qui sortent de la morale sans aucunement chercher à donner réparation. Une justice juste ne juge pas le pourquoi, mais le quoi et le combien. Une justice juste s’attache à qualifier un meurtrier de meurtrier et non pas de délinquant et ne fait pas de différence entre les versions routière ou terroriste. Une justice juste s’attache à trouver la plus juste réparation des victimes, même en cas de décès, car c’est encore le meilleur moyen demain de dissuader les potentiels assassin de passer à l’acte. Réparation, dissuasion, amoralité (et non immoralité), voilà les bases d’une véritable justice, basée sur la responsabilité que permet la liberté.

Thursday, December 1, 2016

S’il y a une justice sociale, qui peut en être le Juge ?

La « justice sociale » est probablement le terme le plus représentatif de la société dite moderne et de sa social-démocratie grandissante. C’est pourtant aussi un des plus vides de sens. Il y a pourtant peu de partis politiques qui osent écarter ce terme du revers de la main ; il est peu de conversations où contester l’idée même de justice sociale soit sans risque. La justice sociale semble aller de soi.

Or si on ne peut que convenir des inégalités de situation criantes qui existent dans la société, inégalités qui ne sauraient être ignorées par les libéraux, quelle est donc la réponse qui convient ?

L’idée de justice sociale exprime une confusion profonde sur le rôle réel de la société envers chacun d’entre nous. Car si nous naissons égaux en droit (naturel) – mais guère en réalité – nous ne naissons jamais égaux tout court : les différences de génome, de culture et de géographie existent et perdureront vraisemblablement éternellement. Ce sont d’ailleurs ces différences qui sont sources de richesse en permettant aux uns et aux autres de jouer des rôles complémentaires et d’échanger.

Et parce que cette inégalité est une réalité profonde, le fonctionnement social naturel en a pris acte depuis longtemps. Mais les socio-démocrates n’ont pas su le voir. Oui, le rôle de la société n’est pas de rendre tout le monde identique, mais de garantir à chacun qu’il pourra améliorer sa situation s’il sait s’en donner les moyens – et que les aléas de la nature ne le frappent pas plus que quiconque.

Dans cette optique, la société n’est ni juste ni injuste, elle offre juste à chacun de choisir son chemin. Il n’y a donc pas de justice sociale autre que celle d’assurer à tous et chacun le respect du droit.

Certes, à gauche, on ne manquera pas de nous objecter que dans un monde « évolué », on ne saurait ignorer les immenses inégalités de situation qui mineraient la société, sans trop chercher plus loin.

Or il ne faut pas confondre inégalités et injustices. On ne peut parler de justice qu’en rapport à des actes individuels. Or quel est donc celui qui est coupable des inégalités en général ? Dieu ? Ou est-ce l’état, comme beaucoup aiment à le faire croire, ou faut-il finalement chercher du côté de l’individu ?

Il y a deux manières de tenter de réduire les inégalités économiques. Intervenir vers le bas, en taxant, en « redistribuant » les richesses, en pénalisant les entrepreneurs au profit des moins audacieux. On partage alors le même gâteau, sans chercher à le faire croître. Intervenir vers le haut, par contre, en garantissant l’égalité du droit qui permet à chacun de prendre sa chance, les laisse venir faire grossir le gâteau, sans gêner les autres à faire de même grâce au droit respecté. Voilà la « justice sociale ».

Toujours à gauche, on ne pourra sans doute résister à avancer que certains touchent beaucoup trop.

Et comment sait-on ce qui est trop ou ce qui ne l’est pas ? Quel est la mesure, le seuil ? Un « trop » qui serait injuste suppose une forme de vol, de fraude ou d’abus. Mais celui qui gagne beaucoup parce que ses produits rencontrent le succès ne vole personne, au contraire : il faut être deux pour un échange et de ce fait la richesse d’un entrepreneur est le témoin de la richesse acquise par ses clients. 

Bien sûr, cela n’est plus vrai dès que celui qui « touche trop » profite d’un monopole ou d’une rente. Mais dans ce cas, la faute en revient à celui qui accorde le monopole, c’est-à-dire à l’état.

Sujet d’actualité depuis des décennies, l’économie libérale, avec le chômage par exemple, ne donnerait pas vraiment sa chance à chacun, ce qui démontrerait cette fameuse injustice.

Mais le chômage n’est en rien dû à la fatalité. L’économie, le marché n’y sont pour rien. Il n’a pas toujours existé. Il est une conséquence simple et bien connue de l’effet de seuil du salaire minimum sur le marché du travail. Ce sont les gouvernements qui, par leur intervention, ont faussé le marché.

Dans la même veine, il est courant d’entendre que contrairement à sa promesse, l’économie libérale ne récompenserait pas ceux qui travaillent.

Double erreur. Ce n’est pas le travail qui importe à la société, mais ses fruits. Il est donné à tout le monde de travailler. Le mérite ne vient que quand ce travail engendre de la valeur pour les autres.

Mais surtout, qui peut se placer en juge qui sanctionnerait le mérite ou pas ? Le gouvernement ? L’état ? La presse ? Les syndicats ? Non, l’immense avantage en matière de justice de l’économie de libre marché vient précisément du marché en tant que juge. Autrement dit, c’est à la fois tout le monde et personne précisément qui juge à tout instant de la valeur par sa décision d’achat, ou pas.

Citations

« J’en suis arrivé à sentir très vivement que le plus grand service dont je sois encore capable envers mes contemporains serait de faire que ceux d’entre eux qui parlent ou écrivent éprouvent désormais une honte insurmontable à se servir encore du terme "justice sociale". » -- Friedrich Hayek, Droit, Législation et Liberté

« Je vous mets au défi de nommer une seule mesure sociale qui a atteint ses objectifs plutôt que le résultat opposé, qui n’a pas fait plus de mal que de bien. » -- Milton Friedman

« Laissez-moi vous fournir ma définition de la justice sociale : je conserve ce que je gagne et vous conservez ce que vous gagnez. Vous n'êtes pas d'accord ? Dans ce cas dites-moi quelle part de mon revenu doit vous revenir — et pourquoi ? » -- Walter E. Williams

« Croyant éradiquer la misère de ce pays, des êtres bien-pensants et animés d'intentions pures en éradiquent la richesse. En France, les impôts ne sont pas une contribution à la bonne marche de l’État. Ils sont un instrument de "justice sociale". Il me paraît extrêmement dangereux que la justice ait besoin d'un adjectif, mais cela ne semble choquer personne. » -- Simone Wapler